Formation théologique

Quatrième partie — Du retour d'exil à Jésus

De Cyrus à Jésus

Ce dernier chapitre conduit de l'édit de Cyrus (538 av. J.-C.) à Jésus de Nazareth, sur près de six siècles. Il traverse quatre dominations successives — perse, hellénistique, hasmonéenne, romaine — durant lesquelles se forme le judaïsme du Second Temple, dans lequel Jésus naît, enseigne et meurt.

1. La période perse : retour et reconstruction

1.1. L'édit de Cyrus

La conquête de Babylone par Cyrus II en 539 av. J.-C. change la situation des exilés. La politique achéménide de restauration des cultes locaux, connue par ailleurs grâce au cylindre de Cyrus, autorise le retour et la reconstruction du sanctuaire de Jérusalem.

« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : L'Éternel, le Dieu des cieux, m'a donné tous les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem en Juda. »
Esdras 1.2

1.2. Le second Temple

Le retour s'effectue par vagues successives, non sans résistances locales. Le second Temple, plus modeste que celui de Salomon, est achevé en 515 av. J.-C. sous l'impulsion de Zorobabel et des prophètes Aggée et Zacharie.

« La gloire de cette dernière maison sera plus grande que celle de la première, dit l'Éternel des armées ; et c'est dans ce lieu que je donnerai la paix. »
Aggée 2.9

1.3. Esdras et Néhémie

Un siècle plus tard, les missions d'Esdras et de Néhémie restaurent la Torah comme charte communautaire et relèvent les murailles de Jérusalem, dans le cadre d'une province perse, le Yehoud. Cette période fixe des traits durables du judaïsme : centralité du Temple et de la Loi, souci de l'identité communautaire, essor progressif de la synagogue comme lieu de lecture et d'enseignement.

« Esdras ouvrit le livre à la vue de tout le peuple... Et tout le peuple répondit : Amen ! Amen ! »
Néhémie 8.5-6

2. Les dominations hellénistiques

2.1. D'Alexandre aux Lagides et aux Séleucides

La conquête d'Alexandre le Grand (332 av. J.-C.) fait entrer la Judée dans le monde hellénistique. Après le partage de son empire, la région passe sous l'autorité des Lagides d'Égypte, puis, à partir de 200 av. J.-C., sous celle des Séleucides de Syrie. C'est dans la diaspora d'Alexandrie que se constitue la traduction grecque des Écritures, la Septante.

2.2. La crise d'Antiochos IV et la révolte des Maccabées

La politique d'hellénisation forcée d'Antiochos IV Épiphane, qui profane le Temple et interdit le culte juif en 167 av. J.-C., provoque la révolte conduite par Mattathias puis par son fils Judas Maccabée.

« Ils purifièrent le sanctuaire... et célébrèrent la dédicace de l'autel pendant huit jours, dans la joie. »
1 Maccabées 4.48.56

C'est également dans ce contexte de persécution qu'apparaît, dans le livre de Daniel et au second livre des Maccabées, une affirmation explicite de la résurrection des justes (2 M 7,9 ; Dn 12,2).

2.3. L'État hasmonéen

La révolte débouche sur une indépendance politique progressive sous la dynastie hasmonéenne, qui cumule bientôt les fonctions de grand prêtre et de roi. Ce cumul, contesté par plusieurs courants juifs, et les rivalités dynastiques de la fin du 2e siècle affaiblissent l'État hasmonéen.

3. L'irruption de Rome

3.1. Pompée et la fin de l'indépendance

Profitant des divisions hasmonéennes, Pompée prend Jérusalem en 63 av. J.-C. La Judée devient un royaume client de Rome.

3.2. Hérode le Grand

Hérode, d'origine iduméenne, est établi roi des Juifs par le sénat romain en 40 av. J.-C. et impose son autorité effective à partir de 37. Son règne est marqué par de grands travaux — dont l'agrandissement monumental du Temple, Césarée maritime, Massada — et par une répression sévère de toute opposition. Sa mort, généralement située en 4 av. J.-C., constitue un repère pour la datation de la naissance de Jésus, compte tenu du décalage introduit plus tard dans le comput chrétien.

3.3. L'administration romaine directe

Le royaume est partagé entre les fils d'Hérode ; la Judée passe sous administration romaine directe à partir de 6 apr. J.-C., par des préfets, dont Ponce Pilate (26-36), tandis que la Galilée reste à Hérode Antipas.

4. Le judaïsme du Second Temple

Le judaïsme de cette époque n'est pas monolithique. Plusieurs courants coexistent autour du Temple, centre commun.

  • Les pharisiens, attachés à l'observance de la Loi et à la tradition orale, très présents dans la vie des communautés locales.
  • Les sadducéens, liés à l'aristocratie sacerdotale du Temple, s'en tenant à la Loi écrite et rejetant la croyance en la résurrection.
  • Les esséniens, dont la communauté de Qumrân — ses manuscrits ont été découverts à partir de 1947 — vit à l'écart dans une attente eschatologique.
  • Les zélotes et les mouvances apparentées, partisans d'une résistance armée à la domination romaine.

5. Jésus dans l'histoire d'Israël

5.1. Un ministère daté et situé

C'est dans ce contexte — Temple encore debout, diversité des courants juifs, occupation romaine, attentes messianiques nourries par les prophètes — que naît et enseigne Jésus de Nazareth. Luc situe son ministère avec une précision de chroniqueur.

« La quinzième année du règne de Tibère César, lorsque Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée... la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. »
Luc 3.1-2

5.2. Un juif de Galilée

Jésus prêche en Galilée puis à Jérusalem, fréquente les synagogues et monte au Temple pour les fêtes. Son enseignement s'inscrit dans les débats de son temps sur la Loi, la pureté, le sabbat et le Royaume à venir. Sa mort, décidée par les autorités du Temple en accord avec le pouvoir romain, relève des rapports de force propres à la Judée du 1er siècle ; sa responsabilité ne saurait être imputée au peuple juif comme tel, ni d'alors ni d'aujourd'hui (cf. Nostra aetate n. 4 ; CEC 597-598).

« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. »
Matthieu 5.17

5.3. La destruction du Temple en 70

Quelques décennies plus tard, la révolte juive de 66-70 s'achève par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par les armées de Titus, épisode raconté en détail par Flavius Josèphe. Cet événement clôt l'histoire du judaïsme du Second Temple et ouvre, pour le judaïsme rabbinique comme pour le christianisme naissant, des voies de développement distinctes.

Du retour d'exil à Jésus, l'histoire d'Israël traverse quatre dominations impériales sans perdre le fil de son identité religieuse, centrée sur la Torah et le Temple, puis, après 70, sur la Torah et l'étude. Pour la foi chrétienne, cette longue histoire trouve en Jésus de Nazareth son accomplissement, sans que l'alliance avec Israël soit pour autant révoquée : « car Dieu ne regrette pas ses dons ni son appel » (Rm 11,29).