Formation théologique

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Petit traité de théologie morale sur cléricalisme

Le curé fait tout et sait tout

Il existe, dans certaines paroisses, une règle non écrite mais universellement comprise : le curé décide, le conseil pastoral approuve, et les fidèles apprennent. On l'appelle parfois « discernement communautaire », ce qui est une belle formule pour désigner une réunion où tout le monde parle, où une seule personne tranche, et où cette personne avait déjà tranché avant que la réunion ne commence.

Le conseil pastoral, ou l'art de consulter sans être lié

Le droit canonique prévoit des conseils, des synodes et des assemblées où les laïcs sont invités à donner leur avis. Il précise aussi, dans une clause que personne ne lit jamais à voix haute, que cet avis reste consultatif. On mesure la différence entre les deux mots en observant ce qui se passe quand l'avis du conseil et celui du curé divergent : le premier repart en procès-verbal, le second repart en décision. Ainsi fonctionne un système où l'on demande poliment son opinion à quelqu'un, à seule fin de pouvoir dire, plus tard, qu'on la lui a demandée.

Les femmes, gardiennes de tout sauf du micro

Dans la plupart des paroisses, ce sont des femmes qui préparent les catéchismes, fleurissent l'autel, tiennent la comptabilité, organisent les obsèques, accompagnent les familles en deuil et rappellent au curé, avec une patience remarquable, le nom des paroissiens qu'il devrait connaître depuis dix ans. Elles font, en somme, fonctionner la paroisse. Elles ne la dirigent pas. Le jour du conseil économique, elles sont dans la salle ; le jour de la décision finale, elles apprennent le résultat par la feuille paroissiale, entre l'horaire des messes et l'appel aux dons pour la toiture.

La consultation, cette liturgie sans conséquence

On aime, dans l'Église contemporaine, consulter le peuple de Dieu. On distribue des questionnaires avant les synodes, on ouvre des temps de parole, on affiche même, sur les murs du fond, des post-it pleins de bonne volonté. Le rite est sincère ; son efficacité, plus discutable. Les réponses remontent, se résument, se synthétisent, et retombent en un document où l'on retrouve, presque mot pour mot, ce que la hiérarchie pensait déjà avant d'ouvrir la consultation. On appelle cela de l'écoute ; un sociologue plus taquin y verrait une manière élégante de faire durer l'attente sans jamais toucher au calendrier.

Petit lexique clérical de la participation laïque

« Vous êtes pleinement associés à la vie de la paroisse » signifie, en pratique, que l'on peut organiser la kermesse, mais pas le budget. « Nous valorisons l'apport irremplaçable des femmes » se traduit le plus souvent par une reconnaissance chaleureuse, prononcée en chaire, suivie d'un conseil presbytéral où elles ne siègent toujours pas. « Le dernier mot revient au curé, dans un esprit de communion » est peut-être la formule la plus honnête de tout ce vocabulaire, à condition d'entendre que la communion, ici, circule surtout dans un seul sens.

Un déséquilibre que la théologie elle-même ne justifie pas entièrement

Le sacerdoce ministériel confère une fonction précise, sacramentelle, que l'Église réserve aux prêtres. Il n'a jamais impliqué, en revanche, que la gestion d'un budget paroissial, l'organisation d'un catéchisme ou la présidence d'un conseil économique relèvent d'une compétence surnaturelle transmise par l'ordination. Beaucoup de décisions aujourd'hui concentrées entre les mains du clergé pourraient, sans dommage doctrinal, être partagées avec les laïcs qui portent, dans les faits, l'essentiel du travail quotidien. Que cette évidence pratique peine autant à devenir une évidence institutionnelle en dit plus long sur les habitudes de pouvoir que sur la théologie du sacerdoce elle-même.

De la compétence, ou l'étrange spécialisation du sacré

Il faut ici rendre justice au curé : il existe un domaine, un seul, où sa compétence demeure incontestée, à savoir le sacerdoce lui-même, ce mot qui signifie étymologiquement la conduite du sacré et rien d'autre. Son investissement tous azimuts donne l'imression qu'il est compétent dans tous les secteur de la gestion des ressources humaines, du matériel, de la gouvernance, etc. Pourtant, la paroisse regorge de spécialistes bénévoles nettement plus qualifiés que lui : le trésorier laïc qui tient une comptabilité que le curé regarde avec la perplexité d'un catéchumène devant un missel en latin, l'ancienne institutrice qui rédige un catéchisme plus clair que ses homélies, l'informaticien du dimanche qui répare le micro pendant que le célébrant continue de parler dans le vide, persuadé que le problème vient de l'Esprit Saint plutôt que du câble HDMI. On aimerait qu'une telle diversité de talents inspire un partage proportionné des décisions ; il arrive plus souvent qu'elle inspire, chez le seul détenteur du sacré, la conviction discrète que cette compétence unique justifie, par une sorte d'extension mystérieuse, toutes les autres.

Conclusion, où l'on referme le conseil pastoral en attendant le prochain

Le cléricalisme ne se loge pas seulement dans les grandes affaires ; il se love surtout dans les petites, celles où l'on décide, sans même y penser, qui a le droit de proposer et qui n'a que celui d'exécuter. Une Église qui demande à ses fidèles, et particulièrement à ses fidèles féminines, de porter le poids du service sans jamais leur confier le poids de la décision, ne trahit peut-être aucun dogme ; elle trahit, plus simplement, l'Évangile qu'elle prétend annoncer, où le service et l'autorité n'ont jamais été deux affaires séparées.