Aimer la sagesse, c’est aimer la vie (Si 4,11)

Notre

Comme nous l’avons vu Matthieu dit « Notre Père » là où Luc dit « Père ». La tradition chrétienne a retenu le « notre ». Ce « notre » résonne d’ailleurs dans le corps de la prière à travers le « nous » des différentes demandes. Nous ne disons pas « Donne-moi », mais « Donne-nous ».

Une relation et non pas une possession

Grammaticalement, "notre" est un adjectif possessif qui qualifie une réalité commune à plusieurs. Nous pouvons parler de « notre maison » ou de notre enfant. Dans le premier cas, il s'agit d'une possession; dans le second, d'une relation. Khalil Gibran souligne "Vos enfants ne sont pas vos enfants…", pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une propriété. Lorsque des enfants d’une même fratrie disent « notre père », ils mettent en évidence leur racine commune et la même communauté filiale à laquelle ils appartiennent.

À l’égard de Dieu le « notre » se situe bien dans ce registre de la relation et non pas de la possession. Dieu ne nous appartient pas, mais nous invite à une relation filiale et communautaire.

La réalisation des promesses de l’Ancienne Alliance

Quand nous disons "notre" Père, nous reconnaissons d’abord que toutes les promesses annoncées par les prophètes sont accomplies dans la nouvelle alliance en son Christ : nous sommes devenus "son" Peuple et il est désormais "notre" Dieu.

Ex 6,7. Je vous prendrai pour mon peuple et je serai votre Dieu. Et vous saurez que je suis Yahvé, votre Dieu, qui vous aura soustraits aux corvées des Égyptiens.
Jr 30,22. Vous serez mon peuple et moi, je serai votre Dieu.

En union avec le Christ

En priant "notre" Père, c’est au Père de Jésus que nous nous adressons. Le « notre » n’a de sens que parce que Jésus nous introduit dans une relation filiale. Ce qui n’était que promesse devient réalité.

En union avec tous les chrétiens

Si nous prions en vérité "Notre Père", nous sortons de l’individualisme. Le "notre" du début de la Prière du Seigneur, comme le "nous" des quatre dernières demandes, n’est exclusif de personne. Pour qu’il soit dit en vérité (cf. Mt 5, 23-24 ; 6, 14-16), nos divisions et nos oppositions doivent être surmontées. Tous les chrétiens sont unis dans cette prière. Ils ne forment alors qu'un seul corps. Un des rôles de la prière est précisément de se mettre en communion avec tous les autres.

Commentaire de Benoît XVI

Seul Jésus pouvait dire de plein droit « mon Père », car lui seul est vraiment le Fils unique de Dieu, de la même substance que le Père. Nous tous, par contre, devons dire « notre Père ». Seul le « nous » des disciples nous permet de nommer Dieu Père, car c'est uniquement à travers la communion avec Jésus Christ que nous devenons vraiment « fils de Dieu ». Ainsi, ce mot « notre » nous interpelle : il exige que nous sortions de la clôture de notre « je ». Il exige que nous entrions dans la communauté des autres fils de Dieu. Il exige que nous nous départions de tout ce qui nous est propre et qui nous sépare des autres. Il exige de nous que nous acceptions autrui, les autres, et que nous leur ouvrions notre oreille et notre cœur. Avec le mot « notre », nous proclamons notre adhésion à l'Église vivante, dans laquelle le Seigneur voulait réunir sa nouvelle famille. Ainsi, le Notre Père est à la fois une prière très personnelle et pleinement ecclésiale. En disant le Notre Père, nous prions chacun de tout notre cœur, mais nous prions en même temps en communion avec la famille de Dieu, avec les vivants et les morts, avec les hommes de toutes conditions, de toutes les cultures et de toutes les races. Le Notre Père fait de nous une famille, au-delà de toutes les frontières.

Commentaire de François (audience du 13 février 2019)

Il y a quelque chose qui manque de manière flagrante dans le texte du Notre Père. Et si je vous demandais ce qui manque de manière flagrante dans le Notre Père ? Pas facile de répondre. Il manque un mot. Réfléchissez, qu’est-ce qui manque dans le Notre Père ? Réfléchissez, qu’est-ce qui manque ? Un mot. Un mot qui de nos jours – mais peut-être aussi à toutes les époques – est tenu en grande estime. Quel est ce mot qui manque dans le Notre Père que nous récitons chaque jour ? Pour ne pas perdre de temps, je vais vous le dire : il manque le mot « je ». On ne dit jamais « je ». Jésus nous apprend à prier en ayant plutôt sur les lèvres le mot « tu », car la prière chrétienne est un dialogue : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite ». Pas mon nom, mon règne, ma volonté. Non, cela n’irait pas. Et puis on passe au « nous ». Toute la seconde partie du Notre Père est déclinée à la première personne du pluriel : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses, ne nous laisse pas entrer en tentation, délivre-nous du mal ». En fait les demandes les plus élémentaires de l’homme – comme celle d’avoir de la nourriture pour apaiser sa faim –, sont toutes au pluriel. Dans la prière chrétienne, personne ne demande du pain pour soi-même : donne-moi mon pain de ce jour… non, donne-nous, nous le supplions pour nous tous, pour tous les pauvres de ce monde. Il ne faut pas oublier cela : on n’utilise pas le mot « je ». On prie avec « tu » et « nous ». C’est un bel enseignement de Jésus, ne l’oubliez pas.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de place pour l’individualisme dans le dialogue avec Dieu. Il n’y a pas d’étalage de nos problèmes comme si nous étions les seuls au monde à souffrir. Il n’y a pas de prière qui monte vers Dieu qui ne soit celle d’une communauté de frères et de sœurs, ce « nous ». Nous sommes une communauté, nous sommes des frères et des sœurs, nous sommes un peuple qui prie, « nous ».

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