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Le livre de Judith

Rédaction

judith

Le livre de Judith est un livre deutérocanonique, c'est à dire qui ne figure que dans la bible grecque. Il n’appartient pas au canon des livres juifs. Il s’agit d’un écrit tardif, rédigé à la période hellénistique, plus précisément à l’époque hasmonéenne (142-63 av. J.-C.). Le texte, en grec, est peut-être la traduction d’un original araméen ou hébreu, aujourd’hui perdu. En effet, en plus du témoignage de Jérôme de Stridon qui affirme avoir travaillé sur un original araméen, on relève de nombreux hébraïsmes qui pourraient être les indices d’une traduction très littérale. Plusieurs indices (la situation politique de la Judée, divers usages grecs et des coutumes juives assez récentes) confirment cette datation.

Le livre se compose de deux parties. Dans la première (1–7), c’est Nabuchodonosor, roi d’Assyrie qui est à l’initiative des événements et décide de partir en campagne contre les peuples de l’ouest qui n’ont pas répondu à son appel lors d’une expédition contre un de ses ennemis, Arphaxad. C’est alors que Judith, protagoniste de la seconde partie (8–16), entre en scène et annonce aux anciens que « le Seigneur visitera Israël par son entreprise » (8,33). Après avoir prié, Judith revêt ses plus beaux atours et, se faisant passer pour une transfuge, s’introduit dans le camp assyrien, accompagnée de sa servante. Elle séduit le général Holopherne et, profitant de son ivresse, lui coupe la tête.

L'histoire

Le cadre historique de l'aventure est totalement fictif. Dès l'introduction, Nabuchodonosor est présenté comme le roi des Assyriens et le roi de Ninive, ce qui est une double erreur : Nabuchodonosor est roi des Babyloniens et Ninive a été détruite avant son arrivée au pouvoir. L'histoire se déroule aux environs de 600 av. J.-C.

Le roi de "Ninive" envoie son général Holopherne pour mener la guerre contre Israël. Présenté comme un tyran sanguinaire à l'avancée irrésistible, ce dernier finit par assiéger la petite ville de Béthulie. Les habitants sont au désespoir lorsque Judith imagine un plan. Elle va descendre de nuit au camp des ennemis et séduire Holopherne. Une fois ce dernier complètement ivre, Judith profite de son sommeil pour le décapiter et revient à Béthulie en rapportant la tête du général. En voyant que leur chef est mort de manière honteuse, les ennemis renoncent à leur attaque et rentrent chez eux.

L'histoire a pour but d'exalter la résistance juive. L'héroïne porte d'ailleurs un nom tout à fait symbolique, car Judith signifie "la Juive". Tout le livre est tissé de prières et d'actions de grâce au Dieu d'Israël capable de sauver son peuple par la main des faibles. Judith est aussi l'expression d'un judaïsme soucieux de se préserver du contact avec les païens. A titre d'exemple, lorsque Judith se rend dans le camp d'Holopherne, elle prend soin d'emporter avec elle son panier-repas afin de ne pas se souiller en mangeant la nourriture des Babyloniens.

Judith se présente comme une "anti-Esther", dans la mesure où cette dernière, à l'inverse de sa consoeur, vit comme une reine des Perses et organise des banquets sans apparemment le moindre souci de pureté rituelle et d'interdits alimentaires. Il faut aussi mentionner dans ce récit un personnage secondaire, Achior, un païen qui finira par se convertir au judaïsme et qui sera admis au sein de la communauté après sa circoncision. Le livre de Judith semble donc admettre que des païens puissent rejoindre le judaïsme.

La figure de Judith domine tout le récit : belle (10, 4.7.14.19.23 ; 11, 21.23 ; 12, 13 ; 16, 6.9), avisée, pleine de décision au milieu d'une cité désemparée, ferme, courageuse, et poussant l'audace jusqu'à la témérité, très à son aise dans l'art de séduire et de mettre en œuvre les artifices de la ruse et du mensonge (9, 10 ; 10, 13-14 ; 11, 5-6.16-17 ; 12, 4.14-15), par ailleurs très '' observante '' et soucieuse de pureté alimentaire (10,5 ; 11,3 ; 12,2) et corporelle (12, 7.9), un peu hautaine, fière à l'avance de '' l'exploit qu'elle va accomplir et qui se transmettra de génération en génération '' (8, 32) mais comptant sur Dieu qu'au moment décisif elle invoque d'une manière pathétique : '' Fortifie-moi, Seigneur, Dieu d'Israël en ce jour ! '' (13, 7). En fin de récit, l'auteur nous apprend que '' beaucoup la désirèrent, mais aucun homme ne la connut de tous les jours de sa vie '' (16, 22) ! Comme cela se comprend : quand on a tué Holopherne, on ne prend plus de mari. (E. Osty, Introduction au livre de Judith, Bible Osty-Trinquet, Le Seuil, Paris, 1973, p. 949-950.)

Comme l’écrit Marie-Françoise Baslez dans La Bible et sa culture, « Qu’on ait placé une femme juive dans le combat politique ressort plus de la représentation symbolique que de la réalité historique : dans la tradition d’Israël, la communauté est toujours personnifiée au féminin. [...] Mais la symbolique est poussée jusqu’au paradoxe : en assumant le rôle de chef du peuple, Judith renverse l’échelle des valeurs d’une société d’hommes. » Paul Beauchamp note toutefois à ce propos que si le salut vient ici d’une femme, cela ne signifie pas qu’il s’exprime à travers la fragilité. Judith illustre une situation sociale féminine particulière : elle est veuve. Elle ne respecte pas la loi du lévirat et ne s’y conformera jamais. C’est donc en femme libre, autonome, habituée à gérer ses affaires, qu’elle intervient. Sylvaine Landrivon, Les femmes, leur influence, leur autorité. Le monde de la bible, 241, pp. 45-46.

Jd 13,4 Tous se retirèrent de sa présence et personne, du plus petit au plus grand, ne resta dans la chambre à coucher. Judith, debout près du lit d’Holopherne, dit en son cœur : « Seigneur, Dieu de toute puissance, jette un regard en cette heure sur les œuvres de mes mains pour l’exaltation de Jérusalem. 5 Car c’est maintenant le moment de prendre soin de ton patrimoine et de réaliser mon entreprise pour broyer les ennemis qui se sont levés contre nous. » 6Alors, s’avançant vers la barre du lit qui était près de la tête d’Holopherne, elle en retira son cimeterre 7 et, s’approchant du lit, elle saisit la chevelure de sa tête et dit : « Fortifie-moi en ce jour, Seigneur Dieu d’Israël. » 8 Elle frappa deux fois sur son cou de toute sa vigueur et elle lui ôta la tête. 9 Puis elle fit rouler son corps hors de la couche et enleva la moustiquaire des colonnes ; peu après, elle sortit et remit la tête d’Holopherne à sa suivante, 10 qui la mit dans sa besace à provisions. Elles sortirent toutes les deux ensemble, comme à l’accoutumée, pour aller à la prière. Elles traversèrent le camp, contournèrent le ravin, montèrent à la montagne de Béthulie et arrivèrent à ses portes.

Peut-on mentir sans vergogne, ruser, tromper et même tuer si la cause en vaut la peine ? Question morale difficile, mais qui se pose autrement si l'on considère que le livre de Judith est une fiction. Ah, je ne vous l'avais pas dit ? Oui, une fiction! Nabuchodonosor, s'il a bien existé, n'a en revanche jamais été roi des Assyriens. Et les auteurs du livre se montrent très créatifs avec les dates et les événements. Leur projet est théologique : ils veulent soutenir l'espérance et la foi de leurs contemporains de l'époque grecque qui, dans une Judée à l'avenir incertain, risquent de se décourager. Dieu ne les abandonne pas, il demeure comme toujours le Dieu fidèle à son peuple et il choisit pour le sauver les moyens les plus insignifiants : une faible femme qui n'a que sa propre confiance en Dieu et sa sainteté à opposer à de puissantes armées. De plus, en portant un nom qui veut tout simplement dire « juive », elle devient un modèle à imiter pour tout le peuple. Anne-Marie Chapleau (voir bibliothèque).

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