Marie dans les récits de l'enfance de Matthieu

Généalogie

La généalogie remonte à Abraham. Quatre femmes y trouvent une place particulière : Thamar qui se déguise en prostituée pour avoir une relation sexuelle avec son beau-père, Rahab une prostituée, Ruth la Moabite (étrangère) femme de Booz, Bethsabée la femme d'Urie de laquelle naîtra Salomon.

1,1 Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham : 1,3 Juda engendra Pharès et Zara, de Thamar 1,5 Salmon engendra Booz, de Rahab, Booz engendra Jobed, de Ruth, 1,6 David engendra Salomon, de la femme d'Urie 1,16 Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l'on appelle Christ.

Matthieu souligne la continuité de Jésus Christ avec l'attente messianique d'Israël comme en témoigne la descendance davidique.

Le rôle de Joseph est de prendre Marie avec lui, comme son épouse, et de donner le nom à l’enfant. Par Joseph, Jésus est légitimement inséré dans la généalogie.

Jacob engendra [grec : verbe « gennaô »] Joseph, l’époux de Marie, laquelle fut engendré [verbe grec :« gennaô » à la forme passive] Jésus, que l’on appelle Christ (ou Messie). Le verbe « gennaô » avec un sujet masculin signifie « engendrer », comme le montre le reste de la généalogie. Rapporté à une femme, « gennaô » peut faire allusion à la conception ou à l’accouchement. Mais en Matthieu 1,16 le prédicat n’est pas rapporté directement à Marie, mais la forme passive est utilisée et sans complément d’agent. Conclusion : Jésus est engendré de Dieu, et il est né de la vierge Marie.

Le mariage de Marie et Joseph d'après les Écritures et la tradition juive

Ressources bibliques :

Mt 1,18-20 Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit: Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint Esprit.
Luc 1,26-27 Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie.

Le mariage juif se déroule en deux étapes : Kiddouchine et Nissouine.

La première étape du mariage juif dont parlent les évangiles ci-dessus s'apparente à des fiançailles. Marie est désormais liée à Joseph. Si elle se donne physiquement à un autre homme, cela constitue un adultère. Dissoudre cette première étape requiert un acte de divorce comme pour un mariage déjà célébré. Cependant, les jeunes gens ne cohabitent pas.

Mais l'Incarnation bouleverse le déroulement normal du mariage juif, car Marie est enceinte avant la seconde étape du mariage.

La seconde étape du mariage juif est appelée Nissouine. Il s'agit, avec des noces solennelles publiques et festives, de commencer la vie commune. Le mariage est accompli sous le dais nuptial, avec un isolement du couple et sept bénédictions nuptiales qui font des époux « une seule chair ».

L'Évangile nous montre que Joseph, voyant Marie enceinte, hésite à célébrer les noces solennelles. Il veut la répudier sans bruit ce qui juridiquement était impossible.

Marie associée à l'enfant

Dans le 2ème chapitre de Matthieu, Marie paraît toujours associée à l'enfant : au moment de l'arrivée des Mages venus d’Orient (Mt 2,11), pendant la fuite en Égypte (Mt 2, 13-14), au retour au Nazareth (Mt 2,20-21).

C’est l’origine de l'icône de Marie avec l'enfant Jésus dans les bras, icône enracinée profondément dans la tradition iconographique chrétienne orientale et occidentale. Elle résume de manière picturale le message de Matthieu 2 sur "l’enfant avec Marie sa mère."

Mt 1,23 et la prophétie d'Isaïe 7,14

Mt 1,20-23. Alors qu'il avait formé ce dessein, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ».
Is 7,14 (hébreu, -720) Voici la jeune fille ("alma") est enceinte et enfantera un fils, et elle l’appellera Emmanuel.
Is 7,14 (grec, Septante, -270)). Voici, la vierge ("parthenos") portera dans le ventre et enfantera un fils, et tu l’appelleras "Emmanuel".

La Septante est une version du Tanakh (Bible hébraïque) en langue grecque. Selon une tradition rapportée dans la Lettre d'Aristée (IIe siècle av. J.-C.), la traduction de la Torah aurait été réalisée par 72 (septante-deux) traducteurs à Alexandrie, vers 270 av. J.-C., à la demande de Ptolémée II.

Le premier Isaïe évolue dans un contexte manifestement pré-exilique, sous les règnes d'Achaz et d'Ezéchias. Son ministère commence vers 736 et s'achève lors de l'invasion de Sennachérib en 701.

La volonté de Matthieu est de donner au récit un enracinement historique et donc de faire de Jésus le Messie annoncé par les prophètes.

Il recourt, pour cela, à la prophétie d’Isaïe 7,14. Mais c’est lui donner un sens nouveau, inattendu, car la tradition juive ne l’interprète point en ce sens. Matthieu n’y parvient lui-même que de manière malaisée, car la prédiction ne s’accorde pas en tous points avec l’événement.

Le nom d’Emmanuel, donné au Messie, selon Is 7,14 ne coïncide pas avec le nom de Jésus. Matthieu parle d’une vierge là où l’hébreu utilise le nom de « jeune fille » alors que les septante parlent de vierge. Enfin le nom n’est pas donné par les mêmes personnes. Par la mère dans l’hébreu ; à cette tradition correspond l'annonciation à Marie (Lc 1,28-38), la mère donne à l'enfant son nom de manière privée. Par le roi Achaz, le père, auquel est adressée la prophétie, dans le targum et dans le texte grec LXX; il s'agit de l'acte paternel, légal et public; à cette tradition correspond le début de l'annonciation à Joseph (Mt 1,21). Par la "communauté chrétienne", pluriel indéterminé, à la fin de l'Annonciation à Joseph (Mt 1, 23).

La tradition juive voit en Isaïe (Is 7,14) l'annonce de la naissance d'Ezéchias de la reine Primipare.

La vie commune

Mt 1,24-25 « Une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui sa femme; et il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils, et il l’appela du nom de Jésus. »

Le verbe grec connaître, dans un contexte matrimonial correspond au verbe sémite qui indique les relations sexuelles. D'ailleurs Marie précise elle-même au moment de l'annonce que tomber enceinte est impossible, car elle ne connait pas d'homme (Lc 1,34).

Le problème de la virginité de Marie après l'accouchement est en dehors de la perspective de Matthieu. Du contexte immédiat on déduit que Matthieu voulait simplement mettre en relief la virginité de Marie avant la naissance de son fils, et que soit accomplie la prophétie d'Isaїe selon laquelle c'est en étant vierge que Marie enfante son fils.