Formation théologique

Évangile selon Luc — Commentaire théologique

Chapitre 23

Jésus devant Pilate · Jésus devant Hérode · Le choix de Barabbas · Le chemin de croix et les filles de Jérusalem · La crucifixion · Le bon larron · La mort de Jésus · La mise au tombeau

Lc 23,1-56 — La Passion accomplie : l'innocent condamné et le pécheur sauvé

Le chapitre 23 est le récit de la Passion proprement dite dans l'évangile selon Luc : le procès devant Pilate (v. 1-5), le renvoi devant Hérode Antipas et le retour à Pilate (v. 6-16, propres à Luc), la condamnation et le choix de Barabbas (v. 17-25), le chemin de croix avec Simon de Cyrène et les filles de Jérusalem (v. 26-32, dont la lamentation des filles de Jérusalem est propre à Luc), la crucifixion (v. 33-38), l'échange avec les deux larrons dont le dialogue avec le bon larron est propre à Luc (v. 39-43), la mort de Jésus (v. 44-49) et la mise au tombeau (v. 50-56).

La particularité théologique la plus frappante du récit lucanien de la Passion est l'insistance répétée sur l'innocence de Jésus : Pilate déclare trois fois qu'il ne trouve aucun motif de condamnation (v. 4.14.22), Hérode ne trouve lui non plus aucune charge (v. 15), le bon larron reconnaît que Jésus n'a rien fait de mal (v. 41), et le centurion à la mort de Jésus déclare Cet homme était vraiment juste (v. 47). Cette insistance sur l'innocence légale de Jésus, plus marquée chez Luc que chez les autres synoptiques, est un trait rédactionnel délibéré dont la portée est à la fois juridique (le condamné est reconnu innocent par les autorités mêmes qui le condamnent) et théologique (la mort de Jésus est un don librement consenti, non une exécution méritée).

I Texte — Luc 23,1-56 (TOB)

Jésus devant Pilate (v. 1-5)

« L'assemblée tout entière se leva et l'amena devant Pilate. Ils commencèrent à l'accuser : "Nous avons trouvé cet homme soulevant notre nation, s'opposant à ce qu'on paye l'impôt à César et disant qu'il est le Christ, un roi." Pilate l'interrogea en disant : "Es-tu le roi des Juifs ?" Il lui répondit : "C'est toi qui le dis." Pilate dit aux grands prêtres et à la foule : "Je ne trouve aucun motif de condamnation dans cet homme." Mais ils insistaient : "Il soulève le peuple en enseignant par toute la Judée, à partir de la Galilée où il a commencé, jusqu'ici." » (Lc 23,1-5)

Jésus devant Hérode (v. 6-12)

« Apprenant qu'il était de la juridiction d'Hérode, Pilate le renvoya à Hérode qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là. Hérode, voyant Jésus, fut très content. Il le voulait voir depuis longtemps, à cause de ce qu'il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire quelque signe. Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les grands prêtres et les scribes étaient là, l'accusant avec véhémence. Hérode, avec ses soldats, le traita avec mépris et se moqua de lui ; il le revêtit d'un manteau fastueux et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent amis, alors qu'auparavant il y avait de l'hostilité entre eux. » (Lc 23,6-12)

La condamnation et le choix de Barabbas (v. 13-25)

« Pilate convoqua les grands prêtres, les notables et le peuple. Il leur dit : "Vous m'avez amené cet homme comme soulevant le peuple. Et voilà que, l'ayant interrogé devant vous, je n'ai trouvé dans cet homme aucun motif de condamnation pour les raisons dont vous l'accusez. Hérode non plus, puisqu'il nous l'a renvoyé. Voilà donc, il n'a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le faire flageller et le relâcher." Mais ils criaient tous ensemble : "Supprime-le, et relâche-nous Barabbas !" — Barabbas avait été jeté en prison pour une sédition qui s'était produite dans la ville et pour un meurtre. Pilate leur parla encore, voulant relâcher Jésus. Mais eux criaient : "Crucifie, crucifie-le !" Il leur dit pour la troisième fois : "Quel mal a-t-il donc fait ? Je n'ai trouvé en lui aucun motif de condamnation digne de mort. Je vais donc le faire flageller et le relâcher." Mais eux, à grands cris, réclamaient qu'il fût crucifié, et leurs cris l'emportèrent. Pilate décida de satisfaire leur demande. » (Lc 23,13-24)

Le chemin de croix et les filles de Jérusalem (v. 26-31)

« Comme ils l'emmenaient, ils se saisirent d'un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu'il la porte derrière Jésus. Une grande multitude du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se retourna vers elles et dit : "Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants, car voici venir des jours où l'on dira : Heureuses les stériles, celles dont le ventre n'a pas enfanté et les seins n'ont pas allaité. Alors on dira aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous ! Car si l'on fait cela au bois vert, qu'arrivera-t-il au bois sec ?" » (Lc 23,26-31)

La crucifixion et le partage des vêtements (v. 32-38)

« On menait aussi avec lui deux malfaiteurs pour être exécutés. Quand on fut arrivé à l'endroit appelé Le Crâne, on le crucifia là, ainsi que les malfaiteurs, l'un à droite et l'autre à gauche. Jésus disait : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font." Ils se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort. Le peuple se tenait là à regarder. Les notables, eux, ricanaïent en disant : "Il en a sauvé d'autres ; qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ de Dieu, l'Élu !" Les soldats aussi se moquaient de lui ; s'approchant, ils lui présentaient du vinaigre en disant : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi !" Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : Celui-ci est le roi des Juifs. » (Lc 23,32-38)

Le bon larron (v. 39-43)

« L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : "N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous avec !" Mais l'autre le réprimanda : "Tu ne crains donc pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c'est justice : nous recevons ce que nos actes ont mérité. Mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume." Il lui dit : "En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis." » (Lc 23,39-43)

La mort de Jésus (v. 44-49)

« Il était environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure, le soleil s'étant obscurci. Le voile du Temple se déchira par le milieu. Jésus cria d'une voix forte : "Père, je remets mon esprit entre tes mains." Sur ces mots, il expira. Voyant ce qui s'était passé, le centurion rendit gloire à Dieu en disant : "Vraiment, cet homme était juste." Et toutes les foules qui s'étaient rassemblées pour ce spectacle, voyant ce qui s'était passé, s'en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis se tenaient à distance pour regarder, ainsi que des femmes qui l'avaient suivi depuis la Galilée et qui observaient ces événements. » (Lc 23,44-49)

La mise au tombeau (v. 50-56)

« Voici un homme du nom de Joseph, membre du Conseil, homme bon et juste. Il n'avait pas consenti à leur décision ni à leur acte. Il était d'Arimathie, ville des Juifs, et il attendait le Règne de Dieu. Il se rendit chez Pilate et demanda le corps de Jésus. Après l'avoir descendu de la croix, il le roula dans un linceul et le déposa dans un tombeau taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis. C'était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait. Les femmes qui étaient venues avec Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph ; elles regardèrent le tombeau et la manière dont le corps avait été déposé. Puis elles retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Le jour du sabbat, elles observèrent le repos selon le commandement. » (Lc 23,50-56)

II Le procès : l'innocence proclamée (v. 1-25)

Les accusations politiques devant Pilate

Les accusations portées par les grands prêtres et les scribes devant Pilate — soulèvement du peuple, opposition au tribut, prétention à la royauté — sont rédigées en termes politiques délibérément destinés à obtenir une condamnation romaine pour sédition. Elles transforment les questions théologiques débattues lors de la comparution devant le Sanhédrin en accusations politiques recevables par un gouverneur romain. Luc souligne la distorsion : les accusations de subversion politique et d'opposition au tribut à César sont précisément les points sur lesquels Jésus avait adopté des positions non-séditieuses (cf. 20,25).

La triple déclaration d'innocence

La triple déclaration de Pilate qu'il ne trouve aucun motif de condamnation en Jésus (v. 4.14.22) est plus développée que chez Marc et Matthieu et constitue un trait rédactionnel lucanien délibéré. Elle place la condamnation de Jésus dans la catégorie de l'injustice judiciaire reconnue : Jésus meurt non parce qu'il est coupable, mais malgré son innocence juridiquement établie. Cette insistance sur l'innocence légale serve la christologie lucanienne du Serviteur souffrant d'Isaïe (Is 53,9 : « on lui donnait sa tombe parmi les méchants, bien qu'il n'eût commis aucune violence »).

L'épisode d'Hérode : propre à Luc

Le renvoi de Jésus devant Hérode Antipas (v. 6-12) est propre à Luc. Hérode, qui avait cherché à voir Jésus depuis longtemps (9,9), reçoit de lui un silence total, comme lors de la tentation au désert face au diable (4,1-13). Ce silence devant la curiosité stérile qui cherche un signe sans vraie foi est cohérent avec le refus de Jésus d'accomplir des signes pour satisfaire une demande de spectacle. La réconciliation d'Hérode et de Pilate à cette occasion est soulignée par Luc, peut-être pour signaler que l'injustice de la condamnation de Jésus transcende les divisions politiques habituelles.

Le récit de la Passion et la question de la responsabilité historique

Le récit de la Passion dans les évangiles synoptiques, et particulièrement les scènes du procès, a été utilisé à travers les siècles pour alimenter des accusations contre le peuple juif comme collectivement responsable de la mort de Jésus. Cette lecture, dont les conséquences historiques ont été tragiques, est fermement rejetée par le magistère catholique contemporain. Le concile Vatican II (Nostra Aetate, n. 4) affirme explicitement que « ce qui a été commis lors de la Passion ne peut être imputé indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps ». Le Catéchisme de l'Église catholique (n. 597-598) précise que les pécheurs eux-mêmes, et non un peuple en particulier, sont les auteurs et les instruments de toutes les souffrances que le Christ a endurées. Dans le récit de Luc, c'est une coalition de dirigeants — grands prêtres, notables, Hérode, Pilate — qui condamne Jésus, et les foules qui s'en retournaient en se frappant la poitrine (v. 48) ne sont pas des accusateurs mais des témoins saisis de componction.

III Le chemin de croix et les filles de Jérusalem (v. 26-31)

Simon de Cyrène : porter la croix derrière Jésus

La formule de Luc — Simon portait la croix derrière Jésus (opisthen tou Iēsou) — n'est pas seulement descriptive ; elle reprend exactement la formulation de l'enseignement sur le discipulat (9,23 : « qu'il prenne sa croix chaque jour et me suive »). Simon de Cyrène devient ainsi, dans la rédaction lucanienne, la première figure concrète du disciple qui porte sa croix derrière Jésus — non à sa place, mais sur son chemin.

Les filles de Jérusalem : une parole prophétique

La parole de Jésus aux filles de Jérusalem (v. 28-31), propre à Luc, est une prophétie qui détourne la compassion vers ceux qui en ont réellement besoin : non Jésus lui-même, dont la mort est librement consentie, mais ceux qui devront traverser la catastrophe à venir. L'image du bois vert et du bois sec — « si l'on fait cela au bois vert, qu'arrivera-t-il au bois sec ? » — est une comparaison proverbiale qui signifie : si l'innocent (Jésus, le bois vert) subit un tel traitement, que subira le coupable (la ville rebelle, le bois sec) ? Cette parole s'inscrit dans la série des prophéties sur la destruction de Jérusalem (13,34-35 ; 19,41-44 ; 21,20-24).

IV La crucifixion : « Père, pardonne-leur » (v. 32-38)

La première parole de la croix : le pardon

La prière de Jésus pour ses bourreaux — « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (v. 34) — est propre à Luc et constitue l'une des paroles les plus saisissantes de tout l'évangile. Elle est absente de plusieurs manuscrits importants, ce que Fitzmyer signale ; mais elle est présente dans d'autres témoins anciens de qualité et est parfaitement cohérente avec la théologie lucanienne du pardon (cf. Ac 7,60, où Étienne reprend la même prière lors de sa lapidation). Elle constitue l'accomplissement en acte de l'enseignement sur l'amour des ennemis (6,27-28) et du pardon sans limite (17,3-4), réalisé par Jésus lui-même dans le moment le plus extrême.

Les moqueries comme répétition de la tentation

Les moqueries des notables et des soldats — « s'il est le Christ, qu'il se sauve lui-même », « si tu es le roi des Juifs, sauve-toi » — reprennent la structure des tentations au désert (ch. 4) : si tu es Fils de Dieu, agis selon ta puissance, prouve-toi. Jésus répond aux deux par le même silence et la même fidélité à sa mission. La croix est ainsi présentée comme le lieu d'une confrontation spirituelle ultime, que Jésus tient jusqu'au bout par sa confiance en son Père.

V Le bon larron : « aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis » (v. 39-43)

Le contraste entre les deux larrons

Le dialogue entre les deux larrons sur la croix est propre à Luc. Il construit un contraste entre deux attitudes face à Jésus mourant : le premier reprend la logique des moqueurs (« sauve-toi et nous avec »), cherchant dans Jésus un secours matériel ; le second reconnaît la justice de sa propre condamnation, l'injustice de celle de Jésus, et formule une demande d'une sobriété remarquable — « souviens-toi de moi » — qui est une prière de foi plutôt qu'une demande de salut immédiat. C'est cette demande humble qui reçoit la réponse la plus immédiate et la plus totale de toute l'évangile.

« Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis »

La réponse de Jésus reprend le motif lucanien du sêmeronaujourd'hui — qui traverse tout l'évangile (2,11 ; 4,21 ; 19,9) : le salut ne demande pas d'être différé ; il est offert dans le présent immédiat de la rencontre avec Jésus, y compris au moment même de la mort. Le terme Paradis (paradeisos, emprunté au perse via le grec, désignant un jardin royal) est utilisé dans la littérature juive du Second Temple pour désigner le lieu de félicité des justes. Luc ne développe pas de topographie de l'au-delà mais affirme la communion immédiate avec Jésus comme contenu du salut promis.

VI La mort de Jésus : la dernière parole et le voile déchiré (v. 44-49)

La dernière parole : la remise de l'esprit

La dernière parole de Jésus dans l'évangile de Luc — « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Ps 31,6) — contraste avec le cri d'abandon de Marc et Matthieu (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », Mc 15,34 ; Mt 27,46). Luc choisit de présenter la mort de Jésus comme un acte de confiance filiale ultime, une remise entre les mains du Père qui est la forme aboutie de la prière de Gethsémani (« que ta volonté soit faite », 22,42). Ce choix rédactionnel est cohérent avec la christologie lucanienne qui souligne tout au long de la Passion la sérénité maîtrisée de Jésus.

Le voile du Temple déchiré

Chez Luc, le déchirement du voile du Temple se produit avant la mort de Jésus (contrairement à Marc et Matthieu qui le placent après), peut-être pour en accentuer la dimension prophétique : c'est le signe que l'ancienne économie du Temple est close. Plusieurs interprétations de ce signe coexistent dans la tradition : fin du régime sacrificiel, ouverture de l'accès de tous à Dieu, annonce de la destruction du Temple. Elles ne s'excluent pas.

Le centurion et les foules

La réaction du centurion — « cet homme était vraiment juste » — diffère de Marc (« vraiment cet homme était Fils de Dieu », Mc 15,39) : Luc garde le registre de l'innocence juridique et morale plutôt que d'une déclaration christologique explicite, cohérent avec son insistance sur l'innocence de Jésus tout au long du récit de la Passion. La réaction des foules qui s'en retournaient en se frappant la poitrine est propre à Luc et désigne un geste de componction et de deuil, non de triomphe, soulignant encore une fois que le récit lucanien ne présente pas les foules comme des ennemis de Jésus.

VII La mise au tombeau (v. 50-56)

Joseph d'Arimathie est présenté par Luc comme un membre du Conseil qui n'avait pas consenti à leur décision ni à leur acte — précision propre à Luc qui souligne qu'il n'y a pas eu unanimité au Sanhédrin, et qui exclut toute lecture qui ferait de tous les membres du Conseil des responsables de la condamnation. Les femmes qui ont suivi Jésus depuis la Galilée observent le tombeau, préparent les aromates et observent le repos du sabbat, préparant ainsi le lecteur à leur retour le premier jour de la semaine. Leur fidélité à travers la mort et le sabbat les désigne déjà comme les premiers témoins de la résurrection.

VIII Synthèse théologique

La mort de l'innocent juste

Tout le récit lucanien de la Passion est structuré par le thème de l'innocence de Jésus, déclarée par ses juges eux-mêmes. Cette insistance rédactionnelle sert une théologie de la Passion comme don librement consenti d'un innocent, qui rejoint les grandes figures du Serviteur souffrant d'Isaïe et du Juste persécuté des Psaumes. La mort de Jésus n'est pas une injustice simplement regrettable mais le lieu où la fidélité filiale de Jésus s'accomplit de manière définitive.

Le pardon jusqu'à la croix

Les deux paroles de pardon qui encadrent la crucifixion — « Père, pardonne-leur » (v. 34) et « aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis » (v. 43) — confirment que la Passion lucanienne est le lieu de l'accomplissement de tout l'enseignement de Jésus sur la miséricorde. Jusque sur la croix, Jésus est celui qui cherche et sauve ce qui était perdu (19,10).

La confiance filiale jusqu'au dernier souffle

La dernière parole — « Père, je remets mon esprit entre tes mains » — place la mort de Jésus sous le signe de la confiance filiale accomplie. Elle répond à la prière de Gethsémani et constitue l'accomplissement de tout ce que l'évangile a déployé sur la prière de Jésus au Père. Mourir ainsi — en remettant sa vie entre les mains du Père — est proposé à tout disciple comme la forme ultime du discipulat.

IX Questions pour l'approfondissement

1. Jésus prie pour ses bourreaux — « ils ne savent pas ce qu'ils font » — dans le moment même de sa crucifixion. Comment cette prière, accomplissement de l'enseignement sur l'amour des ennemis, peut-elle nourrir notre propre capacité à pardonner, notamment dans les situations où le tort subi est grave et injuste ?

2. Le bon larron formule une demande d'une sobriété remarquable : « souviens-toi de moi ». Il ne demande pas d'être sauvé de la mort, ni une place de choix dans le Royaume. Qu'est-ce que cette prière minimale mais totalement confiante révèle sur la nature de la foi qui sauve selon Luc ?

3. La dernière parole de Jésus chez Luc est une citation du Psaume 31 : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ». En quoi cette mort priante, qui cite l'Écriture dans son dernier souffle, constitue-t-elle un modèle pour la manière dont le chrétien est invité à concevoir et à préparer sa propre mort ?

4. Les foules qui assistent à la crucifixion s'en retournent en se frappant la poitrine — geste de componction, non de triomphe. Comment ce détail propre à Luc invite-t-il à relire tout le récit de la Passion lucanienne, qui refuse la polarisation entre victimes innocentes et foules coupables ?

5. Joseph d'Arimathie est présenté comme un membre du Sanhédrin qui n'avait pas consenti à la condamnation. Que nous apprend cette figure discrète sur la possibilité de maintenir sa fidélité à l'Évangile dans des institutions et des milieux hostiles, sans éclat ni rupture spectaculaire ?

X Pour aller plus loin

Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke X-XXIV, Anchor Bible 28A, Doubleday, 1985, p. 1463-1532 — commentaire détaillé de l'ensemble du chapitre 23, incluant la discussion textuelle sur v. 34a et les particularités lucaniennes du récit.

François Bovon, L'Évangile selon saint Luc 19,28-24,53, CNT, Labor et Fides, 2009, p. 283-380 — commentaire francophone de référence sur le chapitre 23.

I. Howard Marshall, The Gospel of Luke, NIGTC, Paternoster/Eerdmans, 1978, p. 852-883 — utile sur les questions philologiques et sur la comparaison avec les récits parallèles.

Raymond E. Brown, The Death of the Messiah, 2 vol., Doubleday, 1994 — commentaire de référence sur tous les récits de la Passion des quatre évangiles, avec une attention particulière aux questions historiques et théologiques.

Concile Vatican II, Nostra Aetate (1965), n. 4, et Catéchisme de l'Église catholique, n. 597-598 — cadre doctrinal indispensable pour une lecture du récit de la Passion sans antijudaïsme.