Le nom de Dieu

Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d'Égypte les enfants d'Israël? Dieu dit: Je serai avec toi; et ceci sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie: quand tu auras fait sortir d'Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. Moïse dit à Dieu: J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je? Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle "je suis"m'a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël: L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération (Ex 3,12-15).

Le don du nom est une théophanie. L'engagement de Dieu est lié à la révélation de son nom. Ainsi, dans l'Exode Dieu se révèle à Moïse par cette parole : "Je suis qui Je serai ", c'est-à-dire, "Je suis là, présent, avec vous". Dieu en révélant son nom à Moïse s'engage à être auprès de lui : "JE SUIS avec toi... JE SUIS m'a envoyé vers vous ." La révélation du nom dans l'épisode de la vocation de Moïse tente de donner le sens du nom de YHWH en le rattachant à une forme ancienne du verbe être (hâwâh). La formule "je suis qui je serai" (Eheyeh asher Eheyeh), révèle l'engagement de Dieu, sa volonté d'être présent à l'homme, dans son histoire. En faisant mémoire d'Abraham, d'Isaac, et de Jacob, Dieu manifeste la fidélité de sa présence. La révélation du nom est une affirmation de sa présence.

Le nom, à cette époque et dans cette mentalité, est un phénomène important; il n'est pas juste un mot, un phénomène purement verbal, mais il s'identifie à la chose nommée : il est cette chose elle-même, sonorisée quand on la prononce, dessinée quand on l'écrit. Ce nom s'épelait à peu près comme la troisième personne du masculin singulier du verbe hébreu qui signifiait "être", "exister". "Yahvé" s'entendait donc "il est", "il est là", "il existe". La grande idée de Moïse est que ce nom de Yahvé, ainsi entendu, définissait le dieu en question et fournissait tout ce que l'on pouvait savoir de lui, à savoir, en tout et pour tout, sa seule existence. On n'en pouvait savoir rien d'autre, on ne pouvait donc se le représenter." J. BOTTERO, Alliance avec un Dieu unique, Le Monde de la Bible, 110, 1998, p. 6

Dieu ne dévoile son identité qu'à travers la relation qu'il fonde. Dieu n'est accessible qu'au sein d'une relation. L'homme ne peut s'en accaparer. Dieu n'est pas à la disposition de l'homme.

Toute l'alliance est ainsi ramassée dans le nom même de Dieu. L'alliance est une présence. Elle ne prend pas la forme d'une intervention magique qui ne respecterait pas la liberté humaine. Elle s'inscrit au coeur d'une relation d'amour où Dieu veut le bien de l'homme. Le nom de Dieu demeure énigmatique. Il conserve une part de mystère. Il ne rend pas Dieu visible. Il n'en fait pas une image. Le tétragramme YHWH révèle le nom invisible de Dieu. Il préserve de toutes les tentations imaginaires de se forger un Dieu à l'image de l'homme. Ce nom dévoile l'essence de Dieu, mais non ses formes : une essence relationnelle bien avant toute description morphologique. "Dieu reste le nom sans formes. Il ne devient pas le mot polymorphe désignant le caractère divin de toutes les merveilles, et pourquoi pas de toutes les horreurs de la nature (A. Dumas)."

En donnant ce nom sans formes, Dieu garde ses distances avec la création. Il ne se confond pas avec elle. Dieu est présent dans la création, mais il respecte la liberté de celui à qui il a confié la création. En donnant son nom, il affirme sa présence dans la distance. Le nom "Yahvé" récapitule les expériences que l'homme peut faire de la fidélité de Dieu, de sa miséricorde et de sa justice. Mais il ne révèle nullement les multiples formes et figures de l'univers. Il ne résout pas l'énigme de l'au-delà. Il ne sacralise pas les éléments cosmiques : l'eau, la terre, l'air et le feu. Le nom de Dieu manifeste sa discrétion par rapport à la création. Dieu ne prend pas la figure de multiples divinités qui incarnent les forces du monde. Dieu, transcendant à la création est.

En livrant son nom, Dieu accorde une grâce à l'homme. Il s'engage auprès de lui en lui donnant la possibilité de l'invocation et de l'interpellation. Le don du nom révèle une part du mystère de Dieu et accorde un pouvoir à l'homme. Dieu reste néanmoins souverain, car le pouvoir de nomination ne confère aucune autorité sur Dieu. "Là où il est connu par son nom, il est aussi le Puissant et le Maître : en se nommant, c'est lui qui appelle et nomme l'homme et en prend par là possession (Hans Urs von Balthasar)." Ainsi, par le don de son nom, Dieu appelle l'homme à son service.

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