Formation théologique

Évangile selon Marc — Commentaire théologique

Chapitre 15

Procès devant Pilate · Barabbas · La moquerie des soldats · La crucifixion · La mort de Jésus · La confession du centurion · La mise au tombeau

Introduction

Le quinzième chapitre conduit le récit à son terme narratif et théologique : le procès civil devant Pilate, la préférence de la foule pour Barabbas, la moquerie des soldats, la crucifixion, la mort de Jésus et sa mise au tombeau. Tout le chapitre est traversé par une ironie christologique insistante : le titre de « roi des Juifs », employé par dérision par les soldats et inscrit comme motif de condamnation, énonce sans le savoir la vérité la plus profonde du récit, que seul un centurion romain, au pied de la croix, parviendra à formuler sans ironie. Ce chapitre, qui clôt le grand mouvement de révélation progressive de l'identité de Jésus ouvert dès le premier verset de l'évangile, en constitue le sommet paradoxal : c'est au moment de sa mort, et non malgré elle, que Jésus est publiquement reconnu comme Fils de Dieu.

« Assurément, cet homme était Fils de Dieu. » (Mc 15,39)

Texte biblique — Mc 15,1-47 (Louis Segond)

1 Dès le matin, les principaux sacrificateurs tinrent conseil avec les anciens et les scribes, et tout le sanhédrin. Après avoir lié Jésus, ils l'emmenèrent, et le livrèrent à Pilate. 2 Pilate l'interrogea : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis. 3 Les principaux sacrificateurs portaient contre lui plusieurs accusations. 4 Pilate l'interrogea de nouveau : Ne réponds-tu rien ? Vois de combien de choses ils t'accusent. 5 Et Jésus ne fit plus aucune réponse, ce qui étonna Pilate.

6 À chaque fête, il relâchait un prisonnier, celui que demandait la foule. 7 Il y avait en prison un nommé Barabbas avec ses complices, pour un meurtre qu'ils avaient commis dans une sédition. 8 La foule, étant montée, se mit à demander ce qu'il avait coutume de leur accorder. 9 Pilate leur répondit : Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? 10 Car il savait que c'était par envie que les principaux sacrificateurs l'avaient livré. 11 Mais les chefs des sacrificateurs excitèrent la foule, afin que Pilate leur relâchât plutôt Barabbas. 12 Pilate, reprenant la parole, leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? 13 Ils crièrent de nouveau : Crucifie-le ! 14 Pilate leur dit : Quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Crucifie-le ! 15 Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié.

16 Les soldats conduisirent Jésus dans l'intérieur de la cour, c'est-à-dire, dans le prétoire, et ils assemblèrent toute la cohorte. 17 Ils le revêtirent de pourpre, et posèrent sur sa tête une couronne d'épines, qu'ils avaient tressée. 18 Puis ils se mirent à le saluer : Salut, roi des Juifs ! 19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et, fléchissant les genoux, ils se prosternaient devant lui. 20 Après s'être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.

21 Ils forcèrent à porter la croix de Jésus un passant qui revenait des champs, Simon de Cyrène, père d'Alexandre et de Rufus ; 22 et ils conduisirent Jésus au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne. 23 Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de myrrhe, mais il ne le prit pas. 24 Ils le crucifièrent, et se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir ce que chacun aurait. 25 C'était la troisième heure, quand ils le crucifièrent. 26 L'inscription indiquant le sujet de sa condamnation portait ces mots : Le roi des Juifs. 27 Ils crucifièrent avec lui deux brigands, l'un à sa droite, et l'autre à sa gauche.

29 Les passants l'injuriaient, et secouaient la tête, en disant : Hé ! toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, 30 sauve-toi toi-même, en descendant de la croix ! 31 Les principaux sacrificateurs aussi, avec les scribes, se moquaient entre eux, et disaient : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! 32 Que le Christ, le roi d'Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions ! Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'insultaient aussi.

33 La sixième heure étant venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. 34 Et à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : Éloï, Éloï, lama sabachthani ? ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? 35 Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, dirent : Voici, il appelle Élie. 36 Et l'un d'eux courut remplir une éponge de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire, en disant : Laissez, voyons si Élie viendra le descendre. 37 Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira.

38 Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas. 39 Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu'il avait expiré de la sorte, dit : Assurément, cet homme était Fils de Dieu.

40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin. Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques le mineur et de Joses, et Salomé, 41 qui le suivaient et le servaient lorsqu'il était en Galilée, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

42 Le soir étant venu, comme c'était la préparation, c'est-à-dire, la veille du sabbat, — 43 arriva Joseph d'Arimathée, conseiller de distinction, qui lui-même attendait aussi le royaume de Dieu. Il osa se rendre vers Pilate, pour demander le corps de Jésus. 44 Pilate s'étonna qu'il fût mort si tôt ; fit venir le centenier et lui demanda s'il était mort depuis longtemps. 45 S'en étant assuré par le centenier, il donna le corps à Joseph. 46 Et Joseph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix, l'enveloppa du linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc. Puis il roula une pierre à l'entrée du sépulcre. 47 Marie de Magdala, et Marie, mère de Joses, regardaient où on le mettait.

I Le procès devant Pilate et Barabbas (15,1-15)

Le silence devant Pilate (15,1-5)

La question de Pilate, « es-tu le roi des Juifs ? », reformule en termes politiques la question religieuse posée par le grand prêtre en 14,61 : le titre de Christ, théologiquement chargé pour le Sanhédrin, devient ici une accusation de prétention royale, seule susceptible de justifier une condamnation par l'autorité romaine. La réponse de Jésus, « tu le dis » (sy legeis), plus indirecte que le « je le suis » adressé au grand prêtre, ni confirme ni infirme explicitement la formulation politique de la question, tandis que le silence gardé face aux accusations multiples des grands prêtres accomplit, une fois encore, la figure du Serviteur muet devant ses accusateurs (Is 53,7).

Barabbas et la pression de la foule (15,6-15)

La coutume évoquée d'un « privilège pascal », par lequel le préfet romain aurait libéré un prisonnier au choix de la foule à l'occasion de la fête, n'est attestée par aucune autre source historique indépendante des évangiles, ce qui conduit plusieurs commentateurs, dont Camille Focant, à s'interroger sur son historicité précise, sans pour autant remettre en cause la trame générale du récit. Le nom de Barabbas (araméen bar abba, « fils du père ») a frappé de nombreux lecteurs par son ironie involontaire : la foule préfère la libération d'un « fils du père » au sens ordinaire du terme à celle du Fils qui appelle Dieu « Abba » en 14,36.

Note herméneutique

Ce passage, avec le procès devant le Sanhédrin au chapitre précédent, a constitué historiquement l'un des textes les plus lourdement instrumentalisés dans l'accusation chrétienne de déicide portée contre le peuple juif. Le texte marcien précise pourtant explicitement, en 15,10-11, que c'est « par envie » que les grands prêtres avaient livré Jésus, et que ce sont eux qui « excitèrent la foule » à demander la libération de Barabbas : la responsabilité narrative retombe donc sur un groupe précis de responsables religieux et sur une foule mobilisée par eux dans les circonstances particulières de ce jour, non sur le peuple juif de l'époque pris dans son ensemble ni, a fortiori, sur les Juifs des générations suivantes. Conformément à Nostra Aetate n. 4 et à CEC 597, l'Église catholique rejette explicitement et sans réserve toute lecture de ce texte qui en ferait le fondement d'une accusation collective ou héréditaire.

Correspondances bibliques

  • Is 53,7 — le Serviteur silencieux devant ses accusateurs, accompli dans le silence de Jésus devant Pilate
  • Mc 14,36.61-62 — jalons antérieurs de la question de l'identité de Jésus et de sa réponse
  • Mt 27,1-2.11-26 ; Lc 23,1-25 ; Jn 18,28-19,16 — versions parallèles du procès devant Pilate

II La moquerie des soldats (15,16-20)

La scène de dérision organisée par la cohorte romaine — pourpre, couronne tressée d'épines, salutation ironique, coups et crachats — parodie systématiquement le cérémonial d'hommage rendu à un souverain, retournant contre Jésus, sur un mode cruel, les mêmes gestes qui, employés sans ironie, constitueraient un authentique hommage royal. Cette scène, entièrement de la responsabilité de soldats romains et non de la population juive, souligne que la moquerie de la royauté de Jésus traverse, dans le récit marcien, plusieurs groupes distincts — soldats romains ici, passants et autorités religieuses plus loin (15,29-32) — sans qu'aucun groupe n'en ait l'exclusivité.

Correspondances bibliques

  • Is 50,6 — le Serviteur livrant son dos à ceux qui le frappent et son visage aux crachats, accompli littéralement dans cette scène
  • Mt 27,27-31 ; Jn 19,1-3 — versions parallèles de la moquerie des soldats (absente sous cette forme chez Luc)

III La crucifixion (15,21-32)

Simon de Cyrène et le chemin du Golgotha (15,21-24)

La mention de Simon de Cyrène comme « père d'Alexandre et de Rufus », détail sans utilité narrative immédiate, suggère que ces deux fils étaient connus de la communauté à laquelle Marc écrivait — un Rufus étant peut-être identifiable avec celui salué par Paul en Rm 16,13 parmi les chrétiens de Rome, ce qui, sans certitude absolue, s'accorderait avec l'hypothèse d'une composition romaine de l'évangile déjà évoquée dans l'introduction générale. Le refus de Jésus de boire le « vin mêlé de myrrhe », breuvage aux propriétés vraisemblablement analgésiques, marque sa volonté de traverser pleinement conscient l'épreuve de la croix, par contraste avec le vinaigre qui lui sera présenté plus tard sur un ton de dérision (15,36).

L'inscription et les compagnons de supplice (15,25-27)

L'inscription du motif de condamnation, « le roi des Juifs », rédigée par l'autorité romaine à des fins de dissuasion politique, proclame sans le vouloir, au regard du lecteur chrétien, la vérité la plus profonde du récit. La crucifixion aux côtés de deux « brigands » (lèstai, terme aussi employé pour désigner des insurgés politiques), l'un à droite, l'autre à gauche, réalise avec une ironie tragique la demande de préséance formulée par Jacques et Jean en 10,37.

Note textuelle

Le verset 28, absent du texte cité plus haut, ajoutait dans plusieurs manuscrits tardifs la citation d'Is 53,12 : « il a été mis au nombre des malfaiteurs ». Bruce Metzger considère cette insertion comme une harmonisation secondaire avec Lc 22,37, où cette citation figure de façon certaine ; absente des témoins les plus anciens (notamment le Codex Vaticanus et le Codex Sinaïticus), elle n'est pas retenue par les éditions critiques modernes ni par la TOB, ce qui explique son absence dans le texte biblique cité plus haut.

Les moqueries au pied de la croix (15,29-32)

Les trois vagues de moquerie — passants, grands prêtres et scribes, compagnons de supplice — reprennent, chacune à sa manière, l'accusation sur la destruction du temple (14,58) et le défi à « se sauver soi-même ». Ce défi condense, avec une ironie que le lecteur informé par tout l'évangile est seul à percevoir pleinement, la logique paradoxale du salut selon Marc : c'est précisément parce que Jésus ne se sauve pas lui-même, refusant de descendre de la croix, qu'il accomplit le salut des autres (cf. 10,45) ; la moquerie énonce, sans le savoir, la vérité théologique la plus centrale du livre.

Correspondances bibliques

  • Ps 22,7-9 — la moquerie et le hochement de tête des passants, repris presque littéralement dans cette scène
  • Sg 2,17-20 — le défi ironique lancé au juste de se faire délivrer par Dieu s'il est vraiment son fils
  • Mc 10,37.45 — écho ironique de la demande de préséance et rappel du sens du don de la vie « pour la multitude »
  • Rm 16,13 — mention possible du même Rufus, si l'identification proposée par plusieurs commentateurs est retenue
  • Mt 27,32-44 ; Lc 23,26-43 ; Jn 19,17-27 — versions parallèles de la crucifixion

IV La mort de Jésus (15,33-39)

Les ténèbres et le cri d'abandon (15,33-37)

Les ténèbres qui couvrent « toute la terre » depuis la sixième heure (midi) jusqu'à la neuvième (quinze heures) évoquent le langage prophétique du jugement cosmique (cf. Am 8,9 ; Jl 2,10.31), enveloppant la mort de Jésus d'une portée universelle. Le cri de Jésus, « Éloï, Éloï, lama sabachthani », conservé dans sa forme araméenne, cite littéralement le Ps 22,2, psaume de lamentation qui, tout en commençant par le cri du juste abandonné, s'oriente vers la confiance et la vindication finale (Ps 22,25-32) : ce cri d'une détresse extrême, loin de contredire la confiance filiale déjà exprimée à Gethsémani, l'exprime dans sa forme la plus radicale, celle d'une prière empruntée aux Écritures d'Israël jusque dans l'abîme de l'abandon ressenti.

Le malentendu des témoins, qui comprennent l'invocation araméenne « Éloï » comme un appel à Élie (Èlias), joue sur une proximité phonétique entre les deux termes, et prolonge, jusqu'au dernier instant, le motif de l'attente d'une intervention prophétique spectaculaire que le récit se refuse constamment à satisfaire.

Le voile déchiré et la confession du centurion (15,38-39)

Le déchirement du voile du temple, « depuis le haut jusqu'en bas », reprend le même verbe (schizô) que celui employé pour l'ouverture des cieux au baptême (1,10), établissant une inclusion littéraire délibérée entre le début et la fin du ministère de Jésus. Les commentateurs restent partagés sur le sens précis de ce déchirement : Joachim Gnilka y voit un signe de jugement sur le culte du temple, désormais rendu caduc, tandis que Camille Focant privilégie une lecture d'ouverture, l'accès au Saint des Saints, jusque-là réservé au grand prêtre, devenant désormais accessible par la mort de Jésus — les deux lectures n'étant d'ailleurs pas nécessairement exclusives l'une de l'autre.

La confession du centurion romain, « assurément, cet homme était Fils de Dieu », constitue le point culminant de toute la christologie marcienne : premier être humain, dans tout le récit, à proclamer ouvertement et sans contrainte ce titre annoncé dès 1,1 et révélé du ciel en 1,11 et 9,7, il le fait précisément au moment où Jésus vient de mourir dans le dénuement le plus complet, et non à l'occasion d'un miracle éclatant. Le fait que cette confession vienne d'un officier romain, membre de la cohorte qui vient de participer à l'exécution et aux moqueries, plutôt que d'un proche ou d'un disciple, souligne le caractère gratuit et inattendu de cette reconnaissance, qui ouvre symboliquement le cercle de la foi bien au-delà des frontières attendues. Quelques commentateurs relèvent que la formule grecque, dépourvue d'article défini devant « Fils de Dieu », pourrait aussi, dans la bouche d'un centurion païen, être entendue de façon moins déterminée (« un fils de dieu », dans un sens plus proche du vocabulaire impérial romain) ; la plupart des commentateurs, dont Camille Focant, jugent cependant que le contexte narratif marcien, qui a préparé cette reconnaissance depuis le premier verset du livre, oriente sans ambiguïté la lecture du lecteur chrétien vers la pleine confession de foi.

Correspondances bibliques

  • Am 8,9 ; Jl 2,10.31 — les ténèbres en plein jour comme signe traditionnel du jugement divin
  • Ps 22,2.8-9.19.25-32 — psaume de lamentation cité littéralement par Jésus, dont la trajectoire va de l'abandon à la vindication
  • Mc 1,10-11 — inclusion littéraire avec l'ouverture des cieux et la voix céleste au baptême
  • Ex 26,31-33 — le voile séparant le Saint des Saints, dont le déchirement modifie symboliquement l'accès
  • Mc 1,1.11 ; 9,7 ; 14,61-62 — jalons antérieurs du titre « Fils de Dieu », dont cette confession constitue l'aboutissement
  • Mt 27,45-54 ; Lc 23,44-48 ; Jn 19,28-30 — versions parallèles de la mort de Jésus

V Les femmes témoins, et la mise au tombeau (15,40-47)

La mention des femmes « qui regardaient de loin », nommément identifiées et présentées comme celles qui « servaient » (dièkonoun, même racine que le service évoqué en 1,31 et 10,45) Jésus depuis la Galilée, souligne par contraste la fuite complète des Douze annoncée en 14,50 : ce sont ces femmes, restées fidèles jusqu'au pied de la croix malgré la distance prudente qu'elles observent, qui deviendront, au chapitre suivant, les premiers témoins du tombeau vide.

La démarche de Joseph d'Arimathée, décrit comme « conseiller de distinction » — donc membre du même Sanhédrin qui vient de condamner Jésus — et qui « attendait le royaume de Dieu », introduit un nouveau contrepoint à toute lecture monolithique des autorités juives : au sein même du corps qui a prononcé la sentence de mort, un homme « ose » (tolmèsas, terme qui souligne le risque encouru) réclamer et ensevelir dignement le corps du condamné, geste de piété conforme à la prescription biblique contre l'exposition prolongée d'un cadavre (Dt 21,22-23). La vérification par Pilate de la réalité de la mort, par l'intermédiaire du centurion, atteste avec insistance, dès ce moment du récit, que le corps déposé au tombeau était bien celui d'un homme réellement mort, point que la tradition chrétienne postérieure jugera essentiel face à toute contestation de la réalité de la mort et, en conséquence, de la résurrection.

Correspondances bibliques

  • Dt 21,22-23 — la prescription contre l'exposition prolongée d'un corps supplicié, respectée par la démarche de Joseph d'Arimathée
  • Mc 1,31 ; 10,45 ; 14,50 — jalons antérieurs du service rendu par les femmes et de la fuite des disciples, dont ce passage constitue le contrepoint
  • Mc 16,1-8 — suite immédiate du récit, où ces mêmes femmes deviennent les premiers témoins du tombeau vide
  • Mt 27,55-61 ; Lc 23,49-56 ; Jn 19,38-42 — versions parallèles de la mise au tombeau

Conclusion

Le quinzième chapitre conduit à son terme la logique paradoxale annoncée dès la première prédiction de la Passion (8,31) : c'est en refusant de se sauver lui-même, dans le dénuement le plus complet et sous les moqueries répétées, que Jésus révèle enfin, aux yeux d'un centurion romain, l'identité proclamée dès le premier verset du livre. Le déchirement du voile, faisant écho au déchirement des cieux au baptême, referme sur toute l'histoire de Jésus une inclusion littéraire qui en révèle le sens unifié : de l'ouverture des cieux à l'ouverture du sanctuaire, c'est un même accès à Dieu qui s'accomplit. Les femmes fidèles et Joseph d'Arimathée, chacun à sa manière, maintiennent dans ce chapitre un fil de piété et de dignité au cœur même de l'abandon, préparant le lecteur au récit du tombeau vide qui suivra.

Questions pour aller plus loin

  • Comment la confession du centurion, prononcée au moment le plus dépouillé du récit plutôt qu'à l'occasion d'un miracle éclatant, interroge-t-elle la manière dont on cherche soi-même des preuves avant de croire ?
  • Que signifie, pour la prière dans l'épreuve, le cri de Jésus emprunté au Psaume 22, qui exprime l'abandon le plus radical sans pour autant rompre le dialogue avec Dieu ?
  • Le geste risqué de Joseph d'Arimathée, membre du Sanhédrin qui vient de condamner Jésus, invite-t-il à ne jamais réduire une personne ou un groupe à la seule décision collective qu'il a prise ?
  • Comment la fidélité des femmes, restées jusqu'au bout quand les Douze ont fui, éclaire-t-elle la place parfois discrète mais essentielle de ceux qui servent sans chercher à être vus ?
  • Que révèle, sur la nature du salut chrétien, le paradoxe selon lequel Jésus sauve précisément en ne se sauvant pas lui-même ?

Bibliographie

  • Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome II (Mc 8,27–16,20), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 361-420 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 621-670 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 576-600 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 901-960 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 15,28.34.