Aimer la sagesse, c’est aimer la vie (Si 4,11)

Que ton règne vienne

C’est pour quand ?

Cette demande peut être interprétée comme une requête que Dieu vienne lui-même imposer son règne dans le monde. C'est le sens que lui donnent certaines communautés millénaristes, attendant impatiemment le retour du Christ pour rétablir enfin toute justice. Ce type de théologie est assez dangereux en ce sens qu'il risque de démobiliser l'homme. Si en effet, le Christ doit revenir bientôt pour imposer artificiellement son règne, alors le rôle de l'homme est nul et n'a plus qu'à se lamenter du mal qui existe dans le monde en attendant que Dieu veuille bien le régler de lui-même.

Par ailleurs, le message de l'Évangile n'est pas que le Royaume de Dieu viendra plus tard, mais qu'il s'est approché (Mat 4,17; Luc 10,9; etc...) en Jésus Christ, ce n'est pas seulement quand Jésus reviendra que nous serons enfin dans les temps messianiques, mais le Messie est venu en Jésus Christ, donc nous sommes bel et bien dans les temps messianiques, et il n'y a plus à attendre une autre ère messianique. Les prémices du royaume sont en germe. À regarder le monde d’aujourd’hui, on constate que l’ivraie conserve une part très envahissante. Et pourtant les évangiles nous affirment dès les premiers versets :

Mc 1,15 : le royaume de Dieu s’est approché

Il s’est approché avec l’irruption de Dieu dans le monde en la personne de Jésus. Jésus manifeste à travers ses paroles et ses actes le « déjà là » et le « pas encore » du royaume de Dieu. Il incarne l’attente messianique en lui donnant une orientation inattendue. Son royaume est celui des pauvres et des exclus, des malades et des opprimés. Il n’a donc aucune chance de renverser le pouvoir par la force.

Le royaume d’un roi

Après la multiplication des pains, Jésus est obligé de s’enfuir quand la foule veut s'emparer de lui pour le faire roi (Jn 6,15). Face à Pilate, il ne nie pas être roi (Jn 18, 33-37), mais il dépouille ce titre de tout caractère politique. Cette question d’une royauté terrestre demeure ouverte toute sa vie durant jusqu’aux derniers instants de Jésus sur terre :

Mt 11:3 « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Les apôtres eux-mêmes ne comprennent pas immédiatement quelle portée donner à la royauté de Jésus. Encore à l'Ascension, ils lui demandent :

Ac 1,6 « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté sur Israël ? »

Quand Jésus se manifeste, tout Israël attend le Messie. Mais Israël attend un libérateur politique, un nouveau David, un Messie conquérant, et pas du tout un serviteur souffrant. Même les apôtres ne comprendront qu’après la Pentecôte la véritable mission de Jésus :

Mc 10,35-37 « Jacques et Jean, les fils de Zébédée, avancent vers lui et lui disent: "Maître, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander." Il leur dit: "Que voulez-vous que je fasse pour vous?" - "Accorde-nous, lui dirent-ils, de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire." »

Act 1,6 « Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas rétablir la royauté‚ pour Israël ? »

Jn 18.36 « Jésus répondit: «Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, les miens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais ma royauté, maintenant, n'est pas d'ici. »

Jésus ne tient pas de discours politique et pourtant il parle de règne, de royauté et de royaume. Mais pour Jésus, cette forme de régence ne correspond pas à une réalité politique, sociale ou culturelle. Jésus ne distille aucun programme de réformes. Il ne fait aucune promesse électorale qui pourrait être accomplie par les sciences, la technique ou l’économie. Il ne promet aucune augmentation de salaire, ni des congés payés, pas même une assurance tous risques. Alors de quel royaume s’agit-il et qui donc est ce roi ?

La reconnaissance du Christ roi

La question est, en fait, de savoir ce que l'on entend par "règne de Dieu" (ou par "Royaume de Dieu", puisqu'il y a un seul terme pour "règne" et "royaume" en hébreu comme en grec). Dans le Nouveau Testament, le même mot basileia peut se traduire par royauté (nom abstrait), royaume (nom concret) ou règne (nom d’action).

Vouloir que le règne de Dieu vienne sur la Terre, c'est tout simplement souhaiter que Dieu soit de plus en plus reconnu comme roi, qu'il soit respecté, écouté, obéi, et que ce soit lui qui gouverne effectivement la plus grande partie possible du monde. Or, Dieu ayant toujours voulu ne pas aliéner la liberté humaine, il va de soi que tout cela dépend de l'homme. Il dépend de nous que nous sachions reconnaître Dieu pour notre roi, et il ne s'agit donc certainement pas d'attendre passivement que Dieu établisse son Royaume contre la volonté des hommes. Comme dans toutes les prières, la demande faite à Dieu n'a pas pour objectif de vouloir que Dieu fasse à notre place ce qui nous revient, de façon à nous éviter d'avoir à le faire, mais au contraire de nous aider à accomplir sa propre volonté. La prière est une demande qui nous engage, demande que nous exprimons dans la foi et la confiance en Dieu parce que nous savons que nous avons besoin de son aide et de sa force pour qu'il nous aide à vouloir vraiment et à accomplir le mieux possible ce dont il est question.

Si l'on s'intéresse au sens propre du terme "royaume", on peut considérer qu'il s'agit de l'ensemble de ceux qui reconnaissent quelqu'un pour roi, qui se soumettent à lui et qui sont gouvernés, protégés par lui. Or comme il n'est pas possible d'établir une division entre les hommes pour désigner ceux qui seraient totalement fidèles et ceux qui seraient totalement infidèles, il faut bien penser que les limites du Royaume de Dieu passent au milieu de nous, il y a une part de nous-mêmes qui reconnaît Dieu pour roi, et une autre part qui lui désobéit et qui se soumet à d'autres priorités. Nous pouvons donc souhaiter que non seulement le monde dans son ensemble soit de plus en plus soumis à Dieu, mais qu'en nous-mêmes, la part qui se soumet à Dieu grandisse de façon à ce qu'idéalement tout notre être soit dans le Royaume de Dieu.

Le programme royal de Jésus

Les paroles de Jésus s’adressent à tous les hommes, quels que soient leur statut et leurs compétences. Elles rejoignent les hommes dans leur existence concrète et les appellent à œuvrer pour la construction du royaume de Dieu dans leur vie personnelle et sociale. Concrètement, Jésus nous invite à la pauvreté, à la non-violence, au don de soi-même et de ses biens, à l’amour de ses ennemis, à ne pas juger et à ne pas condamner :

Lc 6,20-38 « Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait: "Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous… Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. À qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre; à qui t'enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. À quiconque te demande, donne, et à qui t'enlève ton bien ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement... Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis. Donnez, et l'on vous donnera; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu'on versera dans votre sein; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour." »

Avec un tel programme, il n’est pas certain que Jésus aurait eu un franc succès électoral. Et pourtant il s’agit de bon sens. Ces béatitudes du sermon sur la montagne impliquent un renversement de valeurs. Ici, il ne saurait être question de pouvoir, de domination ou d’être le premier. Au contraire, c’est à la dernière place que Jésus nous invite :

Luc 14,7 « Il disait ensuite une parabole à l'adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : 8. « Lorsque quelqu'un t'invite à un repas de noces, ne va pas t'étendre sur le premier divan, de peur qu'un plus digne que toi n'ait été invité par ton hôte, 9. et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : «Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. 10. Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : «Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l'honneur devant tous les autres convives. 11. Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. » Tout est centré sur le dépouillement de soi pour aller à l’essentiel. Dans un autre récit, face à un jeune homme riche, Jésus demande de vendre ses biens afin de le suivre. Le jeune homme s’en retourne tout triste, car il possède beaucoup de biens (Mc 10,17-23).

Jésus ne prône cependant pas la pauvreté pour elle-même ; simplement une disponibilité pour accueillir les malades et les nécessiteux. Nous n’emporterons pas au paradis toutes les richesses accumulées sur cette terre :

Luc 12 15. Puis il leur dit : « Attention ! gardez-vous de toute cupidité, car, au sein même de l'abondance, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens. »

Lc 16,13. Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent.

Ps 49,16 Ne crains pas quand l'homme s'enrichit, quand s'accroît la gloire de sa maison. À sa mort, il n'en peut rien emporter, avec lui ne descends pas sa gloire.

Le royaume de Dieu n’est autre que celui de l’amour, avec Jésus pour roi et la croix pour sceptre. Il appartient aux exclus et aux opprimés. Pour avoir part à ce royaume, il vaut mieux être pauvre et malade que riche et bien portant. De nombreux actes et paroles de Jésus vont dans le sens de ce message. Jésus fréquente les petits de ce monde au risque d’être incompris et rejeté. Il accepte qu’une pécheresse lui lave les pieds à la table d’un Pharisien (Lc 7,36-50). Il mange et boit avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs (Lc 5,27-31). Il demande de jouer les restos du cœur plutôt que d’inviter proches et amis :

Luc 14,12 Puis il disait à celui qui l'avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu'eux aussi ne t'invitent à leur tour et qu'on ne te rende la pareille. 13. Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; 14. heureux seras-tu alors de ce qu'ils n'ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. »

Jésus ne pousserait-il pas le bouchon un peu loin ? Il pourrait être taxé d’idéaliste et de rêveur tant ses recommandations paraissent éloignées de la réalité ambiante. Jésus se contente de tracer un chemin, certes sous la forme d’une croix, mais ce chemin mène au royaume de Dieu. Ce royaume est donc déjà là à chaque fois qu’un mot ou qu’un geste fait grandir l’humanité vers plus de liberté, de paix et de joie. Que d’occasions perdues ! Si chacun rêve d’arrêter les guerres ou de supprimer les famines, il faut commencer par balayer devant sa propre porte. Le royaume de Dieu est loin d’être accompli et, si l’homme ne détient pas les pouvoirs de l’épilogue – la victoire sur la mort-, il oublie trop souvent qu’il en est un acteur de premier plan.

Jn 18,36. Jésus répondit : « Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. »

Cette image de Jésus roi le suivra jusque dans sa mort, puisqu’au sommet de la croix figure cette inscription « INRI », c’est à dire « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ».

Accueillir le royaume comme un enfant

Le commentaire est tiré de la Lettre de Taizé : 2006/2.

Un jour, des gens amènent à Jésus des enfants pour qu’il les bénisse. Les disciples s’y opposent. Jésus se fâche et leur enjoint de laisser les enfants venir à lui. Puis il leur dit :

Quiconque n’accueille pas le règne de Dieu comme un petit enfant, n’y entrera certainement pas (Marc 10,13-16).

On comprend en général : « accueillir le règne de Dieu comme un enfant l’accueille ». Cela correspond à une parole de Jésus en Matthieu :

Si vous ne retournez pas et ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le règne des cieux » (Matthieu 18,3).

Un enfant fait confiance sans réfléchir. Il ne peut pas vivre sans faire confiance à ceux qui l’entourent. Sa confiance n’a rien d’une vertu, elle est une réalité vitale. Pour rencontrer Dieu, le meilleur dont nous disposons, c’est notre cœur d’enfant qui est spontanément ouvert, ose demander simplement, veut être aimé.

Mais on peut aussi bien comprendre : « accueillir le règne de Dieu comme on accueille un enfant ». Car le verbe « accueillir » a en général le sens concret d’« accueillir quelqu’un », comme on peut le constater quelques versets plus tôt où Jésus parle d’« accueillir un enfant » (Marc 9,37). Dans ce cas, c’est à l’accueil d’un enfant que Jésus compare l’accueil de la présence de Dieu. Il y a une connivence secrète entre le règne de Dieu et un enfant.

Accueillir un enfant, c’est accueillir une promesse. Un enfant croît et se développe. C’est ainsi que le règne de Dieu n’est jamais sur terre une réalité achevée, mais une promesse, une dynamique et une croissance inachevée. Et les enfants sont imprévisibles. Accueillir le règne de Dieu comme on accueille un enfant, c’est veiller et prier pour l’accueillir quand il vient, toujours à l’improviste, à temps ou à contretemps.

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