Formation théologique

Première partie — D'Abraham à Moïse

Chapitre 16 — La mort de Joseph

Genèse 50.15-21 raconte la crainte des frères de Joseph après la mort de Jacob. Ils se demandent : « Si Joseph nous haïssait et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait ? ». Ils envoient un message à Joseph, prétendant que Jacob a demandé le pardon avant de mourir. Joseph pleure en entendant ce message. Il répond : « Ne craignez point, car suis-je à la place de Dieu ? Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien ».

Genèse 50.22-26 relate les derniers moments de Joseph. Il vit cent dix ans, voit les fils d'Éphraïm jusqu'à la troisième génération, et les fils de Makir, fils de Manassé. Avant de mourir, Joseph dit à ses frères : « Je vais mourir ! Mais Dieu vous visitera, et il vous fera remonter de ce pays-ci dans le pays qu'il a juré à Abraham, à Isaac et à Jacob de donner ».

Joseph fait jurer les fils d'Israël : « Dieu vous visitera, et vous ferez remonter mes ossements d'ici ». Joseph meurt à cent dix ans, est embaumé et mis dans un cercueil en Égypte. Ce cercueil accompagnera Israël pendant quatre cents ans, jusqu'à l'Exode. Les ossements de Joseph seront enterrés à Sichem, en Canaan (Josué 24.32), accomplissant son serment.

1. La crainte des frères après la mort de Jacob

1.1. La peur de la vengeance

« Les frères de Joseph, voyant que leur père était mort, dirent : Si Joseph nous haïssait et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait ! »
Genèse 50.15, Nouvelle Bible Segond.

Après la mort de Jacob, les frères de Joseph sont saisis par la crainte. Ils se disent : « Si Joseph nous haïssait et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait ? ». Cette peur révèle que leur conscience n'est pas apaisée, malgré le pardon de Joseph dix-sept ans plus tôt (Genèse 45).

Cette crainte est réaliste : dans l'ancien Proche-Orient, la vengeance était courante après la mort du père, qui servait de médiateur. Jacob avait protégé les frères par sa présence. Maintenant qu'il est mort, Joseph pourrait se venger sans retenue. Les frères projettent sur Joseph leur propre culpabilité : ils se savent coupables et craignent le châtiment.

1.2. Le message à Joseph

« Ils donnèrent cet ordre à Joseph : Ton père a donné cet ordre avant de mourir : Vous parlerez ainsi à Joseph : Pardonne le crime de tes frères et leur péché, car ils t'ont fait du mal. Maintenant, pardonne le crime des serviteurs du Dieu de ton père ! Joseph pleura, en entendant ces paroles. »
Genèse 50.16-17, Nouvelle Bible Segond.

Les frères envoient un message à Joseph, prétendant que Jacob a donné un ordre avant de mourir : « Pardonne le crime de tes frères et leur péché, car ils t'ont fait du mal ». Ils ajoutent : « Pardonne le crime des serviteurs du Dieu de ton père ! ». Cette formulation est humble : ils se reconnaissent comme « serviteurs du Dieu de ton père », donc inférieurs à Joseph.

Le texte ne dit pas si Jacob a vraiment donné cet ordre. Genèse 49 ne mentionne pas cette demande. Il est possible que les frères inventent cette parole pour toucher le cœur de Joseph. Mais leur demande révèle leur culpabilité persistante : ils ont besoin d'entendre de nouveau le pardon, même après dix-sept ans.

1.3. Les pleurs de Joseph

« Ses frères vinrent eux-mêmes se prosterner devant lui, et ils dirent : Nous sommes tes serviteurs. Joseph leur dit : Ne craignez point, car suis-je à la place de Dieu ? »
Genèse 50.18-19, Nouvelle Bible Segond.

Les frères viennent eux-mêmes se prosterner devant Joseph et disent : « Nous sommes tes serviteurs ». Ce geste accomplit de nouveau les rêves de Joseph (Genèse 37.7-9), mais cette fois dans un contexte de soumission volontaire, non de contrainte.

Joseph pleure en entendant leurs paroles (Genèse 50.17). Ces pleurs expriment la compassion : il voit la souffrance de ses frères, leur culpabilité non résolue. Il répond : « Ne craignez point, car suis-je à la place de Dieu ? ». Cette question est fondamentale : Joseph reconnaît qu'il n'est pas juge suprême. Le jugement appartient à Dieu, pas à lui.

1.4. « Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien »

« Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd'hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. Maintenant, ne craignez point ; je vous nourrirai, vous et vos enfants. Il les rassura, et parla à leur cœur. »
Genèse 50.20-21, Nouvelle Bible Segond.

Joseph répète ce qu'il avait dit en Genèse 45.5-8, mais avec une formulation plus forte : « Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien ». Le verbe « méditer » (hébreu : hashab) signifie « penser, calculer, planifier ». Les frères ont planifié le mal, mais Dieu a transformé ce mal en bien.

Le but de cette transformation est clair : « pour accomplir ce qui arrive aujourd'hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux ». Joseph voit dans son histoire un dessein divin : la famine, la descente en Égypte, la survie de la famille. Dieu a utilisé la méchanceté humaine pour accomplir son plan de salut.

Joseph conclut : « Maintenant, ne craignez point ; je vous nourrirai, vous et vos enfants ». Il s'engage à pourvoir aux besoins de sa famille. « Il les rassura, et parla à leur cœur ». Cette expression signifie qu'il les consola avec des paroles tendres. Le pardon de Joseph est total : il ne garde aucune rancune, malgré la trahison passée.

2. Les derniers moments de Joseph

2.1. La longévité de Joseph

« Joseph demeura en Égypte, lui et la maison de son père. Il vécut cent dix ans. Joseph vit les fils d'Éphraïm jusqu'à la troisième génération ; les fils de Makir, fils de Manassé, naquirent aussi sur les genoux de Joseph. »
Genèse 50.22-23, Nouvelle Bible Segond.

Joseph vit cent dix ans, une longévité exceptionnelle pour l'époque. Cette durée de vie est un signe de bénédiction divine. Dans l'ancien Égypte, cent dix ans était considéré comme l'âge idéal d'une vie accomplie. Certains textes égyptiens décrivent le sage idéal comme vivant cent dix ans.

Joseph voit ses descendants jusqu'à la troisième génération : les fils d'Éphraïm (ses petits-fils ou arrière-petits-fils) et les fils de Makir, fils de Manassé (ses arrière-petits-fils). L'expression « naquirent aussi sur les genoux de Joseph » signifie que Joseph les a adoptés ou reconnus comme ses descendants directs. Joseph voit sa postérité nombreuse, accomplissement de la promesse divine.

2.2. La prophétie de l'Exode

« Joseph dit à ses frères : Je vais mourir ! Mais Dieu vous visitera, et il vous fera remonter de ce pays-ci dans le pays qu'il a juré à Abraham, à Isaac et à Jacob de donner. »
Genèse 50.24, Nouvelle Bible Segond.

Joseph, sur son lit de mort, fait une prophétie : « Je vais mourir ! Mais Dieu vous visitera, et il vous fera remonter de ce pays-ci dans le pays qu'il a juré à Abraham, à Isaac et à Jacob de donner ». Cette parole montre la foi de Joseph : il croit que Dieu accomplira sa promesse, même après sa mort.

Le verbe « visiter » (hébreu : paqad) signifie « se souvenir, prendre soin, intervenir ». Dieu « visitera » son peuple pour le libérer. Cette prophétie annonce l'Exode, qui aura lieu dans environ quatre cents ans (Genèse 15.13, Exode 12.40-41). Joseph, bien qu'ayant vécu toute sa vie adulte en Égypte, considère Canaan comme la vraie patrie de son peuple.

2.3. Le serment concernant les ossements

« Joseph fit jurer les fils d'Israël, en disant : Dieu vous visitera, et vous ferez remonter mes ossements d'ici. »
Genèse 50.25, Nouvelle Bible Segond.

Joseph fait jurer les fils d'Israël : « Dieu vous visitera, et vous ferez remonter mes ossements d'ici ». Ce serment est solennel : Joseph lie sa famille à une obligation future. Ses ossements devront accompagner Israël lors de l'Exode et être enterrés en Canaan.

Ce geste montre la foi de Joseph : il ne veut pas être enterré définitivement en Égypte, mais en Terre promise. Son cercueil sera un signe tangible de la promesse divine pendant les quatre cents ans de séjour en Égypte. Les Israélites, en voyant le cercueil de Joseph, se souviendront que Dieu les visitera et les fera remonter en Canaan.

2.4. La mort et l'embaumement

« Joseph mourut, âgé de cent dix ans. On l'embauma, et on le mit dans un cercueil en Égypte. »
Genèse 50.26, Nouvelle Bible Segond.

Joseph meurt à cent dix ans. On l'embaume selon la coutume égyptienne, et on le met dans un cercueil (hébreu : aron, le même mot que pour l'arche d'alliance). Ce cercueil restera en Égypte pendant environ quatre cents ans, jusqu'à l'Exode.

Contrairement à Jacob, Joseph n'est pas enterré immédiatement en Canaan. Son corps est conservé dans un cercueil, attendant l'accomplissement de la promesse. Ce cercueil est un témoignage silencieux de la foi : Joseph, même mort, proclame que Dieu visitera son peuple et le fera sortir d'Égypte.

3. L'accomplissement du serment

3.1. Moïse emporte les ossements de Joseph

« Moïse prit avec lui les os de Joseph ; car Joseph avait fait jurer les fils d'Israël, en disant : Dieu vous visitera, et vous ferez remonter d'ici mes os avec vous. »
Exode 13.19, Nouvelle Bible Segond.

Pendant l'Exode, Moïse emporte les ossements de Joseph, accomplissant le serment de Genèse 50.25. Le même verbe « visiter » (paqad) est utilisé : « Dieu vous visitera » (Genèse 50.24, Exode 13.19). Dieu a tenu parole : il a visité son peuple et l'a fait sortir d'Égypte.

Ce geste de Moïse montre la continuité de la foi entre les patriarches et l'époque de l'Exode. Joseph, quatre cents ans plus tôt, avait cru en la promesse divine. Moïse, en emportant les ossements, reconnaît que cette promesse s'accomplit. Le cercueil de Joseph accompagne Israël dans le désert, signe visible de l'espérance.

3.2. L'inhumation à Sichem

« Les os de Joseph, qu'avaient fait monter les fils d'Israël de l'Égypte, furent enterrés à Sichem, dans la portion du champ que Jacob avait achetée des fils de Hamor, père de Sichem, pour cent kesita, et qui appartint aux fils de Joseph en propriété. »
Josué 24.32, Nouvelle Bible Segond.

Après la conquête de Canaan, les ossements de Joseph sont enterrés à Sichem, dans le champ acheté par Jacob (Genèse 33.18-20). Ce lieu est significatif : c'est la première terre que Jacob a acquise en Canaan. Joseph, qui avait été vendu par ses frères près de Sichem (Dothan est proche), est maintenant enterré dans cette région.

Cette inhumation accomplit le serment de Joseph : ses ossements sont remontés d'Égypte et enterrés en Terre promise. Le cercueil, qui avait accompagné Israël pendant quatre cents ans, trouve enfin son repos. Joseph, par sa foi, a proclamé la promesse divine même après sa mort. Son tombeau à Sichem est un témoignage permanent de la fidélité de Dieu.

4. Portée théologique et historique

4.1. Le pardon total de Joseph

Le pardon de Joseph est un modèle de pardon chrétien. Il ne se venge pas, même après la mort de Jacob, qui aurait pu lever ses scrupules. Il dit : « Suis-je à la place de Dieu ? », reconnaissant que le jugement appartient à Dieu. Cette parole est reprise par Paul : « Ne vous vengez pas vous-mêmes [...] car il est écrit : À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur » (Romains 12.19).

Joseph interprète son histoire théologiquement : « Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien ». Cette vision dépasse le simple pardon : Joseph voit dans la méchanceté de ses frères un instrument du plan divin. Dieu n'est pas l'auteur du mal, mais il peut le transformer en bien. Cette vérité est au cœur de l'Évangile : la croix, acte de méchanceté humaine, devient l'instrument du salut.

4.2. La foi de Joseph dans la promesse

Joseph, sur son lit de mort, montre une foi remarquable. Il prophétise l'Exode : « Dieu vous visitera, et il vous fera remonter de ce pays-ci dans le pays qu'il a juré [...] de donner ». Cette prophétie s'accomplira quatre cents ans plus tard. Joseph croit en la promesse divine, même s'il ne la verra pas de son vivant.

Cette foi est saluée dans le Nouveau Testament : « C'est par la foi que Joseph, près de mourir, fit mention de la sortie des fils d'Israël, et donna des ordres au sujet de ses ossements » (Hébreux 11.22). Joseph est cité dans la « galerie des héros de la foi » (Hébreux 11), aux côtés d'Abraham, Moïse et David. Sa foi dans la promesse de Canaan, malgré son séjour en Égypte, est exemplaire.

4.3. Le cercueil de Joseph : un témoignage silencieux

Le cercueil de Joseph, resté en Égypte pendant quatre cents ans, est un témoignage silencieux de la foi. Les Israélites, en voyant ce cercueil, se souvenaient que Dieu avait promis de les faire sortir d'Égypte. Même dans l'esclavage, ce cercueil proclamait : « Dieu vous visitera ».

Ce témoignage contraste avec l'infidélité d'Israël en Égypte. Le peuple a oublié Dieu, adoré les idoles égyptiennes, et a besoin d'être libéré. Mais le cercueil de Joseph restait, rappel constant de la promesse. Dieu est fidèle, même quand son peuple est infidèle. Le cercueil de Joseph est un signe d'espérance au milieu de l'oppression.

4.4. La fin de la Genèse : une attente

La Genèse se termine sur une note d'attente : Joseph est mort, son cercueil est en Égypte, et Israël est en esclavage. Le livre se clôt sur une promesse non encore accomplie : Dieu visitera son peuple et le fera sortir d'Égypte. Cette attente prépare l'Exode, qui racontera la libération.

Cette structure littéraire est significative : la Genèse commence par la création (Genèse 1-2) et se termine par un cercueil (Genèse 50.26). Entre les deux, l'histoire de la chute, du péché, mais aussi de la promesse et de la rédemption. Le cercueil de Joseph annonce la résurrection : un jour, Dieu visitera son peuple, le libérera et l'introduira en Terre promise.

Conclusion

Genèse 50.15-21 raconte la crainte des frères de Joseph après la mort de Jacob. Ils envoient un message à Joseph, prétendant que Jacob a demandé le pardon. Joseph pleure et répond : « Ne craignez point, car suis-je à la place de Dieu ? Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien ». Il les rassure et pourvoit à leurs besoins.

Genèse 50.22-26 relate les derniers moments de Joseph. Il vit cent dix ans, voit ses descendants jusqu'à la troisième génération. Avant de mourir, il prophétise : « Dieu vous visitera, et il vous fera remonter de ce pays-ci dans le pays qu'il a juré [...] de donner ». Il fait jurer les fils d'Israël de remonter ses ossements.

Joseph meurt à cent dix ans, est embaumé et mis dans un cercueil en Égypte. Ce cercueil accompagnera Israël pendant quatre cents ans, jusqu'à l'Exode. Moïse emportera les ossements de Joseph (Exode 13.19), et ils seront enterrés à Sichem (Josué 24.32), accomplissant le serment de Joseph. La Genèse se termine sur cette attente : Dieu visitera son peuple et le fera sortir d'Égypte.

Questions pour aller plus loin

  • Pourquoi les frères de Joseph craignent-ils sa vengeance après la mort de Jacob ?
  • Les frères ont-ils inventé le message de Jacob, ou Jacob a-t-il vraiment demandé le pardon ?
  • Pourquoi Joseph pleure-t-il en entendant le message de ses frères ?
  • Que signifie la question de Joseph : « Suis-je à la place de Dieu ? » ?
  • Comment Joseph interprète-t-il théologiquement la méchanceté de ses frères ?
  • En quoi le pardon de Joseph préfigure-t-il le pardon du Christ ?
  • Pourquoi Joseph vit-il cent dix ans, et que signifie cette longévité ?
  • Que signifie la prophétie de Joseph : « Dieu vous visitera » ?
  • Pourquoi Joseph fait-il jurer les fils d'Israël de remonter ses ossements ?
  • Comment le cercueil de Joseph devient-il un témoignage de la promesse pendant les quatre cents ans en Égypte ?
  • Pourquoi Moïse emporte-t-il les ossements de Joseph pendant l'Exode ?
  • Pourquoi les ossements de Joseph sont-ils enterrés à Sichem ?
  • Comment Hébreux 11.22 présente-t-il Joseph comme un héros de la foi ?
  • Pourquoi la Genèse se termine-t-elle par un cercueil, et que signifie cette fin ?
  • Comment la fin de la Genèse prépare-t-elle le livre de l'Exode ?
  • En quoi l'histoire de Joseph montre-t-elle que Dieu peut transformer le mal en bien ?