Formation théologique

Première partie — D'Abraham à Moïse

Chapitre 18 — La naissance et la vocation de Moïse

Exode 2 raconte la naissance et les premières années de Moïse. Un homme de la tribu de Lévi épouse une femme de sa tribu, qui enfante un fils. Elle le cache pendant trois mois, puis le dépose dans un panier de joncs sur le Nil. La fille de Pharaon découvre l'enfant, le recueille et l'adopte. Moïse grandit à la cour, mais doit fuir après avoir tué un Égyptien qui frappait un Hébreu. Il se réfugie en Madian, où il épouse la fille du prêtre Jéthro.

Exode 3 décrit l'appel de Moïse au buisson ardent. Quarante ans plus tard, Moïse est berger chez son beau-père Jéthro. Au mont Horeb, Dieu lui apparaît dans un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu se révèle comme « le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob » et envoie Moïse libérer son peuple d'Égypte.

Exode 4 relate les objections de Moïse et les signes que Dieu lui donne. Moïse objecte : « Qui suis-je ? », « Quel est ton nom ? », « Ils ne me croiront pas », « Je ne sais pas parler ». Dieu lui donne trois signes (le bâton changé en serpent, la main rendue lépreuse puis guérie, l'eau changée en sang) et lui promet : « Je serai avec ta bouche ». Aaron, son frère, sera son porte-parole.

1. Le sauvetage de Moïse

1.1. La naissance de Moïse

« Un homme de la maison de Lévi alla prendre pour femme une fille de Lévi. La femme conçut et enfanta un fils ; elle vit qu'il était beau et le cacha pendant trois mois. »
Exode 2.1-2, Nouvelle Bible Segond.

Moïse naît dans une famille lévitique. Son père n'est pas nommé, mais sa mère est appelée « une fille de Lévi ». Le texte dit simplement : « elle vit qu'il était beau ». Cette beauté peut être physique, mais aussi spirituelle : Actes 7.20 dit qu'il était « beau aux yeux de Dieu ».

La mère cache Moïse pendant trois mois, défiant ainsi le décret de Pharaon (Exode 1.22). Ce geste de protection maternelle contraste avec la cruauté de Pharaon. Les parents de Moïse, par leur foi, refusent de se soumettre à un ordre injuste. Hébreux 11.23 loue leur foi : « Par la foi, Moïse, à sa naissance, fut caché pendant trois mois par ses parents, parce qu'ils virent que l'enfant était beau ; et ils ne craignirent pas l'ordre du roi ».

1.2. Le panier sur le Nil

« Ne pouvant plus le cacher, elle prit pour lui un panier de joncs qu'elle enduisit de bitume et de poix ; elle y mit l'enfant et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. La sœur de l'enfant se plaça à distance pour savoir ce qui lui arriverait. »
Exode 2.3-4, Nouvelle Bible Segond.

Quand la mère ne peut plus cacher Moïse, elle le dépose dans un « panier de joncs » (hébreu : tebah). Ce mot est le même que pour l'« arche » de Noé (Genèse 6.14). Comme l'arche a sauvé Noé du jugement des eaux, le panier sauve Moïse du jugement de Pharaon. Dieu utilise des moyens simples pour accomplir son salut.

Le panier est enduit de « bitume et de poix », rendant l'arche étanche. La sœur de Moïse (probablement Myriam, Exode 15.20) surveille de loin. Cette scène montre la providence divine : la mère ne peut pas garder son fils, mais elle ne l'abandonne pas totalement. Elle fait ce qu'elle peut, et Dieu fera le reste.

1.3. La fille de Pharaon

« La fille de Pharaon descendit pour se baigner au fleuve, et ses jeunes filles se promenaient le long du fleuve. Elle aperçut le panier au milieu des roseaux et envoya sa servante le prendre. Elle l'ouvrit et vit l'enfant : c'était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié et dit : C'est un enfant des Hébreux ! »
Exode 2.5-6, Nouvelle Bible Segond.

La « fille de Pharaon » descend se baigner au Nil. Sa présence au fleuve au bon moment n'est pas un hasard : Dieu guide les circonstances. Elle découvre le panier, l'ouvre, et voit l'enfant qui pleure. Elle « en eut pitié » : ce sentiment de compassion la pousse à désobéir implicitement à l'ordre de son père.

Elle reconnaît immédiatement : « C'est un enfant des Hébreux ! ». Malgré cela, elle décide de le sauver. Cette femme païenne devient l'instrument du salut de Moïse, préfigurant le salut qui viendra aux nations païennes. Dieu utilise même les ennemis de son peuple pour accomplir son plan.

1.4. La mère de Moïse comme nourrice

« Sa sœur dit à la fille de Pharaon : Veux-tu que j'aille t'appeler une nourrice parmi les femmes des Hébreux, pour qu'elle allaite cet enfant pour toi ? La fille de Pharaon lui dit : Va ! La jeune fille alla appeler la mère de l'enfant. La fille de Pharaon lui dit : Emmène cet enfant et allaite-le pour moi ; moi, je te donnerai ton salaire. La femme prit l'enfant et l'allaita. »
Exode 2.7-9, Nouvelle Bible Segond.

Myriam, la sœur de Moïse, intervient avec audace. Elle propose à la fille de Pharaon de trouver une nourrice hébraïque. Ironiquement, c'est la propre mère de Moïse qui devient sa nourrice, payée par la fille de Pharaon pour élever son propre fils !

Cette situation est providentielle : Moïse reçoit une éducation hébraïque dans ses premières années, avant d'être élevé à la cour. Sa mère lui transmet la foi en Yahvé, l'histoire des patriarches, et l'identité hébraïque. Cette formation spirituelle sera cruciale quand Moïse devra choisir entre les plaisirs de l'Égypte et l'opprobre du Christ (Hébreux 11.24-26).

1.5. L'adoption et le nom de Moïse

« L'enfant grandit. Elle le ramena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle un fils. Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l'ai retiré des eaux. »
Exode 2.10, Nouvelle Bible Segond.

Moïse est sevré (vers 3-4 ans) et ramené à la fille de Pharaon, qui l'adopte comme son fils. Il devient « un fils » pour elle, héritier potentiel du trône. Actes 7.22 dit : « Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en actes ».

La fille de Pharaon lui donne le nom de « Moïse » (hébreu : Mosheh), expliquant : « je l'ai retiré des eaux ». Le verbe « retirer » (mashah) ressemble à « Moïse ». Ce nom rappelle son sauvetage miraculeux du Nil. Ironiquement, Moïse sera plus tard celui qui « retirera » le peuple d'Israël des eaux de la mer Rouge et de l'Égypte.

2. La fuite en Madian

2.1. Moïse défend un Hébreu

« En ce temps-là, Moïse, devenu grand, se rendit vers ses frères et observa leurs travaux pénibles. Il vit un Égyptien qui frappait un Hébreu, l'un de ses frères. Il regarda de côté et d'autre et, voyant qu'il n'y avait personne, il tua l'Égyptien et le cacha dans le sable. »
Exode 2.11-12, Nouvelle Bible Segond.

Moïse, « devenu grand » (environ 40 ans, selon Actes 7.23), sort vers ses frères et observe leur oppression. Ce geste montre qu'il s'identifie aux Hébreux, non aux Égyptiens. Hébreux 11.24-25 loue ce choix : « Par la foi, Moïse, devenu grand, refusa d'être appelé fils de la fille de Pharaon, choisissant d'être maltraité avec le peuple de Dieu plutôt que d'avoir pour un temps la jouissance du péché ».

Moïse voit un Égyptien frapper un Hébreu et le tue, puis le cache dans le sable. Ce geste est impulsif, violent, et prématuré. Moïse veut libérer son peuple par sa propre force, non par la puissance de Dieu. Cet échec prépare son humilité future : il devra attendre quarante ans avant d'être prêt pour sa mission.

2.2. Moïse défend les filles de Jéthro

« Il sortit le lendemain et vit deux Hébreux qui se querellaient. Il dit à celui qui avait tort : Pourquoi frappes-tu ton camarade ? Il répondit : Qui t'a établi chef et juge sur nous ? Penses-tu me tuer comme tu as tué l'Égyptien ? Moïse eut peur et dit : Vraiment, la chose est connue. »
Exode 2.13-14, Nouvelle Bible Segond.

Le lendemain, Moïse voit deux Hébreux se quereller. Il intervient pour rétablir la justice, mais l'agresseur lui répond : « Qui t'a établi chef et juge sur nous ? ». Cette question révèle que le meurtre de l'Égyptien est connu. Moïse comprend qu'il est en danger.

Pharaon apprend l'affaire et cherche à tuer Moïse (Exode 2.15). Moïse doit fuir l'Égypte. Son premier essai de libération a échoué : il a agi par sa propre force, sans attendre Dieu. Il devra apprendre que la libération vient de Dieu, non de la violence humaine.

2.3. L'arrivée en Madian

« Moïse s'enfuit loin de Pharaon et s'arrêta au pays de Madian. Il s'assit près d'un puits. Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser de l'eau et remplirent les auges pour abreuver les brebis de leur père. Les bergers arrivèrent et les chassèrent. Alors Moïse se leva, prit leur défense et abreuva leurs brebis. »
Exode 2.15-17, Nouvelle Bible Segond.

Moïse s'enfuit au « pays de Madian », région désertique à l'est de l'Égypte et au sud de Canaan. Les Madianites sont descendants d'Abraham et de Ketura (Genèse 25.1-2), donc apparentés aux Hébreux. Moïse trouve refuge chez des parents éloignés.

Près d'un puits, Moïse défend les sept filles du prêtre de Madian contre des bergers qui les chassent. Ce geste rappelle sa défense de l'Hébreu en Égypte, mais cette fois sans violence. Moïse apprend la justice et la protection des faibles. Son caractère combatif est canalisé vers le bien.

2.4. Le mariage avec Séphora

« De retour auprès de leur père, Reuel, elles dirent : Un Égyptien nous a délivrées des bergers ; même il a puisé de l'eau pour nous et a abreuvé les brebis. Il dit à ses filles : Où est-il ? Pourquoi avez-vous laissé cet homme ? Appelez-le, qu'il prenne de la nourriture. Moïse accepta de demeurer avec cet homme, qui lui donna sa fille Séphora. Elle enfanta un fils, et il lui donna le nom de Guerschom, car, dit-il, je suis étranger dans un pays étranger. »
Exode 2.18-22, Nouvelle Bible Segond.

Les filles racontent à leur père, Reuel (aussi appelé Jéthro, Exode 3.1), que « un Égyptien » les a délivrées. Moïse est identifié comme Égyptien (par son éducation et son apparence), mais il est en réalité Hébreu. Cette ambiguïté reflète l'identité complexe de Moïse : ni tout à fait Égyptien, ni tout à fait intégré aux Madianites.

Jéthro donne sa fille Séphora en mariage à Moïse. Ils ont un fils, Guerschom (« étranger là-bas »), nom qui rappelle l'exil de Moïse : « je suis étranger dans un pays étranger ». Moïse passe quarante ans en Madian (Actes 7.30), devenant berger comme ses ancêtres Abraham, Isaac et Jacob. Cette période d'exil prépare son humilité et sa dépendance envers Dieu.

3. L'appel au buisson ardent

3.1. Le buisson qui brûle sans se consumer

« Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, prêtre de Madian. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l'Horeb. L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d'un buisson. Moïse regarda : voici, le buisson était en feu, mais le buisson ne se consumait pas. »
Exode 3.1-2, Nouvelle Bible Segond.

Quarante ans après sa fuite d'Égypte, Moïse est berger chez Jéthro. Il mène le troupeau « au-delà du désert », jusqu'à « la montagne de Dieu, à l'Horeb » (aussi appelé Sinaï). C'est sur cette même montagne que Dieu donnera plus tard les dix commandements (Exode 20).

« L'ange de l'Éternel » apparaît dans une flamme de feu au milieu d'un buisson. Cette expression désigne souvent une manifestation visible de Dieu lui-même (Genèse 16.7-13, 22.11-18). Le buisson brûle « sans se consumer » : le feu ne détruit pas, mais illumine. Ce miracle attire l'attention de Moïse : Dieu s'approche de manière inattendue, dans un lieu ordinaire (un buisson), pas dans un temple.

3.2. « Moïse, Moïse ! »

« Moïse dit : Je veux me détourner pour voir cette grande vision : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? L'Éternel vit qu'il se détournait pour voir ; et Dieu l'appela du milieu du buisson et dit : Moïse, Moïse ! Il répondit : Me voici ! »
Exode 3.3-4, Nouvelle Bible Segond.

Moïse, curieux, s'approche pour examiner le miracle. Dieu voit qu'il se détourne et l'appelle : « Moïse, Moïse ! ». La répétition du nom marque l'urgence et l'intimité de l'appel (comme pour « Abraham, Abraham ! » en Genèse 22.11, « Samuel, Samuel ! » en 1 Samuel 3.10).

Moïse répond : « Me voici ! » (hébreu : Hinneni). Cette réponse exprime la disponibilité et l'écoute. Moïse est prêt à entendre ce que Dieu va lui dire. Cet échange marque le début de la relation directe entre Moïse et Dieu, qui durera quarante ans.

3.3. « Ote tes sandales, car le lieu est saint »

« Dieu dit : N'approche pas d'ici ! Ote tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. Et il dit : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se voila le visage, car il craignait de regarder Dieu. »
Exode 3.5-6, Nouvelle Bible Segond.

Dieu ordonne à Moïse : « Ote tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte ». Le sol n'est pas saint en lui-même, mais devient saint par la présence divine. Cette sainteté exige le respect : ôter les sandales signifie reconnaître qu'on est sur un territoire sacré.

Dieu se révèle : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ». Cette formule relie Moïse à l'alliance abrahamique : le même Dieu qui a promis à Abraham, Isaac et Jacob est celui qui parle maintenant à Moïse. La continuité est assurée : Dieu n'a pas oublié son peuple.

Moïse « se voila le visage, car il craignait de regarder Dieu ». Cette crainte révérencielle contraste avec l'audace de sa jeunesse. Moïse est maintenant humble, prêt à écouter. La rencontre avec Dieu transforme l'homme.

3.4. « J'ai vu la souffrance de mon peuple »

« L'Éternel dit : J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des oppresseurs. Oui, je connais sa douleur. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et pour le faire monter de ce pays vers un pays bon et vaste, vers un pays où coulent le lait et le miel. »
Exode 3.7-8, Nouvelle Bible Segond.

Dieu révèle sa compassion : « J'ai vu la souffrance de mon peuple [...] j'ai entendu ses cris [...] je connais sa douleur ». Trois verbes (voir, entendre, connaître) expriment l'empathie divine. Dieu n'est pas indifférent : il voit, il entend, il connaît la souffrance de son peuple.

Dieu agit : « Je suis descendu pour le délivrer ». La libération vient de Dieu, non de Moïse. Dieu « descend » (comme il descendra sur le Sinaï) pour intervenir dans l'histoire. Il promet un « pays bon et vaste, où coulent le lait et le miel » : Canaan, terre fertile contrastant avec le désert et l'oppression égyptienne.

3.5. « Va, je t'envoie vers Pharaon »

« Maintenant, voici que le cri des fils d'Israël est parvenu jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que les Égyptiens font peser sur eux. Va maintenant, je t'envoie vers Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. »
Exode 3.9-10, Nouvelle Bible Segond.

Dieu mandate Moïse : « Va maintenant, je t'envoie vers Pharaon ». L'envoi est clair et direct. Moïse, qui avait fui Pharaon quarante ans plus tôt, doit maintenant retourner vers lui comme ambassadeur de Dieu.

La mission est précise : « tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël ». Notez : « mon peuple ». Israël appartient à Dieu, pas à Pharaon. La libération est un acte de souveraineté divine : Dieu reprend ce qui lui appartient.

4. Les objections de Moïse

4.1. « Qui suis-je ? »

« Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour que j'aille vers Pharaon et que je fasse sortir d'Égypte les fils d'Israël ? Dieu dit : Je serai avec toi, et voici le signe que c'est moi qui t'ai envoyé : quand tu auras fait sortir d'Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. »
Exode 3.11-12, Nouvelle Bible Segond.

Première objection de Moïse : « Qui suis-je ? ». Quarante ans plus tôt, Moïse pensait pouvoir libérer son peuple par sa propre force (Exode 2.11-12). Maintenant, il connaît ses limites : il n'est qu'un berger fugitif, sans autorité ni puissance.

Dieu ne répond pas à la question de Moïse, mais lui donne une promesse : « Je serai avec toi ». Ce n'est pas la compétence de Moïse qui compte, mais la présence de Dieu. Le signe que Dieu donne est rétrospectif : « quand tu auras fait sortir le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne ». La preuve viendra après l'obéissance.

4.2. « Quel est ton nom ? »

« Moïse dit à Dieu : Voici, j'irai vers les fils d'Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais s'ils me disent : Quel est son nom ? que leur répondrai-je ? Dieu dit à Moïse : Je suis qui je suis. Et il dit : Tu diras aux fils d'Israël : 'Je suis' m'a envoyé vers vous. »
Exode 3.13-14, Nouvelle Bible Segond.

Deuxième objection : Moïse demande le nom de Dieu. Dans l'ancien Proche-Orient, connaître le nom d'un dieu, c'est avoir une prise sur lui. Mais Dieu ne se laisse pas manipuler. Il répond : « Je suis qui je suis » (hébreu : Ehyeh asher ehyeh).

Ce nom exprime l'être absolu, la liberté souveraine de Dieu. Il est celui qui est, qui sera, qui agit. Dieu dit à Moïse : « Tu diras : 'Je suis' m'a envoyé vers vous ». Ce nom, traduit par « Éternel » (YHWH) dans la plupart des versions, devient le nom révélé de Dieu, distinct des noms génériques (El, Elohim).

4.3. « Ils ne me croiront pas »

« Moïse répondit : Mais voici, ils ne me croiront pas et ils n'écouteront pas ma voix ; car ils diront : L'Éternel ne t'est pas apparu. L'Éternel lui dit : Qu'as-tu à la main ? Il dit : Un bâton. »
Exode 4.1-2, Nouvelle Bible Segond.

Troisième objection : Moïse craint que le peuple ne le croie pas. Cette crainte est légitime : comment prouver que Dieu l'a envoyé ? Dieu répond en donnant à Moïse trois signes miraculeux pour authentifier sa mission.

Dieu commence par demander : « Qu'as-tu à la main ? ». Moïse répond : « Un bâton ». Ce bâton de berger, objet ordinaire, deviendra l'instrument des miracles de Dieu. Dieu utilise ce que Moïse a déjà, pas ce qu'il n'a pas. Le bâton deviendra serpent, puis de nouveau bâton, signe de la puissance divine.

4.4. « Je ne sais pas parler »

« Moïse dit à l'Éternel : De grâce, Seigneur, je ne suis pas un homme éloquent [...] car j'ai la bouche et la langue pesantes. L'Éternel lui dit : Qui a fait la bouche de l'homme ? [...] N'est-ce pas moi, l'Éternel ? Va maintenant, je serai avec ta bouche et je t'enseignerai ce que tu devras dire. »
Exode 4.10-12, Nouvelle Bible Segond.

Quatrième objection : Moïse dit qu'il « n'est pas un homme éloquent », qu'il a « la bouche et la langue pesantes ». Cette difficulté peut être un défaut d'élocution, ou simplement la crainte de parler en public. Après quarante ans en Madian, loin de la cour égyptienne, Moïse a perdu son assurance.

Dieu répond : « Qui a fait la bouche de l'homme ? [...] N'est-ce pas moi, l'Éternel ? ». C'est Dieu qui a créé la parole humaine, il peut donc donner à Moïse les mots nécessaires. Dieu promet : « Je serai avec ta bouche et je t'enseignerai ce que tu devras dire ». La compétence vient de Dieu, non de l'homme.

4.5. Aaron comme porte-parole

« Moïse dit : De grâce, Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer ! Alors la colère de l'Éternel s'enflamma contre Moïse, et il dit : N'y a-t-il pas ton frère Aaron, le Lévite ? Je sais qu'il peut parler, lui ! [...] Il parlera pour toi au peuple ; il sera ta bouche, et toi, tu seras pour lui comme Dieu. »
Exode 4.13-16, Nouvelle Bible Segond.

Cinquième objection, la plus grave : « Envoie qui tu voudras envoyer ! ». Moïse refuse implicitement la mission. « La colère de l'Éternel s'enflamma contre Moïse » : Dieu accepte les questions, mais pas le refus obstiné.

Dieu propose un compromis : Aaron, le frère de Moïse, sera son porte-parole. Aaron « peut parler », il est éloquent. « Il parlera pour toi au peuple ; il sera ta bouche, et toi, tu seras pour lui comme Dieu ». Moïse recevra les paroles de Dieu, Aaron les transmettra au peuple. Cette collaboration durera quarante ans, jusqu'à la mort d'Aaron (Nombres 20.22-29).

5. Portée théologique et historique

5.1. La providence dans le sauvetage de Moïse

L'histoire de Moïse montre la providence divine. Dieu utilise des moyens ordinaires (un panier, une princesse, une mère nourrice) pour sauver celui qui sauvera son peuple. La fille de Pharaon, ennemie potentielle, devient l'instrument du salut. Dieu transforme les obstacles en opportunités.

Moïse reçoit une double éducation : hébraïque (par sa mère) et égyptienne (à la cour). Cette formation hybride le prépare à sa mission : il connaît la culture égyptienne (pour affronter Pharaon) et la foi hébraïque (pour conduire le peuple vers Dieu).

5.2. L'appel et la réponse humaine

L'appel de Moïse au buisson ardent est un modèle de vocation prophétique. Dieu appelle par son nom, se révèle, donne une mission, et promet sa présence. Moïse répond par des objections, mais finalement obéit. Ce dialogue montre que Dieu accepte les questions humaines, mais attend l'obéissance.

Les cinq objections de Moïse (« Qui suis-je ? », « Quel est ton nom ? », « Ils ne me croiront pas », « Je ne sais pas parler », « Envoie quelqu'un d'autre ») sont communes à tous les appelés de Dieu (Ésaïe, Jérémie, Gédéon, Marie). Dieu répond toujours par une promesse : « Je serai avec toi ».

5.3. Le nom divin : YHWH

La révélation du nom « Je suis qui je suis » (YHWH) est centrale dans la Bible. Ce nom exprime l'être absolu, la liberté, la fidélité de Dieu. Il devient le nom par lequel Dieu se fait connaître à Israël, distinct des noms des dieux païens.

Dans le Nouveau Testament, Jésus reprend ce nom : « Avant qu'Abraham fût, je suis » (Jean 8.58), s'identifiant à YHWH. L'Apocalypse dit : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient » (Apocalypse 1.8). Le « Je suis » de l'Exode trouve son accomplissement en Jésus-Christ.

Conclusion

Exode 2 raconte la naissance et les premières années de Moïse. Sa mère le cache trois mois, puis le dépose dans un panier sur le Nil. La fille de Pharaon le découvre, le recueille et l'adopte. Moïse grandit à la cour, mais doit fuir après avoir tué un Égyptien. Il se réfugie en Madian, où il épouse Séphora et devient berger pendant quarante ans.

Exode 3 décrit l'appel de Moïse au buisson ardent. Dieu lui apparaît dans un buisson qui brûle sans se consumer, sur la montagne d'Horeb. Dieu se révèle comme « le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob » et envoie Moïse libérer son peuple d'Égypte.

Exode 4 relate les objections de Moïse et les signes que Dieu lui donne. Moïse objecte : « Qui suis-je ? », « Quel est ton nom ? », « Ils ne me croiront pas », « Je ne sais pas parler ». Dieu lui donne trois signes et lui promet : « Je serai avec ta bouche ». Aaron, son frère, sera son porte-parole. Moïse obéit enfin et retourne en Égypte pour accomplir sa mission.

Questions pour aller plus loin

  • Pourquoi la mère de Moïse le cache-t-elle pendant trois mois ?
  • Que symbolise le panier de joncs (tebah) et son lien avec l'arche de Noé ?
  • Comment la fille de Pharaon devient-elle l'instrument du salut de Moïse ?
  • Pourquoi la mère de Moïse devient-elle sa nourrice, et quelle importance cela a-t-il pour son éducation ?
  • Que signifie le nom « Moïse », et comment ce nom annonce-t-il sa mission future ?
  • Pourquoi Moïse tue-t-il l'Égyptien, et pourquoi cet acte est-il prématuré ?
  • Comment Moïse passe-t-il de la violence (tuer l'Égyptien) à la justice non-violente (défendre les filles de Jéthro) ?
  • Pourquoi Moïse reste-t-il quarante ans en Madian avant son appel ?
  • Que symbolise le buisson qui brûle sans se consumer ?
  • Pourquoi Dieu dit-il à Moïse : « Ote tes sandales, car le lieu est saint » ?
  • Que signifie le nom divin « Je suis qui je suis » (YHWH) ?
  • Pourquoi Moïse présente-t-il cinq objections à son appel, et comment Dieu répond-il à chacune ?
  • En quoi l'appel de Moïse ressemble-t-il à d'autres appels prophétiques dans la Bible ?
  • Pourquoi Dieu accepte-t-il qu'Aaron soit le porte-parole de Moïse ?
  • Comment la providence divine agit-elle tout au long de l'histoire de Moïse ?