Deuxième partie — De la conquête à la naissance de la royauté
De Josué à Saül
Ce chapitre conduit le peuple issu de l'Exode depuis l'entrée en Canaan jusqu'à l'instauration de la royauté. Il couvre environ deux siècles (c. 1250-1030 av. J.-C.), période pour laquelle l'archéologie apporte des éléments contrastés, parfois difficiles à harmoniser avec le récit continu du livre de Josué.
1. Josué et l'installation en Canaan
1.1. Le récit biblique de la conquête
Le livre de Josué relate le passage du Jourdain, la prise de Jéricho puis d'Aï, et une série de campagnes présentées comme rapides et décisives, avant le partage du pays entre les tribus (Jos 13-21).
« Fortifie-toi et prends courage, car c'est toi qui mettras ce peuple en possession du pays que j'ai juré à leurs pères de leur donner. »
Josué 1.6
« Josué prit donc tout le pays, selon tout ce que l'Éternel avait dit à Moïse. Et Josué le donna en héritage à Israël, à chacun sa portion, d'après leurs tribus. »
Josué 11.23
1.2. Les données archéologiques
L'archéologie de la fin du Bronze récent et du début de l'âge du Fer présente un tableau plus composite. Certaines villes citées comme détruites ne livrent aucune trace de destruction à cette époque : les fouilles de Jéricho ne montrent pas d'occupation urbaine notable au 13e siècle. Dans le même temps, la montagne centrale connaît la multiplication de petits villages non fortifiés, sans traces de conquête violente. Ces constats ont conduit une partie des historiens à envisager, à côté ou à la place d'une conquête militaire unifiée, des processus d'infiltration progressive et de sédentarisation de populations locales.
1.3. Une occupation partielle
Le livre des Juges conserve lui-même la mémoire d'une installation partielle, en tension avec le récit systématique de Josué. Le livre de Josué s'achève sur le renouvellement de l'alliance à Sichem, où le peuple s'engage à servir le seul Dieu qui l'a fait sortir d'Égypte.
« Choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir... Moi et ma maison, nous servirons l'Éternel. »
Josué 24.15
2. La période des Juges
2.1. Un schéma récurrent
Le livre des Juges décrit un cycle : infidélité du peuple, oppression par un ennemi voisin, cri vers Dieu, envoi d'un « juge » libérateur, puis paix jusqu'à la rechute suivante.
« Les enfants d'Israël firent ce qui déplaît à l'Éternel ; ils oublièrent l'Éternel, leur Dieu, et ils servirent les Baals et les Astartés. »
Juges 3.7
2.2. Les figures principales
- Deborah, prophétesse et juge, conduit avec Baraq la victoire sur Sisera ; son cantique compte parmi les textes poétiques les plus anciens de la Bible (Jg 4-5).
- Gédéon libère Israël des Madianites avec une troupe volontairement réduite, signe que la victoire vient de Dieu (Jg 7).
- Jephté, chef de bande rappelé par les anciens de Galaad, l'emporte sur les Ammonites au prix d'un vœu tragique (Jg 11).
- Samson, consacré nazir avant sa naissance, lutte seul contre les Philistins et périt avec eux (Jg 13-16).
2.3. Une organisation tribale
Cette période sans autorité centrale correspond à une confédération tribale lâche, fédérée par la référence commune à Dieu et, ponctuellement, par l'urgence militaire face aux Philistins, aux Ammonites ou aux Madianites. Le livre se clôt sur une formule qui prépare la royauté.
« En ce temps-là, il n'y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon. »
Juges 21.25
3. Samuel, prophète et dernier juge
3.1. La vocation de Samuel
Le premier livre de Samuel s'ouvre sur la naissance de Samuel, consacré au Seigneur par sa mère Anne, puis élevé auprès du sanctuaire de Silo.
« Samuel grandissait, l'Éternel était avec lui, et il ne laissa tomber à terre aucune de ses paroles. »
1 Samuel 3.19
3.2. La crise philistine et la demande d'un roi
La capture de l'arche d'alliance par les Philistins (1 S 4-6) manifeste la fragilité du sanctuaire central de Silo. Samuel vieillissant, ses fils jugent avec injustice ; les anciens d'Israël réclament alors un roi.
« Établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. »
1 Samuel 8.5
Le texte enregistre l'ambivalence de cette requête : Dieu l'interprète comme un rejet de sa propre royauté (1 S 8,7), tandis que Samuel énonce le « droit du roi », c'est-à-dire le poids fiscal et militaire que la monarchie fera peser sur le peuple (1 S 8,11-18).
4. Saül, premier roi d'Israël
4.1. L'onction
Sur l'ordre de Dieu, Samuel oint Saül, de la tribu de Benjamin, dans un contexte de pression militaire croissante des Philistins.
« Samuel prit une fiole d'huile, qu'il répandit sur la tête de Saül. Il le baisa, et dit : L'Éternel ne t'a-t-il pas oint pour que tu sois le chef de son héritage ? »
1 Samuel 10.1
4.2. Un règne contesté
Après des succès initiaux contre les Ammonites et les Philistins, le règne se dégrade : désobéissances rituelles et militaires (1 S 13 ; 1 S 15), rupture avec Samuel, onction secrète de David comme successeur (1 S 16), puis rivalité obsessionnelle avec ce dernier.
« L'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. »
1 Samuel 15.22
4.3. La fin sur le Guilboa
Saül et ses fils meurent face aux Philistins sur le mont Guilboa (1 S 31). David en fait l'éloge funèbre, refusant de se réjouir de la chute de son adversaire.
« L'élite d'Israël a succombé sur tes collines ! Comment des héros sont-ils tombés ? »
2 Samuel 1.19
De l'entrée en Canaan à la mort de Saül, Israël passe d'une confédération de tribus sans pouvoir central à une monarchie naissante, encore fragile. Le texte biblique interprète cette transition comme une tension entre la fidélité à l'alliance du Sinaï et le désir de se conformer aux nations voisines, tension qui traversera toute l'histoire de la royauté.
