Que ta bouche me couvre de baisers (Ct 1,2)

Oui !

Les «oui» scellent le consentement. L'homme et la femme deviennent époux et épouse par le «oui» qu'ils se donnent réciproquement. Acquiescement simple et pur qui engage toute l'existence. Un des mots les plus communs de la langue française transforme la vie entière. Ce petit mot d'une seule syllabe est effectivement le pivot de l'existence du couple. Un mot qu'il faut ratifier quotidiennement. C'est autour de lui que se façonne la créativité et que se vit la liberté. L'acquiescement demande à s’inscrire dans le corps afin de ne pas rester lettre morte.

La brièveté du mot contraste avec la durée qu'il sous-tend. À peine prononcé, il s'évapore. L'éphémère rejoint l'éternel. Le «oui» n'est pas qu'un simple mot. Il atteste, il engage dans le champ de la vérité. Le «oui» est inséparable de la question de la vérité. Sa brièveté ne suscite aucun atermoiement, aucun commentaire. Il est vrai ou faux sans nuance possible. Le «oui» se distingue ainsi du «oui, mais», toujours en proie à des valses hésitations. Un «oui, mais», émet des réserves. Il se préserve des difficultés. Il n'engage pas la totalité du corps dans l'espace et le temps. L'expression «c'est un oui qu'est oui», traduit bien l'enjeu du «oui». C'est ce qu'affirme Jacques en disant :

«Que votre oui soit oui 25.»

Le «oui» ne souffre pas l’ambiguïté. S'il court le risque de l’ambiguïté, alors il entache la sincérité du locuteur et pervertit la relation à l'autre.

Le «oui» n'acquiert de valeur que par rapport à l'éventualité d'un «non». Prononcé par l'homme et la femme lors du rite sacramentel du mariage, il est le résultat d'une décision antérieure et réfléchie. La possibilité du «non» donne au «oui» sa force et sa plénitude. Le «oui» n'est pas lié à un déterminisme existentiel. L'homme et la femme restent maîtres de leur destin. Chacun choisit librement l'autre et chacun accueille librement l'autre. La faculté d'opérer un choix engage la responsabilité. Chacun est responsable de ses actes et de ses choix. Dire «oui» signifie rejeter le «non» et donc s'engager dans une voie. Le «oui» ne révèle pas uniquement un nouveau statut, mais il engage le corps à vivre ce nouveau statut. À la question «fait-il beau ?», le «oui» ou le «non» ne fait qu'exprimer une réalité de fait. Dans l'échange des consentements, le «oui» de l'homme et de la femme opère un radical changement d'existence pour une durée indéterminée.

Citations

25. Jc 5, 12.
26. F. BLOCH, M. BUISSON, La circulation du don, dans Communications 59, Seuil, 1994, pp. 56-57.

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