Formation théologique

Le sacrement de confirmation

Histoire du sacrement de confirmation

L’histoire de la confirmation s’inscrit dans l’évolution progressive des rites d’initiation chrétienne, depuis les pratiques apostoliques jusqu’à nos jours.

Les origines apostoliques

Dans le Nouveau Testament, plusieurs passages évoquent une imposition des mains distincte du baptême. Les Actes des Apôtres relatent comment Pierre et Jean descendirent en Samarie auprès de nouveaux baptisés : "Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit" (Actes 8, 14-17). De même, Paul impose les mains aux disciples d’Éphèse après leur baptême (Actes 19, 5-6).

Ces textes suggèrent qu’un rite complémentaire au baptême existait dès l’époque apostolique, associé au don de l’Esprit Saint, bien que la pratique n’était pas encore uniformisée.

Les premiers siècles (Ier-IIIe siècles)

Les témoignages patristiques révèlent une pratique liturgique qui se structure progressivement. La Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome (vers 215) décrit un rituel d’initiation en trois temps : le baptême par immersion, une onction d’huile, puis une imposition des mains par l’évêque avec une seconde onction sur le front.

Tertullien, dans son traité De Baptismo (vers 200), mentionne l’onction post-baptismale et l’imposition des mains épiscopales comme des rites distincts, mais liés au baptême. Ces pratiques restaient cependant intégrées dans une même célébration d’initiation.

Chapitre VII - L'onction post-baptismale

"Sortis du bain régénérateur, nous recevons une onction sainte, empruntée à l'ancienne loi qui marquait le prêtre par l'onction de l'huile. C'est ainsi qu'Aaron fut sacré par son frère Moïse. C'est ainsi que Jésus est appelé Christ du mot chrême, qui désigne l'onction par laquelle Dieu le Père l'a rempli de son Esprit, suivant ce qu'on lit aux actes des Apôtres: « Ils s'assemblèrent dans cette ville contre votre Fils sacré que vous avez marqué de votre onction. » Ainsi l'onction se pratique sur notre chair, mais son effet agit sur l'âme. De même l'action du baptême est tout extérieure, puisque le corps lui seul est plongé dans l'eau; mais l'effet en est tout spirituel, puisqu'il nous affranchit du péché."

Chapitre VIII - L'imposition des mains

"Ensuite, on nous impose les mains en invoquant et en attirant sur nous l'Esprit saint par la bénédiction. Quoi donc? Il sera permis au génie de l'homme de faire descendre l'Esprit sur l'eau, en étendant les mains sur elle, et d'animer ce mélange par un autre Esprit qui produit des merveilles étonnantes, et Dieu qui agit sur des éléments dont il est le créateur, ne pourrait, par des mains pures, opérer des prodiges spirituels! Les symboles sacrés de l'Ancien-Testament nous éclairent encore ici. Jacob, ayant appelé auprès de lui ses deux petits-fils, Ephraïm et Manassé, tous deux enfants de Joseph, les bénit en leur imposant sur la tête ses mains qu'il avait croisées, représentant par cette attitude Jésus-Christ sur sa croix, et présageant ainsi la bénédiction que nous donnerait Jésus-Christ.

C'est dans ce moment que l'Esprit de sainteté infinie quitte le sein du Père pour descendre avec plaisir sur une chair purifiée et bénie, et repose sur les eaux du baptême, comme s'il reconnaissait son ancien trône. Il descendit de même sur notre Seigneur sous la figure d'une colombe, afin que la simplicité et l'innocence de la colombe nous fissent connaître qu'elle était la nature du Sauveur, car cet oiseau, dit-on, n'a point de fiel. Voilà pourquoi Jésus-Christ nous recommande dans l'Ecriture « d'être simples comme la colombe. »"

La séparation progressive (IVe-VIIIe siècles)

Avec l’expansion du christianisme, une divergence apparaît entre Orient et Occident. En Orient, le prêtre continuait d’administrer l’ensemble des sacrements d’initiation (baptême, chrismation, eucharistie) lors d’une célébration unique, pratique maintenue jusqu’à aujourd’hui dans les Églises orthodoxes. En Occident, la nécessité de la présence épiscopale pour le rite de confirmation conduisit à sa séparation temporelle du baptême. Innocent Ier, dans une lettre à Decentius de Gubbio (416), affirme que seul l’évêque peut conférer le Saint-Esprit par l’imposition des mains. Cette discipline romaine s’imposa progressivement dans tout l’Occident.

Le Moyen Âge et la théologie scolastique

Les théologiens médiévaux élaborèrent une théologie propre de la confirmation. Pierre Lombard, dans ses Sentences (XIIe siècle), établit la liste des sept sacrements, incluant la confirmation comme sacrement distinct. Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique (XIIIe siècle), développa une théologie de la confirmation comme sacrement de la maturité spirituelle, conférant une force spéciale pour témoigner de la foi.

Le concile de Florence (1439), dans le décret pour les Arméniens, définit officiellement la confirmation comme l’un des sept sacrements, administré par l’imposition des mains et l’onction du saint chrême sur le front.

La Réforme et le concile de Trente

Les Réformateurs protestants, notamment Luther et Calvin, rejetèrent la confirmation comme sacrement au sens strict, n’y voyant qu’une pratique ecclésiastique sans fondement scripturaire direct. Ils développèrent plutôt une catéchèse de confirmation comme acte de profession de foi personnelle.

Le concile de Trente (1545-1563) réaffirma solennellement la sacramentalité de la confirmation dans sa septième session (1547), précisant qu’elle imprime un caractère spirituel indélébile et ne peut être réitérée. Le concile insista sur le rôle de l’évêque comme ministre ordinaire.

Période moderne et réformes liturgiques

Le concile Vatican II (1962-1965) entreprit une révision complète des rites sacramentels. La constitution Sacrosanctum Concilium (1963) demanda la révision du rite de confirmation pour mieux manifester son lien avec l’initiation chrétienne. Paul VI promulgua la constitution apostolique Divinae consortium naturae (1971), qui réforma le rite et précisa que la matière du sacrement est l’onction du saint chrême avec l’imposition de la main.

Concernant l’âge de la confirmation, les pratiques varièrent considérablement. Pie X, avec le décret Quam singulari (1910), avança l’âge de la première communion à l’âge de raison, créant diverses pratiques : certains diocèses confirmaient avant la communion, d’autres après. Le Code de droit canonique de 1983 (canon 891) fixe l’âge « vers sept ans », tout en laissant aux conférences épiscopales la possibilité de déterminer un autre âge.

Pratiques contemporaines

Aujourd’hui, les pratiques diffèrent selon les traditions. L’Église catholique latine confirme généralement entre 12 et 18 ans, selon les pays et diocèses. Les Églises catholiques orientales maintiennent la pratique antique de conférer ensemble baptême, chrismation et eucharistie aux nourrissons. Les Églises orthodoxes suivent la même tradition orientale. Les communautés protestantes pratiquent diverses formes de confirmation comme rite de profession de foi, sans reconnaissance sacramentelle au sens catholique.

Cette évolution historique témoigne d’une tension permanente entre le maintien de l’unité de l’initiation chrétienne et les nécessités pastorales qui ont conduit à différencier les moments de célébration.

Signification théologique et ecclésiale de la confirmation

La confirmation possède une riche signification théologique qui s’est développée au fil des siècles, articulant le don de l’Esprit Saint, l’incorporation à l’Église et la mission du baptisé.

Le don de l’Esprit Saint

La confirmation est fondamentalement le sacrement du don de l’Esprit Saint. Cette dimension pneumatologique constitue son cœur théologique.

L’effusion de l’Esprit de Pentecôte

La confirmation actualise pour chaque baptisé l’événement de la Pentecôte décrit dans les Actes des Apôtres (Ac 2, 1-4). Comme les apôtres au Cénacle, le confirmand reçoit l’Esprit Saint qui le transforme et le fortifie. Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique (III, q. 72), explique que si le baptême est une naissance spirituelle, la confirmation représente la croissance et la maturation dans la vie de l’Esprit.

Les sept dons de l’Esprit

La tradition théologique, s’appuyant sur Isaïe 11, 2-3, identifie sept dons conférés par la confirmation : sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu. Ces dons ne sont pas des capacités humaines naturelles, mais des dispositions surnaturelles qui rendent le chrétien docile à l’action de l’Esprit Saint. Ils perfectionnent les vertus théologales et cardinales reçues au baptême.

Le sceau indélébile

La confirmation imprime dans l’âme un caractère spirituel indélébile, une marque permanente que le Catéchisme de l’Église catholique (1317) compare au sceau dont le Christ lui-même est marqué. Ce caractère configure davantage le baptisé au Christ et le consacre définitivement. C’est pourquoi, comme le baptême et l’ordre, la confirmation ne peut être reçue qu’une seule fois.

L’accomplissement de l’initiation chrétienne

La confirmation s’inscrit dans un processus initiatique qui comprend trois sacrements intimement liés.

L’unité des sacrements d’initiation

Le Catéchisme de l’Église catholique (1285) rappelle que baptême, confirmation et eucharistie forment "un tout unique". Cette unité, encore visible dans les Églises orientales qui administrent les trois sacrements simultanément aux nourrissants, révèle la logique de la grâce : la naissance spirituelle (baptême), la croissance en force (confirmation) et la nourriture spirituelle (eucharistie) constituent les étapes d’une même incorporation au Corps du Christ.

La plénitude de la grâce baptismale

La confirmation ne corrige pas une quelconque insuffisance du baptême, mais déploie ses virtualités. Le concile Vatican II, dans Lumen Gentium (11), enseigne que par la confirmation, les baptisés "sont plus parfaitement liés à l’Église, enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et obligés ainsi plus strictement à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ".

L’enracinement pascal

Comme tous les sacrements, la confirmation trouve sa source dans le mystère pascal du Christ. Elle prolonge l’onction messianique reçue par Jésus lors de son baptême dans le Jourdain (Lc 3, 21-22) et déploie les fruits de sa mort et de sa résurrection. Le confirmand participe ainsi plus pleinement au sacerdoce royal, prophétique et pastoral du Christ.

La dimension ecclésiale et missionnaire

La confirmation possède une signification profondément ecclésiale qui engage le baptisé dans la vie et la mission de l’Église.

L’incorporation plus parfaite à l’Église

Par la confirmation, le lien du baptisé avec l’Église se renforce et s’approfondit. Le rôle du parrain ou de la marraine, de préférence le même qu’au baptême selon le Code de droit canonique (canon 893), manifeste cette continuité ecclésiale. La confirmation n’est pas un acte privé, mais un événement communautaire qui enrichit tout le corps ecclésial.

Le témoignage et l’apostolat

La force de l’Esprit reçue à la confirmation habilite et oblige le chrétien au témoignage. Saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Catéchèses mystagogiques (IVe siècle), expliquait déjà que le saint chrême fait du baptisé un "christophore", un porteur du Christ. Le Catéchisme (1303) précise que les confirmés "reçoivent le pouvoir de confesser la foi du Christ publiquement, et comme en vertu d’une charge officielle". Cette dimension apostolique fait de chaque confirmé un acteur de l’évangélisation.

Le ministère de l’évêque

Bien que le Code de droit canonique (canon 882) permette dans certains cas à un prêtre de confirmer, l’évêque demeure le ministre ordinaire de la confirmation. Cette prescription n’est pas qu’une question de discipline : elle manifeste théologiquement que la confirmation rattache le baptisé à l’Église apostolique. L’évêque, successeur des apôtres, transmet par ce sacrement la même mission qu’ils ont reçue à la Pentecôte. La présence épiscopale signifie l’universalité de l’Église et l’insertion du confirmand dans la communion catholique.

La confirmation comme sacrement de la maturité chrétienne

Une interprétation théologique développée depuis le Moyen Âge présente la confirmation comme le sacrement de la maturité spirituelle.

La force pour le combat spirituel

Thomas d’Aquin (ST III, q. 72, a. 5) compare la confirmation à l’âge adulte dans la vie spirituelle. Comme l’adulte doit défendre sa vie physique et celle des autres, le confirmé reçoit la force de combattre spirituellement pour lui-même et pour ses frères. Cette théologie martiale, développée à une époque de persécutions puis de croisades, souligne que le chrétien mature assume ses responsabilités dans le combat contre le mal.

La profession de foi personnelle

Dans la pratique pastorale contemporaine, particulièrement en Occident, la confirmation intervient souvent à l’adolescence ou à l’âge adulte. Cette pratique, bien que tardive par rapport à la tradition orientale et antique, permet au confirmand de ratifier personnellement la foi professée pour lui au baptême. Le jeune ou l’adulte confirme ainsi son engagement baptismal en connaissance de cause. Cette dimension de choix personnel, sans être essentielle théologiquement, enrichit la signification existentielle du sacrement.

Les tensions théologiques contemporaines

La théologie actuelle débat de plusieurs questions concernant la confirmation.

La question de l’ordre des sacrements

Certains théologiens, s’appuyant sur la pratique orientale et la logique théologique, préconisent un retour à l’ordre baptême-confirmation-eucharistie, même pour les enfants. D’autres maintiennent la pratique occidentale de la confirmation après la première communion, valorisant la dimension de maturation et d’engagement personnel. Le Code de droit canonique (canon 891) laisse cette question ouverte aux conférences épiscopales.

Confirmation et engagement ecclésial

Une tension existe entre la théologie sacramentelle classique, qui voit la confirmation comme achèvement objectif de l’initiation par le don de l’Esprit, et certaines approches pastorales qui en font un moment de choix subjectif et d’engagement personnel. Cette tension reflète un débat plus large sur le rapport entre grâce sacramentelle et liberté humaine, entre efficacité objective du rite et disposition subjective du récipiendaire.

Œcuménisme et confirmation

Les dialogues œcuméniques révèlent des convergences et des divergences. Les Églises orthodoxes et catholiques orientales partagent largement la même théologie de la chrismation. Les Églises anglicanes reconnaissent généralement la confirmation comme sacrement. Les Églises protestantes, tout en pratiquant diverses formes de confirmation, ne lui accordent pas la valeur sacramentelle au sens catholique, la considérant plutôt comme un rite ecclésial de profession de foi. Ces différences invitent à approfondir la réflexion sur le rôle de l’Esprit Saint dans l’initiation chrétienne.

Conclusion

La confirmation, sacrement souvent considéré comme le plus méconnu des sept, manifeste que le christianisme n’est pas qu’une adhésion intellectuelle ou morale, mais une transformation par l’Esprit Saint qui configure au Christ et envoie en mission. Elle rappelle que l’Église n’est pas une institution humaine, mais le Corps mystique animé par l’Esprit. Elle engage chaque baptisé à devenir témoin actif, porteur de l’Évangile dans le monde.

La confirmation actualise ainsi pour chaque génération la promesse du Christ : "Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins" (Ac 1, 8).