La résurrection du corps

La résurrection de Jésus est le kérygme (l'essentiel) de la foi chrétienne. Sans cet événement, le christianisme serait tombé aux oubliettes, ou n'aurait été qu'une doctrine humaniste parmi tant d'autres.

La résurrection transcende la raison et les athées n'hésitent pas à parler de fake news tant elle est incroyable. Ne serait-elle que le désir d'une immortalité qu'auraient retranscrit quelques scribes en mal d'émerveillement ? Ou est-elle une authentique promesse pour toute l'humanité ?

La naissance du concept de résurrection

Le shéol

Pendant de nombreux siècles, les Hébreux ne croient ni au paradis, ni à l’enfer et encore moins à la résurrection. Les morts poursuivent leur route dans le shéol, c’est-à-dire les enfers. Au sens premier, le mot hébreu « shéol » indique une tombe. Cette résidence sous terre est un lieu de ténèbres, de silence, de tristesse et d’oubli, sans perspective aucune. Le défunt, telle une ombre, végète dans la solitude ; tous les liens sont rompus, y compris ceux avec Dieu.

Jb 10,21-22. Avant que je m’en aille, pour ne plus revenir, dans le pays des ténèbres et de l’ombre de la mort, pays d’une obscurité profonde, où règnent l’ombre de la mort et la confusion, et où la lumière est semblable aux ténèbres.

Le shéol désigne une sorte de prison avec des portes, où des ombres mènent une vie extrêmement pâlotte, semblable à un triste sommeil. Ce "shéol" n'est pas un lieu de punition, c'est un lieu d'oubli, un lieu où l'homme ne peut plus connaître Dieu.

Dieu maître de la vie et de la mort

Certains psaumes chantent une espérance en un Dieu qui n’abandonne pas ses fidèles dans les enfers.

Ps 49,16 Dieu rachètera ma vie au pouvoir des enfers; oui, il me prendra.
Ps 16,9 Tu ne m'abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse. Tu me fais connaître la route de la vie; la joie abonde près de ta face à ta droite, délices éternelles.

Le peuple juif croit en un Dieu maître de la vie et de la mort.

Dt 32,39 C'est moi qui fais mourir et qui fais vivre 1S 2, 6 C'est Yahvé qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au shéol et en remonter.

Les prophètes utilisent le symbolisme de la mort/résurrection pour exprimer leur foi en Dieu qui sauve son peuple.

Os 6,1-2. Venez, retournons vers Yahvé. Il a déchiré, il nous guérira; il a frappé, il pansera nos plaies; après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence.
Is 26,19. Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront. Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière, car ta rosée est une rosée lumineuse, et le pays va enfanter des ombres.
Ez 37 Voici que je vais faire entrer en vous l’Esprit et vous vivrez… Voici que j’ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d’Israël.

Dans l’Ancien Testament, deux cas de réanimation sont attribués aux prophètes du IXe siècle : Élie et son disciple Élisée.

1R 17,21-22 Elie s'étendit trois fois sur l'enfant et il invoqua Yahvé : « Yahvé, mon Dieu, je t'en prie, fais revenir en lui le souffle de cet enfant ! » Yahvé exauça l'appel d'Élie, le souffle de l'enfant revint en lui et il reprit vie.
2R 4, 34-35 Puis Elisée monta sur le lit, s'étendit sur l'enfant, mit sa bouche contre sa bouche, ses yeux contre ses yeux, ses mains contre ses mains, il se replia sur lui et la chair de l'enfant se réchauffa. Il se remit à marcher de long en large dans la maison, puis remonta et se replia sur lui, jusqu'à sept fois : alors l'enfant éternua et ouvrit les yeux.

La théologie de la rétribution

L’Ancien Testament affirme à plusieurs endroits que c’est sur terre que Dieu punit les méchants ou récompense les justes. Mais Job, et d’autres auteurs bibliques affirment que les méchants prospèrent et que le malheur touche tous les hommes.

Jb 21,7-13a. Pourquoi les méchants vivent-ils ? Pourquoi les voit-on vieillir et accroître leur force ?… Ils se réjouissent au son du chalumeau. Ils passent leurs jours dans le bonheur.
. Qo 7,15. J’ai vu tout cela pendant les jours de ma vanité. Il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté.
Mt 5,45b. Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

Alors naît progressivement cette conviction que la rétribution se déroulera dans l’au-delà. Si Dieu ne récompense pas le juste ici-bas, alors il aura sa récompense après la mort.

Cette espérance en un au-delà prend corps vers la fin de l’Ancien Testament avec la persécution des frères Macchabées sous le règne d’Antiochus IV Épiphane (175-164 av. J.-C.). Si un homme reste fidèle à la loi jusqu’au martyre, plutôt que de rendre un culte aux idoles, alors Dieu le ressuscitera pour une vie éternelle.

2M 7,9. Au moment de rendre le dernier soupir : «Scélérat que tu es, dit-il, tu nous exclus de cette vie présente, mais le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois

D’autres livres prolongent cette idée. Le livre de Daniel promet la vie éternelle pour les justes (Dn 12,2). Le livre de la Sagesse atteste de l’immortalité (Sg 3,1-4) et de l’incorruptibilité (Sg 2,23).

Dn 12,2. Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre, pour l'horreur éternelle.
Sg 3,1. Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Et nul tourment ne les atteindra.
Sg 2,23. Oui, Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature.

Le Nouveau Testament reprend l’idée de rétribution sous la forme d’un châtiment éternel pour les méchants et de vie éternelle pour les justes : l’enfer et le paradis.

Mt 25,31-46. Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle.

Au temps de Jésus, la perspective d’une résurrection ne fait pas l’unanimité. Les Pharisiens y croient ; les Sadducéens la rejettent parce qu’à leurs yeux, seule la Torah vient de Dieu. Or les textes affirmant la résurrection sont bien postérieurs.

La résurrection de Jésus

Premier-né d’entre les morts

La résurrection de Jésus est le prototype de la bonne nouvelle de la résurrection. Elle annonce notre propre résurrection.

Col 1,18. Et il est aussi la Tête du Corps, c'est-à-dire de l'Église : Il est le Principe, Premier-né d'entre les morts, il fallait qu'il obtînt en tout la primauté.
1Co 15,12-17. Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Mais si le Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi.
Ac 10,40. Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
1Co 15,3. Il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures.

Les signes de sa résurrection

Le premier signe est celui du tombeau vide (Mt 28,7). Le second réside dans les apparitions de Jésus (Jn 20,15 ; Jn 20,24-28).

Mt 28,6-7. Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez.
Jn 20,11-17. Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Or, tout en pleurant, elle se pencha vers l'intérieur du tombeau et elle voit deux anges, en vêtements blancs, assis là où avait reposé le corps de Jésus, l'un à la tête et l'autre aux pieds. Ceux-ci lui disent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur dit : « Parce qu'on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l'a mis. » Ayant dit cela, elle se retourna, et elle voit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui dit : « Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je l'enlèverai. » Jésus lui dit : « Marie ! » Se retournant, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! » - ce qui veut dire : « Maître ». Jésus lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Jn 20,24-28 Or Thomas, l'un des Douze, appelé Didyme, n'était pas avec eux, lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : « Paix à vous. » Puis il dit à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant. ». Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Quatre traits se retrouvent dans les apparitions : Jésus ne s’adresse qu’à des croyants ; l’initiative appartient toujours à Jésus ; la rencontre pointe sur l’identification du crucifié ; la rencontre débouche sur un envoi en mission. Le troisième signe relève des gestes et paroles de Jésus. Jésus ne se contente pas d’apparaître, mais à travers ses gestes et ses paroles, Jésus fait le lien entre sa vie d’avant la mort et sa vie de ressuscité. Deux exemples : la pêche miraculeuse et les disciples d’Emmaüs (Lc 5,1-11 ; Jn 21,4; Lc 24,30-31).

Le corps de Jésus ressuscité

Jésus prend une forme accessible à nos sens humains pour être crédible (Lc 24,36-53 ; Jn 20,24-29 et Jn 21,9-13). Il se donne à voir d'une manière soudaine et gratuite qui échappe aux lois de notre espace et de notre temps. Jésus ressuscité apparaît aux disciples sous une forme occasionnelle et provisoire pour prouver qu'il est vraiment ressuscité. Occasionnelle, en ce sens qu'elle n'a d'autre but que d'assurer la foi des disciples. Provisoire dans le sens où elle cesse d'être après l'ascension (Lc 24,51).

Lc 24,39. Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. » Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux.
Jn 20,26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : Paix à vous.
Lc 24,31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux.
Lc 24,51. Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.

Le corps de résurrection

L’ambiguïté du mot « corps »

Nous avons tendance à ramener le corps à sa dimension physique. Or nous sommes bien plus qu’un ensemble d’organes articulés les uns aux autres et bien plus que 100 000 milliards de cellules. Le symbole des apôtres parle de la résurrection de la chair (contre le docétisme), alors que le symbole de Nicée professe la résurrection des morts. La chair désigne la totalité de la personne ainsi que la vie. Le corps de résurrection échappe radicalement au monde de nos représentations terrestres.

Le rapport à notre propre corps

Nous parlons de notre corps aussi bien à travers le verbe «avoir» que le verbe «être». Le verbe «avoir» est majoritairement employé pour parler de membres ou d'organes particuliers : «Tu as de beaux yeux, tu as de belles jambes...». Le verbe «être» est plutôt utilisé pour qualifier un état d'ensemble : «Tu es beau, tu es grand...». Par ailleurs, l’avoir ne correspond qu’à une caractéristique biologique ou administrative alors que l’être m’engage dans un dynamisme existentiel et relationnel. Je suis un corps. Mon corps signe mon identité appelée à ressusciter.

Le corps est un mémorial

L’histoire du corps commence dès la conception, car le corps naît en situation d’héritage. Nous sommes façonnés par ceux qui nous précèdent. Le corps est aussi une histoire à travers les âges de la vie. Il est à la fois le même et un autre de la naissance au linceul. Tout le corps est un mémorial. Qui, n’a pas gardé en mémoire un souvenir heureux ou une blessure d’enfance ? Le corps est un mémorial parce qu'il est le lieu de notre relation au monde, le lieu de la rencontre. C’est par lui, avec lui et en lui que nous vivons le monde. Le corps est l’écritoire d’une histoire.

Le corps lieu de la reconnaissance à travers les liens tissés

Le visage est la partie du corps qui permet de reconnaître quelqu'un parmi les autres. On peut supposer que dans l'au-delà, le visage restera le lieu de la reconnaissance et de l'oblativité. Certains passages bibliques montrent un visage transfiguré au contact de Dieu. Dans ce sens est celui de Moïse, dont le visage « rayonnait» parce qu’il avait parlé avec l’Éternel (Ex 28.35). Lors de la transfiguration, Jésus était resplendissant (Mt 17,2). Le récit des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35) nous montre comment deux disciples reconnaissent le Christ ressuscité. Tout commence par la parole. Jésus leur explique les écritures pour ce qui le concerne. La suite du récit nous donne la clé de la reconnaissance. La parole de bénédiction et le geste eucharistique ouvrent les yeux des disciples. Un fait marquant de leur histoire personnelle, en l’occurrence la cène, vient ranimer la flamme de leur mémoire et de leur devenir. Dans l’au-delà, nous serons « comme » des anges (Mt 22,28-30), mais nous ne deviendrons pas pour autant de purs esprits. Jésus souligne simplement que le mariage ainsi que sexualité disparaîtront dans l’au-delà. Mais les liens tissés et l’identité subsisteront. Le Pape Jean-Paul dans sa catéchèse du 2 décembre 1981 (TDC 66) mentionne que notre corps est ressuscité homme et femme.

Notre corps terrestre : une semence pour l’au-delà

Saint Paul nous rappelle qu’il existe un lien entre notre corps terrestre et notre corps de résurrection (1Co 15,35-47). Comme toute semence, il n’y aura pas de ressemblance entre la graine et le fruit, mais un principe de continuité, discontinuité. La graine contient en elle le schéma de développement de la plante qui grandira plus tard.

1Co 15,35-38. Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s'il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante ; et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier.

Un corps incorruptible, glorieux et spirituel (1Co 15,42-44)

1Co 15,39. Toutes les chairs ne sont pas les mêmes, mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l'éclat des célestes, autre celui des terrestres. Autre l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles. Une étoile même diffère en éclat d'une étoile. Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l'incorruptibilité ; on est semé dans l'ignominie, on ressuscite dans la gloire ; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ; on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel.

Le corps ressuscité ne sera plus soumis à la corruption. Il ne vieillira pas et ne sera plus sujet à la mort ni aux maladies. Le mot gloire est souvent employé dans la bible dans le sens de la lumière qui émane de la personne de Dieu. Nos corps glorieux resplendiront d’une lumière divine.

Dn 12,2-3. Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s'éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre, pour l'horreur éternelle. Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l'éternité.
Mt 13,43. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père.
Mt 17,2. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.

Tout ce qui touche aux limites physiques et psychologiques de notre humanité mourra en même temps que notre organisme. Nous ne connaîtrons plus la maladie, la fatigue et l’épuisement, la faiblesse et la tristesse, la souffrance et la douleur. Les obstacles qui nous empêchent d’avancer et d’aller vers les autres s’aplaniront. En définitive, tout ce qui entrave l’amour disparaîtra. Nous pourrons aimer en vérité et en toute liberté dans la plénitude de l’amour divin.

Notre corps sera spirituel. Cela ne signifie pas qu’il sera fait d’esprit, mais qu’il sera adapté à la vie «spirituelle», à la vie dans la présence divine. Le corps de résurrection sera parfaitement adapté à la vie sur la nouvelle terre auprès de Dieu.

Résurrection ou immortalité

La mort relève de notre humanité

La mort appartient à notre nature humaine, à notre biologie, à notre finitude de créature. Nous sommes faits de poussière et nous retournerons en poussière. Le psalmiste compare l’homme à l’herbe des champs qui passe inexorablement. Qohélet nous rappelle que le sort de l’homme est identique à celui de l’animal.

Ps 103,15-16. L’homme, ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus, et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît plus.
Qo 3,19-20. Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle ; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu ; tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière.

Tuer la mort – le rêve transhumaniste

Demain, les technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) investiront notre corps dans le but d’éviter les maladies, d’étendre notre mémoire, d’allonger notre espérance de vie, voire de supprimer la mort. Dans cette perspective, le transhumanisme propose de sauver l’humanité de toutes ses vicissitudes terrestres de la naissance à la mort. Cette doctrine devient une religion dans laquelle la technologie prend la place de Dieu. Ce n’est plus Dieu qui nous sauve de la mort, mais la technique.

Immortalité ou mort/résurrection

L’immortalité dont nous rêvons et l’éternité que nous propose le christianisme à travers la mort/résurrection courent dans un registre différent. L’immortalité nous offre une vie terrestre à reconstruire sans fin, comme un tonneau des Danaïdes qui n’en finirait pas de se vider. Aurons-nous encore besoin des autres lorsque toutes nos envies seront comblées par la technique ? Un corps mécaniquement parfait et impérissable est-il encore en mesure de donner et de recevoir de l’amour ?

L’élimination de la mort ou même son renvoi presque illimité mettrait la terre et l’humanité dans une condition impossible et ne serait même pas un bénéfice pour l’individu lui-même (Benoît XVI, Spe salvi, 2007, 11).
L’éternité qui découle de la mort/résurrection est une promesse hors du temps, une forme de béatitude dont il est difficile de définir les contours. Le bonheur se conjuguera avec l’amour infini de Dieu qui se renouvellera indéfiniment. L’éternité n’est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s’agirait du moment de l’immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie (Ibid., 12).

En conclusion : Je deviens ce que je suis

Un exercice très révélateur consiste à se demander : qu’est-ce que nous aimerions emporter de nous-mêmes dans l’au-delà. Non pas ce que nous avons, mais ce que nous sommes. Je deviens ce que je suis ! Il est impossible de devenir autre chose que ce que nous sommes fondamentalement. Nous sommes corps et nous deviendrons corps. Notre identité corporelle ressuscitera. Dans l'au-delà, nous resterons ce que nous sommes sous des modalités renouvelées. Celles-ci nous permettront de nous ajuster et de communier au "je suis" de Dieu qu’il nous révèle à travers son nom Yahvé.

Pour approfondir

Une étude sur l'au-delà dans la bible : La mort et l’au-delà dans la bible par Patrice Bergeron, Sébastien Doane et Yves Guillemette (PDF).

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