Évangile selon Marc — Commentaire théologique
Chapitre 6
Rejet à Nazareth · Mission des Douze · Mort de Jean le Baptiste · Multiplication des pains · Jésus marche sur les eaux · Guérisons à Génésareth
Introduction
Le sixième chapitre articule, autour d'une nouvelle intercalation marcienne, un ensemble de scènes qui font alterner rejet et accueil, mort et nourriture donnée en abondance. Le refus opposé à Jésus dans sa propre patrie (6,1-6) ouvre le chapitre sur une note d'incrédulité qui contraste avec l'envoi en mission des Douze, porteurs de son autorité (6,7-13). Le récit de la mort de Jean le Baptiste (6,14-29), inséré entre l'envoi et le retour des Douze, projette sur l'ensemble du chapitre l'ombre du destin prophétique auquel Jésus lui-même est promis. Les deux récits de puissance qui suivent — la multiplication des pains et la marche sur les eaux — répondent à cette ombre par une double manifestation, nourricière et théophanique, de l'identité de Jésus, que le chapitre conclut pourtant sur le constat sévère de l'incompréhension persistante des disciples (6,52).
« Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur. » (Mc 6,50)
Texte biblique — Mc 6,1-56 (TOB)
1 Jésus partit de là. Il vient dans sa patrie et ses disciples le suivent. 2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Frappés d'étonnement, de nombreux auditeurs disaient : « D'où cela lui vient-il ? Et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, si bien que même des miracles se font par ses mains ? 3 N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici, chez nous ? » Et il était pour eux une occasion de chute. 4 Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison. » 5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle ; pourtant il guérit quelques malades en leur imposant les mains. 6 Et il s'étonnait de ce qu'ils ne croyaient pas. Il parcourait les villages des environs en enseignant.
7 Il fait venir les Douze. Et il commença à les envoyer deux par deux, leur donnant autorité sur les esprits impurs. 8 Il leur ordonna de ne rien prendre pour la route, sauf un bâton : pas de pain, pas de sac, pas de monnaie dans la ceinture, 9 mais pour chaussures des sandales, « et ne mettez pas deux tuniques ». 10 Il leur disait : « Si, quelque part, vous entrez dans une maison, demeurez-y jusqu'à ce que vous quittiez l'endroit. 11 Si une localité ne vous accueille pas et si l'on ne vous écoute pas, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds : ils auront là un témoignage. » 12 Ils partirent et ils proclamèrent qu'il fallait se convertir. 13 Ils chassaient beaucoup de démons, ils faisaient des onctions d'huile à beaucoup de malades et ils les guérissaient.
14 Le roi Hérode entendit parler de Jésus, car son nom était devenu célèbre. On disait : « Jean le Baptiste est ressuscité des morts ; voilà pourquoi le pouvoir de faire des miracles agit en lui. » 15 D'autres disaient : « C'est Élie. » D'autres disaient : « C'est un prophète semblable à l'un de nos prophètes. » 16 Entendant ces propos, Hérode disait : « Ce Jean que j'ai fait décapiter, c'est lui qui est ressuscité. » 17 En effet, Hérode avait fait arrêter Jean et l'avait enchaîné en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu'il avait épousée. 18 Car Jean disait à Hérode : « Il ne t'est pas permis de garder la femme de ton frère. » 19 Aussi, Hérodiade le haïssait et voulait le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas, 20 car Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l'avait entendu, il restait fort perplexe ; cependant il l'écoutait volontiers.
21 Mais un jour propice arriva lorsque Hérode, pour son anniversaire, donna un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée. 22 La fille de cette Hérodiade vint exécuter une danse et elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. » 23 Et il lui fit ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. » 24 Elle sortit et dit à sa mère : « Que vais-je demander ? » Celle-ci répondit : « La tête de Jean le Baptiste. » 25 En toute hâte, elle rentra auprès du roi et lui demanda : « Je veux que tu me donnes tout de suite sur un plat la tête de Jean le Baptiste. » 26 Le roi devint triste, mais, à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas lui refuser. 27 Aussitôt le roi envoya un garde avec l'ordre d'apporter la tête de Jean. Le garde alla le décapiter dans sa prison, 28 il apporta la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. 29 Quand ils l'eurent appris, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le déposèrent dans un tombeau.
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. 31 Il leur dit : « Vous autres, venez à l'écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. » Car il y avait beaucoup de monde qui venait et repartait, et eux n'avaient pas même le temps de manger. 32 Ils partirent en barque vers un lieu désert, à l'écart. 33 Les gens les virent s'éloigner et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent à cet endroit et arrivèrent avant eux. 34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut pris de pitié pour eux parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.
35 Puis, comme il était déjà tard, ses disciples s'approchèrent de lui pour lui dire : « L'endroit est désert et il est déjà tard. 36 Renvoie-les : qu'ils aillent dans les hameaux et les villages des environs s'acheter de quoi manger. » 37 Mais il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils lui disent : « Nous faut-il aller acheter pour deux cents pièces d'argent de pains et leur donner à manger ? » 38 Il leur dit : « Combien avez-vous de pains ? Allez voir ! » Ayant vérifié, ils disent : « Cinq, et deux poissons. » 39 Et il leur commanda d'installer tout le monde par groupes sur l'herbe verte. 40 Ils s'étendirent par rangées de cent et de cinquante. 41 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains et il les donnait aux disciples pour qu'ils les offrent aux gens. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. 42 Ils mangèrent tous et furent rassasiés. 43 Et l'on emporta les morceaux, qui remplissaient douze paniers, et aussi ce qui restait des poissons. 44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.
45 Aussitôt, Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renvoyait la foule. 46 Après l'avoir congédiée, il partit dans la montagne pour prier. 47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. 48 Voyant qu'ils se battaient à ramer contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. 49 En le voyant marcher sur la mer, ils crurent que c'était un fantôme et ils poussèrent des cris. 50 Car ils le virent tous et ils furent affolés. Mais lui aussitôt leur parla ; il leur dit : « Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur. » 51 Il monta auprès d'eux dans la barque, et le vent tomba. Ils étaient extrêmement bouleversés. 52 En effet, ils n'avaient rien compris à l'affaire des pains, leur cœur était endurci.
53 Après la traversée, ils touchèrent terre à Gennésareth et ils abordèrent. 54 Dès qu'ils eurent débarqué, les gens reconnurent Jésus ; 55 ils parcoururent tout le pays et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l'on apprenait qu'il était. 56 Partout où il entrait, villages, villes ou hameaux, on mettait les malades sur les places ; on le suppliait de les laisser toucher seulement la frange de son vêtement ; et ceux qui le touchaient étaient tous sauvés.
I Le rejet à Nazareth (6,1-6)
La question des habitants de Nazareth, « n'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie... », désigne Jésus par son métier — tektôn, terme qui recouvre aussi bien le travail du bois que celui de la pierre — et par sa filiation maternelle, formulation inhabituelle dans une société patrilinéaire où l'on attendrait plutôt « fils de Joseph », et qui a pu, selon plusieurs commentateurs, conserver un écho des circonstances particulières de sa naissance. La mention de « ses frères » et de « ses sœurs », nommant Jacques, Josès, Jude et Simon, reprend la question déjà rencontrée en 3,31-35 : conformément à la note apportée à cet endroit sur l'usage sémitique élargi du terme adelphoi et à la foi de l'Église en la virginité perpétuelle de Marie (CEC 499-500), ces noms désignent un cercle de proches parents plutôt que des frères et sœurs utérins.
La remarque narrative selon laquelle Jésus « ne pouvait faire là aucun miracle », nuancée aussitôt par la mention de quelques guérisons accordées, établit un lien étroit, propre à la théologie marcienne, entre la foi de ceux qui accueillent et la manifestation de la puissance de Jésus, sans que cette limitation ne doive être comprise comme une restriction de sa puissance en elle-même.
Correspondances bibliques
- Jr 1,4-10 ; 11,21 — le rejet du prophète par ses proches et ses compatriotes
- 1 S 10,11-12 — l'étonnement des connaissances de Saül devant sa transformation prophétique
- Mc 3,31-35 ; Mt 12,46-50 — même question sur la famille de Jésus, déjà traitée au chapitre 3
- Mt 13,53-58 ; Lc 4,16-30 — versions parallèles du rejet à Nazareth
II L'envoi en mission des Douze (6,7-13)
Les instructions données aux Douze — ni pain, ni sac, ni monnaie, un seul bâton et des sandales — dessinent le profil d'une mission dépouillée, fondée sur la confiance en l'accueil reçu plutôt que sur l'autonomie matérielle des envoyés. Ces prescriptions, dont le détail varie légèrement entre les évangiles synoptiques, évoquent par contraste l'équipement du voyageur ordinaire, et signalent que l'urgence de l'annonce prime sur la préparation logistique.
Le geste de « secouer la poussière » des pieds en cas de refus d'accueil reprend une pratique attestée chez des pèlerins juifs quittant un territoire païen pour ne rien emporter de son impureté ; appliqué ici à des localités juives qui refuseraient d'accueillir les envoyés de Jésus, ce geste devient un signe prophétique de jugement, sans recours à la violence, qui laisse à Dieu seul la suite à donner.
Correspondances bibliques
- Ac 13,51 ; 18,6 — reprise apostolique du geste de secouer la poussière des pieds
- Dt 18,18-19 — l'autorité prophétique reçue et transmise
- Mc 3,14-15 — l'institution des Douze, dont cet envoi réalise la finalité missionnaire
- Mt 10,1-15 ; Lc 9,1-6 — versions parallèles de l'envoi en mission
III Une intercalation marcienne : la mort de Jean le Baptiste (6,14-29)
Un procédé littéraire propre à Marc
Comme en 3,20-35 et en 5,21-43, Marc insère ici un récit complet — la mort de Jean le Baptiste — entre l'envoi des Douze (6,7-13) et leur retour (6,30), suspendant la trame missionnaire pour y superposer le destin du précurseur. Cette intercalation invite à lire l'envoi des disciples à la lumière du sort de Jean : proclamer la conversion et affronter, comme lui, l'hostilité du pouvoir peut conduire à un témoignage jusqu'au martyre, anticipant ainsi, dès ce chapitre, la Passion de Jésus lui-même.
Le titre de « roi » donné à Hérode Antipas (6,14) est, sur le plan historique, une approximation : Antipas n'était que tétrarque, et non roi, titre que seul son père Hérode le Grand avait porté légitimement. Camille Focant relève que cet usage large du terme, sans doute reflet du langage populaire plutôt qu'erreur savante, s'accorde avec le style narratif peu technique de Marc en matière de titulature politique.
Le récit du banquet et de la danse, construit avec un art dramatique certain, présente de fortes résonances avec l'épisode d'Élie face à la reine Jézabel (1 R 19,1-2 ; 21), qui elle aussi cherche la mort d'un prophète gênant sans pouvoir l'obtenir directement du roi, contraint de céder à la pression de son épouse. Cette typologie confirme, sur un mode narratif plutôt que doctrinal, le rôle de Jean comme figure du nouvel Élie déjà annoncé en 1,6 et 9,11-13.
Correspondances bibliques
- 1 R 19,1-2 ; 21,1-16 — Jézabel poursuivant Élie et Naboth de sa haine, figure typologique d'Hérodiade
- Am 2,12 ; Jr 26,20-23 — d'autres exemples prophétiques de rejet violent de la parole prophétique
- Mc 1,6 ; 9,11-13 — identification de Jean au nouvel Élie
- Mc 9,31 ; 10,33-34 ; 14,1-2 — annonces de la Passion de Jésus, dont le sort de Jean est ici une préfiguration
- Mt 14,1-12 — version parallèle de la mort de Jean le Baptiste (absente de Luc, qui n'en garde qu'un écho en Lc 9,7-9)
IV La multiplication des pains (6,30-44)
Le retour des apôtres et l'invitation de Jésus à se reposer « à l'écart » ouvrent ce récit sur une note de sollicitude pastorale, aussitôt débordée par l'afflux de la foule. La notation selon laquelle Jésus fut « pris de pitié » en la voyant « comme des brebis qui n'ont pas de berger » reprend une image prophétique classique (Nb 27,17 ; Ez 34,5) pour désigner un peuple privé de conduite légitime, préparant discrètement l'identification de Jésus au bon berger annoncé par Ézéchiel.
Le vocabulaire du récit du partage — « il prit... leva son regard vers le ciel... prononça la bénédiction... rompit... donnait » — reproduit presque terme pour terme celui de l'institution eucharistique rapportée en 14,22, établissant un lien littéraire et théologique volontaire entre ce repas dans le désert et le dernier repas de Jésus avec les siens. Le double compte, cinq pains et cinq mille hommes rassasiés avec douze paniers de reste, joue sur le contraste entre l'insuffisance apparente des moyens humains et la surabondance du don, à la manière du miracle d'Élisée en 2 R 4,42-44, où cent hommes sont nourris de vingt pains d'orge avec des restes.
Correspondances bibliques
- Nb 27,17 ; Ez 34,5.23 — le peuple comme brebis sans berger, et l'annonce d'un berger unique envoyé par Dieu
- Ex 16,1-36 — le don de la manne au désert, arrière-plan de toute multiplication de nourriture
- 2 R 4,42-44 — la multiplication des pains opérée par Élisée
- Is 25,6-8 — le banquet eschatologique préparé par le Seigneur pour tous les peuples
- Mc 14,22 — vocabulaire commun avec le récit de l'institution eucharistique
- Mt 14,13-21 ; Lc 9,10-17 ; Jn 6,1-15 — versions parallèles de la multiplication des pains
V Jésus marche sur les eaux (6,45-52)
La retraite solitaire de Jésus « dans la montagne pour prier » (6,46), motif déjà rencontré en 1,35, précède un récit où la maîtrise sur les éléments, déjà manifestée en 4,35-41, se double d'une dimension théophanique plus explicite encore. La formule « il allait les dépasser » (èthelen parelthein autous) évoque un vocabulaire biblique précis, celui du passage de la gloire divine devant Moïse (Ex 33,19.22) et devant Élie (1 R 19,11), où « passer devant » signifie une manifestation partielle et volontairement retenue de la présence de Dieu.
La parole rassurante de Jésus, « Confiance, c'est moi » (egô eimi), reprend la formule d'auto-désignation divine révélée à Moïse en Ex 3,14, et rappelée dans le contexte de la maîtrise sur les eaux par Jb 9,8, où Dieu seul « marche sur les flots de la mer ». La conclusion du récit, sévère, souligne que les disciples restent « extrêmement bouleversés » et que leur « cœur était endurci », faute d'avoir tiré de la multiplication des pains la juste conclusion sur l'identité de Jésus — reprise du motif d'incompréhension déjà signalé en 4,13 et développé plus loin en 8,17-21.
Correspondances bibliques
- Ex 33,19.22 ; 1 R 19,11 — le passage de la gloire divine devant Moïse et devant Élie
- Ex 3,14 — la révélation du nom divin, arrière-plan de la formule « c'est moi » (egô eimi)
- Jb 9,8 ; Ps 77,20 — Dieu seul marchant sur les flots de la mer
- Mc 4,35-41 ; 8,17-21 — autres épisodes de maîtrise sur la mer et d'incompréhension des disciples
- Mt 14,22-33 ; Jn 6,16-21 — versions parallèles de la marche sur les eaux
VI Guérisons à Génésareth (6,53-56)
Ce bref sommaire, qui clôt le chapitre, généralise l'accueil populaire de Jésus après le rejet initial de Nazareth : la région entière se mobilise pour lui amener les malades, dans un geste de foi symbolisé par le désir de toucher seulement « la frange de son vêtement » (kraspedon), allusion probable aux franges rituelles prescrites par la Loi (Nb 15,38-39), déjà évoquées implicitement dans le geste de la femme aux hémorragies en 5,27-28. Le texte insiste, par la répétition finale, sur l'universalité de la guérison offerte : « ceux qui le touchaient étaient tous sauvés ».
Correspondances bibliques
- Nb 15,38-39 — les franges du vêtement prescrites comme rappel des commandements
- Mc 5,27-28 — même geste de toucher le vêtement de Jésus, chez la femme aux hémorragies
- Ml 3,20 — le « soleil de justice » portant la guérison « dans ses rayons », image apparentée
Conclusion
Le sixième chapitre tient ensemble, sans les résoudre l'une dans l'autre, deux lignes de force qui traversent tout l'évangile de Marc : l'incrédulité qui peut naître de la familiarité même, illustrée par le rejet de Nazareth et confirmée par le destin tragique de Jean le Baptiste, et la manifestation surabondante de la puissance de Jésus, nourricière dans la multiplication des pains, théophanique dans la marche sur les eaux. La conclusion sévère du chapitre, sur le cœur endurci des disciples malgré ce qu'ils viennent de voir, rappelle que la reconnaissance de l'identité de Jésus ne procède pas mécaniquement de l'accumulation des signes, mais requiert une conversion du regard que le récit continuera de solliciter jusqu'à la confession de Pierre.
Questions pour aller plus loin
- Que signifie, pour l'expérience spirituelle, le fait que la familiarité ou l'habitude puisse devenir, comme à Nazareth, un obstacle à la reconnaissance de l'action de Dieu ?
- Comment recevoir aujourd'hui les instructions données aux Douze sur le dépouillement matériel de la mission, sans en faire une prescription littérale déconnectée de son contexte ?
- Le destin de Jean le Baptiste, victime d'un pouvoir faible et complaisant plutôt que d'une hostilité franche, interroge-t-il nos propres compromissions devant l'injustice ?
- Que révèle, sur la nature du don reçu dans l'Eucharistie, le rapprochement volontaire entre le récit de la multiplication des pains et celui de la dernière Cène ?
- Comment comprendre que les disciples, témoins directs de la multiplication des pains, restent malgré tout incapables d'en tirer la juste conclusion sur l'identité de Jésus ?
Bibliographie
- Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome I (Mc 1,1–8,26), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 260-320 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 254-320 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 298-329 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 311-378 (à vérifier selon l'édition utilisée).
- Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 6,14.
