Mt 3,13-17 - Le Baptême de Jésus
Alors paraît Jésus, venant de Galilée jusqu'au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : 'C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi !' Mais Jésus lui répondit : 'Laisse faire maintenant : c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice.' Alors Jean le laisse faire. Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l'eau ; et voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venant des cieux disait : 'Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour.'
Pourquoi Jésus se fait-il baptiser ? Jésus est sans péché et le baptême de Jean est un baptême de conversion.
Le passage de Matthieu 3,13-17, qui décrit le baptême de Jésus par Jean-Baptiste, est l’un des textes les plus riches de la tradition chrétienne, tant sur le plan théologique que spirituel.
1. Contexte et symbolisme du baptême
- Transition entre l’Ancien et le Nouveau Testament : Jean-Baptiste, dernier prophète de l’Ancienne Alliance, prépare la venue du Messie. Son baptême est un baptême de repentance, mais Jésus, sans péché, s’y soumet pour inaugurer une nouvelle ère : celle de la grâce et de la rédemption.
- Solidarité avec l’humanité : En se faisant baptiser, Jésus s’identifie aux pécheurs, anticipant sa mission de Rédempteur. Il sanctifie ainsi les eaux du baptême, préfigurant le sacrement chrétien.
- Accomplissement de la justice : La réponse de Jésus à Jean (« C’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice ») souligne son obéissance parfaite à la volonté du Père. La « justice » ici n’est pas juridique, mais relationnelle : elle désigne l’accomplissement du dessein divin de salut.
2. La révélation trinitaire
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Ce passage est une théophanie (manifestation de Dieu) où les trois personnes de la Trinité sont révélées simultanément :
- Le Fils : Jésus, incarné, se tient dans l’eau, symbole de l’humanité qu’il assume.
- L’Esprit Saint : Il descend sous la forme d’une colombe, image de paix et de création (cf. Genèse 1,2). L’Esprit consacre Jésus pour sa mission messianique et le désigne comme l’Oint (Christ).
- Le Père : La voix céleste (« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ») reprend les paroles du Psaume 2,7 et Isaïe 42,1, affirmant la filiation divine de Jésus et l’amour inconditionnel du Père. Cette déclaration est une épiphanie : Dieu se révèle comme Père, Fils et Esprit.
3. Dimensions spirituelles
- Humilité et kenose : Jésus, Dieu fait homme, accepte de recevoir le baptême des mains de Jean, montrant l’humilité comme chemin vers Dieu. Ce geste annonce sa « descente » ultime sur la Croix.
La parole de Jésus invite à le laisser agir dans cet abaissement apparemment passif. Cette plongée au milieu des pécheurs, cette immersion dans l’eau – symbole biblique de la mort, annoncent déjà la salvifique croix que Matthieu esquisse à nos yeux. Celui qui sera condamné comme le pire des pécheurs, cloué immobile sur cette croix, révélera ainsi la véritable justice de Dieu et inaugurera son règne. Sa passivité apparente nous oblige à nous laisser faire, à recevoir de lui, dans ce dépouillement total, ce qui seul demeure : l’amour de ce Fils bien-aimé jusqu’au bout. François Bessonnet.
L’humiliation du Fils de Dieu dans ce baptême dont il n’a pas besoin, au Jourdain qui est le fleuve le plus bas du monde, son engloutissement dans l’eau sous le poids de nos péchés qu’il prend sur lui, avant de ressortir dans la gloire pour être manifesté comme Fils bien-aimé du Père et empli d’Esprit saint, c’est l’exposé des modalités concrètes de réalisation du plan de Dieu. Jean-Thomas de Beauregard.
- Nouvelle création : L’ouverture des cieux et la descente de l’Esprit évoquent la recréation du monde (cf. Genèse 1,2). Le baptême de Jésus est le début d’une humanité renouvelée par l’Esprit.
- Modèle pour les croyants : Le baptême chrétien devient le sacrement de la naissance à une vie nouvelle, où l’Esprit nous configure au Christ et nous fait fils et filles de Dieu.
4. Échos prophétiques et eschatologiques
- Serviteur souffrant d’Isaïe : Jésus est désigné comme le Serviteur (Isaïe 42,1), venu non pour dominer, mais pour servir et sauver.
- Fils bien-aimé : Cette expression rappelle le sacrifice d’Abraham (Genèse 22), où Isaac est appelé « ton fils unique, celui que tu aimes ». Jésus est à la fois le nouveau Isaac (sauvé de la mort) et l’Agneau qui portera les péchés du monde.
- Inauguration du Royaume : Le baptême marque le début de la mission publique de Jésus, où il proclamera la proximité du Royaume de Dieu (Matthieu 4,17).
5. Actualisation pour le croyant
- Identification au Christ : Par notre baptême, nous sommes plongés dans la mort et la résurrection du Christ (Romains 6,4). Comme lui, nous recevons l’Esprit et devenons « fils dans le Fils ».
- Appel à la conversion : Jean appelle à la repentance ; Jésus, par son baptême, nous montre que la conversion est un mouvement vers Dieu, soutenu par sa grâce.
- Vie dans l’Esprit : La colombe, symbole de l’Esprit, nous rappelle que la vie chrétienne est une marche guidée par Dieu, dans la douceur et la force de son amour.
6. Questions pour la méditation
- Comment vivre notre baptême comme une participation à la mission du Christ ?
- En quoi l’humilité de Jésus au Jourdain éclaire-t-elle notre propre relation à Dieu et aux autres ?
- Comment accueillir l’Esprit Saint comme une présence active dans notre vie quotidienne ?
7. conclusion
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À la question initiale : "Pourquoi Jésus se fait-il baptiser", nous pouvons apporter trois réponses :
- Jésus nous dit pourquoi il est venu sur terre ; il est venu pour les pécheurs.
- Jésus est venu nous apprendre le vrai baptême : celui dans l'Esprit.
- Le baptême nous fait entrer dans la vie intime de Dieu.
Ce passage invite à contempler le mystère de l’incarnation et de la Trinité, tout en nous rappelant que notre propre baptême est une source inépuisable de grâce et d’identité chrétienne.
