Commentaire détaillé : La transfiguration
| Matthieu 17,1-9 | Marc 9,2-10 | Luc 9,28-36 |
|---|---|---|
| Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmène à l'écart sur une haute montagne. | Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l'écart sur une haute montagne. | Or, environ huit jours après ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier. |
| Il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. | Il fut transfiguré devant eux, et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi. | Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea et son vêtement devint d'une blancheur éclatante. |
| Pierre et ses compagnons étaient écrasés de sommeil ; mais, s'étant réveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui se tenaient avec lui. | ||
| Et voici que leur apparurent Moïse et Elie qui s'entretenaient avec lui. | Elie leur apparut avec Moïse ; ils s'entretenaient avec Jésus. | Et voici que deux hommes s'entretenaient avec lui ; c'étaient Moïse et Elie ; apparus en gloire, ils parlaient de son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem. |
| Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » | Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte. | Or, comme ceux-ci se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : « Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » Il ne savait pas ce qu'il disait. |
| Comme il parlait encore, voici qu'une nuée lumineuse les recouvrit. | Une nuée vint les recouvrir | Comme il parlait ainsi, survint une nuée qui les recouvrait. La crainte les saisit au moment où ils y pénétraient. |
| Et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. Ecoutez-le ! » | et il y eut une voix venant de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ! » | Et il y eut une voix venant de la nuée ; elle disait : « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai élu, écoutez-le ! » |
| En entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d'une grande crainte. Jésus s'approcha, il les toucha et dit : « Relevez-vous ! soyez sans crainte ! » | ||
| Levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus, lui seul. | Aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux. | Au moment où la voix retentit, il n'y eut plus que Jésus seul. |
| Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne dites mot à personne de ce qui s'est fait voir de vous, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. » | Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par « ressusciter d'entre les morts ». | Les disciples gardèrent le silence et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu'ils avaient vu. |
Notes comparatives
Différences principales :
- Chronologie : Matthieu et Marc : "six jours après" / Luc : "environ huit jours après"
- But de la montée : Seul Luc précise : "pour prier"
- Description de la transfiguration :
- Matthieu : "visage resplendit comme le soleil, vêtements blancs comme la lumière"
- Marc : "vêtements si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi"
- Luc : "l'aspect de son visage changea" (plus sobre)
- Les disciples endormis : Détail unique à Luc
- Sujet de conversation : Seul Luc précise : "son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem" (l'exode/la Passion)
- Titre donné à Jésus : Matthieu : "Seigneur" / Marc : "Rabbi" / Luc : "Maître"
- Réaction des disciples : Matthieu seul mentionne qu'ils tombent face contre terre et que Jésus les touche pour les rassurer
- La nuée : Matthieu : "lumineuse" / Luc : "ils y pénétraient"
- Voix céleste : Variations dans la formulation, mais même message central
- Ordre de silence : Marc ajoute le questionnement des disciples sur la résurrection
Introduction
La Transfiguration est l'un des événements les plus mystérieux et les plus glorieux de la vie terrestre de Jésus. Pour un instant, le voile de son humanité est levé, révélant sa gloire divine aux trois disciples les plus proches. Cet événement se situe à un tournant décisif du ministère de Jésus : juste après la confession de Pierre à Césarée de Philippe et la première annonce de la Passion.
Pierre, Jacques et Jean reçoivent une vision anticipée de la gloire de la résurrection, fortifiant leur foi avant l'épreuve de la croix. Cette expérience marquera profondément Pierre qui y fera référence dans sa seconde épître (2 P 1,16-18).
Contexte immédiat dans chaque évangile
Le contexte commun aux trois synoptiques
Dans les trois évangiles, la Transfiguration suit immédiatement deux événements majeurs :
1. La confession de Pierre : "Tu es le Christ" (Mc 8,29) / "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16,16) / "Le Christ de Dieu" (Lc 9,20). Pierre reconnaît l'identité messianique de Jésus.
2. La première annonce de la Passion : Jésus révèle qu'il doit souffrir, être rejeté, mourir et ressusciter (Mt 16,21-23 // Mc 8,31-33 // Lc 9,22). Cette annonce choquante précède immédiatement la Transfiguration.
La Transfiguration confirme l'identité messianique de Jésus (voix du Père) tout en anticipant la gloire qui suivra la souffrance annoncée. Elle est un encouragement divin avant l'épreuve.
Matthieu 17,1-9
Matthieu, écrivant pour des judéo-chrétiens, souligne les parallèles avec Moïse au Sinaï : la montagne, les six jours, la nuée, la voix divine, la crainte des disciples. La Transfiguration révèle Jésus comme supérieur à Moïse et accomplissement de la Loi.
Marc 9,2-10
Marc, fidèle à son thème du secret messianique, termine par l'ordre de silence "jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts" et note l'incompréhension des disciples sur la résurrection. La gloire ne peut être pleinement comprise avant Pâques.
Luc 9,28-36
Luc place la Transfiguration dans le contexte de la prière et mentionne le sujet de conversation avec Moïse et Élie : "son départ (exodos) qui allait s'accomplir à Jérusalem". Pour Luc, tout le ministère de Jésus est orienté vers Jérusalem, lieu de son "exode" salvifique (mort, résurrection, ascension).
Le cadre : Six/huit jours après, sur la montagne
La chronologie
Matthieu et Marc : "Six jours après"
Luc : "Environ huit jours après"
La différence s'explique aisément : Marc et Matthieu comptent les jours pleins entre les deux événements (six jours), tandis que Luc inclut le jour de départ et le jour d'arrivée dans son comput ("environ huit jours").
Le chiffre "six jours" rappelle Exode 24,16 : "La gloire du Seigneur demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours. Le septième jour, il appela Moïse du milieu de la nuée." Comme Moïse, les disciples attendent six jours avant la révélation divine.
La haute montagne
Les trois évangiles mentionnent "une haute montagne" sans la nommer. La tradition chrétienne l'identifie au mont Thabor en Galilée (562 m), bien que certains proposent le mont Hermon (2814 m) près de Césarée de Philippe.
Dans la Bible, les montagnes sont des lieux privilégiés de rencontre avec Dieu :
Correspondances bibliques :
Exode 19,3.16-20 : "Moïse monta vers Dieu, et le Seigneur l'appela du haut de la montagne... Le troisième jour au matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne... Le Seigneur descendit sur le mont Sinaï, au sommet de la montagne."
Exode 24,15-18 : "Moïse monta sur la montagne, et la nuée couvrit la montagne. La gloire du Seigneur demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours. Le septième jour, il appela Moïse du milieu de la nuée. L'aspect de la gloire du Seigneur était comme un feu dévorant au sommet de la montagne, aux yeux des Israélites."
1 Rois 19,8-13 : Élie rencontre Dieu à l'Horeb (Sinaï) : "Il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb... Le Seigneur dit : Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car voici que le Seigneur va passer."
Les trois témoins privilégiés
"Pierre, Jacques et Jean" forment le cercle intime des disciples. Ces trois seuls sont témoins d'événements cruciaux :
- La résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5,37 ; Lc 8,51)
- La Transfiguration
- L'agonie à Gethsémané (Mt 26,37 ; Mc 14,33)
Ils voient la gloire (Transfiguration) avant de voir l'agonie (Gethsémané). Cette progression pédagogique les prépare à la croix.
Luc : "Pour prier"
Luc seul précise que Jésus "monta sur la montagne pour prier". La prière est un thème lucanien majeur. Chez Luc, tous les moments clés de la vie de Jésus sont associés à la prière :
Luc 3,21 : Au baptême, "comme il priait, le ciel s'ouvrit"
Luc 6,12 : Avant de choisir les Douze, "il passa toute la nuit à prier Dieu"
Luc 9,18 : Avant la confession de Pierre, "comme il priait à l'écart"
Luc 22,41-44 : À Gethsémané, il prie avec intensité
La Transfiguration survient "pendant qu'il priait", suggérant que la gloire divine se manifeste en réponse à la communion filiale de Jésus avec le Père.
La Transfiguration elle-même
Le terme "transfiguré"
Les trois synoptiques utilisent le verbe "metamorphoô" (d'où vient "métamorphose"). Ce n'est pas un changement d'apparence superficiel mais une transformation qui révèle la nature profonde, la réalité intérieure.
Paul utilisera ce même terme pour la transformation spirituelle des croyants :
Romains 12,2 : "Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés (metamorphousthe) par le renouvellement de l'intelligence."
2 Corinthiens 3,18 : "Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés (metamorphoumetha) en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit."
Les descriptions de la gloire
Matthieu : "Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière."
Matthieu seul mentionne explicitement le visage resplendissant "comme le soleil" (hôs ho hêlios), rappelant la vision de Daniel :
Daniel 10,6 : "Son visage avait l'aspect de l'éclair, ses yeux étaient comme des flammes de feu... sa parole était comme le bruit d'une grande multitude."
Apocalypse 1,16 : "Son visage était comme le soleil lorsqu'il brille dans sa force."
Marc : "Ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi."
Marc utilise une comparaison concrète et pittoresque : aucun blanchisseur professionnel ne pourrait produire une telle blancheur. C'est une blancheur surnaturelle, divine.
Luc : "L'aspect de son visage changea et son vêtement devint d'une blancheur éclatante."
Luc est plus sobre, parlant simplement d'un "changement" (heteron) de l'aspect du visage. Il ajoute que Pierre et les compagnons "virent la gloire de Jésus" (tên doxan autou), terme théologique fort désignant la présence divine manifeste.
Signification de la blancheur
Dans la symbolique biblique, le blanc représente la pureté, la sainteté, la gloire céleste :
Daniel 7,9 : Vision du trône de Dieu : "L'Ancien des jours s'assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure."
Apocalypse 1,14 : Le Christ glorifié : "Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige."
Apocalypse 3,4-5 : Les vainqueurs "marcheront avec moi en vêtements blancs... Celui qui vaincra sera ainsi revêtu de vêtements blancs."
Apocalypse 19,8 : "Il lui a été donné de se revêtir d'un fin lin, éclatant, pur. Car le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints."
Luc : Les disciples endormis
"Pierre et ses compagnons étaient écrasés de sommeil ; mais, s'étant réveillés, ils virent la gloire de Jésus."
Détail unique à Luc, qui préfigure Gethsémané où les mêmes trois disciples s'endormiront aussi (Lc 22,45 : "il les trouva endormis de tristesse"). Ici le sommeil est dû à l'heure tardive et peut-être à l'intensité de l'expérience spirituelle. Ils se réveillent à temps pour voir la gloire.
Ce sommeil peut aussi évoquer un état de vision extatique, comme les visions bibliques surviennent souvent dans un état altéré de conscience (voir les visions d'Ézéchiel, Daniel, Pierre en Ac 10,10).
L'apparition de Moïse et Élie
Qui sont ces deux personnages ?
Moïse : Le grand législateur, celui qui a reçu la Loi au Sinaï, qui a conduit Israël hors d'Égypte. Il représente la Torah, la Loi.
Élie : Le plus grand des prophètes, celui qui a combattu l'idolâtrie, qui n'est pas mort mais a été enlevé au ciel (2 R 2,11). Il représente les Prophètes et est attendu comme précurseur du Messie (Ml 3,23-24).
Ensemble, "la Loi et les Prophètes" désignent toute l'Écriture de l'Ancien Testament. Leur présence atteste que Jésus accomplit toutes les Écritures.
Pourquoi Moïse et Élie spécifiquement ?
Plusieurs raisons expliquent leur présence :
1. Représentation de l'Ancien Testament : La Loi (Moïse) et les Prophètes (Élie) témoignent de Jésus.
2. Fins mystérieuses : Les deux ont connu des morts ou départs extraordinaires. Moïse fut enterré par Dieu lui-même dans un lieu inconnu (Dt 34,5-6), Élie fut enlevé au ciel dans un char de feu (2 R 2,11). Une tradition juive disait que Moïse aussi avait été enlevé.
3. Rencontres avec Dieu sur la montagne : Les deux ont rencontré Dieu sur le mont Sinaï/Horeb dans des théophanies glorieuses (Ex 33-34 pour Moïse ; 1 R 19 pour Élie).
4. Attentes eschatologiques : La tradition juive attendait le retour d'Élie avant le Messie (Ml 3,23), et certains attendaient aussi Moïse (Dt 18,15.18).
Correspondances bibliques :
Deutéronome 18,15.18 : "Le Seigneur, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères, un prophète comme moi : vous l'écouterez... Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai."
Malachie 3,23-24 : "Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour du Seigneur arrive, ce jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères à leurs fils, et le cœur des fils à leurs pères."
Le sujet de conversation (Luc)
Luc seul révèle de quoi ils parlaient : "son départ (exodos) qui allait s'accomplir à Jérusalem."
Le mot grec "exodos" évoque immédiatement l'Exode, la sortie d'Égypte conduite par Moïse. Luc utilise ce terme chargé de sens pour désigner la Passion, mort, résurrection et ascension de Jésus - son "exode" salvifique.
Comme Moïse a libéré Israël de l'esclavage d'Égypte, Jésus accomplira un nouvel exode, une nouvelle libération - de l'esclavage du péché et de la mort. Cet exode s'accomplira "à Jérusalem", destination constante chez Luc.
La présence de Moïse (qui a accompli le premier exode) et d'Élie (qui a aussi fait un "exode" personnel en étant enlevé au ciel) souligne que la Passion de Jésus n'est pas un échec mais l'accomplissement du plan divin annoncé par toute l'Écriture.
Correspondances :
Daniel 10,10.18-19 : "Une main me toucha et me fit dresser sur mes genoux et sur les paumes de mes mains... Alors celui qui avait l'apparence d'un homme me toucha de nouveau et me fortifia. Il dit : Homme bien-aimé, ne crains pas, que la paix soit avec toi ! Sois fort, fortifie-toi !"
Matthieu 14,27 : Jésus marchant sur l'eau : "Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c'est moi ; n'ayez pas peur !"
Matthieu 28,9-10 : Aux femmes après la résurrection : "Et voici, Jésus vint à leur rencontre, et dit : Je vous salue. Elles s'approchèrent pour saisir ses pieds, et elles l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : Ne craignez pas."
Apocalypse 1,17 : "Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant : Ne crains point !"
Jésus seul demeure
La disparition de Moïse et Élie
Matthieu : "Levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus, lui seul."
Marc : "Aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux."
Luc : "Au moment où la voix retentit, il n'y eut plus que Jésus seul."
Les trois évangélistes soulignent avec emphase : "Jésus seul" (Iêsous monos). Moïse et Élie ont disparu. La Loi et les Prophètes ont accompli leur rôle de témoins, mais maintenant c'est Jésus seul qu'il faut suivre.
Cette solitude finale de Jésus répond à la proposition de Pierre (trois tentes). Non, il n'y aura pas trois figures égales. Il n'y a qu'un seul Médiateur, un seul Sauveur : Jésus.
Les disciples doivent "lever les yeux" (Matthieu) - sortir de leur prosternation terrifiée - et voir Jésus seul, redevenu dans son apparence ordinaire, l'homme qu'ils connaissent et qu'ils doivent suivre jusqu'à Jérusalem.
Correspondances :
Hébreux 1,1-2 : "Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils."
Jean 1,17 : "Car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ."
1 Timothée 2,5 : "Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme."
La descente de la montagne et l'ordre de silence
Le commandement du secret
Matthieu : "Ne dites mot à personne de ce qui s'est fait voir de vous, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts."
Marc : "Il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts."
Luc : "Les disciples gardèrent le silence et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu'ils avaient vu."
L'ordre de silence s'inscrit dans le thème du "secret messianique" particulièrement développé chez Marc. La gloire de Jésus ne peut être pleinement comprise avant la résurrection.
Si les disciples racontaient maintenant la Transfiguration, elle serait mal interprétée : les foules voudraient un Messie de gloire immédiate, évitant la croix. Or, le chemin vers la gloire passe nécessairement par la souffrance.
L'ordre est temporaire : "jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts". Après Pâques, tout sera clair. La gloire de la Transfiguration et la gloire de la résurrection s'éclaireront mutuellement.
L'incompréhension persistante (Marc)
"Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par 'ressusciter d'entre les morts'."
Marc seul note cette incompréhension. Malgré la vision glorieuse, les disciples ne comprennent toujours pas la nécessité de la mort et de la résurrection. La résurrection générale à la fin des temps était un enseignement pharisien accepté, mais l'idée d'une résurrection individuelle du Messie au milieu de l'histoire était incompréhensible.
Cette note de Marc souligne l'opacité persistante des disciples avant Pâques. Même les expériences les plus extraordinaires (la Transfiguration) ne peuvent, seules, ouvrir pleinement l'intelligence aux mystères du Royaume. Il faudra la résurrection elle-même et le don de l'Esprit.
Correspondances :
Luc 24,25-27 : Le Christ ressuscité aux disciples d'Emmaüs : "O hommes sans intelligence, dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffre ces choses et qu'il entre dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait."
Luc 24,44 : "Il leur dit : C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes."
L'intervention maladroite de Pierre
La proposition des trois tentes
Matthieu : "Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes"
Marc : "Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes"
Luc : "Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes"
Pierre, toujours impulsif, veut prolonger l'expérience glorieuse. Il propose de construire trois "tentes" (skênas), probablement des abris de branchages comme ceux de la fête des Tabernacles (Succot).
La fête des Tabernacles commémorait le séjour d'Israël au désert dans des tentes, et avait aussi une dimension eschatologique : on attendait qu'à la venue du Messie, toutes les nations viendraient célébrer cette fête (Za 14,16).
Correspondances :
Lévitique 23,42-43 : "Vous demeurerez pendant sept jours sous des tentes ; tous les indigènes en Israël demeureront sous des tentes, afin que vos descendants sachent que j'ai fait demeurer sous des tentes les Israélites, lorsque je les ai fait sortir du pays d'Égypte."
Zacharie 14,16 : "Tous ceux qui resteront de toutes les nations venues contre Jérusalem monteront chaque année pour se prosterner devant le roi, le Seigneur des armées, et pour célébrer la fête des Tabernacles."
L'incompréhension de Pierre
Marc et Luc notent explicitement l'incompréhension de Pierre : "Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte" (Mc) / "Il ne savait pas ce qu'il disait" (Lc).
Pierre commet plusieurs erreurs :
1. Vouloir prolonger indéfiniment l'expérience glorieuse : Il voudrait rester sur la montagne, éviter la descente vers Jérusalem et la croix.
2. Mettre Jésus sur le même plan que Moïse et Élie : En proposant trois tentes égales, Pierre traite Jésus comme un parmi trois, non comme le Fils unique supérieur à tous.
3. Mal comprendre le timing divin : La gloire permanente viendra, mais après la souffrance, non à sa place.
La voix du Père va corriger cette incompréhension.
La nuée et la voix divine
La nuée lumineuse
Matthieu : "une nuée lumineuse les recouvrit"
Marc : "Une nuée vint les recouvrir"
Luc : "une nuée qui les recouvrait... ils y pénétraient"
La nuée (nephelê) est un symbole classique de la présence divine (Shekinah) dans l'Ancien Testament :
Correspondances bibliques :
Exode 13,21-22 : "Le Seigneur allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider dans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer."
Exode 19,9.16 : Au Sinaï : "Le Seigneur dit à Moïse : Voici, je viendrai vers toi dans une épaisse nuée... Le troisième jour au matin... une épaisse nuée était sur la montagne."
Exode 24,15-16 : "Moïse monta sur la montagne, et la nuée couvrit la montagne. La gloire du Seigneur demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours."
Exode 40,34-35 : "Alors la nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du Seigneur remplit le tabernacle. Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente de la Rencontre, parce que la nuée restait dessus, et que la gloire du Seigneur remplissait le tabernacle."
1 Rois 8,10-11 : À la dédicace du temple : "Au moment où les prêtres sortirent du lieu saint, la nuée remplit la maison du Seigneur. Les prêtres ne purent pas y rester pour faire le service, à cause de la nuée ; car la gloire du Seigneur remplissait la maison du Seigneur."
Matthieu précise qu'elle est "lumineuse" (phôteinê), rappelant la gloire divine. Luc note que les disciples "y pénétraient", suggérant qu'ils furent enveloppés dans la présence divine elle-même.
La voix du Père
Matthieu : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. Écoutez-le !"
Marc : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le !"
Luc : "Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai élu, écoutez-le !"
La voix divine (phônê) proclame l'identité de Jésus et donne un commandement. Cette voix rappelle le baptême (Mt 3,17 // Mc 1,11 // Lc 3,22), mais avec une différence cruciale : au baptême, la voix s'adressait à Jésus ("Tu es mon Fils bien-aimé"), ici elle s'adresse aux disciples ("Celui-ci est...").
Analyse de la proclamation
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé" :
Cette formule combine plusieurs textes de l'Ancien Testament :
Psaume 2,7 : Psaume messianique : "Tu es mon fils ! Je t'ai engendré aujourd'hui."
Isaïe 42,1 : Premier chant du Serviteur : "Voici mon serviteur que je soutiendrai, mon élu en qui mon âme prend plaisir. J'ai mis mon Esprit sur lui."
Le terme "bien-aimé" (agapêtos) peut aussi se traduire "unique", soulignant que Jésus est le Fils unique, dans une relation filiale exclusive avec le Père.
"Écoutez-le !" :
Ce commandement est crucial. Il répond directement à la proposition maladroite de Pierre qui mettait Jésus sur le même plan que Moïse et Élie.
La formule "Écoutez-le" (autou akouete) renvoie à Deutéronome 18,15 :
Deutéronome 18,15 : "Le Seigneur, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères, un prophète comme moi : vous l'écouterez (autou akousesthe, même verbe en grec)."
Jésus est le prophète ultime annoncé par Moïse. Il est supérieur à Moïse (la Loi) et à Élie (les Prophètes). C'est lui qu'il faut écouter désormais, lui seul.
Cet impératif "Écoutez-le" implique : écoutez son enseignement sur la nécessité de la croix (qu'ils viennent de refuser), suivez-le dans le chemin de la souffrance avant la gloire.
La réaction des disciples (Matthieu)
La crainte sacrée
"En entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d'une grande crainte."
Matthieu seul décrit cette prosternation. La "crainte" (phobos) n'est pas la peur ordinaire mais la crainte sacrée, la terreur révérencielle devant le divin (ce que l'Ancien Testament appelle "la crainte de Dieu").
La rencontre avec Dieu provoque toujours cette réaction dans la Bible :
Exode 3,6 : Au buisson ardent, "Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu."
Isaïe 6,5 : Dans la vision du temple : "Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures... et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur des armées !"
Ézéchiel 1,28 : Devant la vision de la gloire : "A cette vue, je tombai sur ma face."
Daniel 8,17 ; 10,9 : "Je fus effrayé, et je tombai sur ma face... Je tombai frappé d'étourdissement, la face contre terre."
Apocalypse 1,17 : Jean devant le Christ glorifié : "Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort."
Le geste rassurant de Jésus
"Jésus s'approcha, il les toucha et dit : 'Relevez-vous ! soyez sans crainte !'"
Matthieu seul rapporte ce geste tendre et rassurant. Jésus "s'approche" (proselthôn), "touche" (hêpsato) - contact physique qui rassure et relève - et parle : "Relevez-vous" (egerthête, le même verbe utilisé pour la résurrection !), "soyez sans crainte" (mê phobeisthe).
Ce geste révèle la double nature du Christ : assez divin pour être transfiguré dans la gloire, assez humain pour toucher tendrement ses disciples effrayés.
Correspondances :
Daniel 10,10.18-19 : "Une main me toucha et me fit dresser sur mes genoux et sur les paumes de mes mains... Alors celui qui avait l'apparence d'un homme me toucha de nouveau et me fortifia. Il dit : Homme bien-aimé, ne crains pas, que la paix soit avec toi ! Sois fort, fortifie-toi !"
Matthieu 14,27 : Jésus marchant sur l'eau : "Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c'est moi ; n'ayez pas peur !"
Matthieu 28,9-10 : Aux femmes après la résurrection : "Jésus vint à leur rencontre, et dit : Je vous salue. Elles s'approchèrent pour saisir ses pieds, et elles l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : Ne craignez pas."
Apocalypse 1,17 : "Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant : Ne crains point !"
Significations théologiques
Confirmation de l'identité messianique
La Transfiguration confirme la confession de Pierre à Césarée de Philippe. Oui, Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. La voix du Père le proclame solennellement devant les trois témoins privilégiés.
Mais cette confirmation vient immédiatement après l'annonce de la Passion, soulignant que le messianisme de Jésus passe par la croix. Il est le Messie souffrant avant d'être le Messie glorifié.
Anticipation de la résurrection
La Transfiguration offre un avant-goût de la gloire de la résurrection. Les disciples voient par anticipation ce que Jésus sera après Pâques : le Christ glorifié, resplendissant de la gloire divine.
Cette vision les fortifiera durant la Passion. Quand ils verront Jésus arrêté, flagellé, crucifié, ils pourront se souvenir : nous l'avons vu dans sa gloire. La croix n'est pas la fin ; la gloire viendra.
Pierre fera référence à cette expérience des décennies plus tard :
2 Pierre 1,16-18 : "Ce n'est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, mais c'est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux. Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, quand la gloire magnifique lui fit entendre une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. Et nous avons entendu cette voix venant du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne."
Jésus accomplissement de la Loi et des Prophètes
La présence de Moïse (la Loi) et d'Élie (les Prophètes) atteste que Jésus accomplit toute l'Écriture. Ils ne le contredisent pas mais le confirment. Ils conversent avec lui, suggérant harmonie et continuité.
Mais leur disparition finale ("Jésus seul") montre aussi que l'Ancien Testament cède la place au Nouveau. La révélation définitive est en Christ. C'est lui désormais qu'il faut "écouter".
Matthieu 5,17 : "Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir."
La divinité du Christ
La Transfiguration révèle la divinité de Jésus cachée sous son humanité. Le voile est momentanément levé, laissant transparaître la gloire divine.
La blancheur éclatante, le visage resplendissant comme le soleil, rappellent les théophanies de l'Ancien Testament (visions de Daniel, d'Ézéchiel, d'Isaïe). C'est la gloire divine (doxa, kabod) qui se manifeste.
Jean, qui était présent, écrira plus tard :
Jean 1,14 : "Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire (tên doxan autou), une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père."
Le chemin de gloire passe par la croix
La Transfiguration enseigne une vérité paradoxale : la gloire est réelle, mais elle vient après la croix, non à sa place.
Pierre voulait rester sur la montagne, éviter la descente vers Jérusalem. Mais Jésus redescend. La gloire permanente viendra, mais le chemin y conduisant passe par la souffrance.
Cette séquence (confession de Pierre → annonce de la Passion → Transfiguration → descente vers Jérusalem) structure toute la christologie : le Christ souffre d'abord, puis entre dans sa gloire.
Luc 24,26 : "Ne fallait-il pas que le Christ souffre ces choses et qu'il entre dans sa gloire ?"
Philippiens 2,8-11 : "Il s'humilia lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom."
Hébreux 2,9-10 : "Celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte... Il convenait, en effet, que celui pour qui et par qui sont toutes choses, et qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, élevât à la perfection par les souffrances le Prince de leur salut."
Le modèle pour les disciples
La Transfiguration n'est pas seulement une révélation sur Jésus, mais aussi un enseignement pour les disciples. Eux aussi connaîtront des souffrances avant la gloire.
Paul développera cette théologie de la conformation au Christ :
Romains 8,17 : "Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d'être glorifiés avec lui."
2 Corinthiens 3,18 : "Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire."
Philippiens 3,10-11 : "Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, si possible, à la résurrection d'entre les morts."
Applications pratiques
Les expériences spirituelles privilégiées
Certains chrétiens, comme Pierre, Jacques et Jean, reçoivent des expériences spirituelles extraordinaires : moments d'intense présence de Dieu, visions, illuminations intérieures.
Ces expériences sont des dons de grâce, non des récompenses méritées. Elles fortifient pour les épreuves à venir. Mais comme les disciples, il faut "redescendre de la montagne" pour vivre la foi ordinaire au quotidien.
Ne pas chercher à prolonger artificiellement les moments de gloire
Pierre voulait construire des tentes, rester sur la montagne. Cette tentation existe toujours : vouloir prolonger indéfiniment les moments forts, les retraites spirituelles, les expériences de gloire.
Mais la vie chrétienne n'est pas une succession ininterrompue d'expériences mystiques. Il y a des montagnes et des vallées, des transfigurations et des Gethsémanés. La fidélité se vit aussi (surtout ?) dans l'ordinaire.
Écouter le Christ seul
"Écoutez-le !" est l'impératif central. Dans un monde de voix multiples et contradictoires, les chrétiens sont appelés à écouter prioritairement le Christ.
Cela implique : méditation de sa Parole (les Évangiles), obéissance à ses commandements, écoute de l'Esprit qui rend témoignage de lui. Christ seul est le Maître, le Seigneur, celui qu'il faut suivre.
La gloire après la croix
Le chemin chrétien passe par la croix avant la gloire. Les souffrances présentes ne sont pas une anomalie mais le chemin normal du disciple.
La Transfiguration assure que la gloire viendra, mais elle enseigne aussi qu'elle vient après, non à la place de la croix. Cette vérité contre toute théologie de la prospérité qui promet gloire et succès sans souffrance.
Garder le silence jusqu'au bon moment
L'ordre de silence enseigne la sagesse du discernement. Certaines vérités, certaines expériences ne peuvent être partagées immédiatement. Il faut attendre le moment opportun, la maturité des auditeurs, le contexte approprié.
Toute expérience spirituelle authentique ne doit pas nécessairement être proclamée sur les toits. La discrétion, le silence, sont aussi des vertus chrétiennes.
Conclusion
La Transfiguration est un événement charnière qui révèle plusieurs vérités essentielles :
L'identité de Jésus : Fils bien-aimé de Dieu, Messie annoncé par la Loi et les Prophètes, Seigneur de gloire dont la divinité transparaît momentanément.
Le chemin messianique : La gloire est réelle et certaine, mais elle passe nécessairement par la croix. La Transfiguration précède immédiatement la montée vers Jérusalem et la Passion.
L'accomplissement des Écritures : Moïse et Élie attestent que Jésus accomplit toute l'Écriture. Mais leur disparition finale montre qu'il les dépasse : c'est lui seul qu'il faut désormais écouter.
Fortification pour l'épreuve : Les trois disciples privilégiés reçoivent cette vision pour être fortifiés dans la foi quand viendra la Passion. Se souvenir de la gloire aidera à traverser les ténèbres de la croix.
Anticipation de la résurrection : La Transfiguration offre un avant-goût de la gloire de Pâques. Elle révèle ce que Jésus sera après la résurrection : le Christ glorifié, resplendissant de la lumière divine.
Les trois évangélistes, chacun avec ses emphases, présentent cet événement comme révélation centrale :
Matthieu souligne les parallèles avec Moïse au Sinaï et l'accomplissement de la Loi, ajoutant les détails de la prosternation et du geste rassurant de Jésus.
Marc reste sobre mais insiste sur le secret messianique et l'incompréhension persistante des disciples concernant la résurrection.
Luc situe l'événement dans le contexte de la prière, précise le sujet de conversation (l'exode à Jérusalem), et mentionne le sommeil des disciples - cohérent avec ses thèmes théologiques.
La Transfiguration continue de parler aux croyants de toutes générations. Elle assure que la gloire divine habite en Christ, que le chemin de la croix conduit à la résurrection, que les souffrances présentes ne sont pas comparables à la gloire à venir.
Romains 8,18 : "J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous."
2 Corinthiens 4,17 : "Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire."
