Formation théologique

Évangile selon Marc — Commentaire théologique

Chapitre 9

La Transfiguration · Dialogue sur Élie · Guérison de l'enfant possédé · Deuxième annonce de la Passion · Qui est le plus grand · L'exorciste étranger · Mises en garde sur le scandale et le sel

Introduction

Le neuvième chapitre poursuit, dans la section centrale de l'évangile ouverte par la confession de Pierre, l'alternance entre manifestation de gloire et annonce de la souffrance qui caractérise ce moment du récit marcien. La Transfiguration (9,2-10), sommet de révélation, comparable au baptême, est aussitôt suivie d'un dialogue sur le sort d'Élie qui préfigure celui du Fils de l'homme (9,11-13), puis d'un récit de guérison qui met en lumière l'impuissance des disciples et l'exigence de la foi (9,14-29). La deuxième annonce de la Passion (9,30-32), accueillie dans l'incompréhension et la peur, ouvre sur un ensemble d'enseignements pratiques — la vraie grandeur, l'accueil de l'enfant, l'attitude envers celui qui agit hors du cercle des disciples, les exigences radicales devant le scandale — qui déclinent concrètement ce que signifie suivre celui qui va à la croix.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! » (Mc 9,7)

Texte biblique — Mc 9,1-50

1 Et il leur disait : « En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance. »

2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux, 3 et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi. 4 Élie leur apparut avec Moïse ; ils s'entretenaient avec Jésus. 5 Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie. » 6 Il ne savait que dire, car ils étaient saisis de crainte. 7 Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! » 8 Aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux. 9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. 10 Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par « ressusciter d'entre les morts ».

11 Et ils l'interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils qu'Élie doit venir d'abord ? » 12 Il leur dit : « Certes, Élie vient d'abord et rétablit tout, mais alors comment est-il écrit du Fils de l'homme qu'il doit beaucoup souffrir et être méprisé ? 13 Eh bien ! je vous le déclare, Élie est venu et ils lui ont fait tout ce qu'ils voulaient, selon ce qui est écrit de lui. »

14 En venant vers les disciples, ils virent autour d'eux une grande foule et des scribes qui discutaient avec eux. 15 Dès qu'elle vit Jésus, toute la foule fut remuée et l'on accourait pour le saluer. 16 Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? » 17 Quelqu'un dans la foule lui répondit : « Maître, je t'ai amené mon fils : il a un esprit muet. 18 L'esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette à terre, et l'enfant écume, grince des dents et devient raide. J'ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n'en ont pas eu la force. » 19 Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incrédule, jusqu'à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu'à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi. » 20 Ils le lui amenèrent. Dès qu'il vit Jésus, l'esprit se mit à agiter l'enfant de convulsions ; celui-ci, tombant par terre, se roulait en écumant. 21 Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Il dit : « Depuis son enfance. 22 Souvent l'esprit l'a jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous. » 23 Jésus lui dit : « Si tu peux !… Tout est possible à celui qui croit. » 24 Aussitôt le père de l'enfant s'écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » 25 Jésus, voyant la foule s'attrouper, menaça l'esprit impur : « Esprit sourd et muet, je te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus ! » 26 Avec des cris et de violentes convulsions, l'esprit sortit. L'enfant devint comme mort, si bien que tous disaient : « Il est mort. » 27 Mais Jésus, en lui prenant la main, le fit lever et il se mit debout. 28 Quand Jésus fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier : « Et nous, pourquoi n'avons-nous pu chasser cet esprit ? » 29 Il leur dit : « Ce genre d'esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière. »

30 Partis de là, ils traversaient la Galilée et Jésus ne voulait pas qu'on le sache. 31 Car il enseignait ses disciples et leur disait : « Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, lorsqu'il aura été tué, trois jours après il ressuscitera. » 32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et craignaient de l'interroger.

33 Ils allèrent à Capharnaüm. Une fois à la maison, Jésus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » 34 Mais ils se taisaient, car, en chemin, ils s'étaient querellés pour savoir qui était le plus grand. 35 Jésus s'assit et il appela les Douze ; il leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » 36 Et prenant un enfant, il le plaça au milieu d'eux et, après l'avoir embrassé, il leur dit : 37 « Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m'accueille moi-même ; et qui m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. »

38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l'en empêcher parce qu'il ne nous suivait pas. » 39 Mais Jésus dit : « Ne l'empêchez pas, car il n'y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi. 40 Celui qui n'est pas contre nous est pour nous. 41 Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.

42 « Quiconque entraîne la chute d'un seul de ces petits qui croient, il vaut mieux pour lui qu'on lui attache au cou une grosse meule, et qu'on le jette à la mer. 43 Si ta main entraîne ta chute, coupe-la ; il vaut mieux que tu entres manchot dans la vie que d'aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas. 45 Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le ; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. 47 Et si ton œil entraîne ta chute, arrache-le ; il vaut mieux que tu entres borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, 48 où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. 49 Car chacun sera salé au feu. 50 C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres. »

I L'annonce du Règne venu avec puissance (9,1)

Cette annonce, formulée en clôture du discours précédent et rattachée par plusieurs commentateurs plutôt à ce qui suit qu'à ce qui précède, a suscité une abondante discussion : certains, dans la lignée d'une lecture strictement eschatologique, y voient une attente de la Parousie non réalisée du vivant des premiers disciples, difficulté déjà perçue par la tradition ancienne ; d'autres, dont Joachim Gnilka, la rapportent à l'épisode qui suit immédiatement, la Transfiguration, comprise alors comme une anticipation, accordée à trois témoins seulement, de la venue du Règne dans sa puissance.

Correspondances bibliques

  • Dn 7,13-14 — la venue du Règne associée à la figure du Fils de l'homme
  • Mc 13,30 — autre parole sur « cette génération » qui ne passera pas, de portée comparable et également discutée
  • Mt 16,28 ; Lc 9,27 — versions parallèles de cette annonce

II La Transfiguration (9,2-10)

La mention « six jours après », précision chronologique rare chez Marc, situe la scène en écho au récit de l'Exode, où Moïse gravit la montagne et où la nuée la recouvre durant six jours avant que Dieu ne lui parle (Ex 24,15-16). La blancheur éblouissante des vêtements de Jésus, la présence conjointe de Moïse et d'Élie — figures respectives de la Loi et des Prophètes, mais aussi, selon une lecture patristique ancienne, des deux grandes figures bibliques ayant fait l'expérience d'une théophanie sur une montagne (Ex 24 ; 1 R 19) —, et la nuée qui couvre les témoins de son ombre (episkiazousa, terme employé aussi en Lc 1,35 pour l'Esprit couvrant Marie) composent un ensemble de signes théophaniques d'une densité rare dans le récit marcien.

La proposition de Pierre de dresser trois tentes, explicitement présentée par le narrateur comme une parole d'égarement (« il ne savait que dire »), traduit un désir compréhensible de fixer et de prolonger cet instant de gloire, désir que la voix céleste vient corriger en reconduisant l'attention non vers la construction d'un lieu, mais vers l'écoute d'une parole : « Écoutez-le », formule qui reprend l'annonce du prophète semblable à Moïse en Dt 18,15, et qui, dans le contexte immédiat du récit, oriente vers l'enseignement sur la Passion qui vient d'être donné en 8,31 et sera répété en 9,31.

L'ordre de silence donné jusqu'à la résurrection (9,9) marque une évolution notable par rapport aux ordres antérieurs, sans terme fixé : ici, pour la première fois, une échéance précise est donnée à ce secret, qui trouvera sa levée dans l'événement pascal.

Correspondances bibliques

  • Ex 24,15-18 ; 34,29-35 — la nuée sur la montagne et le visage rayonnant de Moïse
  • 1 R 19,8-13 — la théophanie accordée à Élie sur l'Horeb
  • Dt 18,15 — l'annonce du prophète semblable à Moïse, arrière-plan de « Écoutez-le »
  • Mc 1,11 — reprise quasi identique de la voix céleste du baptême
  • 2 P 1,17-18 — témoignage néotestamentaire ultérieur se référant explicitement à cette scène
  • Mt 17,1-9 ; Lc 9,28-36 — versions parallèles de la Transfiguration
Voir l'étude synoptique sur la transfiguration

III Le dialogue sur Élie (9,11-13)

La question des disciples reprend une attente répandue, fondée sur Ml 3,23-24, selon laquelle Élie devait revenir avant l'avènement définitif de Dieu. La réponse de Jésus, qui affirme qu'« Élie est venu » et qu'« ils lui ont fait tout ce qu'ils voulaient », sans nommer explicitement Jean le Baptiste, renvoie clairement, par ce que le lecteur sait déjà du sort de Jean (6,14-29), à son identification implicite avec la figure attendue d'Élie, déjà suggérée en 1,6. Le rapprochement, dans une même phrase, du sort d'Élie/Jean et de la nécessité que le Fils de l'homme « souffre et soit méprisé », établit un parallèle explicite entre les deux destins : la violence faite au précurseur préfigure celle qui attend Jésus lui-même.

Correspondances bibliques

  • Ml 3,23-24 — l'annonce du retour d'Élie avant le jour du Seigneur
  • Mc 1,6 ; 6,14-29 — identification implicite de Jean le Baptiste à la figure d'Élie
  • Is 53,3 — le Serviteur souffrant, « méprisé et abandonné des hommes »
  • Mt 17,10-13 — version parallèle, plus explicite sur l'identification à Jean le Baptiste

IV La guérison de l'enfant possédé (9,14-29)

Ce récit, l'un des plus développés de tout l'évangile, met en scène un contraste frappant entre l'échec des disciples, restés en bas de la montagne, et la puissance de Jésus qui vient de la redescendre. Le cri de Jésus, « génération incrédule, jusqu'à quand serai-je auprès de vous ? », formulation à résonance vétérotestamentaire (cf. Nb 14,11.27 ; Dt 32,5.20), exprime une lassitude devant le manque de foi qui semble viser aussi bien la foule que les disciples eux-mêmes.

Le dialogue avec le père, centré sur la formule « si tu peux !... tout est possible à celui qui croit », retourne la question de la possibilité vers la foi elle-même plutôt que vers la seule puissance de Jésus. La réponse du père, « je crois, viens au secours de mon manque de foi », condense en une phrase l'expérience de toute foi authentique, tenue entre l'adhésion réelle et la conscience de sa propre fragilité, sans que cette tension ne disqualifie la demande.

L'explication finale donnée aux disciples sur la nécessité de la prière (9,29) fait l'objet d'une variante textuelle notable : plusieurs manuscrits postérieurs ajoutent « et le jeûne », addition que Bruce Metzger considère comme secondaire, reflétant probablement une pratique ascétique croissante dans l'Église ancienne plutôt que le texte original de Marc, qui insiste ici sur la seule prière comme condition de cette forme d'exorcisme.

Correspondances bibliques

  • Nb 14,11.27 ; Dt 32,5.20 — l'expression vétérotestamentaire d'une lassitude divine devant l'incrédulité du peuple
  • Mc 5,41 ; 1,31 — même geste de prendre la main pour relever, déjà rencontré à deux reprises
  • Jc 5,15 — écho néotestamentaire ultérieur sur la prière de la foi qui sauve le malade
  • Mt 17,14-21 ; Lc 9,37-43 — versions parallèles de la guérison de l'enfant possédé

V La deuxième annonce de la Passion (9,30-32)

Cette deuxième annonce, plus brève que la première, introduit le verbe technique paradidotai (« est livré »), au présent de valeur prophétique, qui deviendra le terme privilégié pour désigner la trahison de Judas et la remise de Jésus aux autorités (cf. 14,10.18.21.41-42). La réaction des disciples, qui « ne comprenaient pas cette parole et craignaient de l'interroger », marque une évolution par rapport à la réaction de Pierre après la première annonce : l'incompréhension demeure, mais elle se double désormais d'une peur qui ferme le dialogue plutôt que de susciter une opposition ouverte.

Correspondances bibliques

  • Mc 8,31 ; 10,33-34 — première et troisième annonces de la Passion, dont celle-ci constitue le second jalon
  • Mc 14,10.18.21.41-42 — reprise du même verbe « livrer » au moment de la Passion effective
  • Is 53,6.12 — le Serviteur « livré » à cause des péchés du peuple
  • Mt 17,22-23 ; Lc 9,43-45 — versions parallèles de la deuxième annonce

VI Qui est le plus grand, et l'accueil de l'enfant (9,33-37)

La question de la préséance, débattue en chemin par les disciples immédiatement après l'annonce de la Passion, illustre avec une ironie tragique le décalage persistant entre l'enseignement de Jésus et les préoccupations de ceux qui le suivent. La réponse de Jésus renverse la logique habituelle de la grandeur : « qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous », principe qu'il illustre par le geste concret de placer un enfant au milieu d'eux — figure, dans la société antique, de la plus faible autorité sociale et juridique, dépourvue de statut propre.

La formule finale, qui fait de l'accueil de l'enfant un accueil de Jésus lui-même et, par lui, de « Celui qui l'a envoyé », établit une chaîne de représentation où le geste le plus humble, envers la personne la plus dépourvue d'autorité, rejoint la relation la plus haute qui soit, celle du Fils au Père.

Correspondances bibliques

  • Mc 10,15.42-45 — reprise et développement ultérieurs du renversement de la grandeur par le service
  • Mt 25,40 — écho matthéen de l'accueil du plus petit comme accueil du Christ lui-même
  • Mt 18,1-5 ; Lc 9,46-48 — versions parallèles de cet enseignement

VII L'exorciste étranger et l'appartenance au Christ (9,38-41)

L'intervention de Jean, qui rapporte avoir voulu empêcher un exorciste agissant « au nom » de Jésus sans appartenir au cercle des disciples, traduit un réflexe de délimitation du groupe que Jésus corrige explicitement. La formule « celui qui n'est pas contre nous est pour nous » (9,40), à comparer avec la formule inverse et plus exigeante de Mt 12,30 (« celui qui n'est pas avec moi est contre moi »), n'exprime pas une contradiction mais s'applique à deux situations distinctes : ici, une action positive accomplie au nom de Jésus par un tiers non hostile ; là-bas, une accusation délibérément hostile portée contre l'action de l'Esprit. La mention du « verre d'eau » donné (9,41), geste minimal de générosité envers les disciples, élargit encore le principe : la moindre attention portée à ceux qui appartiennent au Christ trouve, elle aussi, sa juste rétribution.

Correspondances bibliques

  • Nb 11,26-29 — Moïse refusant d'empêcher Eldad et Médad de prophétiser hors du cercle attendu
  • Mt 12,30 — formule inverse, appliquée à un contexte d'hostilité déclarée
  • Mt 10,42 — écho matthéen sur le verre d'eau donné à cause du nom du disciple
  • Lc 9,49-50 — version parallèle de l'épisode de l'exorciste étranger

VIII Mises en garde sur le scandale et le sel (9,42-50)

Les mises en garde sur la « chute » (skandalon) provoquée à l'égard des « petits » emploient une rhétorique volontairement outrancière — la meule au cou, la main ou le pied coupés, l'œil arraché — dont le style hyperbolique, courant dans l'enseignement sapientiel et prophétique, vise à souligner par contraste la gravité extrême de faire trébucher dans la foi un croyant fragile, plutôt qu'à prescrire une mutilation littérale, que la tradition chrétienne unanime a toujours écartée comme lecture propre du texte.

Le terme « géhenne » (geenna) désigne, à l'origine, la vallée de Hinnom au sud de Jérusalem, lieu associé dans l'Ancien Testament à des pratiques idolâtriques de sacrifices d'enfants (2 R 23,10 ; Jr 7,31-32) et devenu, dans le judaïsme du tournant de l'ère, une image du châtiment eschatologique par excellence.

Note textuelle

Les versets 44 et 46, absents des manuscrits les plus anciens et les plus fiables selon Bruce Metzger, reproduisent par identique répétition la formule du verset 48 (« où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas »). Il s'agit très vraisemblablement d'une glose liturgique introduite secondairement par un scribe soucieux de renforcer, par la répétition, l'effet rhétorique du triple avertissement ; les éditions critiques modernes, suivies par la TOB, ne les conservent pas dans le texte principal, ce qui explique leur absence dans le texte biblique cité plus haut.

La conclusion sur le sel (9,49-50), de formulation elliptique et discutée dans le détail de son articulation logique, associe l'image du sel purificateur ou préservateur — « chacun sera salé au feu », expression rapprochée par plusieurs commentateurs de l'épreuve purificatrice traversée par le disciple fidèle — à l'exhortation finale à la paix mutuelle, qui referme le chapitre sur une note de vie communautaire après une série d'enseignements exigeants sur le renoncement.

Correspondances bibliques

  • 2 R 23,10 ; Jr 7,31-32 ; 19,4-6 — la vallée de Hinnom, arrière-plan historique du terme géhenne
  • Lv 2,13 — le sel de l'alliance associé aux offrandes rituelles
  • Rm 12,18 ; He 12,14 — écho néotestamentaire de l'exhortation à la paix avec tous
  • Mt 5,13 ; 18,6-9 ; Lc 14,34-35 ; 17,1-2 — versions parallèles dispersées de ces enseignements chez les autres synoptiques

Conclusion

Le neuvième chapitre tient ensemble, sans les confondre, la gloire entrevue sur la montagne et l'exigence radicale du service demandée dans la plaine. La Transfiguration donne aux trois témoins, et par eux au lecteur, un avant-goût de l'identité glorieuse de Jésus, aussitôt réinscrit dans la nécessité de la Passion par l'ordre de silence et par le dialogue sur Élie. Les enseignements qui suivent — la vraie grandeur par le service, l'accueil du plus petit, l'ouverture envers celui qui agit hors du cercle immédiat des disciples, la radicalité devant le scandale — déclinent, chacun à sa manière, ce que signifie concrètement suivre celui dont la voix céleste vient de dire : « Écoutez-le ».

Questions pour aller plus loin

  • Comment le désir de Pierre de prolonger l'instant de gloire sur la montagne interroge-t-il notre propre tentation de fixer des expériences spirituelles fortes plutôt que d'en repartir transformés vers l'action quotidienne ?
  • Que signifie, pour une vie de foi concrète, la prière du père de l'enfant possédé, qui tient ensemble la confession de croire et l'aveu de son propre manque de foi ?
  • Comment recevoir aujourd'hui l'appel à accueillir « le plus petit » comme un accueil du Christ lui-même, dans les relations concrètes d'une famille, d'une communauté ou d'un lieu de travail ?
  • La correction apportée à Jean au sujet de l'exorciste étranger invite-t-elle à revisiter certains réflexes d'exclusion envers ceux qui agissent au nom du bien sans appartenir à notre propre cercle ?
  • Le style volontairement outrancier des mises en garde sur le scandale (9,42-48) aide-t-il à mesurer la gravité réelle, souvent minimisée, de ce qui peut détourner un croyant fragile de la foi ?

Bibliographie

  • Joachim GNILKA, L'Évangile selon Marc, tome II (Mc 8,27–16,20), Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament », Genève, 2004, p. 25-73 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Camille FOCANT, L'Évangile selon Marc, Cerf, coll. « Commentaire biblique : Nouveau Testament » 2, Paris, 2004, p. 411-460 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Vincent TAYLOR, The Gospel according to St Mark, Macmillan, Londres, 1966 (2e éd.), p. 387-413 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Simon LÉGASSE, L'Évangile de Marc, Cerf, coll. « Lectio divina — commentaires » 5, Paris, 1997, p. 491-560 (à vérifier selon l'édition utilisée).
  • Bruce M. METZGER, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Deutsche Bibelgesellschaft / United Bible Societies, 2e éd., Stuttgart, 1994, ad loc. Mc 9,29.44.46.49.