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Crainte et peur

Nous faisons souvent une confusion entre la crainte et la peur. Les textes bibliques nous montrent que les deux termes couvrent un champ de résonnance différent.

Ps 38:19 Oui, je reconnais ma faute, je suis dans la crainte à cause de mon péché.

Ps 56:4 Quand je suis dans la crainte, je me confie en toi.

Pr 1:7 La connaissance commence par la crainte de l’Éternel. Il faut être fou pour mépriser la sagesse et l’instruction.

Pr 14:27 La crainte de l’Éternel est une source de vie pour détourner des pièges de la mort.

Sg 1,11 La crainte du Seigneur est gloire et fierté, joie et couronne d’allégresse.
12 La crainte du Seigneur réjouit le cœur, donne joie, gaieté et longue vie.
13 Pour qui craint le Seigneur, tout ira bien à la fin, au jour de sa mort, il sera béni.
14 Le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur, pour les fidèles, elle a été créée avec eux dans le sein maternel.
15 Parmi les hommes elle a fait son nid, fondation d’éternité, avec leur descendance elle restera fidèlement.
16 La plénitude de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur, elle enivre les hommes de ses fruits.
17 Leur maison tout entière, elle la remplit de ce qu’ils désirent et leurs greniers de ses produits.
18 La couronne de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur qui fait fleurir la paix et la bonne santé.
19 Elle fait pleuvoir la science et la connaissance intelligente, elle exalte la gloire de ceux qui la possèdent.
20 La racine de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur, et ses rameaux sont une longue vie.

Lc 7:16 Tous furent saisis de crainte et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète a surgi parmi nous » et : « Dieu a visité son peuple. »

La peur appartient aux émotions primaires au même titre que la colère, la tristesse ou la joie. Elle surgit de manière incontrôlée et nous habite jusqu’à nous faire perdre nos moyens. Elle appartient aussi à cet instinct de survie qui nous dit "sauve-toi". Dans la Bible, la peur se manifeste face à l’inconnu, face au danger ou encore vis-à-vis de Dieu suite à une faute ou un manque de confiance.

Ge 3:10 Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que j’étais nu. Alors je me suis caché. »

Ge 26:24 L’Éternel lui apparut dans la nuit et dit : « Je suis le Dieu de ton père Abraham. N’aie pas peur, car je suis avec toi. Je te bénirai et je rendrai ta descendance nombreuse à cause de mon serviteur Abraham. »

1 S 28:5 A la vue du camp des Philistins, Saül fut rempli de peur et son cœur trembla violemment.

2 S 6:9 David eut peur de l’Éternel, ce jour-là, et il se dit : « Comment l’arche de l’Éternel pourrait-elle entrer chez moi ? »

Job 3:25 Ce dont j’ai peur, c’est ce qui m’arrive ; ce que je redoute, c’est ce qui m’atteint.

Job 23:15 Voilà pourquoi je suis terrifié en sa présence. Quand j’y réfléchis, j’ai peur de lui.

Ps 56:12 Je me confie en Dieu, je n’ai peur de rien : que peuvent me faire des hommes ?

Mt 14:27 Jésus leur dit aussitôt : « Rassurez-vous, c’est moi. N’ayez pas peur ! »

La crainte se distingue de la peur, même si son éymologie évoque l’effet de la peur. Le verbe "craindre" est issu du latin tremere « trembler ». Dans un sens religieux, la crainte se définit par le respect du sacré avec tout ce que cela traduit dans le comportement : tremblement, fascination, obéissance, vénération.

La crainte de l’Éternel est nécessaire pour ce commencement de toute science de la vie. Celui qui ne craint pas l’Éternel se trahit par sa suffisance. Il s’imagine n’avoir besoin d’aucun conseil, parce qu’il a réponse à tout et croit savoir se débrouiller tout seul. On n’a qu’à le laisser faire comme il l’entend. Penser et parler ainsi, ce n’est pas craindre l’Éternel. Le craindre, c’est tendre les mains pour recevoir comme un cadeau l’intelligence et le jugement, la sagesse, la science de la vie.

Il existe maintes pseudo-craintes qu’il ne faut pas confondre avec la crainte de l’Éternel. Il faudrait les appeler plus simplement peurs. La peur des gens méchants et dangereux – peur des fantômes – peur de la mort – et finalement peur de soi-même, parce que l’on est en plein désarroi et qu’on ne veut pas le reconnaître. Notez-le bien, toutes ces formes de la peur ne sont pas le commencement, mais la fin de toute sagesse. Elles n’ont rien de commun avec la crainte du Seigneur, tant il est vrai qu’elles ont pour objet non pas Dieu, le vrai Seigneur, mais toutes sortes de petits seigneurs qui ne le sont qu’en apparence.

Il existe aussi une pseudo-crainte de Dieu qu’il ne faut surtout pas confondre avec la crainte de l’Éternel. On ferait bien de l’appeler également peur : la peur de Dieu, parce qu’il est grand et puissant et que nous sommes faibles et petits. Ou bien parce qu’il pourrait nous accuser comme un procureur général et nous condamner comme un président transcendant de cour pénale qui pourrait finalement nous envoyer pour toujours en enfer.

L’authentique crainte de l’Éternel, c’est l’étonnement, l’admiration, mais aussi l’effroi, la stupéfaction qui s’empare des hommes lorsqu’ils découvrent que de toute éternité Dieu les a aimés et élus, ne les a pas haïs et menacés ; qu’il s’est allié avec eux, qu’il a été leur secours, le tien et le mien, bien avant que nous l’ayons su, et qu’il veut le rester. La crainte de l’Éternel vient de la découverte qu’entre Dieu et moi, il y a cette relation que j’ignorais véritablement, dont j’avais peut-être eu un jour quelque écho, mais que j’avais oubliée, continuant à vivre comme si cela n’était pas ou comme si cela ne me concernait pas. Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure, voir bibliothèque.

Qui n’est pas subjugué par les phénomènes extraordinaires des forces de la nature. Le volcan fascine, l’orage interpelle, le tsunami épouvante… Les explications scientifiques d’aujourd’hui n’enlèvent rien à la majesté de ces événements naturels hors norme. Les gens de l’Antiquité voient une manifestation de la puissance divine dans ces phénomènes. Moïse est attiré par un buisson en feu qui ne se consume pas. Il éprouve de la crainte devant ce phénomène qui exprime la majesté et la puissance de Dieu. L’homme se sent tout petit face à cette puissance qui échappe à toute emprise. Du même coup, il ne peut que se tourner vers Dieu avec des sentiments d’adoration et d’émerveillement.

Au-delà de cette attitude de respect devant les manifestations de la grandeur de Dieu, il faut reconnaître également que le salut accordé par le SEIGNEUR à son peuple et le type de relation entre eux (l’alliance) comportaient certaines exigences de fidélité au niveau de la vie morale. Un aspect de la crainte de Dieu, à ce niveau, est lié à la conscience de la sainteté de Dieu et de la condition pécheresse de la personne humaine. Il faut évacuer ici l’idée d’une conscience maladive du péché. Le péché est avant tout la capacité qu’a l’être humain de passer à côté du projet de salut que Dieu caresse pour lui. Il en résulte un sentiment de crainte vis-à-vis de tout ce qui pourrait provoquer des ratées dans la conduite de sa vie. Ce sentiment de crainte s’accompagne surtout du désir et de l’amour de Dieu. Si Dieu a choisi Israël pour la seule raison qu’il l’aimait et non en vertu de ses mérites, les membres du peuple doivent en retour avoir pour lui un amour qui englobe toutes les dimensions et les ressources de leur personne. Yves Guillemette, bibliste, voir bibliothèque.