Formation théologique

Humour

Petit traité de théologie morale sur l'intelligence artificielle

A l'image de l'homme

Dieu créa l'homme à son image ; l'homme, moins ambitieux, a créé l'intelligence artificielle à l'image de sa propre conversation de comptoir, avec beaucoup plus de vocabulaire et infiniment moins de patience pour se relire. Il en résulte une créature qui sait tout, qui ne dort jamais, et qui a néanmoins besoin qu'on lui répète trois fois qu'on souhaite un paragraphe court.

Genèse 1, version bêta

Le récit de la création raconte que Dieu façonna l'homme et lui insuffla la vie. L'ingénieur contemporain façonne un modèle et lui injecte des données, ce qui n'est pas tout à fait le même souffle, mais qui produit, à sa manière, un être capable de répondre avec assurance à des questions qu'il n'a pas comprises. On notera que le premier Adam, au moins, avait l'excuse de découvrir le monde ; le second, lui, a lu l'intégralité d'internet avant son premier jour de travail et continue pourtant de confondre deux dates de temps en temps, ce qui devrait rassurer tout le monde sur la solidité de la nature humaine.

De la paresse comme nouvelle vertu cardinale

Les moralistes classaient la paresse parmi les péchés capitaux, la définissant comme un dégoût de l'effort spirituel. Le monde contemporain l'a promue, plus discrètement, au rang de fonctionnalité : pourquoi rédiger sa lettre de motivation, penser sa dissertation ou même formuler ses excuses à sa belle-mère, quand une machine s'en charge en douze secondes avec une ponctuation irréprochable ? On appelle cela un gain de temps ; les Pères du désert, plus sévères, y auraient probablement vu un cas d'école d'acédie, ce dégoût de l'âme pour tout travail qui demande d'elle un effort réel.

L'oracle du salon, ou la nouvelle divination

Autrefois, on consultait les astres, les entrailles d'un poulet ou, à défaut, un oncle particulièrement affirmatif lors du repas dominical. Aujourd'hui, on consulte un assistant conversationnel, avec la même confiance qu'on accordait naguère à l'augure, et souvent avec la même quantité d'informations vérifiées. La différence tient au style : l'augure hésitait, marmonnait, réclamait un délai ; la machine, elle, répond toujours avec une assurance parfaite, y compris lorsqu'elle se trompe, ce qui constitue, en matière de vice théologal, une forme de présomption particulièrement bien rédigée.

Le prochain, cette notion qu'on a oublié de coder

L'Évangile demande d'aimer son prochain comme soi-même, en précisant que le prochain est celui qu'on croise réellement, blessé sur le bord de la route, et non celui qu'on imagine depuis son fauteuil. Or il devient commode, aujourd'hui, de converser toute une soirée avec une machine parfaitement disponible, jamais fatiguée, jamais en désaccord, plutôt que d'appeler un ami qui, lui, a ses propres soucis et risque de répondre par une objection. Le pape Léon XIV le rappelait dans son encyclique Magnifica Humanitas : la technologie peut servir l'homme, mais elle ne dispense jamais de la rencontre de l'autre, cet autre entêté qui ne dit pas toujours ce qu'on espérait entendre.

Petit examen de conscience à l'usage de l'utilisateur pressé

Ai-je demandé à la machine ce que je pouvais chercher moi-même, par simple économie de réflexion ? Ai-je préféré sa réponse immédiate à l'avis d'un proche, parce que ce dernier aurait pu ne pas être d'accord avec moi ? Ai-je fini par croire qu'une réponse rédigée avec assurance était, de ce seul fait, une réponse vraie ? On reconnaîtra ici un vieux péché sous un nouvel habit : la paresse intellectuelle a toujours préféré la certitude rapide à la vérité, qui, elle, prend son temps.

Conclusion, rédigée sans aide extérieure, ce qui devient un exploit à signaler

L'intelligence artificielle n'a rien inventé du péché ; elle en a seulement amélioré l'ergonomie. Elle flatte la paresse, nourrit la présomption et facilite la fuite hors de la rencontre réelle, mais elle ne fait, en cela, que reproduire à grande échelle des penchants que l'humanité connaissait déjà fort bien sans elle. Reste une question, à laquelle aucune machine ne pourra jamais répondre à notre place, sous peine de perdre tout son sens : celle de savoir ce qu'on va faire, maintenant, du temps qu'elle nous a fait gagner.