Le sacrifice

Un rite de communion

Selon l’étymologie du terme, « sacrum facere » veut dire « faire ce qui est sacré ». Le sacré s’oppose au profane. Il désigne ce qui est inaccessible, indisponible. Il ouvre à une transcendance.

En grec le sacrifice se dit thysia ; c’est un mot de la même racine que thyein, brûler et thyo, encens, parfum. Sacrifier, c'est faire monter une fumée d'agréable odeur vers Dieu, notamment en consumant des graisses animales.

Dans un sens commun, le sacrifice est généralement synonyme de dévouement, de renoncement, de privation d’un bien, voire de sa propre vie au service d’une cause. Il suffit de citer Maximilien Kolbe pour en mesurer toute l’étendue. Le sacrifice exige donc un effort, une souffrance, voire une violence. Il faut se faire violence pour renoncer à soi-même pour un bien supérieur ou pour autrui.

Selon la Bible, le sacrifice est avant tout un don fait à Dieu. Sacrifier veut dire faire passer un objet profane dans le monde du sacré, généralement par une forme de destruction. Le sacrifice est un lieu d’échange et de partage. Une des formes est le repas sacrificiel où la victime est sacrifiée puis consommée de concert entre les hommes et Dieu, chaque partie recevant sa part. Il est important de souligner que c’est par la victime que s’opère la communion. Elle est le trait d’union entre Dieu et les hommes. Par elle, les hommes louent, rendent grâce, expient leur péché et implorent Dieu.

Parmi les rites sacrificiel, celui de l’alliance, quelque peu déroutant à première lecture, apporte un éclairage sur le déroulement des célébrations sacrificielles. Le texte s’ouvre sur le rassemblement présupposé du peuple. Un médiateur, en l’occurrence Moïse, préside le rituel autour d’un autel. Il lit la parole de Dieu et accomplit le sacrifice de communion. Les paroles, gestes et symboles commémorent l’alliance :

Ex 24,3-8 Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles de Yahvé et toutes les lois, et tout le peuple répondit d'une seule voix ; ils dirent : "Toutes les paroles que Yahvé a prononcées, nous les mettrons en pratique." Moïse mit par écrit toutes les paroles de Yahvé puis, se levant de bon matin, il bâtit un autel au bas de la montagne et douze stèles pour les douze tribus d'Israël. Puis il envoya de jeunes Israélites offrir des holocaustes et immoler à Yahvé de jeunes taureaux en sacrifice de communion. Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des bassins, et l'autre moitié du sang, il la répandit sur l'autel. Il prit le livre de l'Alliance et il en fit la lecture au peuple qui déclara : « Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons et nous y obéirons. » Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : «Ceci est le sang de l'Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses.»

Le bouc émissaire

Le bouc émissaire désigne généralement une personne faible, innocente, incapable de se rebeller qui endosse la responsabilité collective d’une faute. Ainsi le bouc émissaire est une victime expiatoire, une personne qui paye pour toutes les autres. Jésus prend la figure du bouc émissaire qui paye pour l’humanité. Il enlève les péchés du monde par son sacrifice sur la croix.

Cette théologie s'enracine dans une pratique sacrificielle de l'Ancien Testament. Dans le livre du Lévitique, Aaron offre un premier bouc en sacrifice à Dieu pour la rémission des péchés. Puis il pose les mains sur un second bouc. Ce geste transmet symboliquement les péchés du peuple à l’animal. Le bouc est ensuite chassé dans le désert d’Azazel pour y emporter les péchés. Il devient le bouc émissaire.

Lv 16,7-10 Aaron prendra ces deux boucs et les placera devant Yahvé à l'entrée de la Tente du Rendez-vous. Il tirera les sorts pour les deux boucs, attribuant un sort à Yahvé et l'autre à Azazel. Aaron offrira le bouc sur lequel est tombé le sort "A Yahvé" et en fera un sacrifice pour le péché. Quant au bouc sur lequel est tombé le sort "A Azazel", on le placera vivant devant Yahvé pour faire sur lui le rite d'expiation, pour l'envoyer à Azazel dans le désert.

L’étymologie du mot Azazel est incertaine. Il semble être la combinaison de deux racines signifiant "bouc" et "disparaître". La Vulgate rend le mot hébreu par le latin "caper emissarius", c’est-à-dire "le bouc émissaire". L’expression grecque employée dans la Septante "αποπομπαιος" (apopompaios), signifie "celui qui emporte le mal".

Le sacrifice aux yeux de Dieu

Le prophète Isaïe souligne avec virulence l’aversion de Dieu à l’égard des vaines offrandes et en appelle à une conversion intérieure. Les sacrifices, les prières, les rassemblements, toutes les solennités aussi fastueuses soient-elles provoquent la répugnance de Dieu dès lors que la veuve et l’orphelin sont délaissés (Is 1,11-17). Jésus enseigne d’ailleurs lui-même la primauté de la miséricorde et de l’amour sur les sacrifices :

Aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. (Mc 12,33). Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. (Mt 9,13).

Jésus dénonce la façade rituelle. Le but n’est pas de se conformer à une loi, de s’enorgueillir d’une bonne action ou encore de faire plaisir à une divinité. En d’autres circonstances Jésus approuve le don d’une pauvre veuve qui offre de son nécessaire là où les riches mettent dans le tronc de leur superflu (Mc 12,41-44). Cette femme se donne elle-même à travers l’offrande de quelques sous. Le sacrifice n’a en définitive de sens que s’il instaure une communion, que s’il est source de vie.

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Un article en ligne sur la théologie du sacrifice

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