Formation théologique

Étude biblique et théologique

L'attente d'un messie aujourd'hui

Israël attendait un messie. Deux mille ans après la venue du Christ, cette attente n'a pas disparu : elle s'est diffusée, sécularisée, redistribuée dans les compartiments les plus profanes de l'existence. Le supporter attend un buteur providentiel, l'électeur un homme providentiel, le malade un remède miracle. La présente étude se propose de repérer, à la lumière des Écritures, la structure commune de ces attentes contemporaines, et d'interroger ce qu'elles disent — par contraste — du véritable messianisme biblique.

1. L'attente messianique dans l'Écriture

1.1. Une espérance née de l'exil et de l'échec

L'attente d'un messie naît en Israël dans les périodes de crise : monarchie défaillante, exil, occupation étrangère. Le prophète annonce un roi juste, un rejeton de la souche de Jessé, un libérateur envoyé par Dieu pour restaurer ce que l'histoire humaine s'est montrée incapable de restaurer par elle-même.

« Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton naîtra de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur. »
Isaïe 11,1-2

Voir l'étude de Jésus Messie

Ce trait est constant : le messianisme biblique surgit là où l'homme constate son impuissance. Il n'est pas d'abord un projet, mais un aveu — celui d'une insuffisance que seul Dieu peut combler. C'est ce ressort psychologique et spirituel, identique, que l'on retrouve aujourd'hui dans des registres que rien ne semble rapprocher de la théologie.

1.2. La tentation d'un messianisme immédiat

L'Évangile montre Jésus confronté, dès le désert, à la tentation de répondre à cette attente sur le mode que les hommes espèrent : le pain immédiat, le pouvoir spectaculaire, la domination politique.

« Le diable, l'emmenant plus haut, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et la gloire de ces royaumes […] si tu te prosternes devant moi. »
Luc 4,5-7

Plus tard, après la multiplication des pains, la foule veut faire de Jésus un roi ; il se dérobe.

« Sachant qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau dans la montagne, lui seul. »
Jean 6,15

Cette dérobade permet de comprendre les figures contemporaines de l'attente messianique : chacune d'elles reproduit, à sa manière, la demande de la foule galiléenne — un salut immédiat, visible, sans passage par la croix.

2. Le stade comme temple : l'attente du sauveur sportif

Le vocabulaire du football emprunte spontanément au registre religieux : on y parle de « sauveur », de « divin » buteur, de « miracle » sportif. Le geste de Diego Maradona en 1986, revendiqué comme « la main de Dieu », n'est pas une simple boutade ; il désigne, avec une justesse involontaire, la structure du désir qui s'y exprime — l'irruption d'un secours venu d'en haut dans une histoire humaine bloquée.

Le supporter qui espère l'attaquant capable, à lui seul, de « sauver la saison » reconduit sans le savoir la logique du messianisme royal contesté en 1 Samuel : un salut incarné dans un seul homme, dispensant la communauté de sa propre conversion.

« Maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations. »
1 Samuel 8,5

Samuel avertit alors le peuple des servitudes que ce roi humain leur imposera. L'avertissement vaut, toutes proportions gardées, pour le culte que l'on voue à certains joueurs : le sauveur sportif déçoit toujours, parce qu'aucune performance humaine ne peut porter le poids que l'on projette sur elle.

3. L'homme providentiel : messianisme politique

Le recours périodique, dans les démocraties fatiguées, à la figure du « candidat providentiel » relève de la même structure. On attend d'un seul homme — plus rarement d'une seule femme — qu'il incarne, contre le système, une rupture salvatrice.

L'Écriture connaît bien cette tentation et la nomme : c'est elle qui pousse la foule à vouloir couronner Jésus par la force après le pain multiplié (Jn 6,15, cité plus haut), et c'est elle encore que dénoncent les prophètes lorsqu'ils rappellent que le vrai roi d'Israël reste le Seigneur.

« Maudit soit l'homme qui met sa confiance dans un mortel, qui s'appuie sur la chair. »
Jérémie 17,5

Le messianisme politique contemporain ne diffère du messianisme royal ancien que par son vocabulaire : « changement », « renouveau », « rupture » ont remplacé « oint » et « libérateur ». La structure — un salut collectif suspendu à un individu — demeure identique, et identique aussi la déception qui la suit presque toujours.

4. Le médecin salvateur : attente thérapeutique

La médecine occupe, dans l'imaginaire contemporain, une position longtemps réservée au religieux. On en attend non seulement la guérison, mais une forme de rédemption : la victoire sur la souffrance, le recul de la mort elle-même. Le vocabulaire du « miracle thérapeutique » n'est pas un hasard de langage.

Les Évangiles rapportent de nombreux récits de guérison, mais toujours reliés à un signe plus large que le corps guéri.

« Ta foi t'a sauvé. »
Marc 5,34 ; 10,52 ; Luc 17,19

Le terme grec employé (sesôken) désigne un salut qui déborde la simple guérison physique. C'est précisément ce que l'attente contemporaine tend à oublier : en faisant de la médecine une instance de salut total, elle lui demande de combler un manque qu'elle n'a pas vocation à combler seule, et s'expose à une déception d'autant plus amère que la promesse implicite était démesurée.

Le transhumanisme, dans ses formes les plus abouties, radicalise cette attente en visant, par la technique, ce que la foi attendait de la résurrection : l'abolition de la mort. La différence n'est pas mince — elle sépare un salut reçu d'un salut fabriqué.

Voir l'étude

5. Autres figures : l'économie et la technologie

La liste pourrait s'allonger. Le « gourou » financier promettant un rendement salvateur, l'intelligence artificielle annoncée comme résolution de tous les maux de l'humanité, participent de la même structure d'attente : un secours extérieur, immédiat, dispensant du long travail de la conversion personnelle et collective. Babel, déjà, portait ce désir d'une tour qui toucherait le ciel par les seules forces humaines.

« Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel, et faisons-nous un nom. »
Genèse 11,4

Voir l'étude sur Babel

Conclusion

Ce que ces figures profanes de l'attente messianique ont en commun, c'est le refus implicite du chemin que le Christ a accepté : celui d'un salut qui ne s'impose pas par la force, la performance ou la technique, mais qui traverse la faiblesse, la patience et, finalement, la croix. Le messie que le monde continue de désirer — sur le terrain, dans l'isoloir, au cabinet médical — est un messie sans passion, un sauveur qui n'aurait pas besoin de mourir. L'Écriture, elle, tient les deux bouts : elle reconnaît la légitimité du désir de salut, inscrit au cœur de l'homme, et elle en déplace l'objet, du sauveur immédiat vers celui qui « n'avait ni beauté ni éclat » (Is 53,2) et qui, précisément pour cela, a pu sauver réellement.

Bibliographie

  • Traduction œcuménique de la Bible (TOB)
  • Catéchisme de l'Église catholique, nn. 436-440 (le titre de « Christ »)