Évangile selon Marc — Commentaire théologique
Chapitre 10
Mariage et divorce · Jésus et les enfants · L'appel du jeune homme riche · Troisième annonce de la Passion · La demande de Jacques et Jean · La rançon pour la multitude · Guérison de Bartimée
Introduction
Le dixième chapitre clôt la grande section centrale de l'évangile ouverte par la confession de Pierre (8,27), tout entière placée sous le signe du chemin qui monte vers Jérusalem. Il rassemble une série d'enseignements sur des questions concrètes de l'existence — le mariage, l'accueil des enfants, le rapport aux richesses, l'exercice de l'autorité — qui déclinent, chacune à sa manière, le renversement des valeurs déjà annoncé en 8,34-38 et 9,35, avant que la troisième annonce de la Passion (10,32-34), la plus détaillée des trois, ne prépare directement l'entrée à Jérusalem. La guérison de l'aveugle Bartimée (10,46-52), qui clôt le chapitre, fait pendant à celle de l'aveugle de Bethsaïde (8,22-26) qui ouvrait cette même section : entre les deux guérisons de la vue se déploie tout un chemin d'intelligence progressive de ce que signifie suivre Jésus, et Bartimée, une fois guéri, devient le premier personnage du récit à suivre littéralement Jésus « sur le chemin » qui mène à la croix.
« Le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mc 10,45)
Texte biblique — Mc 10,1-52
1 Partant de là, Jésus va dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain. De nouveau, les foules se rassemblent autour de lui et il les enseignait une fois de plus, selon son habitude. 2 Des Pharisiens s'avancèrent et, pour lui tendre un piège, ils lui demandaient s'il est permis à un homme de répudier sa femme. 3 Il leur répondit : « Qu'est-ce que Moïse vous a prescrit ? » 4 Ils dirent : « Moïse a permis d'écrire un certificat de répudiation et de renvoyer sa femme. » 5 Jésus leur dit : « C'est à cause de la dureté de votre cœur qu'il a écrit pour vous ce commandement. 6 Mais au commencement du monde, Dieu les fit mâle et femelle ; 7 c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, 8 et les deux ne feront qu'une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. 9 Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. » 10 À la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur ce sujet. 11 Il leur dit : « Si quelqu'un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère à l'égard de la première ; 12 et si la femme répudie son mari et en épouse un autre, elle est adultère. »
13 Des gens lui amenaient des enfants pour qu'il les touche, mais les disciples les rabrouèrent. 14 En voyant cela, Jésus s'indigna et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. 15 En vérité, je vous le déclare, qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera pas. » 16 Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
17 Comme il se mettait en route, quelqu'un vint en courant et se jeta à genoux devant lui ; il lui demandait : « Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage ? » 18 Jésus lui dit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. 19 Tu connais les commandements : Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère. » 20 L'homme lui dit : « Maître, tout cela, je l'ai observé dès ma jeunesse. » 21 Jésus le regarda et se prit à l'aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque ; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi. » 22 Mais à cette parole, il s'assombrit et il s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.
23 Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples : « Qu'il est difficile à ceux qui ont les richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu ! » 24 Les disciples étaient déconcertés par ses paroles. Mais Jésus leur répète : « Mes enfants, qu'il est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu ! 25 Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu. » 26 Ils étaient de plus en plus impressionnés ; ils se disaient entre eux : « Alors qui peut être sauvé ? » 27 Fixant sur eux son regard, Jésus dit : « Aux hommes, c'est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu. » 28 Pierre se mit à lui dire : « Eh bien ! nous, nous avons tout laissé pour te suivre. » 29 Jésus lui dit : « En vérité, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Évangile, 30 sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle. 31 Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers. »
32 Ils étaient en chemin et montaient à Jérusalem, Jésus marchait devant eux. Ils étaient effrayés, et ceux qui suivaient avaient peur. Prenant de nouveau les Douze avec lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver : 33 « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens, 34 ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront, ils le tueront et, trois jours après, il ressuscitera. »
35 Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. » 36 Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » 37 Ils lui dirent : « Accorde-nous de siéger dans ta gloire l'un à ta droite et l'autre à ta gauche. » 38 Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » 39 Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés. 40 Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder : ce sera donné à ceux pour qui cela est préparé. »
41 Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean. 42 Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez, ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. 43 Il n'en est pas ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur. 44 Et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous. 45 Car le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
46 Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une assez grande foule, l'aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin en train de mendier. 47 Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » 48 Beaucoup le rabrouaient pour qu'il se taise, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » 49 Jésus s'arrêta et dit : « Appelez-le. » On appelle l'aveugle, on lui dit : « Confiance, lève-toi, il t'appelle. » 50 Rejetant son manteau, il se leva d'un bond et il vint vers Jésus. 51 S'adressant à lui, Jésus dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L'aveugle lui répondit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » 52 Jésus dit : « Va, ta foi t'a sauvé. » Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin.
I Mariage et divorce (10,1-12)
La question posée par les Pharisiens, formulée comme un piège, porte moins sur la légitimité du divorce en soi — admise sans discussion dans le judaïsme du temps sur la base de Dt 24,1-4 — que sur les conditions de sa mise en œuvre, débattues entre les écoles de Hillel et de Shammaï. La réponse de Jésus déplace la question de la permission légale vers l'intention originelle de la création : la disposition mosaïque, qualifiée de concession « à cause de la dureté » du cœur, est distinguée du dessein initial de Dieu, exprimé dans la citation conjointe de Gn 1,27 et Gn 2,24, où l'union de l'homme et de la femme en « une seule chair » fonde une indissolubilité que la loi mosaïque n'a fait qu'aménager sans l'abolir.
L'enseignement donné en privé aux disciples (10,10-12), qui prohibe symétriquement le remariage après répudiation pour l'homme comme pour la femme, se distingue notablement de la formulation matthéenne, qui admet une exception en cas de porneia (Mt 5,32 ; 19,9) — verset dont l'interprétation exacte, débattue depuis les Pères de l'Église jusqu'à la théologie contemporaine, ne relève pas directement du texte marcien, plus net dans son affirmation de principe. La tradition doctrinale catholique, s'appuyant sur cet enseignement, tient l'indissolubilité du mariage validement contracté et consommé pour un point de doctrine constant (cf. CEC 1614-1615), tout en développant, par ailleurs, une procédure canonique de déclaration de nullité qui statue non sur une dissolution mais sur l'absence, dès l'origine, des conditions requises pour un mariage valide.
Correspondances bibliques
- Gn 1,27 ; 2,24 — la création de l'homme et de la femme et l'union en une seule chair, fondement invoqué par Jésus
- Dt 24,1-4 — la disposition mosaïque autorisant le certificat de répudiation
- Ml 2,14-16 — la dénonciation prophétique de la répudiation comme trahison de l'alliance conjugale
- 1 Co 7,10-11 — reprise paulinienne du même enseignement sur l'indissolubilité
- Mt 19,1-9 ; Lc 16,18 — versions parallèles, la première comportant la clause d'exception pour porneia
II Jésus et les enfants (10,13-16)
Le geste des disciples qui « rabrouent » ceux qui amènent des enfants à Jésus reflète une hiérarchie sociale ordinaire, où l'enfant, dépourvu de statut juridique et social propre, n'est pas jugé digne de solliciter l'attention d'un maître. L'indignation de Jésus (èganaktèsen), verbe rare et fort employé ici pour qualifier sa réaction, marque une rupture nette avec cette hiérarchie, cohérente avec l'enseignement déjà donné en 9,36-37. La formule « accueillir le Royaume de Dieu comme un enfant » ne valorise pas une innocence morale supposée de l'enfant, mais sa disposition de dépendance et de réceptivité totale, sans capacité de revendication ni de mérite propre — disposition requise, selon Jésus, pour recevoir le Royaume comme un don plutôt que comme une conquête.
Correspondances bibliques
- Mc 9,36-37 — enseignement antérieur sur l'accueil de l'enfant, dont ce passage prolonge la logique
- Ps 131,2 — l'image de l'âme apaisée « comme un enfant sur sa mère »
- Mt 19,13-15 ; Lc 18,15-17 — versions parallèles de cet épisode
III L'appel du jeune homme riche (10,17-31)
Un observant sincère (10,17-22)
La question de cet homme, « que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? », et sa qualification spontanée de Jésus comme « bon Maître », appellent une première réponse qui déplace l'attention vers Dieu seul comme source de toute bonté, sans que Jésus ne récuse pour autant sa propre autorité d'enseignement, qu'il exerce aussitôt en rappelant les commandements. La sincérité de l'homme, qui affirme avoir observé ces commandements « dès sa jeunesse », est accueillie sans mise en doute ni ironie : la notation « Jésus le regarda et se prit à l'aimer », propre à Marc parmi les synoptiques, souligne la qualité de la relation qui précède l'appel exigeant qui suit.
L'invitation à vendre ses biens, à les donner aux pauvres et à suivre Jésus ne constitue pas, dans l'économie du récit, un commandement général adressé à tout croyant, mais un appel personnel adapté à ce qui, chez cet homme précisément, fait obstacle à la disponibilité totale exigée par le discipulat : ses « grands biens », dont le texte souligne, par la tristesse du départ, qu'ils constituaient un attachement plus fort que le désir initial de la vie éternelle.
La difficulté des richesses (10,23-27)
L'image du « chameau » passant par « le trou d'une aiguille », hyperbole délibérée dont plusieurs tentatives postérieures d'atténuation — une prétendue « porte de l'aiguille » dans les remparts de Jérusalem, ou une confusion avec le mot grec kamilos (câble) — ne trouvent aucun appui dans les sources anciennes et doivent être écartées comme des harmonisations tardives destinées à adoucir la radicalité de la formule. L'étonnement des disciples, qui associaient spontanément prospérité matérielle et bénédiction divine (cf. Dt 28,1-14), est corrigé par l'affirmation finale : la conversion du cœur riche, humainement impossible, demeure un don que Dieu seul peut accorder.
La récompense promise (10,28-31)
La remarque de Pierre, qui rappelle ce que les disciples ont « laissé », reçoit une réponse qui associe étroitement, dans la formule « au centuple... avec des persécutions », la surabondance de la vie communautaire nouvelle offerte dès à présent et la réalité de l'épreuve qui l'accompagne, refusant ainsi toute théologie de la prospérité qui ferait l'économie de la persécution annoncée. Le proverbe final, « beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers », résume par une formule paradoxale l'ensemble de l'enseignement du chapitre sur le renversement des valeurs mondaines.
Correspondances bibliques
- Ex 20,12-16 ; Dt 5,16-20 — les commandements du Décalogue rappelés par Jésus
- Dt 28,1-14 — l'association traditionnelle entre bénédiction divine et prospérité matérielle
- Pr 30,8-9 ; Qo 5,9-11 — la sagesse vétérotestamentaire sur les dangers de la richesse
- Mc 4,19 — annonce antérieure de « la séduction des richesses » étouffant la Parole
- Mt 19,16-30 ; Lc 18,18-30 — versions parallèles de l'épisode
IV La troisième annonce de la Passion (10,32-34)
La notation initiale, « Jésus marchait devant eux » et la peur de ceux qui le suivent, confère à cette troisième annonce une gravité dramatique croissante par rapport aux deux précédentes. Le détail de cette annonce, la plus circonstanciée des trois, énumère pour la première fois la remise « aux païens » (c'est-à-dire à l'autorité romaine, seule habilitée à prononcer et exécuter une peine capitale), les moqueries, les crachats et la flagellation, autant d'éléments qui correspondent précisément au déroulement de la Passion narrée aux chapitres 14 et 15, et qui évoquent, par leur vocabulaire, la figure du Serviteur souffrant d'Is 50,6.
Correspondances bibliques
- Is 50,6 — le Serviteur livrant son dos à ceux qui le frappent et son visage aux crachats
- Mc 8,31 ; 9,31 — première et deuxième annonces de la Passion
- Mc 14,53–15,20 — accomplissement narratif de cette troisième annonce
- Mt 20,17-19 ; Lc 18,31-34 — versions parallèles de cette troisième annonce
V La demande de Jacques et de Jean (10,35-45)
Une demande de préséance (10,35-40)
La requête des deux fils de Zébédée, formulée immédiatement après l'annonce la plus détaillée de la Passion, illustre une fois de plus, avec une ironie appuyée propre au récit marcien, le décalage persistant entre l'enseignement de Jésus et les préoccupations de gloire de ses disciples les plus proches. La « coupe » et le « baptême » évoqués par Jésus, images bibliques traditionnelles de l'épreuve et de la souffrance imposées (cf. Ps 75,9 ; Is 51,17), annoncent, sans qu'ils le comprennent encore, le sort qui sera effectivement le leur — la tradition situant le martyre de Jacques dès Ac 12,2, et une forme de persécution ou d'exil pour Jean selon des traditions ultérieures.
Le service comme grandeur et la rançon (10,41-45)
L'indignation des dix autres disciples, loin de manifester une humilité supérieure, trahit la même ambition de préséance, généralisée à l'ensemble du groupe. La réponse de Jésus oppose explicitement le modèle de domination exercé par « les chefs des nations » — allusion à peine voilée au pouvoir impérial romain — à l'exercice du service comme seul chemin légitime vers la grandeur au sein de la communauté des disciples.
Le verset final, 10,45, constitue l'un des sommets théologiques de tout l'évangile de Marc : le titre de « Fils de l'homme », associé pour la première fois de façon aussi explicite à la finalité rédemptrice de sa venue, et le terme lytron (« rançon »), vocabulaire emprunté au droit du rachat des esclaves et des captifs, articulent ensemble service, don de la vie et libération d'autrui. L'expression « pour la multitude » (anti pollôn) reprend un vocabulaire proche de celui employé en Is 53,11-12 pour le Serviteur qui « porte les fautes de la multitude », établissant un lien étroit, quoique non cité formellement, entre ce logion et la théologie du Serviteur souffrant.
Correspondances bibliques
- Ps 75,9 ; Is 51,17.22 — la coupe comme image biblique de l'épreuve ou du châtiment
- Is 53,10-12 — le Serviteur livrant sa vie en offrande pour la multitude, arrière-plan de Mc 10,45
- Ac 12,2 — le martyre de Jacques, accomplissement historique partiel de l'annonce de 10,39
- Mc 14,24 — reprise du vocabulaire du don de la vie « pour la multitude » lors de l'institution eucharistique
- Mt 20,20-28 — version parallèle de cet épisode
VI La guérison de Bartimée (10,46-52)
Ce récit referme, par un effet d'inclusion littéraire largement reconnu par les commentateurs, la grande section centrale ouverte par la guérison progressive de l'aveugle de Bethsaïde (8,22-26) : entre les deux guérisons de la vue s'est déployé tout un enseignement sur ce que signifie voir clairement qui est Jésus et ce que suivre implique. À la différence de l'aveugle anonyme de Bethsaïde, Bartimée est nommé — fait rare chez Marc pour un bénéficiaire de miracle —, ce qui suggère, selon plusieurs commentateurs, qu'il ait pu être connu de la communauté à laquelle Marc écrivait.
Le titre que Bartimée donne à Jésus, « Fils de David », est le premier titre explicitement royal et davidique employé dans l'évangile, qui prépare l'entrée messianique à Jérusalem au chapitre suivant. Le geste de « rejeter son manteau », détail concret et vivant propre à Marc, traduit l'empressement et l'abandon de ce qui pourrait retenir sur le chemin — écho discret et contrasté avec l'attachement du jeune homme riche à ses biens plus tôt dans le chapitre. La formule finale, « il suivait Jésus sur le chemin », fait de Bartimée guéri le premier personnage individuel du récit à accomplir littéralement ce que le chapitre entier vient d'enseigner sur le discipulat : voir clairement, puis suivre, jusqu'à Jérusalem.
Correspondances bibliques
- Mc 8,22-26 — guérison de l'aveugle de Bethsaïde, avec laquelle ce récit forme une inclusion littéraire
- 2 S 7,12-16 — la promesse davidique, arrière-plan du titre « Fils de David »
- Is 35,5 — l'ouverture des yeux des aveugles comme signe du temps messianique
- Mc 11,1-10 — l'entrée messianique à Jérusalem, que ce titre davidique prépare directement
- Mt 20,29-34 ; Lc 18,35-43 — versions parallèles de la guérison de l'aveugle de Jéricho
Conclusion
Le dixième chapitre referme la longue section du chemin vers Jérusalem sur une série d'enseignements qui, du mariage à la richesse en passant par l'exercice de l'autorité, déclinent tous une même exigence : recevoir le Royaume non comme un dû ou une conquête, mais comme un don accueilli dans la disponibilité de l'enfant, le renoncement du disciple pauvre, et le service jusqu'au don de la vie. La guérison de Bartimée, qui clôt le chapitre sur l'image d'un homme guéri suivant désormais Jésus « sur le chemin », résume à elle seule tout le trajet parcouru depuis la confession de Pierre : voir enfin qui est Jésus, et s'engager, à sa suite, sur la route qui monte vers la croix.
Questions pour aller plus loin
- Comment l'enseignement de Jésus sur le mariage, fondé sur le dessein originel de la création plutôt que sur la seule concession légale, éclaire-t-il la manière de penser aujourd'hui la fidélité et l'engagement durable ?
- Que signifie, concrètement, « accueillir le Royaume de Dieu comme un enfant », dans une existence adulte marquée par le souci de maîtrise et de mérite ?
- Le regard d'amour que Jésus pose sur le jeune homme riche, avant même de lui adresser une parole exigeante, interroge-t-il la manière dont on reçoit soi-même les appels les plus difficiles de la vie chrétienne ?
- Comment la demande de Jacques et de Jean, immédiatement après l'annonce la plus dure de la Passion, invite-t-elle à examiner ses propres désirs de reconnaissance au sein même d'un engagement spirituel sincère ?
- Que change, dans la manière d'exercer une responsabilité ou une autorité, le principe selon lequel « le premier » doit être « l'esclave de tous » ?
Bibliographie
- Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome II (Mc 8,27–16,20), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 74-135 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 361-425 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 414-449 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 561-645 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 10,2.
