Un ami fidèle est un élixir de vie (Si 6,16)

L'Esprit

L'Esprit est ce qu'il y a de plus intime et de plus caché en Dieu. Il est insaisissable, sans forme, ni visage, ni nom propre. Son nom (hébreu ruah, grec pneuma, latin spiritus) est un nom commun emprunté aux événements naturels du vent et de la respiration. L'Esprit n'est pas maîtrisable. Comme le vent, il souffle où il veut (Jn 3, 8).

Il échappe à toute emprise du savoir. Il ne se laisse enfermer dans aucune image. Il est le Dieu inexprimable et insondable. Il est le Dieu inconnu et inconnaissable qui pénètre l'homme et la femme dans leur chair, afin de les transformer. L'Esprit est au commencement de toute chose. Il est le signe invisible de la parole. Il est source de liberté et de communion.

Au commencement

L'Esprit est le souffle de Dieu au commencement de toute vie. Les écritures offrent de nombreux exemples de cette présence originelle du souffle de Dieu. L'Esprit plane à la surface des eaux lorsque Dieu crée le monde par la puissance de sa parole (Gn 1, 1). Dieu insuffle son souffle dans les narines de l'homme pour qu'il devienne un être vivant (Gn 2, 7). Il vient ranimer les ossements desséchés (Ez 37). Il renouvelle l'alliance (Is 60, 81). Il crée un nouveau pays où règnent le droit et la justice (Is 32, 15-16). L'Esprit vient sur Marie afin que le verbe se fasse chair (Lc 1, 35). La mission de Jésus s'accomplit avec la force de l'Esprit (Lc 4, 1; 4, 14). L'Esprit est aussi aux origines de la vie de l'Église à la Pentecôte (Ac 2, 1-4). Il redonne vie aux corps mortels (Rm 8, 11). En somme, il est présent dans toute l'économie du salut. La création, l'humanité de Dieu et la naissance de l'Église manifestent une radicale nouveauté dans la mouvance de l'Esprit. L'Esprit est source d'une vie nouvelle (Rm 7, 6).

Le passage de l'Esprit transforme également le cours naturel des choses. L'Esprit possède une force de pénétration inépuisable et mystérieuse aussi bien lors de phénomènes naturels que dans le corps humain. Il précipite les murs à terre (Ez 13, 14). Il refoule la mer (Ex 14, 21). Il enveloppe Gédéon comme dans un manteau (Jg 6, 34). Il pénètre Samson pour lui donner une force surhumaine. Son tarissement entraîne la mort (Jb 34, 14; Qo 12, 7). L'Esprit remplace le cœur de pierre par un cœur de chair (Ez 36, 26). Il pénètre jusqu'au fond des entrailles (Pr 20, 27). Il transporte dans des visions divines (Ez 8, 3). Il conduit Jésus dans le désert (Mt 4, 1). Il distribue des dons différents afin de former un seul corps dans le Christ (1Co 12).

Ainsi, la puissance créatrice de l'Esprit inaugure des temps nouveaux. Il ouvre sur un horizon en opérant une séparation avec le passé. Tout commencement est, par définition, une rupture dans le temps, un événement eschatologique. L'Esprit annonce ce qui n'est pas encore donné. Il est la vie même de ce qui est toujours en devenir. Il est toujours en mouvement, comme le vent. Il ne s'attarde pas sur le passé dans la nostalgie d'un paradis perdu. Il accomplit ainsi une libération intérieure. Il est source de liberté.

En étant au commencement, l'Esprit dévoile le manque. Sa fonction créatrice inaugure un temps nouveau dans lequel se creuse le désir. Il accomplit la séparation pour projeter sur le chemin du pas encore. Il transforme dans le dessein d'une mission prophétique où parole et corps sont tendus vers un horizon eschatologique. Il ouvre la porte du royaume; en effet, «nul s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Jn 3, 5).»

Signe invisible de la parole

L'Esprit est au commencement, comme la parole (Gn 1). Tous deux agissent ensemble. La parole n'est d'ailleurs parole que par le souffle qu'elle véhicule. Dans le sacrement de mariage, la parole de l'homme et de la femme ne revêt un caractère sacramentel que dans la puissance inaugurale du souffle de l'Esprit. Tout comme l'Esprit saisit le prophète pour qu'il rende témoignage à la parole (1Sa 10, 6-10), il s'empare de l'homme et de la femme pour qu'ils deviennent les témoins de la parole de Dieu. Tout comme l'Esprit inspire la parole du roi David (2Sa 23, 2), et repose sur le serviteur pour qu'il porte aux nations la parole de salut (Is 42, 1; Mt 12, 18), le don de l'Esprit permet à l'homme et à la femme de devenir les témoins de Dieu par leurs actes et leur parole (Ac 1, 8). L'Esprit envoie en mission afin de rendre témoignage à la parole (Ac 8, 29). Il souffle dans le don de la parole qui fonde l'alliance.

La parole est inséparable de l'Esprit qui la suscite et lui donne forme. L'Esprit donne une parole de sagesse ou une parole de connaissance (1Co 12, 8). Il investit la parole en-deçà et au-delà de la parole. Il la précède et annonce sa réalisation.

«L'Esprit, c'est Dieu à la fois dans sa différence absolue et dans sa communication au plus intime de l'homme; Dieu comme l'inconnu au-delà de toute parole et comme l'inspirateur du non-dit où se murmure, en-deçà des énoncés et dans les failles des discours humains, la vérité de toute parole (L.-M. CHAUVET, Symbole et sacrement, Cerf, p. 525).»

Le récit de la Pentecôte (Ac 2, 1-13), comparé à celui de Babel (Gn 11, 1-9), exprime la place de l'Esprit dans le processus de la parole. Les deux récits enseignent d'une part, que toute forme de relation ne peut se vivre que dans l'acceptation de la différence et de la distance avec l'autre et le Tout-Autre, et d'autre part que l'Esprit assure l'unité sans confusion. La Pentecôte révèle la puissance de l'Esprit qui rassemble dans la parole. Il enseigne que Dieu parle toutes les langues. L'Esprit est le dénominateur commun des langues, là où les hommes peuvent se rejoindre et se comprendre dans leurs différences. L'épisode de Babel marque, au contraire, le refus de la différence (Cf. l'étude de H. BOST, BABEL, Du texte au symbole, Labor et Fides, 1985). Ce refus se traduit dans la volonté humaine de vivre comme Dieu, dans une unité indifférenciée, afin que rien ne soit inaccessible. La langue unique révèle symboliquement la négation des différences entre les hommes et avec Dieu

Le projet d'une langue universelle, c'est la révolte contre le langage donné. On ne veut pas dépendre de ses confusions, on veut le refaire à la mesure de la vérité, le redéfinir selon la pensée de Dieu, recommencer à zéro l'histoire de la parole, ou plutôt arracher la parole à l'histoire (M. MERLEAU-PONTY, La prose du monde, Gallimard, 1969, p. 10) .

L'altérité est gommée au profit d'une confusion entre soi-même et l'autre, et avec le Tout-Autre. La construction de la tour abolit tout écart avec Dieu. La toute puissance règne; l'autre n'existe que par rapport à soi-même. Le désir de se faire un nom marque le refus de la dépendance et de l'hétéronomie. Chacun veut se faire un nom et non pas le recevoir d'un autre. L'autonomination caractérise l'autonomie radicale, celle qui ne veut dépendre de personne.

La division qui en résulte n'est pas une punition de Dieu, mais bien plutôt une voie de salut. Elle restaure les distances, afin que chacun puisse s'exprimer. L'indistinction du même et de l'autre étouffe la parole. L'instauration symbolique de la diversité des langues et la dispersion de l'humanité sur la terre ouvrent la voie de la reconnaissance et de l'altérité.

La Pentecôte est l'antithèse de Babel. Ce n'est pas l'homme qui monte vers Dieu, mais l'Esprit qui descend sur l'homme. L'Esprit rassemble dans la diversité. Il se pose sur chacun dans sa spécificité et articule leur compréhension mutuelle. Il ouvre à l'universel. L'Esprit rétablit l'unité de langage défaite à la tour de Babel. La puissance de l'Esprit établit une communion dans la différence des langues. Les deux récits enseignent que l'unité doit se faire dans le respect de l'altérité et non pas dans la confusion. L'Esprit ne gomme pas les différences, mais assure la communion. Il rejoint ainsi l'homme et la femme dans leur manque originel. Il sépare pour signifier que l'Un indifférencié conduit à la perte. L'Esprit creuse l'écart entre Dieu et le monde pour que s'instaure la parole.

Dieu embrasse le Tout, mais il n'est pas le Tout. De même, Dieu embrasse ma personne et il n'est pas ma personne. À cause de cette vérité ineffable, je peux dire le Tu en ma langue, comme chacun peut le dire en la sienne. À cause de cette vérité ineffable, il y a le Je et le Tu, il y a dialogue, il y a langue, il y a l'esprit dont le langage est l'acte originel, il y a de toute éternité le Verbe (M. BUBER, Je et Tu, Aubier, 1969, p. 140).

Babel Pentecôte

Gn 11,1-9 Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre.

Act 2,1-8 Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Or il y avait, demeurant à Jérusalem, des hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui se produisit, la multitude se rassembla et fut confondue : chacun les entendait parler en son propre idiome. Ils étaient stupéfaits, et, tout étonnés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il alors que chacun de nous les entende dans son propre idiome maternel ?


Source de liberté et de communion

La parole qui fonde l'unité homme-femme s'enracine dans «la loi de l'Esprit qui donne la vie en Jésus-Christ (Ro 8, 2).» L'Esprit libère de l'esclavage de la loi. «Tout m'est permis, mais tout ne me convient pas», déclare Saint Paul (1Co 6, 12). A la problématique du permis et du défendu se substitue celle du savoir ce qui est en accord ou non avec la vie nouvelle du chrétien transformé par l'Esprit. Ainsi, la loi est pour l'homme et la femme, non pas une limite à leurs activités, mais

le signe en ce monde d'une parole et d'un Esprit qui éclairent et permettent la communauté (communion) des hommes (Ch.-M. GUILLET, Représentation de Dieu, Représentation de la loi, Le Supplément, 135, 1980, p. 511).

L'Esprit souffle et inspire les consciences; l'Esprit est à la source de tout amour. L'Esprit ne dispense pas d'accomplir la loi. Il libère de sa domination (Ga 5, 18). Ainsi, l'homme et la femme ne sont pas esclaves de la loi. Ils se laissent guider par le souffle de l'Esprit, afin que la loi habite leur cœur. L'Esprit, source de liberté, ouvre à la reconnaissance de l'autre. Il libère d'une loi qui condamne l'autre. Il suscite le pardon. La loi qui juge et qui lapide n'a plus d'emprise sur celui qui vit dans l'Esprit. Les fruits de cette liberté sont l'amour, la paix et la joie (Ga 5, 22).

L'Esprit libère aussi des tentations charnelles comme l'enseigne saint Paul. Les tensions intérieures sont animées par le désir charnel. La chair laissée à elle-même est source de libertinage, impureté, débauche (Ga 5, 19). Mais la chair n'est pas le mal et l'Esprit le bien. La chair est le lieu où l'Esprit vibre. Et si saint Paul oppose l'Esprit à la chair (Ga 5, 17), il donne à ce mot un sens particulier, le mot «chair» désigne chez cet apôtre, non seulement la finitude humaine, mais aussi sa condition pécheresse et mortelle. L'Esprit est en ce sens celui qui donne la vie, alors que la chair tend à la mort (Rm 8, 6). Au-delà de la définition du mot «chair» chez saint Paul, l'homme et la femme sont inévitablement confrontés à des désirs charnels dont la maîtrise leur échappe. La volonté laissée sous l'emprise de la chair oriente le combat vers la défaite. L'Esprit apparaît alors comme l'agent qui offre une alternative. En desserrant l'étau de la tentation, il rend libre. L'Esprit vient en aide à notre faiblesse (Rm 8, 26), non par magie, mais par grâce.

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