La création, divine origine

Foi et science

Petite image Les sciences s'intéressent au comment; la théologie au pourquoi. Les deux approches se complètent sans contradiction, car elles courent dans un registre différent. Les récits de la Genèse ne se lisent pas comme des reportages chronologiques, ni comme des récits historiques et encore moins comme des explications scientifiques sur les origines de l’univers. Ils constituent une révélation sur Dieu, sur l’humanité et sur le projet de Dieu pour l’homme et la femme.

Par ailleurs, n’oublions pas que la bible est toujours révélée au sein d’une culture. Les auteurs bibliques décrivent l’univers avec les mots et les connaissances propres à leur environnement culturel. Ainsi la terre n’est qu’un disque qui repose sur des piliers ; les luminaires sont accrochés à la voûte céleste derrière laquelle est stockée l’eau utile à l’arrosage de la terre.

Jean-Paul II souligne que les théories de l’évolution sont plus qu’une hypothèse (texte complet en PDF). Le pape François prolonge cette réflexion en affirmant :

Dieu a créé les êtres et les a laissés se développer selon les lois internes qu’il a données à chacun, pour qu’ils se développent et pour qu’ils parviennent à leur plénitude. Il a donné l’autonomie aux êtres de l’univers en même temps qu’il les a assurés de sa présence permanente, donnant existence à chaque réalité. Et ainsi la création est allée de l’avant pendant des siècles et des siècles, des millénaires et des millénaires jusqu’à devenir celle que nous connaissons aujourd’hui, précisément parce que Dieu n’est pas un démiurge ou un magicien, mais le Créateur qui donne l’existence à toutes les créatures. Le début du monde n’est pas l’œuvre du chaos qui doit son origine à un autre, mais dérive directement d’un Principe suprême qui crée par amour. Le Big-Bang, que l’on place aujourd’hui à l’origine du monde, ne contredit pas l’intervention créatrice divine, mais l’exige. L’évolution de la nature ne s’oppose pas à la notion de Création, car l’évolution présuppose la création d’êtres qui évoluent (texte complet en PDF).

En quête d'un commencement

Comment parler du commencement absolu de l'univers qui échappe à toute observation ? Personne n’est présent en cet instant où la lumière envahit l’espace. Les télescopes les plus performants n’ont pas encore dévoilé les secrets du commencement absolu. La raison achoppe sur cet instant zéro de l’univers. Les équations les plus complexes approchent cet instant, mais ne l’atteindront jamais, car il est hors science. Le commencement absolu est hors histoire et pourtant il inaugure l’histoire. Ne sommes-nous pas pris de vertige en tentant de l’imaginer ?

La bible déroute le lecteur qui y cherche une réponse rationnelle. Elle nous parle de l'origine de la création. Elle dit dans un langage imagé que l'univers jaillit de la volonté de Dieu. Les 7 jours dont il est question reflètent les connaissances cosmologiques de l'époque. Le lundi correspond à la lune, mardi à mars, mercredi à mercure, jeudi à jupiter, vendredi à vénus, samedi à saturne et dimanche au soleil. Pour ce dernier jour, le français a perdu l'étymologie; mais nous la retrouvons en anglais avec "sunday" ou en allemand avec "Sonntag".

Dieu se repose le septième jour.

Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite. Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créée en la faisant (Gn 2,2-3).

Un Dieu au repos, voilà qui n’est pas banal ! De la nécessité humaine, nous passons à une prérogative divine. Bien sûr Dieu n’a nul besoin de repos. Le sabbat convoque le repos de l’humanité dans le repos de Dieu. Il est un temps de contemplation de l’œuvre achevée. Il est un temps de joies. Le repos de Dieu signifie aussi que Dieu confie la création à l’homme. Dieu s’arrête, au sens du mot "sabbat".

Adam et Ève

Sheila chantait en 1973 « Adam et Ève, c’est toi et moi ». Nous sommes effectivement tous des Adam et des Ève à un moment donné de l’histoire humaine. Qui n'a pas rêvé de vivre nu dans un jardin paradisiaque où tous les désirs seraient satisfaits ?

Les récits de la Genèse s’intéressent au pourquoi de la vie, de l’amour et de la mort. Adam naît de la terre alors qu'Ève est tirée de l'homme. Cette forme de naissance signifie que les deux êtres sont de même nature. Ils se ressemblent avec des différences dont la sexuelle est la plus visible. Leur vocation originelle est de ne former qu'une seule chair, c'est-à-dire une même vie.

A l'image de Dieu

Le texte de la Genèse dit que Dieu fit l’homme à son image et à sa ressemblance. C’est le point fondamental de l’anthropologie chrétienne. Dieu nous révèle qui nous sommes : créés certes, mais à Son image et à Sa ressemblance.

Faisons l’adam à notre image, selon notre ressemblance, … Dieu créa l’adam à son image, à l'image de Dieu il le créa... (Gn 1, 26-27).

Basile de Césarée (IVème) s’interroge sur l’écart entre les deux expressions de la Genèse : d’une part le projet de Dieu de créer l’homme « à son image et à sa ressemblance » et la création effective « à l’image de Dieu ». Que devient la ressemblance ? Pour Basile, acquérir la ressemblance sera confié à la liberté de l’homme.

N’as-tu pas remarqué que cette proposition est incomplète ? « Créons l’homme à notre image et ressemblance ». La délibération comprenait deux éléments : « à l’image » et « à la ressemblance ». L’exécution n’en contient qu’un. Dieu a t-il délibéré d’une façon et puis changé d’avis ? Quelque repentir au cours de la création n’est-il pas intervenu ? N’y a-t-il pas eu impuissance du Créateur, qui décide une chose, et en réalise une autre ? [...] « Créons l’Homme à notre image et à notre ressemblance ». Nous possédons l’un par la création, nous acquérons l’autre par la volonté. Dans la première structure, il nous est donné d’être nés à l’image de Dieu ; par la volonté se forme en nous l’être à la ressemblance de Dieu. [...] Mais voilà qu’il nous a créés en puissance capables de ressembler à Dieu, afin que nous revienne la récompense de notre travail, afin que nous ne soyons pas comme ces portraits sortis de la main d’un peintre, des objets inertes, afin que le résultat de notre ressemblance ne tourne pas à la louange d’un autre. [...] Ainsi donc, afin que ce soit moi l’objet d’admiration et non un autre, il m’a laissé le soin de devenir à la ressemblance de Dieu. Basile de Césarée, Sur l’origine de l’homme, Homélies X-XI de l’Hexaemeron, Sources chrétiennes 160, Cerf, 1970.

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