Formation théologique

Évangile selon Marc — Commentaire théologique

Chapitre 11

Entrée messianique à Jérusalem · Malédiction du figuier · Purification du temple · Foi et prière · L'autorité de Jésus mise en question

Introduction

Le onzième chapitre ouvre la dernière semaine du ministère de Jésus, entièrement située à Jérusalem, et inaugure une nouvelle intercalation marcienne qui donne sa clé de lecture à l'ensemble : la malédiction du figuier stérile (11,12-14) encadre le récit de la purification du temple (11,15-19), avant que le figuier desséché (11,20-25) ne referme la boucle. Ce montage littéraire invite à lire l'action de Jésus dans le temple non comme un simple geste de réforme cultuelle, mais comme un acte prophétique de jugement, analogue à la malédiction du figuier, sur une institution dont la stérilité spirituelle est ainsi symboliquement dénoncée. La question finale sur l'autorité de Jésus (11,27-33), posée par les autorités mêmes du temple, referme le chapitre en reconduisant, sous une forme institutionnelle, la question qui traverse tout l'évangile depuis son ouverture : de quel droit Jésus agit-il ainsi ?

« Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations. Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » (Mc 11,17)

Texte biblique — Mc 11,1-33

1 Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples 2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le. 3 Et si quelqu'un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ?” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” » 4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent. 5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? » 6 Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire. 7 Ils amènent l'ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s'assit dessus. 8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d'autres des feuillages qu'ils coupaient dans la campagne. 9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » 11 Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze.

12 Le lendemain, à leur sortie de Béthanie, il eut faim. 13 Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il n'y trouverait pas quelque chose. Et s'étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas le temps des figues. 14 S'adressant à lui, il dit : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples écoutaient.

15 Ils arrivent à Jérusalem. Entrant dans le temple, Jésus se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, 16 et il ne laissait personne traverser le temple en portant quoi que ce soit. 17 Et il les enseignait et leur disait : « N'est-il pas écrit : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » 18 Les grands prêtres et les scribes l'apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr. Car ils le redoutaient, parce que la foule était frappée de son enseignement. 19 Le soir venu, Jésus et ses disciples sortirent de la ville.

20 En passant le matin, ils virent le figuier desséché jusqu'aux racines. 21 Pierre, se rappelant, lui dit : « Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit est tout sec. » 22 Jésus leur répond et dit : « Ayez foi en Dieu. 23 En vérité, je vous le déclare, si quelqu'un dit à cette montagne : “Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s'il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu'il dit arrivera, cela lui sera accordé. 24 C'est pourquoi je vous déclare : Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et cela vous sera accordé. 25 Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. »

27 Ils reviennent à Jérusalem. Alors que Jésus allait et venait dans le temple, les grands prêtres, les scribes et les anciens s'approchent de lui. 28 Ils lui disaient : « En vertu de quelle autorité fais-tu cela ? Ou qui t'a donné autorité pour le faire ? » 29 Jésus leur dit : « Je vais vous poser une seule question ; répondez-moi et je vous dirai en vertu de quelle autorité je fais cela. 30 Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? Répondez-moi ! » 31 Ils raisonnaient ainsi entre eux : « Si nous disons : “Du ciel”, il dira : “Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui ?” 32 Allons-nous dire au contraire : “Des hommes” ?… » Ils redoutaient la foule, car tous pensaient que Jean était réellement un prophète. 33 Alors ils répondent à Jésus : « Nous ne savons pas. » Et Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. »

I L'entrée messianique à Jérusalem (11,1-11)

Les instructions précises de Jésus concernant l'ânon, dont « personne n'a encore monté » — condition de convenance pour un usage cultuel ou royal, cf. Nb 19,2 ; Dt 21,3 —, et la formule d'autorité qui suffit à en obtenir l'usage (« le Seigneur en a besoin »), manifestent une connaissance et une maîtrise des circonstances qui accompagnent, chez Marc, plusieurs moments de la montée vers la Passion. Le choix d'un ânon, plutôt que d'un cheval de guerre, réalise, sans que Marc n'en cite le texte explicitement à la différence de Matthieu et de Jean, l'annonce du roi humble de Za 9,9, monté sur un ânon plutôt que sur une monture de conquête.

Les gestes de la foule — vêtements et feuillages étendus sur le chemin — évoquent l'accueil traditionnellement réservé à un roi (cf. 2 R 9,13) et à la fête des Tentes (cf. Lv 23,40), tandis que l'acclamation, empruntée au Ps 118,25-26, psaume de pèlerinage chanté lors des grandes fêtes de pèlerinage, associe l'espérance messianique du « règne de David » à venir à la reconnaissance de celui qui « vient au nom du Seigneur ». La conclusion sobre de la scène — Jésus entrant dans le temple, « regardant tout autour de lui », puis ressortant sans autre commentaire en cette fin de journée — contraste avec l'enthousiasme populaire et prépare, par ce simple regard silencieux, le jugement prophétique qui s'exprimera le lendemain.

Correspondances bibliques

  • Za 9,9 — l'annonce du roi humble, monté sur un ânon
  • Ps 118,25-26 — l'acclamation « Hosanna » et « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »
  • 2 R 9,13 — l'accueil royal de Jéhu par l'étalement des vêtements
  • Lv 23,40 — l'usage des rameaux et feuillages lors de la fête des Tentes
  • Mt 21,1-11 ; Lc 19,28-40 ; Jn 12,12-16 — versions parallèles de l'entrée messianique

II Une intercalation marcienne : le figuier et le temple (11,12-25)

Un procédé littéraire propre à Marc

Comme en 3,20-35 ; 5,21-43 ; 6,7-30, Marc insère ici la purification du temple (11,15-19) entre les deux moments du récit du figuier maudit puis desséché (11,12-14.20-25). Cette construction invite à interpréter les deux récits l'un par l'autre : le figuier, feuillu mais sans fruit, devient une image prophétique du temple, extérieurement florissant mais jugé stérile par Jésus, dans la tradition des actes prophétiques symboliques déjà pratiqués par Jérémie ou Ézéchiel.

La malédiction du figuier (11,12-14)

La remarque narrative selon laquelle « ce n'était pas le temps des figues » a souvent été relevée comme une difficulté apparente : Jésus semblerait maudire un arbre pour ne pas porter un fruit qu'il ne pouvait, de toute façon, pas encore porter à cette saison. Camille Focant souligne cependant que les figuiers de Palestine produisent, avant la pleine saison, de petites figues précoces comestibles en même temps que les feuilles ; l'absence de tout fruit, même précoce, alors que l'arbre affichait déjà son feuillage complet, signale donc une stérilité anormale, à la différence d'une simple attente saisonnière. Sur le plan symbolique, le figuier stérile reprend une image prophétique classique du jugement porté sur Israël infidèle (cf. Jr 8,13 ; Os 9,10 ; Mi 7,1), lecture confirmée par la place de ce récit encadrant l'action du temple.

La purification du temple (11,15-19)

Le geste de Jésus, qui renverse les tables des changeurs — nécessaires au paiement du demi-sicle de la taxe annuelle du temple, exigé en monnaie tyrienne exempte d'effigie impériale — et les sièges des marchands de colombes, offrande accessible aux plus pauvres (Lv 5,7 ; 12,8), s'accompagne d'une double citation prophétique qui en donne le sens : Is 56,7, qui annonce un temple ouvert en « maison de prière pour toutes les nations », et Jr 7,11, qui dénonce un temple transformé en « caverne de bandits », refuge où l'on croit pouvoir se mettre à l'abri du jugement divin après avoir commis l'injustice.

Note herméneutique

Le jugement porté par Jésus dans ce récit vise le fonctionnement concret d'un système sacrificiel et commercial associé au second temple, et l'attitude des autorités qui le dirigeaient à cette époque précise — non le judaïsme dans son ensemble ni sa pratique sacrificielle en tant que telle, dont les prophètes eux-mêmes, cités ici par Jésus, avaient déjà appelé à la purification. La citation d'Is 56,7 sur l'ouverture aux nations montre d'ailleurs que l'horizon de Jésus rejoint ici une visée déjà présente dans la tradition prophétique d'Israël elle-même, conformément aux orientations rappelées dans les chapitres précédents (Nostra Aetate n. 4 ; PBC 2001 ; CEC 597-598).

Le figuier desséché : foi et prière (11,20-25)

La constatation du figuier « desséché jusqu'aux racines » referme l'intercalation en confirmant, sur le plan narratif, la portée du jugement prophétique porté la veille sur le temple. L'enseignement qui suit sur la foi « qui déplace les montagnes », image proverbiale d'origine probablement rabbinique pour désigner la résolution de difficultés apparemment insurmontables, et sur la prière de pardon comme condition du pardon reçu, déplace le récit du jugement vers l'exhortation positive adressée aux disciples : la puissance de la foi véritable ne s'exerce pas dans la destruction mais dans la confiance filiale et le pardon offert.

Note textuelle

Le verset 26, absent du texte biblique cité plus haut, reproduisait dans plusieurs manuscrits tardifs une formule proche de Mt 6,15 sur la condition du pardon divin. Bruce Metzger le considère comme une harmonisation secondaire avec le texte matthéen, absente des témoins les plus anciens ; les éditions critiques modernes, suivies par la TOB, ne le retiennent donc pas dans le texte principal.

Correspondances bibliques

  • Jr 8,13 ; Os 9,10 ; Mi 7,1 — le figuier stérile comme image prophétique du jugement sur Israël
  • Is 56,7 ; Jr 7,11 — double citation prophétique éclairant le sens de la purification du temple
  • Lv 5,7 ; 12,8 — l'offrande de colombes, accessible aux plus pauvres
  • Mt 6,14-15 — formule apparentée sur la condition du pardon, source probable de l'ajout du verset 26
  • Mt 21,12-22 ; Lc 19,45-48 ; Jn 2,13-16 — versions parallèles ou apparentées, celle de Jean situant l'épisode au début du ministère plutôt qu'à sa fin

III L'autorité de Jésus mise en question (11,27-33)

La question posée par les trois composantes du Sanhédrin réuni — grands prêtres, scribes et anciens — reprend, sous une forme institutionnelle et officielle, l'interrogation sur l'autorité de Jésus qui traverse tout l'évangile depuis la synagogue de Capharnaüm (1,22.27). La contre-question de Jésus sur le baptême de Jean, procédé argumentatif courant dans la controverse rabbinique, place ses interlocuteurs devant un dilemme insoluble sans qu'il ait besoin de répondre directement : reconnaître l'origine céleste du baptême de Jean reviendrait à admettre implicitement l'autorité de celui que Jean lui-même avait désigné comme plus grand (1,7-8), tandis que la nier exposerait au désaveu populaire.

Le refus final des autorités de répondre (« nous ne savons pas »), motivé non par une ignorance réelle mais par un calcul d'opportunité, autorise en retour le refus symétrique de Jésus de répondre à leur question — silence lourd de sens qui laisse la question de son autorité ouverte à la suite du récit, jusqu'à ce que le procès devant le Sanhédrin (14,61-62) ne l'oblige à se prononcer sans détour.

Correspondances bibliques

  • Mc 1,7-8.22.27 — jalons antérieurs de la question de l'autorité de Jésus, dès l'ouverture de l'évangile
  • Mc 14,61-62 — réponse directe donnée, lors du procès, à la question de l'identité et de l'autorité de Jésus
  • Mt 21,23-27 ; Lc 20,1-8 — versions parallèles de cette controverse

Conclusion

Le onzième chapitre inaugure la semaine de la Passion sur un mode résolument prophétique : l'entrée messianique, discrète dans son moyen (l'ânon) et retentissante dans son accueil, débouche sur un jugement symbolique porté à la fois sur un arbre stérile et sur le temple, dont l'intercalation littéraire relie étroitement les deux. La question finale sur l'autorité de Jésus, laissée sans réponse frontale, referme le chapitre sur une tension non résolue qui ne trouvera son dénouement que dans la Passion elle-même, où l'autorité tue par les hommes se révélera, par la résurrection, plus forte que le jugement porté contre elle.

Questions pour aller plus loin

  • Que signifie, pour une vie spirituelle personnelle, la distinction entre une apparence extérieure de fécondité (les feuilles du figuier) et une fécondité réelle vérifiée dans les actes ?
  • Comment l'appel du temple à devenir « maison de prière pour toutes les nations » interroge-t-il la manière dont nos propres lieux et communautés de prière restent ou non ouverts à l'accueil de l'autre ?
  • Que révèle, sur la nature de la foi véritable, l'articulation posée par Jésus entre la confiance en la prière et l'exigence du pardon donné à autrui ?
  • Le refus des autorités religieuses de se prononcer sur le baptême de Jean, par calcul plutôt que par conviction, interroge-t-il nos propres évitements devant des questions qui engageraient une prise de position coûteuse ?
  • Comment le contraste entre l'enthousiasme de la foule à l'entrée messianique et le silence de Jésus regardant le temple ce même soir invite-t-il à ne pas confondre ferveur immédiate et conversion durable ?

Bibliographie

  • Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome II (Mc 8,27–16,20), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 136-180 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 426-460 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 450-472 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 646-690 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 11,26.