Formation théologique

Évangile selon Marc — Commentaire théologique

Chapitre 12

Parabole des vignerons meurtriers · L'impôt dû à César · La résurrection des morts · Le premier commandement · Le Messie et David · Les scribes jugés · L'offrande de la veuve pauvre

Introduction

Le douzième chapitre rassemble, dans le temple de Jérusalem, une série de controverses qui prolongent la question de l'autorité de Jésus posée à la fin du chapitre précédent, avant de se refermer sur deux scènes contrastées où Jésus juge, l'une critique, l'autre élogieuse, deux attitudes concrètes face au don. La parabole des vignerons meurtriers ouvre le chapitre sur un mode allégorique qui annonce déjà l'issue de la Passion ; les trois controverses qui suivent — l'impôt à César, la résurrection des morts, le premier commandement — mettent successivement aux prises Jésus avec les Hérodiens et les Pharisiens, les Sadducéens, puis un scribe dont la question, à la différence des précédentes, n'est pas un piège. Le chapitre s'achève sur la mise en garde contre l'hypocrisie de certains scribes et sur l'éloge de l'offrande démesurée d'une veuve pauvre, scène qui fait par contraste écho à la dénonciation qui la précède immédiatement.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur... Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là. » (Mc 12,30-31)

Texte biblique — Mc 12,1-44

1 Et il se mit à leur parler en paraboles. « Un homme a planté une vigne, l'a entourée d'une clôture, il a creusé une cuve et bâti une tour ; puis il l'a donnée en fermage à des vignerons et il est parti. 2 Le moment venu, il a envoyé un serviteur aux vignerons pour recevoir d'eux sa part des fruits de la vigne. 3 Les vignerons l'ont saisi, roué de coups et renvoyé les mains vides. 4 Il leur a envoyé encore un autre serviteur ; celui-là aussi, ils l'ont frappé à la tête et insulté. 5 Il en a envoyé un autre – celui-là ils l'ont tué –, puis beaucoup d'autres : ils ont roué de coups les uns et tué les autres. 6 Il ne lui restait plus que son fils bien-aimé. Il l'a envoyé en dernier vers eux en disant : “Ils respecteront mon fils.” 7 Mais ces vignerons se sont dit entre eux : “C'est l'héritier. Venez ! Tuons-le, et nous aurons l'héritage.” 8 Ils l'ont saisi, tué et jeté hors de la vigne. 9 Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, il fera périr les vignerons et confiera la vigne à d'autres. 10 N'avez-vous pas lu ce passage de l'Écriture : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue la pierre angulaire. 11 C'est là l'œuvre du Seigneur : quelle merveille à nos yeux ! » 12 Ils cherchaient à l'arrêter, mais ils eurent peur de la foule. Ils avaient bien compris que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole. Et le laissant, ils s'en allèrent.

13 Ils envoient auprès de Jésus quelques Pharisiens et quelques Hérodiens pour le prendre au piège en le faisant parler. 14 Ils viennent lui dire : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu ne te laisses pas influencer par qui que ce soit : tu ne tiens pas compte de la condition des gens, mais tu enseignes les chemins de Dieu selon la vérité. Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? Devons-nous payer ou ne pas payer ? » 15 Mais lui, connaissant leur hypocrisie, leur dit : « Pourquoi me tendez-vous un piège ? Apportez-moi une pièce d'argent, que je voie ! » 16 Ils en apportèrent une. Jésus leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils lui répondirent : « De César. » 17 Jésus leur dit : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et ils restaient à son propos dans un grand étonnement.

18 Des Sadducéens viennent auprès de lui. Ces gens disent qu'il n'y a pas de résurrection. Ils lui posaient cette question : 19 « Maître, Moïse a écrit pour nous : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme, mais sans laisser d'enfant, qu'il épouse la veuve et donne une descendance à son frère… 20 Il y avait sept frères. Le premier a pris femme et est mort sans laisser de descendance. 21 Le second a épousé cette femme et est mort sans laisser de descendance. Le troisième également, 22 et les sept n'ont laissé aucune descendance. Après eux tous, la femme est morte aussi. 23 À la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d'entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l'ont eue pour femme ? » 24 Jésus leur dit : « N'est-ce point parce que vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu que vous êtes dans l'erreur ? 25 En effet, quand on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux. 26 Quant au fait que les morts doivent ressusciter, n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au récit du buisson ardent, comment Dieu lui a dit : “Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob” ? 27 Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes complètement dans l'erreur. »

28 Un scribe s'avança. Il les avait entendus discuter et voyait que Jésus leur avait bien répondu. Il lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? » 29 Jésus répondit : « Le premier, c'est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur ; 30 tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. 31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là. » 32 Le scribe lui dit : « Très bien, Maître, tu as dit vrai : Il est unique et il n'y en a pas d'autre que lui, 33 et l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices. » 34 Jésus, voyant qu'il avait répondu avec sagesse, lui dit : « Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu. » Et personne n'osait plus l'interroger.

35 Prenant la parole, Jésus enseignait dans le temple. Il disait : « Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est fils de David ? 36 David lui-même, inspiré par l'Esprit Saint, a dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds. 37 David lui-même l'appelle Seigneur ; alors, de quelle façon est-il son fils ? » La foule nombreuse l'écoutait avec plaisir.

38 Dans son enseignement, il disait : « Prenez garde aux scribes qui tiennent à déambuler en grandes robes, à être salués sur les places publiques, 39 à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners. 40 Eux qui dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement, ils subiront la plus rigoureuse condamnation. »

41 Assis en face du tronc, Jésus regardait comment la foule mettait de l'argent dans le tronc. De nombreux riches mettaient beaucoup. 42 Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes. 43 Appelant ses disciples, Jésus leur dit : « En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. 44 Car tous ont mis en prenant sur leur superflu ; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. »

I La parabole des vignerons meurtriers (12,1-12)

Le cadre initial de la parabole reprend, presque terme pour terme, la description de la vigne aimée en Is 5,1-7 — clôture, cuve, tour —, de sorte que l'auditoire, familier de ce texte prophétique, pouvait immédiatement en identifier l'arrière-plan et pressentir que la vigne elle-même représente le peuple confié par Dieu à des responsables chargés d'en faire fructifier le don. La succession des serviteurs maltraités, puis tués, évoque le sort réservé aux prophètes envoyés à Israël (cf. 2 Ch 36,15-16 ; Jr 7,25-26), avant que l'envoi ultime du « fils bien-aimé » — expression reprenant la voix céleste du baptême et de la Transfiguration (1,11 ; 9,7) — ne désigne, sans ambiguïté pour le lecteur, Jésus lui-même.

La citation du Ps 118,22-23 sur la pierre rejetée devenue pierre d'angle, déjà annoncée en creux lors de la première prédiction de la Passion (8,31), donne à la parabole sa portée pascale : le rejet et la mise à mort du fils ne concluent pas le récit sur un échec, mais ouvrent sur un retournement où l'action de jugement de Dieu et la vindication de celui qui a été rejeté se rejoignent.

Note herméneutique

Ce texte a été historiquement l'un des plus exploités par une lecture supersessionniste, qui comprend la formule « il confiera la vigne à d'autres » (12,9) comme l'annonce d'un remplacement global du peuple juif par l'Église. Une telle lecture ne correspond ni au sens premier de la parabole ni à l'enseignement constant du Nouveau Testament sur ce point. La parabole vise, dans son contexte immédiat, des responsables religieux précis de l'époque de Jésus — ce que confirme la réaction même des auditeurs en 12,12, qui comprennent qu'elle les vise personnellement, et non le peuple juif comme tel : la vigne, image d'Israël empruntée à Isaïe, n'est jamais elle-même condamnée ni détruite dans le récit, seuls les vignerons le sont. Conformément à Nostra Aetate n. 4, au document de la Commission biblique pontificale (2001) et à Rm 11,29 (« les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance »), l'Église catholique rejette toute lecture qui ferait de ce texte le fondement d'une théologie de la substitution du peuple juif par l'Église (cf. CEC 674, sur l'attente commune du salut).

Correspondances bibliques

  • Is 5,1-7 — le cantique de la vigne, modèle littéraire direct de cette parabole
  • 2 Ch 36,15-16 ; Jr 7,25-26 — le rejet répété des prophètes envoyés par Dieu à son peuple
  • Ps 118,22-23 — citation directe sur la pierre rejetée devenue pierre angulaire
  • Rm 11,29 — l'irrévocabilité de l'élection d'Israël, rappel essentiel pour la juste lecture de cette parabole
  • Mt 21,33-46 ; Lc 20,9-19 — versions parallèles de la parabole

II L'impôt dû à César (12,13-17)

L'alliance inhabituelle des Pharisiens et des Hérodiens, déjà rencontrée en 3,6, reconstitue ici la coalition qui avait résolu la mort de Jésus, sous une forme cette fois verbale : la question posée, sur la légitimité du tribut versé à Rome, place Jésus devant un dilemme calculé, où répondre par l'affirmative risquerait de le discréditer devant une foule hostile à l'occupation romaine, tandis que répondre par la négative l'exposerait à une accusation de sédition.

La réponse de Jésus, qui fait produire une pièce frappée à l'effigie de l'empereur, déplace la question posée : la circulation même de cette monnaie, portant l'effigie et le titre divin revendiqué par l'empereur, atteste déjà une forme d'appartenance au système impérial que la formule « rendez à César ce qui est à César » ne fait que reconnaître comme un fait, sans lui accorder pour autant une prétention ultime, aussitôt relativisée par le second membre de la phrase, « et à Dieu ce qui est à Dieu », qui réoriente vers une appartenance d'un tout autre ordre, celle de la créature tout entière à son Créateur (cf. Gn 1,27, l'homme fait « à l'image » de Dieu).

Correspondances bibliques

  • Gn 1,27 — l'homme créé à l'image de Dieu, arrière-plan implicite du second membre de la réponse de Jésus
  • Pr 8,15-16 ; Rm 13,1-7 — la légitimité relative de l'autorité politique reconnue par la tradition biblique
  • Mt 22,15-22 ; Lc 20,20-26 — versions parallèles de cette controverse

III La résurrection des morts (12,18-27)

Les Sadducéens, groupe sacerdotal et aristocratique qui rejetait la résurrection des morts, non attestée à leurs yeux dans la seule Torah qu'ils reconnaissaient comme pleinement normative, construisent leur objection à partir de la loi du lévirat (Dt 25,5-6), poussée jusqu'à l'absurde par le cas des sept frères successifs. La réponse de Jésus procède en deux temps : elle corrige d'abord une conception trop littérale de la vie ressuscitée, qui ne reconduit pas simplement les conditions terrestres du mariage, avant de fonder, sur l'Écriture elle-même (Ex 3,6), la réalité de la résurrection à partir de la fidélité durable de Dieu envers les patriarches, dont il continue de se dire le Dieu alors même qu'ils sont physiquement morts.

Note herméneutique

Ce débat oppose Jésus à un groupe précis, les Sadducéens, sur une question alors vivement discutée à l'intérieur même du judaïsme du premier siècle. Sur ce point précis, la position de Jésus rejoint celle des Pharisiens, qui professaient eux aussi la résurrection des morts contre les Sadducéens (cf. Ac 23,6-8) : ce récit illustre ainsi la pluralité des positions théologiques coexistant dans le judaïsme de l'époque, et invite à ne pas réduire les interlocuteurs juifs de Jésus à un bloc homogène, qu'il s'agisse d'accord ou de désaccord avec lui.

Correspondances bibliques

  • Dt 25,5-6 — la loi du lévirat, à l'origine du cas d'école posé par les Sadducéens
  • Ex 3,6.15-16 — la révélation du nom divin comme « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob », fondement scripturaire de l'argument de Jésus
  • Dn 12,2-3 ; 2 M 7,9.14 — développement progressif de la foi en la résurrection dans les derniers écrits vétérotestamentaires et intertestamentaires
  • Ac 23,6-8 — confirmation historique du désaccord entre Pharisiens et Sadducéens sur la résurrection
  • Mt 22,23-33 ; Lc 20,27-38 — versions parallèles de cette controverse

IV Le premier commandement (12,28-34)

Cette controverse se distingue nettement des précédentes par son ton : le scribe qui interroge Jésus n'est animé d'aucune intention de piège, et sa question, sur le premier des commandements, correspond à un débat classique et légitime de l'enseignement rabbinique sur la hiérarchisation des 613 préceptes traditionnellement recensés dans la Torah. La réponse de Jésus associe deux textes déjà proches l'un de l'autre dans la tradition juive de l'époque : le Shema Israël (Dt 6,4-5), prière fondamentale récitée quotidiennement, et le commandement d'amour du prochain (Lv 19,18), présentés ensemble comme inséparables et supérieurs à tout autre précepte.

L'approbation du scribe, qui reformule et confirme la réponse de Jésus en la reliant à la tradition prophétique de critique du formalisme sacrificiel (cf. 1 S 15,22 ; Os 6,6), et l'éloge que Jésus lui adresse en retour — « tu n'es pas loin du Royaume de Dieu » — constituent, dans tout l'évangile de Marc, l'unique controverse qui s'achève sur un accord explicite et mutuel plutôt que sur un rejet ou une confusion des adversaires. Ce dénouement rappelle avec force que l'enseignement de Jésus, loin de rompre avec la tradition juive sur ce point le plus central, s'y enracine et la porte à son accomplissement le plus exigeant.

Correspondances bibliques

  • Dt 6,4-5 — le Shema Israël, cité intégralement comme premier commandement
  • Lv 19,18 — le commandement d'amour du prochain, cité comme second commandement
  • 1 S 15,22 ; Os 6,6 — la tradition prophétique plaçant l'amour et l'obéissance au-dessus du seul sacrifice rituel
  • Mt 22,34-40 ; Lc 10,25-28 ; Lc 20,39-40 — versions parallèles ou apparentées de cet enseignement

V Le Messie et David (12,35-37)

Après avoir répondu à trois questions qui lui étaient adressées, Jésus prend l'initiative d'une question qu'il pose lui-même aux scribes, portant sur l'identité messianique. En citant le Ps 110,1, où David lui-même désigne le Messie comme « mon Seigneur », Jésus fait observer une tension apparente dans l'attente messianique traditionnelle, centrée sur la seule filiation davidique (2 S 7,12-16) : comment le Messie pourrait-il être à la fois descendant de David et son Seigneur ? Cette question, laissée ouverte dans le texte sans réponse explicite formulée par Jésus, invite le lecteur informé par le prologue de l'évangile (1,1.11) à résoudre la tension par la reconnaissance d'une filiation divine qui dépasse, sans l'annuler, la filiation davidique déjà proclamée par Bartimée (10,47-48).

Correspondances bibliques

  • Ps 110,1 — citation centrale de cette controverse, sur laquelle repose toute l'argumentation
  • 2 S 7,12-16 — la promesse davidique, fondement de l'attente messianique traditionnelle
  • Mc 10,47-48 — proclamation antérieure de Jésus comme « Fils de David » par Bartimée
  • Mt 22,41-46 ; Lc 20,41-44 — versions parallèles de cette controverse

VI Les scribes jugés, et l'offrande de la veuve (12,38-44)

La mise en garde contre certains scribes, dont l'ostentation vestimentaire et sociale s'accompagne de l'exploitation des biens des veuves — allusion probable à des pratiques d'administration abusive de biens confiés en tutelle —, vise, comme les critiques précédentes du chapitre 7, un comportement précis et non l'ensemble d'une fonction ou d'un groupe, ce que confirme d'ailleurs l'éloge tout juste adressé au scribe de 12,28-34.

La scène de l'offrande de la veuve, placée immédiatement après cette dénonciation, en constitue le contrepoint volontaire : la générosité démesurée de cette femme anonyme, qui donne « tout ce qu'elle avait pour vivre », contraste avec l'exploitation des veuves qui vient d'être condamnée, et offre, en clôture de tout le cycle des controverses du temple, l'image d'une piété authentique mesurée non à la quantité donnée mais à la totalité du don consenti — préfiguration discrète, selon plusieurs commentateurs, du don total que Jésus lui-même s'apprête à faire de sa propre vie.

Correspondances bibliques

  • Ex 22,21-23 ; Dt 24,17 — la protection particulière due aux veuves dans la loi biblique
  • 2 R 4,1-7 — une autre veuve pauvre, secourue par la puissance prophétique d'Élisée
  • Mc 10,45 ; 14,3-9 — autres gestes de don total faisant écho à celui de la veuve
  • Mt 23,1-12 ; Lc 20,45-47 — versions parallèles de la mise en garde contre les scribes
  • Lc 21,1-4 — version parallèle de l'offrande de la veuve (absente de Matthieu et de Jean)

Conclusion

Le douzième chapitre déploie, à travers une série de controverses aux tonalités contrastées, une même reconnaissance progressive de l'identité de Jésus : rejeté comme le fils de la parabole, interrogé et mis à l'épreuve sur des questions politiques, théologiques et juridiques, il en sort chaque fois vainqueur du piège tendu, jusqu'à l'accord explicite obtenu avec le scribe sur le premier commandement, qui rappelle que l'enseignement de Jésus s'enracine dans le cœur même de la tradition juive plutôt que de s'y opposer globalement. La scène finale de la veuve, offrant tout ce qu'elle possède, referme le cycle des controverses sur une image de don total qui annonce, à la veille de la Passion, le don que Jésus s'apprête lui-même à faire de sa vie.

Questions pour aller plus loin

  • Comment la parabole des vignerons meurtriers, correctement comprise comme un jugement circonstancié plutôt que comme un rejet global, invite-t-elle à mesurer sa propre responsabilité dans la réception des dons confiés par Dieu ?
  • Que signifie concrètement « rendre à Dieu ce qui est à Dieu », dans une existence où les appartenances multiples — professionnelles, civiques, familiales — se disputent souvent la première place ?
  • L'accord explicite entre Jésus et le scribe sur le premier commandement offre-t-il un modèle pour penser aujourd'hui un dialogue authentique entre traditions religieuses différentes ?
  • Que révèle, sur la nature du don véritable, le contraste entre l'aumône des riches prise sur leur superflu et l'offrande de la veuve prise sur sa subsistance ?
  • Comment la dénonciation de l'hypocrisie de certains scribes interroge-t-elle nos propres tentations de faire de la pratique religieuse un instrument de reconnaissance sociale ?

Bibliographie

  • Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome II (Mc 8,27–16,20), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 181-235 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 461-510 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 473-495 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 691-750 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 12,29-30.