Première partie — D'Abraham à Moïse
Chapitre 19 — La confrontation avec Pharaon
Exode 5 à 12 raconte la confrontation entre Moïse, Aaron et Pharaon. Moïse et Aaron demandent à Pharaon : « Laisse partir mon peuple, afin qu'il me célèbre une fête dans le désert ». Pharaon refuse et aggrave l'oppression : il supprime la paille pour les briques, obligeant les Hébreux à la ramasser eux-mêmes tout en maintenant le même quota.
Dieu envoie alors dix plaies sur l'Égypte pour contraindre Pharaon à libérer le peuple. Les cinq premières plaies (sang, grenouilles, moustiques, mouches, peste sur le bétail) montrent la puissance de Yahvé sur les dieux égyptiens. Pharaon durcit son cœur et refuse de céder.
Les cinq dernières plaies (ulcères, grêle, sauterelles, ténèbres, mort des premiers-nés) achèvent de briser la résistance de Pharaon. La dixième plaie, la plus terrible, frappe tous les premiers-nés d'Égypte, du fils de Pharaon au fils du captif. Les Israélites, protégés par le sang de l'agneau pascal sur leurs portes, sont épargnés. Pharaon cède enfin et ordonne aux Hébreux de partir.
1. La demande de libération
1.1. « Laisse partir mon peuple »
« Moïse et Aaron arrivèrent et dirent à Pharaon : Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Laisse partir mon peuple, afin qu'il me célèbre une fête dans le désert. Pharaon dit : Qui est l'Éternel, pour que j'écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas l'Éternel, et de plus, je ne laisserai pas partir Israël. »
Exode 5.1-2, Nouvelle Bible Segond.
Moïse et Aaron se présentent devant Pharaon avec un message divin : « Laisse partir mon peuple, afin qu'il me célèbre une fête dans le désert ». La demande est modérée : il ne s'agit pas encore d'une libération définitive, mais d'un pèlerinage de trois jours pour offrir des sacrifices à Dieu (Exode 3.18).
Pharaon refuse catégoriquement : « Qui est l'Éternel, pour que j'écoute sa voix ? [...] Je ne connais pas l'Éternel, et de plus, je ne laisserai pas partir Israël ». Ce refus est à la fois politique et religieux. Politiquement, Pharaon ne peut pas perdre sa main-d'œuvre servile. Religieusement, il ne reconnaît pas Yahvé : pour lui, les dieux égyptiens sont supérieurs.
1.2. L'aggravation de l'oppression
« Ce même jour, Pharaon donna cet ordre aux chefs de corvée et aux surveillants du peuple : Vous ne fournirez plus de paille au peuple pour faire des briques, comme hier et avant-hier ; qu'ils aillent eux-mêmes ramasser de la paille. Vous leur imposerez cependant la même quantité de briques qu'ils faisaient hier et avant-hier ; vous n'en diminuerez rien. »
Exode 5.6-8, Nouvelle Bible Segond.
Pharaon riposte en aggravant l'oppression. Jusque-là, les Égyptiens fournissaient la paille nécessaire à la fabrication des briques (la paille renforce l'argile et empêche les briques de se fissurer en séchant). Maintenant, les Hébreux doivent ramasser eux-mêmes la paille, tout en maintenant le même quota de briques.
Cette mesure est cruelle : elle rend le travail presque impossible. Les chefs de corvée égyptiens refusent de comprendre la difficulté : « Pourquoi n'avez-vous pas achevé votre tâche, ni hier ni aujourd'hui, en faisant vos briques comme avant ? » (Exode 5.14). Les surveillants hébreux sont battus pour leur incapacité à atteindre les quotas.
1.3. La plainte du peuple
« Les surveillants des fils d'Israël vinrent se plaindre à Pharaon : Pourquoi agis-tu ainsi envers tes serviteurs ? On ne donne point de paille à tes serviteurs, et l'on nous dit : Faites des briques ! Et voici, tes serviteurs sont battus, et c'est ton peuple qui a tort ! Pharaon dit : Vous êtes des paresseux, des paresseux ! C'est pourquoi vous dites : Allons, sacrifions à l'Éternel ! »
Exode 5.15-17, Nouvelle Bible Segond.
Les surveillants hébreux se plaignent à Pharaon : « On ne donne point de paille à tes serviteurs [...] tes serviteurs sont battus, et c'est ton peuple qui a tort ! ». Ils reconnaissent que les Hébreux sont « ton peuple » (le peuple de Pharaon), pas encore le peuple de Dieu.
Pharaon les accuse de paresse : « Vous êtes des paresseux ! C'est pourquoi vous dites : Allons, sacrifions à l'Éternel ! ». Pour Pharaon, la demande de culte est un prétexte pour échapper au travail. Il refuse de distinguer entre obligation religieuse et paresse. Cette incompréhension prépare les plaies : Pharaon apprendra que Yahvé est Dieu, non par des arguments, mais par des signes.
2. Le durcissement du conflit
2.1. La plainte de Moïse à Dieu
« Moïse retourna vers l'Éternel et dit : Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? Depuis que je suis allé vers Pharaon pour parler en ton nom, il a fait du mal à ce peuple, et tu n'as point délivré ton peuple. »
Exode 5.22-23, Nouvelle Bible Segond.
Moïse, découragé, se plaint à Dieu : « Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? ». La situation a empiré depuis son retour en Égypte. Moïse pensait que sa mission aboutirait rapidement à la libération, mais Pharaon a durci l'oppression.
Cette plainte est légitime : Moïse a obéi, et le peuple souffre davantage. Dieu ne condamne pas cette plainte, mais il répond par une promesse : « Tu verras maintenant ce que je ferai à Pharaon [...] ma main forte le contraindra de les laisser partir » (Exode 6.1). La délivrance viendra, mais par la puissance de Dieu, non par la négociation.
2.2. La généalogie de Moïse et Aaron
« Voici les chefs des maisons de leurs pères. Fils de Ruben, premier-né d'Israël : Hanoc, Pallu, Hetsron et Carmi ; ce sont là les familles de Ruben. [...] Ce sont là les familles des Lévites, selon leurs générations. [...] C'est ce même Aaron et ce même Moïse à qui l'Éternel dit : Faites sortir d'Égypte les fils d'Israël, rangés par leurs corps. C'est ce même Moïse et ce même Aaron qui parlèrent à Pharaon, roi d'Égypte, pour faire sortir d'Égypte les fils d'Israël. »
Exode 6.14, 25-27, 29-30, Nouvelle Bible Segond.
Exode 6 insère une généalogie de Moïse et Aaron, descendants de Lévi. Cette liste situe les deux frères dans l'histoire : ils ne sont pas des inconnus, mais des chefs de famille légitimes. Moïse a 80 ans, Aaron 83 ans (Exode 7.7) quand ils affrontent Pharaon.
Le texte insiste : « C'est ce même Aaron et ce même Moïse [...] C'est ce même Moïse et ce même Aaron ». Cette répétition souligne l'identité des protagonistes : ce sont bien les mêmes hommes, fragiles et hésitants, que Dieu utilise pour accomplir sa délivrance. La puissance vient de Dieu, non des instruments humains.
3. Les dix plaies d'Égypte
3.1. Premier signe : le bâton changé en serpent
« L'Éternel dit à Moïse et à Aaron : Si Pharaon vous dit : Faites un miracle, tu diras à Aaron : Prends ton bâton et jette-le devant Pharaon ; il deviendra un serpent. Moïse et Aaron arrivèrent vers Pharaon et firent ce que l'Éternel avait ordonné. Aaron jeta son bâton devant Pharaon et devant ses serviteurs, et il devint un serpent. Mais Pharaon appela les sages et les magiciens ; et les magiciens d'Égypte, eux aussi, firent la même chose par leurs enchantements. »
Exode 7.8-11, Nouvelle Bible Segond.
Avant les plaies, Dieu donne un signe miraculeux : le bâton d'Aaron devient un serpent. Ce signe authentifie la mission de Moïse et Aaron. Les magiciens égyptiens (Jannes et Jambres, selon 2 Timothée 3.8) reproduisent le miracle par leurs « enchantements », mais le serpent d'Aaron dévore les leurs, signe de la supériorité de Yahvé.
Ce premier signe prépare les plaies : il montre que la puissance de Dieu dépasse celle des magiciens égyptiens. Mais Pharaon ne cède pas : « Le cœur de Pharaon s'affermit, et il n'écouta point Moïse et Aaron, selon ce que l'Éternel avait dit » (Exode 7.13).
3.2. Première plaie : les eaux changées en sang
« L'Éternel dit à Moïse : Va vers Pharaon ; voici, son cœur s'est affermi ; il refuse de laisser partir le peuple. Va vers Pharaon le matin ; voici, il sortira vers les eaux ; tu te placeras sur le bord du fleuve pour l'attendre, et tu prendras dans ta main le bâton qui a été changé en serpent. Tu lui diras : L'Éternel, le Dieu des Hébreux, m'a envoyé vers toi, pour dire : Laisse partir mon peuple, afin qu'il me serve dans le désert. Voici, tu n'as point écouté jusqu'ici ; à ceci tu connaîtras que je suis l'Éternel. Voici, je vais frapper avec le bâton qui est dans ma main les eaux qui sont dans le fleuve, et elles seront changées en sang. »
Exode 7.14-17, Nouvelle Bible Segond.
Première plaie : les eaux du Nil sont changées en sang. Le Nil, dieu majeur de l'Égypte (Hâpy, dieu du Nil), est frappé. Les poissons meurent, le fleuve empeste, et les Égyptiens ne peuvent plus boire son eau. Cette plaie dure sept jours.
Les magiciens égyptiens reproduisent ce miracle (par illusion ou par puissance démoniaque), et « le cœur de Pharaon s'affermit, et il n'écouta point Moïse et Aaron » (Exode 7.22). Pharaon retourne chez lui, indifférent. Les Égyptiens creusent des puits autour du Nil pour boire, mais la plaie persiste.
3.3. Deuxième plaie : les grenouilles
« L'Éternel dit à Moïse : Va vers Pharaon, et tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel : Laisse partir mon peuple, afin qu'il me serve. Si tu refuses de laisser partir mon peuple, voici, je vais frapper tout ton territoire par des grenouilles. Le fleuve fourmillera de grenouilles ; elles monteront, elles entreront dans ta maison, dans la chambre où tu couches, sur ton lit, dans la maison de tes serviteurs et parmi ton peuple, dans tes fours et dans tes pétrins. »
Exode 8.1-3, Nouvelle Bible Segond.
Deuxième plaie : les grenouilles envahissent l'Égypte. Elles sortent du Nil (déjà pollué par la première plaie) et envahissent tout : maisons, chambres, lits, fours, pétrins. Cette invasion est grotesque et humiliante : les grenouilles, symboles de fertilité en Égypte (la déesse Heqet avait une tête de grenouille), deviennent une malédiction.
Les magiciens reproduisent encore ce miracle, aggravant la situation. Pharaon, accablé, demande à Moïse : « Priez l'Éternel, afin qu'il éloigne les grenouilles de moi et de mon peuple ; je laisserai partir le peuple, afin qu'il sacrifie à l'Éternel » (Exode 8.8). Moïse prie, les grenouilles meurent, mais « Pharaon, voyant qu'il y avait du répit, affermit son cœur et n'écouta point Moïse et Aaron » (Exode 8.15).
3.4. Troisième plaie : les moustiques
« L'Éternel dit à Moïse : Dis à Aaron : Étends ton bâton, et frappe la poussière de la terre, et elle deviendra des moustiques dans toute l'Égypte. Ils firent ainsi. Aaron étendit sa main avec son bâton, il frappa la poussière de la terre, et il y eut des moustiques sur les hommes et sur les animaux ; toute la poussière de la terre devint des moustiques dans toute l'Égypte. Les magiciens firent ainsi par leurs enchantements pour produire des moustiques, mais ils ne purent pas. Et il y eut des moustiques sur les hommes et sur les animaux. »
Exode 8.16-17, Nouvelle Bible Segond.
Troisième plaie : les moustiques (ou poux, selon les traductions) sortent de la poussière. Cette fois, les magiciens ne peuvent pas reproduire le miracle et disent à Pharaon : « C'est le doigt de Dieu » (Exode 8.19). Pour la première fois, les adversaires reconnaissent la puissance divine.
Mais Pharaon reste insensible : « Le cœur de Pharaon s'affermit, et il n'écouta point Moïse et Aaron, selon ce que l'Éternel avait dit » (Exode 8.19). Cette plaie montre que Dieu maîtrise même les plus petites choses : la poussière, invisible, devient instrument de jugement.
3.5. Quatrième plaie : les mouches venimeuses
« L'Éternel dit à Moïse : Lève-toi de bon matin, et présente-toi devant Pharaon ; voici, il sortira vers les eaux. Tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel : Laisse partir mon peuple, afin qu'il me serve. Car, si tu ne laisses point partir mon peuple, voici, j'enverrai contre toi, contre tes serviteurs, contre ton peuple et dans tes maisons, des mouches venimeuses. Les maisons des Égyptiens seront remplies de ces mouches, et aussi la terre sur laquelle ils sont. »
Exode 8.20-21, Nouvelle Bible Segond.
Quatrième plaie : les mouches venimeuses (ou taons) envahissent l'Égypte. Cette fois, Dieu fait une distinction : « En ce jour-là, je mettrai à part le pays de Goshen, où mon peuple séjourne ; il n'y aura point là de mouches venimeuses, afin que tu saches que je suis l'Éternel au milieu du pays » (Exode 8.22).
Cette distinction montre que les plaies ne sont pas des catastrophes naturelles, mais des jugements ciblés. Dieu épargne son peuple, prouvant qu'il est Seigneur. Pharaon cède partiellement : « Allez, sacrifiez à votre Dieu, mais dans le pays » (Exode 8.25). Moïse refuse : les sacrifices hébreux sont « une abomination pour les Égyptiens », et ils doivent partir trois jours dans le désert.
3.6. Cinquième plaie : la peste sur le bétail
« L'Éternel dit à Moïse : Va vers Pharaon, et tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel, le Dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple, afin qu'il me serve. Car, si tu refuses de laisser partir mon peuple et si tu retiens encore, voici, la main de l'Éternel sera sur ton bétail qui est dans les champs, sur les chevaux, sur les ânes, sur les chameaux, sur les bœufs et sur les brebis ; il y aura une peste très grave. »
Exode 9.1-3, Nouvelle Bible Segond.
Cinquième plaie : une peste frappe le bétail égyptien. Tous les animaux des champs meurent, mais « l'Éternel fit une distinction entre le bétail d'Israël et celui des Égyptiens, et il ne mourut aucun animal du bétail des fils d'Israël » (Exode 9.4). Pharaon envoie vérifier : aucun animal hébreu n'est mort.
Malgré cette preuve, « le cœur de Pharaon s'affermit, et il ne laissa point aller le peuple » (Exode 9.7). Cette plaie frappe les dieux égyptiens du bétail (Hathor, déesse à tête de vache ; Apis, taureau sacré). Yahvé montre qu'il est Maître même des dieux animaux de l'Égypte.
3.7. Sixième plaie : les ulcères
« L'Éternel dit à Moïse et à Aaron : Prenez dans vos mains chacun une pleine poignée de cendre d'un fourneau, et que Moïse la jette vers le ciel, sous les yeux de Pharaon. Elle deviendra une poussière fine sur toute l'Égypte, et elle produira, sur les hommes et sur les animaux, des ulcères qui éclateront en tumeurs, dans toute l'Égypte. »
Exode 9.8-9, Nouvelle Bible Segond.
Sixième plaie : des ulcères (ou tumeurs) couvrent les Égyptiens et leurs animaux. La cendre du fourneau (peut-être des cendres de briqueteries, symbole du travail forcé) est jetée vers le ciel et devient poussière sur toute l'Égypte. Les magiciens, frappés eux-mêmes, « ne purent se tenir devant Moïse à cause des ulcères, car les ulcères étaient sur les magiciens comme sur tous les Égyptiens » (Exode 9.11).
Pour la première fois, « l'Éternel affermit le cœur de Pharaon » (Exode 9.12). Jusque-là, Pharaon avait endurci son propre cœur ; maintenant, Dieu confirme cet endurcissement. Pharaon « n'écouta point Moïse et Aaron, selon ce que l'Éternel avait dit à Moïse ».
3.8. Septième plaie : la grêle
« L'Éternel dit à Moïse : Étends ta main vers le ciel, et qu'il y ait de la grêle dans toute l'Égypte, sur les hommes, sur les animaux, et sur toute herbe de la terre, dans l'Égypte. Moïse étendit son bâton vers le ciel. L'Éternel fit tonner, et la grêle tomba ; le feu se précipita sur la terre. L'Éternel fit pleuvoir de la grêle sur l'Égypte. La grêle tomba, et le feu se mêlait à la grêle ; elle était d'une violence telle qu'il n'y en avait point eu de semblable dans toute l'Égypte depuis qu'elle était devenue une nation. »
Exode 9.22-24, Nouvelle Bible Segond.
Septième plaie : la grêle, accompagnée de feu (éclairs), ravage l'Égypte. « La grêle frappa, dans toute l'Égypte, tout ce qui était dans les champs, depuis les hommes jusqu'aux animaux ; la grêle frappa aussi toute herbe des champs et brisa tous les arbres des champs » (Exode 9.25). Seul le pays de Goshen est épargné.
Cette fois, certains serviteurs de Pharaon craignent la parole de Dieu et mettent leurs serviteurs et leur bétail à l'abri (Exode 9.20). Pharaon, partiellement convaincu, avoue : « J'ai péché cette fois. L'Éternel est juste, moi et mon peuple, nous sommes coupables » (Exode 9.27). Mais dès que la grêle cesse, « il pécha de nouveau, et il affermit son cœur, lui et ses serviteurs » (Exode 9.34).
3.9. Huitième plaie : les sauterelles
« L'Éternel dit à Moïse : Va vers Pharaon, car j'ai affermi son cœur et celui de ses serviteurs, afin que je mette ces signes au milieu d'eux, et afin que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils comment j'ai traité l'Égypte et quels signes j'ai mis au milieu d'eux. Et vous saurez que je suis l'Éternel. »
Exode 10.1-2, Nouvelle Bible Segond.
Huitième plaie : les sauterelles. Dieu annonce qu'il a « affermit le cœur » de Pharaon pour multiplier les signes. Les sauterelles couvrent le pays, dévorant tout ce que la grêle a épargné. « Elles couvrirent la surface de tout le pays, et le pays fut dans l'obscurité ; elles dévorèrent toute herbe de la terre et tout le fruit des arbres que la grêle avait laissés ; il ne resta aucune verdure aux arbres et aux herbes des champs, dans toute l'Égypte » (Exode 10.15).
Pharaon cède partiellement : « Allez, servez l'Éternel, votre Dieu. Qui sont ceux qui iront ? » (Exode 10.8). Moïse répond : « Nous irons avec nos enfants et avec nos vieillards, avec nos fils et avec nos filles, avec nos brebis et avec nos bœufs » (Exode 10.9). Pharaon refuse : « Que l'Éternel soit avec vous, si je vous laisse aller, vous et vos enfants ! Prenez garde, car le malheur est devant vous ! » (Exode 10.10).
3.10. Neuvième plaie : les ténèbres
« L'Éternel dit à Moïse : Étends ta main vers le ciel, et il y aura dans toute l'Égypte des ténèbres si épaisses qu'on pourra les toucher. Moïse étendit sa main vers le ciel, et il y eut d'épaisses ténèbres dans toute l'Égypte, pendant trois jours. On ne se voyait point les uns les autres, et l'on ne se leva point de sa place pendant trois jours ; mais tous les fils d'Israël avaient de la lumière dans leurs demeures. »
Exode 10.21-23, Nouvelle Bible Segond.
Neuvième plaie : des ténèbres épaisses couvrent l'Égypte pendant trois jours. Ces ténèbres sont surnaturelles : « on pourra les toucher ». Elles frappent Rê, le dieu-soleil de l'Égypte, montrant que Yahvé est Maître même du soleil. Les Égyptiens ne peuvent ni se voir ni se déplacer.
Mais « tous les fils d'Israël avaient de la lumière dans leurs demeures ». Cette distinction radicale montre que Dieu sépare son peuple des Égyptiens. Pharaon propose un compromis : « Allez, servez l'Éternel ; il n'y aura que vos brebis et vos bœufs qui resteront ; que vos enfants aillent aussi avec vous » (Exode 10.24). Moïse refuse : « Tu mettras toi-même entre nos mains des sacrifices et des holocaustes que nous offrirons à l'Éternel, notre Dieu. Notre bétail ira aussi avec nous » (Exode 10.25-26).
4. La dixième plaie et la Pâque
4.1. L'institution de la Pâque
« L'Éternel dit à Moïse et à Aaron, dans le pays d'Égypte : Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année. Parlez à toute l'assemblée d'Israël, et dites : Le dixième jour de ce mois, que l'on prenne chacun un agneau selon les maisons de pères, un agneau par maison. [...] Ce sera un agneau sans défaut, mâle, âgé d'un an ; vous pourrez prendre un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois ; et toute l'assemblée d'Israël l'immolera entre les deux soirs. »
Exode 12.1-3, 5-6, Nouvelle Bible Segond.
Avant la dixième plaie, Dieu institue la Pâque. Ce mois (Abib, mars-avril) devient le premier de l'année pour Israël, marquant une nouvelle création. Chaque famille prend un agneau sans défaut, mâle, d'un an, et l'immole le 14 du mois « entre les deux soirs » (au crépuscule).
Le sang de l'agneau est mis « sur les deux poteaux et sur le linteau de la maison » (Exode 12.7). Cette marque distingue les maisons israélites des égyptiennes. La chair est rôtie au feu, mangée avec des pains sans levain et des herbes amères, « vos reins ceints, vos souliers aux pieds, et votre bâton à la main ; et vous la mangerez à la hâte. C'est la Pâque de l'Éternel » (Exode 12.11).
4.2. « Je verrai le sang et je passerai par-dessus vous »
« Je passerai dans l'Égypte cette nuit-là, et je frapperai tout premier-né dans l'Égypte, depuis l'homme jusqu'au bétail, et j'exercerai des jugements contre tous les dieux de l'Égypte. Je suis l'Éternel. Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez ; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point parmi vous de plaie qui vous détruise, quand je frapperai l'Égypte. »
Exode 12.12-13, Nouvelle Bible Segond.
La dixième plaie est annoncée : « Je passerai dans l'Égypte cette nuit-là, et je frapperai tout premier-né dans l'Égypte ». Cette plaie est un jugement contre « tous les dieux de l'Égypte » : le premier-né de Pharaon était considéré comme divin, héritier du trône et fils du dieu-soleil Rê.
Le sang de l'agneau est un signe : « Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous ». Le verbe « passer par-dessus » (hébreu : pasach) donne le nom de « Pâque » (hébreu : Pesach). L'agneau pascal préfigure l'agneau de Dieu, Jésus-Christ, « qui ôte le péché du monde » (Jean 1.29). Paul dit : « Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Corinthiens 5.7).
4.3. La mort des premiers-nés
« Au milieu de la nuit, l'Éternel frappa tout premier-né dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né de Pharaon assis sur son trône jusqu'au premier-né du captif dans la prison, et tout premier-né des animaux. Pharaon se leva pendant la nuit, lui et tous ses serviteurs, et tous les Égyptiens ; et il y eut de grands cris en Égypte, car il n'y avait point de maison où il n'y eût un mort. Pharaon appela Moïse et Aaron, de nuit, et dit : Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple, vous et les fils d'Israël ; allez, servez l'Éternel, comme vous l'avez dit. »
Exode 12.29-31, Nouvelle Bible Segond.
À minuit, la dixième plaie frappe : « tout premier-né dans le pays d'Égypte » meurt, « depuis le premier-né de Pharaon assis sur son trône jusqu'au premier-né du captif dans la prison ». Aucun foyer égyptien n'est épargné. « Il y eut de grands cris en Égypte, car il n'y avait point de maison où il n'y eût un mort ».
Pharaon, brisé, appelle Moïse et Aaron de nuit : « Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple, vous et les fils d'Israël ; allez, servez l'Éternel, comme vous l'avez dit ». La demande initiale (Exode 5.1) est enfin accordée, mais après dix plaies et la mort des premiers-nés. Pharaon ajoute : « Prenez vos brebis et vos bœufs, comme vous l'avez dit, et partez ; et bénissez-moi aussi » (Exode 12.32).
4.4. Le départ précipité
« Les fils d'Israël partirent de Ramsès pour Succoth, au nombre d'environ six cent mille hommes de pied, sans les enfants. Il y eut aussi un grand mélange de gens qui montèrent avec eux, avec des brebis et des bœufs, un très grand nombre de troupeaux. Ils firent cuire avec du levain la pâte qu'ils avaient emportée d'Égypte ; car elle n'avait pas fermenté, parce qu'ils avaient été chassés d'Égypte et n'avaient pu tarder ; ils ne s'étaient pas fait de provisions. »
Exode 12.37-39, Nouvelle Bible Segond.
Les Israélites partent de Ramsès (la capitale) pour Succoth, au nombre de « six cent mille hommes de pied, sans les enfants ». Ce chiffre (600 000 hommes) implique une population totale d'environ 2 à 3 millions de personnes, incluant femmes et enfants. Un « grand mélange de gens » (une « multitude mêlée ») les accompagne : des Égyptiens et des étrangers qui se joignent à Israël.
Ils partent précipitamment : la pâte n'a pas fermenté, d'où la tradition des pains sans levain pendant la Pâque. Ils emmènent leurs troupeaux, comme Moïse l'avait exigé. Ce départ marque la fin de 430 ans de séjour en Égypte (Exode 12.40-41) : « Au bout de quatre cent trente ans, le jour même, toutes les armées de l'Éternel sortirent du pays d'Égypte ».
5. Portée théologique et historique
5.1. Les plaies : jugements contre les dieux de l'Égypte
Les dix plaies ne sont pas seulement des catastrophes naturelles, mais des jugements contre les dieux égyptiens. Chaque plaie frappe un domaine spécifique : le Nil (dieu Hâpy), les grenouilles (déesse Heqet), le soleil (dieu Rê), le bétail (déesse Hathor), etc. Yahvé montre qu'il est le seul Dieu, Maître de toute la création.
Exode 12.12 dit explicitement : « J'exercerai des jugements contre tous les dieux de l'Égypte ». Nombres 33.4 ajoute : « L'Éternel exerçait ses jugements contre leurs dieux ». Les plaies révèlent l'impuissance des idoles face au Dieu vivant.
5.2. Le durcissement du cœur de Pharaon
Le texte alterne entre « Pharaon affermit son cœur » (lui-même) et « l'Éternel affermit le cœur de Pharaon ». Cette tension théologique montre la responsabilité humaine et la souveraineté divine. Pharaon endurcit son cœur volontairement (plaies 1-5), puis Dieu confirme cet endurcissement (plaies 6-10).
Romains 9.17-18 cite ce récit : « Car l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein, pour montrer en toi ma puissance [...] Ainsi donc, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut ». Paul utilise cet exemple pour illustrer la souveraineté divine dans le salut, sans nier la responsabilité humaine.
5.3. La Pâque : préfiguration du sacrifice du Christ
L'agneau pascal préfigure Jésus-Christ. Jean-Baptiste dit de Jésus : « Voici l'agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1.29). Paul affirme : « Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Corinthiens 5.7). Pierre écrit : « sachant que ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés [...] mais par le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pierre 1.18-19).
Le sang de l'agneau sur les portes protège de la mort ; le sang de Christ sur la croix protège du jugement divin. La Pâque juive trouve son accomplissement dans l'Eucharistie chrétienne, instituée par Jésus lors de la dernière Pâque (Matthieu 26.26-28).
Conclusion
Exode 5 à 12 raconte la confrontation entre Moïse, Aaron et Pharaon. Moïse demande : « Laisse partir mon peuple, afin qu'il me célèbre une fête dans le désert ». Pharaon refuse et aggrave l'oppression : il supprime la paille pour les briques. Dieu envoie alors dix plaies sur l'Égypte.
Les cinq premières plaies (sang, grenouilles, moustiques, mouches, peste sur le bétail) montrent la puissance de Yahvé sur les dieux égyptiens. Pharaon durcit son cœur et refuse de céder. Les cinq dernières plaies (ulcères, grêle, sauterelles, ténèbres, mort des premiers-nés) achèvent de briser sa résistance.
La dixième plaie frappe tous les premiers-nés d'Égypte. Les Israélites, protégés par le sang de l'agneau pascal, sont épargnés. Pharaon cède enfin et ordonne aux Hébreux de partir. Six cent mille hommes, avec leurs femmes, enfants et troupeaux, quittent l'Égypte après 430 ans de séjour. La Pâque devient le mémorial perpétuel de cette délivrance, préfigurant le sacrifice du Christ.
Questions pour aller plus loin
- Pourquoi Pharaon refuse-t-il la demande de Moïse : « Qui est l'Éternel, pour que j'écoute sa voix ? »
- Comment l'aggravation de l'oppression (suppression de la paille) prépare-t-elle les plaies ?
- Pourquoi Moïse se plaint-il à Dieu après l'aggravation de l'oppression ?
- Que signifie l'expression « affermit son cœur » appliquée à Pharaon ?
- Pourquoi les magiciens égyptiens peuvent-ils reproduire certains miracles, mais pas tous ?
- Comment chaque plaie frappe-t-elle un dieu égyptien spécifique ?
- Pourquoi Dieu fait-il une distinction entre les Égyptiens et les Israélites dès la quatrième plaie ?
- À partir de quelle plaie Dieu affermit-il lui-même le cœur de Pharaon ?
- Que signifie l'institution de la Pâque comme premier mois de l'année ?
- Pourquoi l'agneau pascal doit-il être « sans défaut, mâle, âgé d'un an » ?
- Comment le sang de l'agneau protège-t-il les maisons israélites ?
- En quoi la Pâque juive préfigure-t-elle le sacrifice du Christ ?
- Pourquoi la dixième plaie frappe-t-elle spécifiquement les premiers-nés ?
- Comment comprendre la tension entre la responsabilité de Pharaon et la souveraineté de Dieu dans le durcissement du cœur ?
- Que symbolise le départ précipité d'Israël avec des pains sans levain ?
