Formation théologique

Évangile selon Marc — Commentaire théologique

Chapitre 16

Le tombeau vide · L'annonce de la résurrection · La finale longue et sa question textuelle · L'envoi en mission · L'ascension

Introduction

Le seizième et dernier chapitre de l'évangile de Marc pose, plus qu'aucun autre, une question de critique textuelle qui touche directement à l'interprétation théologique du livre : le récit du tombeau vide (16,1-8), unanimement attesté par les manuscrits les plus anciens, s'achève sur une notation de peur et de silence si abrupte qu'elle a très tôt paru inachevée à des copistes et à des communautés chrétiennes, qui y ont adjoint, dans la plupart des manuscrits postérieurs, une finale longue (16,9-20) résumant les apparitions du Ressuscité et l'envoi en mission. Ce commentaire examine d'abord le récit du tombeau vide comme la conclusion la mieux attestée du texte marcien, avant de considérer la finale longue reçue par la tradition canonique de l'Église, en précisant le statut particulier de cette dernière.

« Il est ressuscité, il n'est point ici ; voici le lieu où on l'avait mis. » (Mc 16,6)

Texte biblique — Mc 16,1-20 (Louis Segond)

1 Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus. 2 Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. 3 Elles disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre loin de l'entrée du sépulcre ? 4 Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. 5 Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées. 6 Il leur dit : Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici ; voici le lieu où on l'avait mis. 7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. 8 Elles sortirent du sépulcre et s'enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi.

9 Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d'abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons. 10 Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s'affligeaient et pleuraient. 11 Quand ils entendirent qu'il vivait, et qu'elle l'avait vu, ils ne le crurent point. 12 Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d'entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. 13 Ils revinrent l'annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. 14 Enfin, il apparut aux onze, pendant qu'ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité.

15 Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. 16 Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. 17 Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; 18 ils saisiront des serpents ; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris.

19 Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu. 20 Et ils s'en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l'accompagnaient.

I Le tombeau vide (16,1-8)

La démarche des femmes (16,1-4)

L'intention des trois femmes — les mêmes, à l'exception de Salomé nommée seule ici, que celles mentionnées au pied de la croix en 15,40 — d'embaumer un corps mis au tombeau depuis plus d'un jour dans un climat méditerranéen surprend sur le plan pratique, mais témoigne surtout de leur fidélité persistante, seul lien encore actif avec Jésus après la dispersion complète des Douze. Leur question sur la pierre, « qui nous roulera la pierre ? », formulée alors qu'elles sont déjà en chemin sans solution prévue, illustre une détermination qui avance malgré l'obstacle non résolu — attitude que la découverte de la pierre déjà roulée vient couronner sans qu'elles aient eu à y pourvoir elles-mêmes.

L'annonce du jeune homme (16,5-8)

Le « jeune homme » (neaniskos) « vêtu d'une robe blanche », assis dans le tombeau, est communément identifié par les commentateurs à une figure angélique, le vêtement blanc étant un signe traditionnel de la sphère céleste (cf. 9,3). Plusieurs, dont Camille Focant, sans trancher définitivement, relèvent l'écho littéraire possible avec le jeune homme fuyant nu lors de l'arrestation (14,51-52) : la nudité de la fuite laisserait alors place, au tombeau, à la robe blanche de la victoire pascale, sans qu'un lien narratif direct entre les deux personnages puisse être établi avec certitude.

Le message annoncé, « il est ressuscité, il n'est point ici », accompagné du rappel de la promesse de retrouvailles en Galilée déjà énoncée en 14,28, associe la nouvelle pascale à la reprise du chemin de disciple depuis son commencement galiléen. La mention explicite de « Pierre », distingué des autres disciples dans l'ordre donné aux femmes (16,7), signale, de façon discrète mais nette, que le reniement ne l'a pas exclu de la communauté restaurée par la résurrection.

Note sur la finale de 16,8 et la question de la fin originelle de Marc

Le texte grec de Marc s'achève, au verset 8, sur la conjonction gar (« car »), construction syntaxique rare pour clore un ouvrage, ce qui a conduit une large part de la critique textuelle moderne, position partagée notamment par Bruce Metzger, à considérer 16,1-8 comme la fin la mieux attestée du texte marcien tel qu'il nous est parvenu par les manuscrits les plus anciens et les plus fiables (le Codex Vaticanus et le Codex Sinaïticus, du IVe siècle). Cette conclusion, où les femmes fuient « épouvantées » et ne disent « rien à personne », a paru si abrupte à de nombreux commentateurs qu'elle a suscité, depuis l'Antiquité, deux hypothèses distinctes, que ce commentaire présente sans les départager de façon définitive : soit la fin originelle du livre, pour une raison inconnue (accident matériel du rouleau ou du codex, mort prématurée de l'auteur), aurait été perdue avant la diffusion du texte que nous connaissons ; soit Marc aurait délibérément choisi de clore son évangile sur ce silence et cette peur, laissant au lecteur lui-même, à la lumière de tout ce qui a été annoncé (la promesse de Galilée, l'attente de la Parousie du chapitre 13), la responsabilité de prolonger par sa propre foi et son propre témoignage un récit que les premiers témoins n'ont pas su, sur le moment, faire connaître. Joachim Gnilka penche pour cette seconde lecture, qui trouve un écho cohérent dans le style volontairement ouvert et exigeant de tout l'évangile marcien envers son lecteur.

Correspondances bibliques

  • Mc 9,3 ; 14,28.51-52 ; 15,40 — jalons antérieurs (vêtement blanc de la Transfiguration, promesse de Galilée, jeune homme fuyant, femmes au pied de la croix) que ce récit reprend et accomplit
  • 2 M 3,26.33 — la figure de jeunes hommes en vêtements resplendissants comme messagers célestes, arrière-plan possible du neaniskos
  • Mt 28,1-8 ; Lc 24,1-12 ; Jn 20,1-10 — versions parallèles du tombeau vide

II La finale longue (16,9-20)

Statut particulier de ce passage

Les versets 9 à 20, absents des plus anciens et des meilleurs manuscrits grecs (dont le Vaticanus et le Sinaïticus), inconnus semble-t-il de Clément d'Alexandrie et d'Origène, et signalés comme absents de la plupart des exemplaires grecs connus de leur temps par Eusèbe de Césarée et par Jérôme, sont considérés par la quasi-unanimité de la critique textuelle moderne, Bruce Metzger en tête, comme une addition rédigée après coup, probablement au début du IIe siècle, résumant des traditions d'apparitions par ailleurs connues des autres évangiles et des Actes des Apôtres, afin de donner à Marc une conclusion jugée plus satisfaisante que le silence de 16,8. Le style et le vocabulaire de ce passage, sensiblement différents du reste de l'évangile, confirment cette origine distincte. Il importe cependant de préciser que ce constat de critique textuelle sur la genèse du passage ne remet nullement en cause son statut de texte canonique et inspiré : reçue depuis les premiers siècles par une large tradition manuscrite et liturgique, cette finale a été intégrée au canon des Écritures reconnu par l'Église, qui la tient pour partie intégrante et inspirée de l'Écriture sainte, indépendamment de la question, distincte, de son attribution à la main de Marc lui-même. Cette distinction entre l'histoire de la composition d'un texte et son statut canonique, déjà rencontrée à propos du disciple bien-aimé dans l'introduction au commentaire de Jean, s'applique ici de façon particulièrement nette.

Les apparitions et l'incrédulité des disciples (16,9-14)

Ce résumé des apparitions pascales, centré sur l'incrédulité initiale des disciples devant le témoignage de Marie de Magdala puis des deux disciples d'Emmaüs, insiste avec une certaine sévérité sur « la dureté de leur cœur » (16,14), expression qui reprend un vocabulaire déjà rencontré à plusieurs reprises dans le corps de l'évangile (cf. 6,52 ; 8,17) pour qualifier l'incompréhension persistante des disciples : la foi pascale, loin d'être un acquis immédiat et unanime, naît ici encore au terme d'un cheminement de résistance surmontée.

L'envoi en mission et les signes (16,15-18)

Le mandat missionnaire, « allez par tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à toute la création », universalise définitivement l'horizon de la mission déjà préparé par les récits de Tyr et de la Décapole (7,24-37) et par l'annonce du chapitre 13 (13,10). L'articulation entre foi, baptême et salut (16,16) résume, en une formule dense, la théologie sacramentelle qui se développera dans l'Église naissante.

Note pastorale

Les signes énumérés en 16,17-18 — exorcismes, langues nouvelles, prise de serpents, immunité à un poison, guérisons — doivent être compris, dans leur contexte d'origine, comme des signes d'authentification accompagnant la prédication apostolique naissante (cf. Ac 28,3-6, où Paul survit sans dommage à la morsure d'une vipère), et non comme une prescription rituelle invitant à provoquer volontairement de tels dangers pour éprouver sa foi. Une lecture littéraliste isolée de ce texte a pu conduire, historiquement, certaines communautés à des pratiques dangereuses de manipulation volontaire de serpents ou d'ingestion de substances toxiques, avec des conséquences parfois mortelles. Une telle démarche contredit directement l'enseignement de Jésus lui-même contre la tentation de Dieu par la recherche délibérée d'un signe prodigieux (cf. Mc 8,11-12 ; Dt 6,16), déjà commenté au chapitre 8 de ce livre.

L'ascension (16,19-20)

La mention de Jésus « assis à la droite de Dieu » reprend directement la citation du Ps 110,1 déjà employée par Jésus lui-même en 12,36 et 14,62, donnant à cette conclusion la forme d'un accomplissement de ce qui avait été annoncé comme une affirmation encore contestée devenue désormais un fait confessé par l'Église naissante. La dernière phrase du livre, qui associe la prédication des disciples à l'action continuée du Seigneur (« le Seigneur travaillait avec eux »), referme l'évangile sur la promesse d'une présence qui, sans plus être visible comme durant le ministère terrestre, continue d'accompagner la mission de l'Église.

Correspondances bibliques

  • Mc 6,52 ; 8,17 — récurrence du motif du cœur endurci, appliqué ici encore aux disciples malgré la résurrection
  • Mc 7,24-30 ; 13,10 — jalons antérieurs de l'ouverture missionnaire universelle, accomplie dans l'envoi final
  • Ac 28,3-6 — l'immunité de Paul devant la morsure d'une vipère, arrière-plan probable de Mc 16,18
  • Mc 8,11-12 ; Dt 6,16 — la mise en garde contre la tentation de Dieu par la recherche d'un signe
  • Ps 110,1 — citation reprise une troisième fois dans l'évangile, désormais comme confession de l'Église
  • Ac 1,9-11 — récit plus développé de l'ascension, dont ce verset donne la forme la plus brève
  • Lc 24,13-53 ; Jn 20,11-29 ; Jn 21,1-23 — récits parallèles ou apparentés des apparitions pascales et de l'envoi en mission

Conclusion

Le seizième chapitre de Marc, qu'on s'en tienne à la fin la mieux attestée par les manuscrits (16,8) ou qu'on la prolonge par la finale longue reçue dans le canon (16,9-20), referme l'évangile sur une même dynamique : l'annonce de la résurrection, reçue d'abord dans la peur et l'incrédulité, appelle une réponse de foi et un envoi en mission qui dépassent largement le cercle des premiers témoins. Le silence des femmes au tombeau, loin d'être un échec définitif, laisse au lecteur lui-même la responsabilité de porter, à sa suite, ce que l'évangile tout entier lui a donné à voir et à entendre depuis son premier verset : la bonne nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu.

Questions pour aller plus loin

  • Que signifie, pour sa propre expérience de foi, l'hypothèse selon laquelle Marc aurait volontairement achevé son récit sur la peur et le silence des femmes, laissant au lecteur la responsabilité de poursuivre le témoignage ?
  • Comment la mention explicite de Pierre, distingué des autres disciples dans le message des femmes, éclaire-t-elle la manière dont la résurrection restaure ceux qui ont failli plutôt qu'elle ne les exclut ?
  • Que révèle l'insistance de la finale longue sur la dureté de cœur des disciples, même après le témoignage direct de ceux qui ont vu le Ressuscité, sur la nature parfois lente et coûteuse de la foi pascale ?
  • Comment recevoir aujourd'hui le mandat missionnaire universel de 16,15, dans un monde aux formes de communication et d'échange très différentes de celles du premier siècle ?
  • La distinction entre l'histoire de la composition d'un texte biblique et son statut de parole inspirée, rencontrée ici à propos de la finale longue, aide-t-elle à mieux comprendre la nature de l'inspiration scripturaire elle-même ?

Bibliographie

  • Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome II (Mc 8,27–16,20), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 421-460 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 671-710 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 601-615 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 961-1000 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 16,8-20.