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Actualités religieuses

La bénédiction des couples homosexuels (10/01/2024)

Le Vatican a autorisé le 18 décembre 2023 la bénédiction des couples homosexuels au sein de l'Église catholique, une évolution majeure au regard de la Tradition ecclésiale (Fiducia supplicans). Ce rite soigneusement encadré ne doit pas se confondre avec le sacrement de mariage réservé à un couple homme-femme. Rappelons aussi que le sacrement de mariage se réalise à travers l'échange des consentements et non par la bénédiction nuptiale.

Des voix se réjouissent de la bénédiction de couples homosexuels ; d'autres se scandalisent. Une telle évolution s'accorde-t-elle avec toutes les cultures ? Avant de bénir, il serait opportun de commencer par décriminaliser l'homosexualité.

Bénir, du latin bene-dicere (hébreu barak), signifie littéralement "dire du bien". Toute personne mérite d'être bénie à titre personnel, quelle que soit son orientation sexuelle. La bénédiction d'un couple signifie "dire du bien" de leur situation conjugale. Les opposants d'un tel rite considèrent les homosexuels en état de péché, or l'Église ne peut pas bénir le péché. Mais la notion de péché dépasse le cadre rigoureux de la loi. Le catéchisme juge les actes homosexuels comme "intrinsèquement désordonnés". De fait, ils ne sont pas ordonnés à la procréation, commandement sexuel donné dès le premier chapitre de la Genèse (Gn 1,28). Mais cette vocation originelle souffre d'exceptions. Comme toute règle, elle contient ses limites. Par ailleurs, le péché est une notion religieuse qui suppose une lecture de la bible et une confrontation à la personne de Jésus. Une loi détermine une faute, mais ne peut qualifier une personne de pécheresse. Il revient à la conscience éclairée au regard de Dieu de le déterminer.

La bénédiction d'un couple homosexuel relève d'un désir pastoral d'accueillir des personnes dans une situation qui contredit l'anthropologie biblique, sans les condamner. Ce geste d'Église rappelle que notre vocation ultime est celle de l'amour qui s'exprime à travers des désirs divers et non stéréotypés. Et il ne revient à personne de s'ériger en juge d'un état de vie différent de ses convictions profondes. Les couples homosexuels qui se présentent à l'église recherche une reconnaissance ecclésiale et sont en chemin avec Jésus, comme tout chrétien. « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? », s'était interrogé le pape François en 2013.

Les questions autour de l'homosexualité relèvent de l'anthropologie avant de les décliner dans le champ de l'éthique. Poser des normes pour l'être humain dans ses relations, suppose d'abord une définition de l'homme et de la femme dans leurs dimensions affectives et psychologiques, ainsi que dans leurs pulsions. Or personne ne choisit son sexe, ni son genre, ni même son orientation sexuelle. Chacun les cultive avec ses forces et ses fragilités.

La bénédiction des divorcés remariés (10/01/2024)

Le document Fiducia supplicans autorise aussi la bénédiction des divorcés remariés, ces couples n'ayant pas le "droit" au sens canonique de ce terme, de se remarier sacramentellement. Soulignons que dans la religion orthodoxe, un époux divorcé a le droit de se remarier religieusement. L’Église protestante accepte également la possibilité de bénir une nouvelle union (il n'y a pas de sacrement de mariage dans le protestantisme).

Comme nous l'avons souligné pour les couples homosexuels, la bénédiction ne constitue pas un mariage. Elle "dit du bien" sur une situation conjugale. La multiplication des séparations montre la fragilité des couples qui se fondent désormais sur les sentiments. La perspective de faire son chemin avec la même personne durant toute sa vie demeure tant que l'amour s'éprouve. Mais elle disparaît dès que la routine ou les épreuves s'installent dans le couple. Faut-il bénir les couples qui se recomposent et recherchent à nouveau le bonheur ? Ces couples désirent associer Jésus à leur vie conjugale et il serait inapproprié de les laisser au bord du chemin. Si le sacrement de mariage doit demeurer unique pour une personne, sauf nullité et dispense, alors l'Église se doit d'inventer d'autres rites pour accueillir tous les couples. Une autre piste serait de revoir les modalités de nullité et les causes de dispense. Le pape François avait déclaré en 2016 : " la grande majorité des mariages sont nuls ".

Des femmes prêtres ? (10/12/2023)

Les hommes tiennent les rênes du pouvoir depuis des siècles. Même si certaines femmes se sont illustrées (Cléopâtre, Jeanne d’Arc, mère Teresa…), la régence et la gouvernance sont restées dans les mains masculines. Depuis quelques décennies, au sein des sociétés démocratiques, des femmes accèdent au pouvoir, dans tous les secteurs de la vie économique, sociale ou politique. Mais un constat s'impose : l'Église est le dernier bastion à résister aux femmes. Certes, quelques-unes accèdent à des postes à responsabilités, mais d'une manière générale, les hommes décident des orientations, des nominations, des lois, de la liturgie et des vérités de foi. Faut-il pour autant ordonner des femmes ? Une confusion entre pouvoir et sacerdoce, gouvernance et service, empêche toute évolution dans ce domaine. L’Église est à redessiner dans son mode de fonctionnement pour laisser aux laïcs et donc aux femmes le pouvoir de décision et de gouvernance de l'Eglise. En ce sens, le sacerdoce aurait pour finalité d'assurer la « conduite du sacré ». La création d’un ministère de la gouvernance ouvert au laïcs, poserait la première pierre de cette Église, peuple de Dieu, au service de l’annonce de l’évangile. (Lire la suite...)

Des scandales sexuels (05/12/2023)

Des scandales sexuels ont éclaboussé et fragilisé l'Église. Ces scandales rappellent deux constats : les hommes détiennent le pouvoir au sein de l'Église et la sexualité est le champ éthique le plus ambivalent de la nature humaine. Sur le premier point, nous en avons déjà parlé dans la question des femmes prêtres. Sur le second, nous ne pouvons que constater la fragilité et la vulnérabilité de l'être humain. Même un homme d'Église, pourtant pétri de prières et de foi, risque de glisser sur la pente de la perversion, au détriment d'innocents. Le pouvoir exige une maîtrise de soi, sinon il devient emprise sur l'autre. Contrôler ses pulsions demeure une tâche redoutable face à la tentation. La grâce divine n'efface pas les inhérences de notre nature, mais nous aide à les porter et à surmonter les épreuves. Ces hommes méritent une condamnation. Quant au pardon, il revient à chaque victime de l'accorder sur demande du coupable. Enfin, l'Église doit tirer les leçons de cette immoralité, tout en sachant qu'aucune solution n'est magique. N'oublions pas que la majorité des abus se déroulent en famille.

Fin de vie (05/12/2023)

La mort appartient à la vie, comme son inéluctable dernier événement. La très grande majorité des personnes ne choisit ni le jour ni l'heure de celle-ci. Des voix réclament la possibilité de choisir le moment de mourir. Ce désir résulte de plusieurs facteurs : une souffrance physique et morale ; une perte de sens ; une profonde lassitude... Nul ne peut se mettre à la place de ces personnes. Nous naissons par notre mère, mais nous mourrons seuls. Devons-nous rester maîtres de notre destin jusque dans les ultimes instants de notre vie ? La sagesse milite pour un lâcher-prise et un abandon. Le premier se met entre les mains des médecins et des accompagnateurs de fin de vie ; le second confie ses derniers instants dans les mains de Dieu. Cet idéal de sortie se heurte à la dure réalité de la fragilité humaine. La mort dans la dignité suppose l'acceptation de ses limites. La vie dans la dignité exige le concours des autres.

Quelle voie choisir lorsque la vie ne fait plus sens ? Lorsque plus aucun projet ne vient embellir l'avenir ? Lorsque la solitude entraîne le désespoir et la désespérance ? Vouloir mettre un terme à un non-sens est compréhensible. La question principale n'est donc pas d'autoriser ou d'interdire l'euthanasie ou le suicide assisté, mais d'accompagner une personne en fin d'existence et lui apporter de la joie de vivre jusqu'à l'ultime seconde.

Le déni de la mort est aussi dramatique que le désir de mourir.