Rites d'eau

Purification et expiation des péchés

L’usage rituel de l’eau sous la forme de l’ablution, de l’immersion, de l’aspersion, de l’effusion est commun à la plupart des religions. Il se rattache au symbolisme naturel de l’eau qui exprime à la fois la purification, la mort et la vie. Dans le contexte de l’Ancien Testament l’usage de l’eau est étroitement associé à l’idée de purification et donc à l’état de pureté et d’impureté. L’impureté désigne le fait de ne pas être en règle avec la loi donnée par Yahvé et donc prendre le risque d’être exclu de la communauté. Est pur celui qui vit en conformité avec les 613 préceptes de la loi mosaïque ; est impur celui qui y déroge. Une distinction s’impose entre l’impureté et le péché. Le pécheur est impur, mais l’homme impur n’est pas forcément pécheur. Car le péché relève de la responsabilité personnelle et d’une faute. Un exemple simple est celui de la femme qui a ses règles : elle est impure, mais n’est pas pécheresse. Quant à la maladie, elle est la conséquence du péché1. D’où les détails parcimonieux concernant la vie personnelle, sociale et religieuse qui sont notamment décrits dans le livre du Lévitique. Une première catégorie concerne le corps. Elle relève de l’hygiène, de la maladie et de la vie sexuelle : manger du rat, toucher un cadavre, contracter la lèpre, accoucher, avoir ses règles, coucher avec une femme qui a ses règles, etc.

Lv 14,7-8 Il fera alors sept aspersions sur l'homme à purifier de la lèpre et, l'ayant déclaré pur, il lâchera l'oiseau vivant dans la campagne. Celui qui se purifie nettoiera ses vêtements, il se rasera tous les poils, il se lavera à l'eau et sera pur.

Lév 15,16-18 Lorsqu'un homme aura un épanchement séminal, il devra se laver à l'eau tout le corps et il sera impur jusqu'au soir… Quand une femme aura couché maritalement avec un homme, ils devront tous les deux se laver à l’eau et ils seront impurs jusqu’au soir.

Des critères définissent aussi les conditions d’accès des prêtres comme des fidèles au service du temple avec une interdiction formelle de s’approcher en état d’impureté1. Les prêtres doivent obligatoirement se purifier avant de pénétrer dans le sanctuaire. Comme le souligne M. Eliade,

L’ablution d’eau précédait les principaux actes religieux, préparant ainsi l’insertion de l’homme dans l’économie du sacré.

Ces ablutions rituelles seront poussées à un degré de minutie extrême notamment chez les Esséniens où un bain de purification précède chaque repas. On a retrouvé à Qumram les piscines qui servaient à ces ablutions quotidiennes.

L’objectif de ces rites de purification touche à la vie communautaire. Rappelons qu’il faut impérativement préserver la sécurité et l’intégrité du peuple et toute impureté constitue une menace à cet égard. Respecter les interdits communautaires, c’est assurer la cohésion sociale et religieuse du groupe. Le rite de purification est en ce sens un rite de réintégration dans la communauté et d’identification de celle-ci.

Les rites de purification comportent pour l’essentiel le lavement dans un bain (mikve), le respect d’un délai, un sacrifice ainsi que la confession et le pardon du péché dans le cas d’une faute précise.

Lv 5,5-6 S’il est responsable en l’un de ces cas, il aura à confesser le péché commis, il amènera à Yahvé à titre de sacrifice de réparation pour le péché commis une femelle de petit bétail brebis ou chèvre en sacrifice pour le péché ; et le prêtre fera sur lui le rite d’expiation qui le délivrera de son péché.

Le baptême dans l’eau

rites baptismaux. Pour original qu’il soit, il n’était pourtant pas isolé. De nombreux textes font allusion, en effet, à d’autres groupes baptistes. Les plus connus sont les « hémérobaptistes1 » ou « baptistes quotidiens », qui se plongeaient tous les matins, associant ainsi purification et hygiène. Bien que divers, tous ces mouvements pratiquaient un rite de plongeon — de « baptême » — dans l’eau courante, en vue du pardon des péchés. Dépassant les barrières habituelles de pureté, ils s’adressaient à tous et proclamaient l’imminence du salut en invitant à la conversion du cœur.
Le baptême de Jean-Baptiste était sans doute assez proche des rites que l’on vient d’évoquer : un baptême proposé à tous en vue du pardon des péchés. Deux particularités cependant le distinguaient. À la différence des diverses ablutions juives, et même du baptême des « hémérobaptistes », le candidat à ce baptême ne se lavait ni ne se plongeait lui-même : ce rite lui était administré par un autre. De plus, alors que les ablutions et les autres baptêmes pouvaient être réitérés, ce rite était unique et définitif. C’était un formidable défi au Temple puisque celui qui recevait le baptême de Jean pouvait obtenir le pardon des péchés hors du Temple, de ses rites et de ses hommes. Pierre DEBERGE.

Le baptême pratiqué par Jean se rapproche du baptême conféré aux prosélytes, ces païens qui étaient par là introduits dans le peuple d’Israël. Il s’en distingue cependant en ce qu’il s’adresse aux juifs eux-mêmes et se présente pour la rémission des péchés. S’il reprend le thème de la purification déjà présent dans l’Ancien Testament, il lui donne le sens d’une conversion dans l’attente du royaume de Dieu qui vient. Au-delà de la signification théologique, on remarquera que Jean-Baptiste nous annonce une continuité et une rupture par rapport au passé.

Mc 1,8  Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau, mais lui vous baptisera avec l’Esprit Saint. »

Le baptême dans le Christ conserve le symbolisme de l’eau et va rajouter un élément nouveau et déterminant : l’Esprit avec une formule trinitaire :

Mt 28,19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Par le baptême, nous sommes plongés dans la mort résurrection du Christ.

Voir la page consacrée au sacrement du baptême.