Le sacrifice religieux

La notion de limite évoquée dans l'étude sur le sacrifice permet de comprendre son sens qui, comme l’indique son étymologie (sacrum-facere), consiste d’abord à « rendre sacré », donc à « con-sacrer », un objet, un animal, un homme…, à lui faire franchir la limite qui sépare le profane du sacré.

Le sacrifice se définit donc comme un rite cultuel par lequel un sacrifiant transmet un objet à une divinité, et donc le fait passer du domaine profane au domaine sacré (1).

Une place centrale

Dans toutes les religions, les hommes cherchent à entrer en contact avec leur divinité. Que ce soit dans les religions asiatiques, africaines ou autres, les croyants font des offrandes sous de multiples formes à leur divinité pour s’attribuer ses bonnes grâces.

Le sacrifice religieux occupe une place centrale dans le culte israélite, comme dans celui de presque toutes les religions anciennes. D’une manière générale, on se présente devant Dieu avec un présent :

Ex 34,20 L’on ne se présentera pas devant moi les mains vides.

Les objectifs sont multiples : remercier Yahvé pour ses bienfaits, implorer de nouvelles bénédictions, expier ses péchés, se purifier d’une impureté, rendre grâce, attirer la bienveillance ou la protection divine, fêter un événement en l’honneur de Yahvé ou encore commémorer l’alliance. Dieu demande d’ailleurs lui-même des sacrifices :

Ex 20,22-26 Le Seigneur dit à Moïse : Ainsi parleras-tu au peuple d’Israël : Vous avez vu vous-mêmes que c’est du haut des cieux que je vous ai parlé. Vous ne me traiterez pas comme un dieu en argent ni comme un dieu en or ; vous ne vous en fabriquerez pas. Tu me feras un autel de terre pour me sacrifier tes holocaustes et tes sacrifices de paix, ton petit et ton gros  bétail.

L’homme biblique a également la conviction que tout lui vient de Dieu. C’est donc naturellement qu’il lui offre les premiers-nés du bétail ou les prémices de la récolte, en échange du don reçu en premier.

Ex 22,28-29 Ne diffère pas d’offrir de ton abondance et de ton surplus. Le premier-né de tes fils, tu me le donneras. Tu feras de même pour ton gros et ton petit bétail : pendant sept jours il restera avec sa mère, le huitième jour tu me le donneras.

L’offrande des premiers nés (animaux) ou le rachat des premiers nés (hommes) rappelle la mort des enfants premiers nés égyptiens dans la dixième plaie d’Egypte.

Exode 13,11-16  Quand l’Eternel vous aura fait entrer dans le pays des Cananéens, comme il vous l’a solennellement promis, à vous et à vos ancêtres, et qu’il vous l’aura donné, 12 vous lui offrirez tout garçon premier-né, et les premiers-nés mâles de votre bétail lui appartiendront. 13 En ce qui concerne les ânes, vous pourrez racheter leur premier-né par un agneau ; si vous ne voulez pas le racheter, vous lui briserez la nuque. Mais vous rachèterez tout garçon premier-né parmi vos enfants. 14 Lorsque vos enfants vous questionneront en vous demandant : « Que signifie cela ? » vous leur répondrez : « C’est par sa puissance que l’Eternel nous a fait sortir d’Egypte, où nous étions esclaves. 15 Comme le pharaon refusait de nous laisser partir, l’Eternel a fait mourir tous les premiers-nés en Egypte, les fils aînés des hommes et les premiers-nés des animaux. Voilà pourquoi nous offrons en sacrifice à l’Eternel tous les premiers-nés mâles des animaux et nous rachetons les aînés de nos fils. » 16 Ce rite sera pour vous comme un signe sur votre main et comme une marque sur votre front, car c’est par sa puissance que l’Eternel nous a fait sortir d’Egypte.

Sur le rachat, voir l'étude consacrée à ce sujet.

Les types de sacrifices (2)

Dans l’ancien Israël (avant l’exil) nous ne trouvons que des données éparses. Il n’y a pas de document exposant d’une manière systématique et complète tout ce qui concerne les sacrifices. Un tel document n’existe qu’après l’exil, tout particulièrement dans le livre du Lévitique. Ce livre consacre ses 7 premiers chapitres aux rituels des sacrifices. Il présente les différents types de sacrifices jusqu’à la période post-exilique : l’holocauste (Lv 1,1-17), l’offrande végétale (Lv 2,1-16), le sacrifice de communion (Lv 3,1-17), le sacrifice d’expiation pour le péché (Lv 4,1-5,13) auquel est parfois rattaché celui de réparation (Lv 5,14-26). Les trois premiers sacrifices sont bien attestés dans les textes traditionnels avant la période exilique, mais les deux derniers, chattâ't et âsâm, se sont surtout développés après l’exil. Si la pratique de ces sacrifices expiatoires s’est développée après le retour des israélites en leur terre sainte, c’est sans doute parce qu’ils avaient pris conscience de leur péché envers Dieu, et de la nécessité d’obtenir le pardon, à cause des épreuves durant l’exil.

Le rituel se déroule sur un espace public, ouvert, sur le parvis du Temple. Le sacrifiant commence par présenter son offrande. Puis, dans le cas d’un animal, il lui impose la main, et le met à mort en l’égorgeant. Ce sont ensuite les prêtres qui prennent le relais. Ayant recueilli tout le sang de la victime, ils l’aspergent contre l’autel, puis font brûler sur l’autel la part destinée à Dieu, à savoir la totalité de la victime, dans le cas d’un holocauste, la graisse, dans le cas d’un sacrifice de communion, une poignée de farine mêlée à l’huile ou un morceau de pain, dans le cas d’une offrande végétale. Cette combustion marque le point culminant de tout sacrifice, qu’il soit animal ou végétal, et est, d’ailleurs, le rite sacrificiel le plus souvent mentionné dans la Bible. Elle indique la finalité du sacrifice, qui est d’établir un trait d’union avec Dieu (3).

Rappelons que dans la tradition d'Israël, le sang, considéré comme souffle de vie, est sacré, et n'appartient qu'à Dieu et à lui seul.

Le tableau ci-dessous recense les différents types de sacrifices religieux de l'Ancien Testament.

Nom Références bibliques Offrande Destination
Holocauste Lv 1
Lv 6,1-6
Mâle sans défaut parmi gros ou petit bétail ; ou tourterelles ou pigeons Tout est brûlé : parfum apaisant pour Yahvé.
Offrande de nourriture/Oblation Lv 2
Lv 6,7-16
Farine, huile, pâte, crêpe, sans levain et sans miel, mais avec du sel, encens
Prémices de récoltes
Une part pour le prêtre à manger sur le parvis de la tente de la rencontre
Sacrifice de communion/paix/grâce Lv 3,1-17
Lv 6,10-11
Lv 7,11-36
Lv 22,18-30
Mâle sans défaut parmi gros ou petit bétail  Graisse pour Dieu
Sacrifice pour le péché/Expiation Lv 4,1-5,13
Lv 6,17-23
Taureau pour un prêtre ou toute la communauté
Bouc pour un prince
Chèvre femelle pour un membre du peuple
Graisse pour Dieu
Sacrifice de réparation Lv 5,14-26
Lv 7,1-7
Bélier sans défaut + compensation monétaire Graisse pour Dieu

Dans l’holocauste, la victime entière est consumée par le feu (Juges 6,19 et suivant, etc.). L’holocauste est parfois offert seul (comme 1 Samuel 7,9 ; 1 Rois 3,4 ; 1 Rois 18,30-39).

1S 7,9 Samuel prit un agneau de lait et l’offrit en holocauste complet à Yahvé, il invoqua Yahvé pour Israël et Yahvé l’exauça.

Ailleurs les sacrifices de communion figurent à côté des holocaustes (2 Samuel 6,17 et suivant, 1 Rois 8,62 ; 1 Rois 8,64).

2S 6,17 On introduisit l’arche de Yahvé et on la déposa à sa place, sous la tente que David avait fait dresser pour elle, et David offrit des holocaustes en présence de Yahvé, ainsi que des sacrifices de communion.

1R 8,64 En ce jour, le roi consacra le milieu de la cour qui est devant le Temple de Yahvé ; c’est là qu’il offrit l’holocauste, l’oblation et les graisses des sacrifices de communion, parce que l’autel de bronze qui était devant Yahvé était trop petit pour contenir l’holocauste, l’oblation et les graisses des sacrifices de communion.

À côté des victimes animales, on pouvait offrir à la divinité des fruits de la terre (« mînchah », oblation).

Ex 23,19. Tu apporteras à la maison de Yahvé ton Dieu le meilleur des prémices de ton terroir.

Les sacrifices d’expiation

Après la ruine de Jérusalem en 587, on assiste à une multiplication des sacrifices pour le péché, sous diverses formes qu’il n’est pas aisé de distinguer. L’offrant impose la main sur la victime ; celle-ci est partiellement consumée par le feu, partiellement distribuée aux prêtres. L’offrant n’en reçoit aucune part. La qualité de la victime est proportionnelle à la richesse de l’offrant.

L’homme pécheur doit expier sa faute. Le verbe expier traduit un terme qui, en hébreu, signifie couvrir (kaphar). Pour les croyants de l’Ancien Testament un péché expié était un péché couvert :

Ps 32,1 Heureux l’homme dont l’offense est enlevée et le péché couvert ! (Cf. Rom 4,7)

L’expiation se réalisait par le sang à travers des rites sacrificiels et par l’eau à travers des rites de purification.

La notion  d’expiation est une de ces notions qui me met très mal à l’aise. Selon la définition qu’en donne le dictionnaire Robert, l’expiation est, selon l’une des définitions, une « cérémonie religieuse en vue d’apaiser la colère céleste ». Cette idée d’un Dieu qui se met ainsi en colère et cherche à se venger, qui doit être amadoué par des présents et apaisé par la vue des victimes mises à mort, est à mille lieues de la conception que nous nous faisons de Dieu. Et à une époque où l’on insiste de plus en plus sur la continuité entre le premier Testament et le second, nous n’avons même plus la solution de dire : « Après tout, ce n’est que le Dieu de l’Ancien Testament, ce n’est que le Dieu des juifs, très loin de notre Dieu qui est le Dieu du Nouveau Testament ».  Et si je prends l’autre définition donnée par le Robert, elle ne me convient guère plus : une « souffrance imposée ou acceptée à la suite d’une faute et considérée comme un remède ou une purification ». Il y a là un côté masochiste difficilement acceptable et, encore une fois, une conception de Dieu aux antipodes de l’image que nous nous faisons de Dieu. Alors, un dieu sadique avec des fidèles masochistes ? Faut-il se résigner et accepter avec tristesse que Dieu ne soit pas, finalement, ce que nous croyons ?  Mais je crois qu’avant d’en arriver à cette solution désespérée, il faudrait s’interroger sur deux points. D’abord, quel est l’arrière-plan de la notion d’expiation (un terme que j’emploierai désormais toujours  avec des guillemets) ? D’où vient l’insistance sur la nécessité de « l’expiation » ? En second lieu,  il faudrait se demander si le mot français « expiation » rend véritablement le correspondant hébreu, si c’est bien une traduction adéquate ou si ce mot français « expiation » ne nous fournit pas une clé de lecture qui passe totalement à côté de la réalité (Alfred Marx, Le sacrifice dans l’Ancien Testament).

Le péché n’est pas simplement une affaire entre l’israélite et son Dieu, il a des implications pour l’ensemble de la communauté. Si donc Israël a le souci de « l’expiation », c’est sur l’arrière-plan de cette  conception  de la sainteté et de la pureté, c’est à cause de l’importance qu’Israël attribue à la présence de Dieu au milieu de son peuple ; il faut que Dieu puisse continuer à résider au milieu de son peuple. Il est essentiel que soit mis en place un mécanisme permettant de mettre fin à cette contagion, cette épidémie, permettant de purifier le pays.

L’expiation n’est donc pas un but, c’est uniquement un moyen pour permettre la présence de Dieu. Car cette présence n’est pas une charge qui serait imposée à Israël, c’est un facteur de vie : lorsque Dieu n’est plus présent, c’est la mort qui s’installe.  Le texte du second Livre des Chroniques illustre bien ce fait. Parvenu au pouvoir, Ézéchias s’empresse de purifier le Temple et dit aux lévites :

« Écoutez-moi, lévites ! Maintenant, sanctifiez-vous ; sanctifiez la Maison de Yhwh, le Dieu de vos pères. Ôtez du sanctuaire toute souillure. Car nos pères ont été infidèles et ont fait le mal aux yeux de Yhwh,  notre Dieu : ils l’ont abandonné, ils ont détourné leur face de la demeure de Yhwh et ils lui ont tourné le dos;  même, ils ont fermé les portes du Vestibule, ils ont éteint les lampes, ils ont cessé d’offrir l’encens et  l’holocauste dans le sanctuaire pour le Dieu d’Israël. Cela a provoqué le courroux de Yhwh contre Juda et Jérusalem et il en a fait un exemple terrifiant, une étendue désolée et un sujet de moquerie, comme vous le constatez de vos yeux » (2 Ch 29,5-8). (Alfred Marx, Le sacrifice dans l’Ancien Testament).

Le sacrifice d’expiation a pour objet d’expier les péchés. Il convient de préciser la notion de « péché ». Aujourd’hui, il s’agit d’un acte volontaire et responsable. Pour les israélites, il s’agit d’un manquement à la loi. Or les 613 préceptes concernent aussi bien des cas de responsabilité personnelle que des situations subies ou encore des événements touchant à la vie cultuelle.

Ainsi l’expiation est prévue pour une femme qui accouche, quelqu’un qui a été en contact avec un cadavre, à l’occasion de la consécration des prêtres, à l’occasion de la consécration de l’autel, à l’occasion de l’ordination des lévites, etc. Il s’agit pour tous ces cas de se purifier pour que Dieu puisse se rendre présent.

Le sacrifice pour les péchés est, en réalité, un élément d’un rite de passage qui, là où il est offert pour une personne (et nous avons vu qu’il est aussi offert aux articulations du calendrier, aux fêtes, aux néoménies, au moment de la nouvelle lune), permet à cette personne de passer d’un état à un autre : pour le  prêtre, passer de l’état profane à l’état sacré, état de consécration ; pour le lévite, qui appartenait au peuple, être mis à la disposition des prêtres ; pour le nazir qui était en état de consécration, revenir à l’état profane ; pour celui qui s’était trouvé momentanément exclu du peuple du fait de son « péché » ou parce qu’il était impur, d’être réintégré. Le lépreux après guérison, par exemple, fait l’objet d’un rituel fort complexe, qui s’apparente au rituel de consécration  des prêtres ; dans ce rituel, la place centrale revient au sacrifice pour les péchés. Ce rituel a pour objet de réintégrer le lépreux dans la communauté. Le sacrifice pour les péchés est en outre associé le plus souvent à un  holocauste : le sacrifice pour les péchés réalise la phase de la séparation, et l’holocauste réalise la phase de l’agrégation.

Face aux exigences de pureté et de sainteté liées à la présence de Dieu au milieu de son peuple, le sacrifice dit pour les péchés est donc un moyen offert par Dieu aux israélites pour leur permettre de pallier les conséquences funestes de leurs manquements et des inévitables impuretés qui font partie de la vie quotidienne. Il  s’agit d’un moyen donné par Dieu pour faire en sorte que les israélites ne soient pas exclus un à un du peuple à l’occasion de chaque manquement ; il s’agit aussi d’un moyen donné par Dieu (j’y fais allusion simplement) pour nettoyer annuellement le pays à l’occasion du Yom Kippour de toutes ses souillures et de toutes ses impuretés. Plutôt que d’expiation, et encore moins de propitiation, je préférerais parler, comme le fait la TOB, de rite d’absolution ; le terme est beaucoup moins chargé que le terme d’expiation. (Alfred Marx, Le sacrifice dans l’Ancien Testament)

Le bouc émissaire

Un « bouc émissaire » désigne traditionnellement une personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres. La victime endosse la responsabilité collective qu’on lui impute, acceptant de « porter le chapeau ». Ainsi le bouc émissaire est une « victime expiatoire », une personne qui paie pour toutes les autres. Cette expression trouve sa source dans le livre du Lévitique.

Lévitique 16,5 Aaron recevra de la communauté des israélites deux boucs destinés à un sacrifice pour le péché et un bélier pour un holocauste… 7 Aaron prendra ces deux boucs et les placera devant Yahvé à l’entrée de la Tente du Rendez-vous. 8 Il tirera les sorts pour les deux boucs, attribuant un sort à Yahvé et l’autre à Azazel. 9 Aaron offrira le bouc sur lequel est tombé le sort « A Yahvé » et en fera un sacrifice pour le péché. 10 Quant au bouc sur lequel est tombé le sort « A Azazel », on le placera vivant devant Yahvé pour faire sur lui le rite d’expiation, pour l’envoyer à Azazel dans le désert...15. Il immolera alors le bouc destiné au sacrifice pour le péché du peuple et il en portera le sang derrière le rideau. Il procédera avec ce sang comme avec celui du taureau, en faisant des aspersions sur le propitiatoire et devant celui-ci. 16. Il fera ainsi le rite d’expiation sur le sanctuaire pour les impuretés des israélites, pour leurs transgressions et pour tous leurs péchés... 17 Que personne ne se trouve dans la Tente du Rendez-vous depuis l’instant où il entrera pour faire l’expiation dans le sanctuaire jusqu’à ce qu’il en sorte ! Quand il aura fait l’expiation pour lui, pour sa maison et pour toute l’assemblée d’Israël, 18 il sortira, ira à l’autel qui est devant Yahvé et fera sur l’autel le rite d’expiation. Il prendra du sang du taureau et du sang du bouc et il en mettra sur les cornes au pourtour de l’autel. 19 De ce sang il fera sept aspersions sur l’autel avec son doigt. Ainsi le purifiera-t-il et le séparera-t-il des impuretés des israélites. 20 Une fois achevée l’expiation du sanctuaire, de la Tente du Rendez-vous et de l’autel, il fera approcher le bouc encore vivant. 21 Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des israélites, toutes les transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt, 22 et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride.

L’étymologie du mot Azazel est discutée. Si on s’en tient à son orthographe dans le texte massorétique, ʽazaʼzél semble être la combinaison de deux racines signifiant « bouc » et « disparaître ». D’où le sens de « bouc qui disparaît ». La Vulgate rend le mot hébreu par le latin caper emissarius, c’est-à-dire « le bouc émissaire ». L’expression grecque employée dans la Septante apopompaios (αποπομπαιος), signifie « Celui qui emporte (éloigne) le mal » (4).

Le jour de Kippour vise à faire disparaître toute impureté et toute souillure de la communauté d’Israël (Lévitique 16). L’un des moments les plus marquants de ce jour de Kippour est le traitement de deux boucs. L’un est offert comme sacrifice expiatoire sur l’autel, le second a également vocation expiatoire, mais est voué au désert. Le premier bouc expiatoire entre dans le contexte habituel des sacrifices. Il est offert pour invoquer le pardon de fautes très spécifiques : celles liées à des souillures involontaires du Sanctuaire ou des aliments sacrés.

Le second vient apporter expiation pour des fautes qui ne peuvent en aucune mesure être absoutes par des sacrifices. Les sacrifices n’apportant expiation que pour des fautes de nature très subtiles : celles commises inconsciemment, ou par oubli ou erreur, ou celles commises mentalement, etc. Mais non pour des fautes pour lesquelles notre responsabilité est plus clairement engagée. Pour ces dernières, la rémission passe par le travail du repentir et aucun sacrifice, ne peut nous faire faire l’économie de ce retour sur soi. Or une fois l’an est offerte l’opportunité d’obtenir l’expiation de ces péchés (Lv 16,21-22).

Ces fautes ne peuvent être absoutes purement et simplement par un sacrifice traditionnel, mais le rite offre la possibilité de les écarter, de les éloigner et de les reléguer en un lieu duquel il n’en sera plus fait mention. Le bouc transporte les fautes jusqu’en une terre de désolation.

Le bouc voué au désert n’est pas un bouc émissaire au sens que ce terme a pris aujourd’hui. Le bouc sert à cette « décharge » des fautes, mais il ne les endosse en rien, il ne fait que les transporter vers une terre de désolation et d’oubli, il ne « paie » pas à notre place. C’est pour cela que les deux boucs sont tirés au sort : c’est le hasard qui voue l’un à Dieu et l’autre à Azazel. Il n’y a pas ici de victime désignée (5).

Aujourd’hui, il n’est plus de Temple, ni de grand prêtre. Le judaïsme aujourd’hui ne pratique plus les sacrifices, parce que, nous disent les rabbins, « nos mots ont remplacé les animaux », c’est-à-dire que nos récits et nos liturgies ont sublimé ces rites. Ce qui perdure n’est pas le rituel originel, mais sa narration collective, et elle-aussi a le pouvoir de transférer nos émotions, et d’interroger les processus par lesquels le groupe fait cohésion. Réuni, le groupe sait qu’il ne peut plus faire passer sur la tête d’un autre la culpabilité. Il sait qu’il ne transférera plus ses offenses vers une contrée solitaire. Il est rappelé à l’impossible « bouc-emissarisation » d’un autre (6).

René Girard – La violence et le sacré

Selon René Girard, le sacrifice n’a pas pour objectif d’apaiser le courroux divin, mais pour mettre fin à la violence qui frappe le groupe. En proie à une violence meurtrière, la société primitive se choisit une victime. Ainsi se met en place, selon Girard, le rite du bouc émissaire, dont la vertu première est de transformer le « tous contre tous » en « tous contre un ». Afin d’expulser cette violence intestine, le bouc émissaire doit correspondre à certains critères. Premièrement, il faut que la victime soit à la fois assez distante du groupe pour pouvoir être sacrifiée sans que chacun se sente visé par cette brutalité et en même temps assez proche pour qu’un lien cathartique puisse s’établir. Aussi, le véritable bouc émissaire de la tradition hébraïque est à la fois différent par sa qualité d’animal et semblable par son caractère domestiqué. Deuxièmement, il faut que le groupe ignore que la victime est innocente sous peine de neutraliser les effets du processus. Troisièmement, le bouc émissaire présente souvent des qualités extrêmes : richesse ou pauvreté, beauté ou laideur, vice ou vertu, force ou faiblesse. Enfin, la victime doit être en partie consentante afin de transformer le délire de persécution en vérité consensuelle. Dans les mythes, c’est souvent un prisonnier de guerre, un esclave, un enfant informe, un mendiant…

Le sacrifice du bouc émissaire permet donc à la fois de libérer l’agressivité collective (exutoire) et de ressouder la communauté autour de la paix retrouvée (pacte). Dans l’optique girardienne, le rite sacrificiel est donc une violence ponctuelle et légale dont la fonction est d’opérer une catharsis des pulsions mauvaises sur une victime indifférente à la communauté parce que marginale. Ainsi, se produit, aux dépens d’un être innocent, une sorte de solidarité dans le crime. Le bouc émissaire permet par ailleurs d’expliquer l’émergence du Sacré, car, par un retournement paradoxal, la victime se voit divinisée pour avoir ramené la paix. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme la responsable de la crise et l’auteur de ce miracle de la sérénité retrouvée. Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. En reliant le mécanisme du bouc émissaire à celui du rite sacrificiel, René Girard rend compte ni plus ni moins que de la genèse du religieux archaïque (7).

Le sacrifice de communion - Le repas sacrificiel

L’expression « sacrifice de communion » est une traduction de zebach selâmîm telle qu’on la trouve dans les rituels sacerdotaux. L’hébreu se traduit aussi par paix, grâce, prospérité. La caractéristique principale du sacrifice de communion est que la victime immolée est partagée entre Dieu, le prêtre, et l’offrant et que la part de l’offrant permet un repas pour ses proches ou sa famille. Dans les temps les plus anciens, on apporte une offrande préparée de la même façon que les repas destinés aux hommes.

Jg 6,19-21 Gédéon s’en alla, il prépara un chevreau, et avec une mesure de farine il fit des pains sans levain. Il mit la viande dans une corbeille et le jus dans un pot, puis il lui apporta le tout sous le térébinthe. Comme il s’approchait, l’Ange de Yahvé lui dit : « Prends la viande et les pains sans levain, pose-les sur ce rocher et répands le jus. » Et Gédéon fit ainsi. Alors l’Ange de Yahvé étendit l’extrémité du bâton qu’il tenait à la main et il toucha la viande et les pains sans levain. Le feu jaillit du roc, il dévora la viande et les pains sans levain, et l’Ange de Yahvé disparut à ses yeux.

Quel intérêt d’offrir un repas à Dieu ? Pourquoi ne pas lui offrir uniquement de l’or et autres objets précieux ? Dieu prendrait-il plaisir à voir des moutons égorgés, du sang répandu. Se satisfait-il de la bonne odeur de la graisse brûlée ? Mais le repas n’est-il pas d’abord un temps d’hospitalité durant lequel nous recevons un invité en mettant les petits plats dans les grands ?

Selon la Bible, le sacrifice est un don fait à Dieu, un don qui prend la forme d’un repas, zèbach, lequel est préparé à son intention en vue de l’honorer, minchah. Cette définition du sacrifice comme repas est corroborée par les indications relatives à sa matière, laquelle consiste exclusivement en des produits qui peuvent être consommés. On peut, certes, offrir à Dieu de l’or, de l’argent, des bijoux, des vêtements (voir, par ex., Nb 7, 84-86 ; 31,50-54 ; Esd 2,69). Mais on ne peut lui sacrifier que des animaux et des végétaux. Et, plus précisément, des animaux d’élevage, bovins, ovins ou caprins, généralement mâles (à quoi le Lévitique ajoute des colombes) et, pour ce qui est des végétaux, uniquement ceux issus des trois principales productions agricoles, à savoir céréales, olives et raisins. Ces produits, au demeurant, lui sont apportés, non dans leur état brut, mais seulement après avoir été préparés. Les animaux sont tués et dépecés, les céréales sont transformées en farine ou en pains, les olives en huile d’olive, les raisins en vin, et sont ainsi présentés sous une forme qui rende possible une élaboration culinaire. Ces mêmes produits constituent d’ailleurs aussi la nourriture habituelle (les pains) ou festive (la viande, l’huile, le vin) des israélites. Et ils sont également représentatifs des richesses du pays. Dans cette logique, les sacrifices humains n’ont évidemment aucune place. Lorsque la Bible évoque ces derniers, c’est pour les rejeter de la manière la plus vigoureuse. La substitution d’un bélier à Isaac, lors du « sacrifice » d’Abraham, marque l’abandon des sacrifices humains par la civilisation naissante.

Les sacrifices ne sont pas, pour autant, destinés à nourrir Dieu. Jamais, en effet, la Bible ne considère que le sacrifice a pour fonction d’assurer sa subsistance. Le psalmiste le dit clairement : Dieu n’a nul besoin de sacrifices, lui à qui appartiennent tous les animaux (Ps 50, 10-13). Et le prophète renchérit : tous les arbres du Liban et tous ses animaux n’y suffiraient pas (Is 40, 16). Le repas auquel on invite Dieu ne sert pas à son alimentation, il est essentiellement un geste de vénération. Et il est l’expression d’un désir de convivialité et donc, d’une relation plus forte, plus profonde, plus personnelle que celle qui pourrait résulter de l’offrande d’un simple présent.

La part attribuée à Dieu est la graisse – dont Lv 3,3-4 définit scrupuleusement la nature. La graisse est considérée comme le meilleur de l’animal et concentre en elle comme la quintessence de la viande. Elle représente aussi la nourriture sous sa forme la plus raffinée, celle que l’on n’a pas besoin de mastiquer, mais que l’on peut sucer, et qui fond sur la langue. Le Lévitique réserve strictement cette part à Dieu (Lv 7,23-25). Les autres parts, en l’occurrence la viande, servent à régaler le sacrifiant et ses invités (8).

En offrant un sacrifice à Dieu, en lui présentant de la nourriture, on ne le nourrit pas, mais on l’honore. Si donc Dieu vient auprès du sacrifiant, c’est afin d’accepter l’invitation qui lui est adressée et recevoir les marques d’honneur de la part de ses fidèles. Mais s’il vient, il manifeste aussi par là qu’il est semblable aux êtres humains. Il est le Dieu transcendant qui réside au ciel -- la Bible hébraïque insiste sur le fait que ce ciel est totalement inaccessible aux humains --, le Dieu qui ne saurait être représenté par une statue d’or ou d’argent. Mais en même temps, il se révèle comme celui qui est semblable aux humains, puisque seul un être comme eux peut goûter aux charmes d’un bon repas et respirer le parfum d’agréable odeur qu’il dégage. Il est semblable, mais il est différent, puisque seul Dieu reçoit la graisse et le sang des victimes qui sont strictement interdits à la consommation humaine, et puisque la matière sacrificielle est brûlée sur l’autel. Il est semblable et solidaire puisqu’il se nourrit de ce qui constitue la matière habituelle des repas de ses fidèles et de ce qui constitue la production principale du pays où résident ses fidèles. Mais il est différent et il est autre ; son altérité est manifestée par la manière dont on le traite en lui réservant des morceaux que l’être humain ne saurait manger sous peine d’exclusion du peuple, ou de mort. De la sorte, chaque sacrifice constitue, en quelque sorte, une leçon de théologie au cours de laquelle Israël apprend à connaître son Dieu, qui n’est pas une simple valeur, un simple idéal, mais qui est une personne. Et à chaque sacrifice Israël découvre Dieu comme l’autre, mais aussi le semblable, comme l’autre semblable (9).

Le sacrifice de communion est un lieu d’échange et de partage. Il prend la forme d’un repas sacrificiel où la victime est sacrifiée puis consommée de concert entre les hommes et Dieu, chaque partie recevant sa part. Relisons un tes textes du Lévitique :

Lv 3,1-6 Si son sacrifice est un sacrifice de communion et s’il offre du gros bétail, mâle ou femelle, c’est une pièce sans défaut qu’il offrira devant Yahvé. Il posera la main sur la tête de la victime et l’immolera à l’entrée de la Tente du Rendez-vous. Puis les fils d’Aaron, les prêtres, feront couler le sang sur le pourtour de l’autel. Il offrira une part de ce sacrifice de communion à titre de mets consumé pour Yahvé : la graisse qui couvre les entrailles, toute la graisse qui est au-dessus des entrailles, les deux rognons, la graisse qui y adhère ainsi qu’aux lombes, la masse graisseuse qu’il détachera du foie et des rognons. Les fils d’Aaron feront fumer cette part à l’autel en plus de l’holocauste, sur le bois placé sur le feu. Ce sera un mets consumé en parfum d’apaisement pour Yahvé. Si c’est du petit bétail qu’il offre à titre de sacrifice de communion pour Yahvé, c’est un mâle ou une femelle sans défaut qu’il offrira.

La victime partagée marque tout à la fois la séparation et la communion entre le ciel et la terre. Le sacrifice doit donc s’entendre comme une frontière où l’on se rencontre, où l’on échange où l’on communie l’un à l’autre quelque chose de soi par le biais de la victime.
Il est important de souligner que c’est par la victime que s’opère la communion. Elle est le trait d’union entre Dieu et les hommes. Par elle, les hommes louent, rendent grâce, expient leur péché et implorent Dieu. La victime symbolise le don de soi-même en vue d’une communion avec la divinité. Comme le souligne Jean-Jacques Wunengurger,

Le sacrifice interpose entre l’homme et le divin une réalité intermédiaire (la victime), afin d’assurer un contact entre les deux mondes (10).

Dans cette communion, c’est Dieu qui vient à la rencontre de l’homme.

À l’occasion d’un sacrifice, Dieu vient et le lieu de cette venue est l’autel. Contrairement à ce qu’on a coutume d’imaginer, le sacrifice n’a donc pas pour objectif de créer un mouvement de bas en haut, de la terre au ciel, mais un mouvement de haut en bas. Ce n’est pas le sacrifiant qui, par l’intermédiaire d’une victime monte à Dieu, c’est au contraire Dieu qui descend sur terre pour venir auprès du sacrifiant et recevoir la victime qui lui est présentée (11).

Un sacrifice de bonne odeur

L’holocauste est la forme la plus haute d’offrande de victime animale. Le mot par lequel il est généralement désigné ôlâh indique un mouvement de « monter vers ».
Les Hébreux prirent l’habitude de brûler sur l’autel les biens offerts. Ils étaient présentés sous la forme d’un parfum que la divinité aspirait et qui lui apportait pleine satisfaction. C’est de là que vient l’expression « sacrifice de bonne odeur » (littéralement, odeur d’apaisement) pour désigner un sacrifice agréable à Dieu. L’expression se trouve pour la première fois à propos du sacrifice de Noé :

Gn 8,20-21 Noé éleva un autel pour Yahvé. Il prit de tout bétail pur, de tout oiseau pur et il offrit des holocaustes sur l’autel. Yahvé respira le parfum apaisant et se dit en lui-même : « Je ne maudirai plus jamais le sol à cause de l’homme. Certes, le cœur de l’homme est porté au mal dès sa jeunesse, mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait.

Gn 4,2-5 Le temps passa et il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à Yahvé et Abel apporta lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse. Yahvé tourna son regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Henri Blocher considère que ce qui manque à l’offrande de Caïn, c’est « l’esprit de l’offrande ». Au lieu de se reconnaître le débiteur de Dieu, il espère par son sacrifice « se constituer une créance sur Dieu », c’est-à-dire le manipuler et obtenir de lui ce que son cœur désire. Ce faisant, il sort de son rang et n’obtient que sa défaveur. Dieu dévoile l’égocentrisme de Caïn qui affecte tout ce qu’il fait, sa relation avec Dieu et sa relation avec son frère qu’il finit par tuer.

Ces deux passages montrent bien que ce n’est pas vraiment la qualité des victimes que l’on sacrifie qui permet de communiquer avec Dieu, mais bien leur odeur. Ce qu’apporte Caïn n’a pas d’odeur, au contraire de ce qu’apporte Abel. Et ce qui fait changer l’humeur de Dieu n’est pas le sang qui coule, mais l’odeur qui monte (12). En grec le sacrifice se dit thysia ; c’est un mot de la même racine que thyein, brûler et thyo, encens, parfum. Sacrifier, c’est faire monter une fumée d’agréable odeur vers Dieu, notamment en consumant des graisses animales (13).

Le sacrifice de l’alliance

Un rituel particulier de communion est celui des sacrifices d’alliance. Les victimes sont coupées par le milieu, les morceaux séparés étaient placés en face l’un de l’autre, et les contractants passaient entre ces morceaux (Gn 15,9 ; Gn 15,17 ; Jr 34,18).

Gn 15,9-17 Il lui dit : Va me chercher une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un pigeonneau. Il lui amena tous ces animaux, les partagea par le milieu et plaça chaque moitié vis-à-vis de l’autre ; cependant il ne partagea pas les oiseaux... Quand le soleil fut couché et que les ténèbres s’étendirent, voici qu’un four fumant et un brandon de feu passèrent entre les animaux partagés.

Une autre forme de sacrifice est décrite dans Exode 24 : une partie du sang des victimes est offerte à Dieu sur l’autel et l’autre partie est répandue sur le peuple, mais le sens est identique : les contractants sont unis par le fait qu’ils ont passé entre les mêmes victimes ou qu’ils ont été aspergés de leur sang.

Ex 24,3-8 Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles de Yahvé et toutes les lois, et tout le peuple répondit d’une seule voix ; ils dirent : « Toutes les paroles que Yahvé a prononcées, nous les mettrons en pratique. » Moïse mit par écrit toutes les paroles de Yahvé puis, se levant de bon matin, il bâtit un autel au bas de la montagne et douze stèles pour les douze tribus d’Israël. Puis il envoya de jeunes israélites offrir des holocaustes et immoler à Yahvé de jeunes taureaux en sacrifice de communion. Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des bassins, et l’autre moitié du sang, il la répandit sur l’autel. Il prit le livre de l’Alliance et il en fit la lecture au peuple qui déclara : « Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons et nous y obéirons. » Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : « Ceci est le sang de l’Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses. »

Ce texte apporte un éclairage sur le déroulement des célébrations sacrificielles. Le texte s’ouvre sur le rassemblement présupposé du peuple. Un médiateur, en l’occurrence Moïse, préside le rituel autour d’un autel. Il lit la parole de Dieu et accomplit le sacrifice de communion.

Le sang est le signe de l’alliance parce qu’il symbolise la vie dont Dieu est à l’origine. Le sang est le signe de la vie qui est donnée par Dieu. Perdre son sang, c’est perdre la vie. Donner son sang, c’est permettre à un blessé ou à un malade de rester en vie. Dans le sacrifice ci-dessus, on voit Moïse répandre le sang sur l’autel puis asperger le peuple. Le sang de l’animal représente celui de l’homme souillé par ses péchés.

L’idée de fond est que le sang du sacrifice, dans lequel tous les péchés ont été absorbés, est purifié en touchant la divinité même et, qu’ainsi par ce contact avec Dieu, les hommes représentés par ce sang sont aussi rendus purs (14).