• Dieu nous donne son alliance

De l’homme animal à l’homme spirituel

En demandant ce qu’est un être humain, nous posons la question de notre identité. Assurément nous ne sommes pas des minéraux ni des végétaux. La comparaison est plus difficile à l’égard des animaux, mais elle permet d’amorcer la reconnaissance de la spécificité de notre humanité.

Y a-t-il entre l’homme et l’animal une différence radicale, absolue ? Ou bien l’homme n’est-il qu’un animal un peu plus évolué que les autres ? À travers ces questions, nous cherchons si, en l’homme, se trouve « quelque chose » qui serait véritablement non-animal.

Classification

Dans la classification traditionnelle, l’être humain appartient au règne animal, à l’embranchement des vertébrés, à la classe des mammifères, à l’ordre des primates, à la famille des hominidés, au genre Homo, à espèce Homo sapiens.

Une supériorité de l’animal

Si nous devions comparer l’homme et l’animal dans leur seule nature physique et organique, nous ne pourrions que constater une infériorité de l’homme par rapport à l’animal dans de multiples domaines. Le guépard court environ trois fois plus vite que le plus rapide des hommes. Le papillon monarque a une sensibilité au sucre 1000 fois supérieure. Le chien dispose de 20 fois plus de récepteurs olfactifs. Les rapaces détectent leurs proies de très haut. Les chimpanzés ont un gène pouvant lutter contre des rétrovirus tels que le VIH. Enfin chaque animal qui vient au monde dispose déjà d’une autonomie bien plus grande que le bébé qui sort du ventre de sa mère ; les poulains ou les éléphanteaux en témoignent.

Une génétique grandement similaire à l’animal

À ces considérations de performance, il faut rajouter que sur le plan de l’organisme et de la biochimie, la différence homme-animal est minime. Nous partageons plus de 98 % de nos gènes avec les chimpanzés (35 % avec la jonquille). Toutes les espèces vivantes partagent des traits communs. C’est le genre de donnée scientifique incontestable, mais qui demande ensuite à être interprétée. Il n’est pas possible d’en conclure ipso facto que l’homme n’est rien qu’un animal, un peu plus perfectionné avec environ 2 % de gènes différents. Mais on peut aussi l’interpréter différemment : si le capital génétique commun est immense, la démarche humaine est justement de se constituer, de se construire en tant que sujet humain en dehors de la génétique et du biologique.

La reproduction

L’homme à l’instar de nombreux animaux s’accouple dans le but de se reproduire. Cette vocation est un point commun à toutes les créatures. Elle est d’emblée énoncée dans le texte sacerdotal de la Genèse :

Dieu les (animaux) bénit et dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez l’eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre…. Dieu les (homme et femme) bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la (Gn 1,22-28).

Voir les codes de l'amour chez les animaux.

Mais l’homme est bien plus qu’un animal en rut qui ne s’accouplerait que dans la perspective de maintenir l’espèce humaine en vie. Il faut reconnaître que chez l’être humain d’autres dimensions sont présentes : la recherche du plaisir et l’érotisme, les émotions, la communication, les représentations et les processus sociaux. Ce qui fait la différence avec l’animal, ce sont les dimensions hédonistes, émotionnelles, relationnelles, cognitives, spirituelles, ainsi que la distanciation par rapport à la reproduction.

On ne peut évidemment pas oublier que l’homme a un corps. Il lui faut manger, dormir, se reproduire : en cela, sa parenté avec l’animal saute aux yeux. Mais là encore, les choses ne sont sans doute pas si simples, au moins pour deux raisons : 1) Si certains besoins sont communs aux hommes et aux animaux, la manière de les satisfaire n’est pas la même dans les deux cas : comme l’animal, l’homme doit manger et se reproduire, mais il ne mange pas et ne se reproduit pas comme l’animal ; l’homme n’accepte de satisfaire ses besoins physiques que si certaines conditions d’un autre ordre (esthétiques, morales) sont remplies. 2) De multiples manières, l’homme exige donc infiniment plus que ce que son corps lui réclame. Par exemple, la recherche du beau, du vrai et du juste est essentielle pour l’homme, alors que, du point de vue de l’organisme et de ses besoins, elle est tout à fait superflue (c’est pourquoi l’animal l’ignore superbement). Pour finir, remarquons que cet écart par rapport aux besoins physiques existe, chez l’homme, pour le meilleur et pour le pire : l’homme est capable de sublimes élévations spirituelles, mais aussi de violences et d’atrocités absolument inconnues du monde animal (torture, viol, plaisir à voir souffrir l’autre...). Mais paradoxalement, de tels comportements confirment la distance infinie qui sépare l’homme de l’animal : car seul un être ne se limitant pas à sa dimension physique peut connaître de telles dérives. Même sous son pire aspect, l’homme ne rejoint pas l’animal : il ne devient pas « bestial », comme on le dit parfois à tort, mais inhumain, ce qui est tout autre chose (l’animal, de son côté, ne peut pas devenir « inanimal »)(Gildas Richard, http://philo.pourtous.free.fr/Atelier/Textes/humanite_et_animalite.htm).

La station debout

L’homme est le seul bipède capable de marcher longtemps pendant de longues distances. Certes, tous les primates sont bipèdes, mais la bipédie permanente de l’homme est unique. Le naturaliste Buffon (XVIIIe) souligne : Tout marque dans l’homme, même à l’extérieur, sa supériorité sur tous les êtres vivants ; il se soutient droit et élevé ; son attitude est celle du commandement ; sa tête regarde vers le ciel et présente une face auguste sur lequel est imprimé le caractère de dignité.

Sur un plan spirituel, Irénée de Lyon (IIe siècle) associe la station debout à la gloire de Dieu : La gloire de Dieu, c’est l’homme debout.

La parole

Une grande différence avec l’animal se note dans le langage. Les animaux émettent des sons pour manifester leurs besoins, leur souffrance ou leur contentement. L’homme parle pour communiquer et pour exprimer ses émotions. Une parole peut tuer ou faire vivre. Mesurons-nous la force d’un « je t’aime » ?

Mais que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré qu’une abeille quelconque ou tout autre animal vivant à l’état grégaire, cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l’homme seul de tous les animaux, possède la parole. Or tandis que la voix ne sert qu’à indiquer la joie et la peine, et appartient aux animaux également (car leur nature va jusqu’à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres), le discours sert à exprimer l’utile et le nuisible, et, par suite aussi, le juste et l’injuste ; car c’est le caractère propre à l’homme par rapport aux autres animaux, d’être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et des autres notions morales, et c’est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité. Aristote, Politique, 1,2).

La définition de l’homme peut-être la plus décisive est celle que propose Georges Gusdorf : « l’homme est l’animal qui parle » (La parole, 1952, p. 7). Toutes les espèces animales possèdent des codes plus on moins élaborés de signaux pour communiquer, mais aucune n’a accès au langage, instrument des facultés d’abstraction et de généralisation qui, elles, sont proprement humaines. L’homme est avant tout un « homo loquens » ; c’est à travers le langage qu’il construit son monde, et l’espace humain est d’abord un univers de paroles. Emile Benvéniste constate que « c’est un homme parlant que nous trouvons dans le monde, un homme parlant à un autre homme, et le langage enseigne la définition même de l’homme » (Problèmes de linguistique générale, 1966, t.1, p. 259). Avec le langage, l’homme accède à la faculté de symboliser, c’est-à-dire à la faculté de représenter le réel par un « signe » et de comprendre le « signe » comme représentant le réel, donc d’établir un rapport de « signification » entre deux réalités distinctes, l’une concrète, l’autre abstraite. Or c’est de cette possibilité de « manier les signes de la langue que naît la pensée » (Problèmes de linguistique générale, 1966, t.1, p. 26, 74). Cette conquête décisive sur la faculté d’abstraction donnera à l’homme la possibilité de prendre possession de l’univers et de le transformer. J.-F. CHANLAT, L'Individu dans l'organisation: les dimensions oubliées, books.google.fr, p. 80.

Un inventeur

Dans le règne animal, c’est l’instinct qui sert de modèle à tout comportement : construction des barrages chez les castors ; les nids chez les oiseaux ; les fourmilières chez les fourmis ; etc. L’instinct animal permet une adaptation réussie à l’environnement dans le but de se nourrir, de se protéger et de se reproduire.

L’animal produit un résultat positif de manière mécanique. L’homme, au contraire, peut faire des erreurs ; il est faillible en pensant son travail, et donc sa production peut être imparfaite.

L’homme est capable d’innover, d’inventer des outils, de l’intelligence artificielle, de créer des formes nouvelles à l’infini. Aux origines de l’humanité, il invente des outils pour travailler, se protéger, chasser, tuer. Dès lors que les besoins primordiaux sont satisfaits, il crée des outils pour l’art, les loisirs et le plaisir. Il réalise des chefs-d’œuvre comme la 9e symphonie de Beethoven, ou la cathédrale Notre Dame de Paris.

Le travail est donc plus qu’une simple modification de la nature. Il est une toujours une trans-formation (changement de forme) intelligente de la nature, dirigée dans un sens particulier. Le travail humanise la nature.

L’art

L’art témoigne de notre humanité. Pour Georges Bataille l’art est le signe de l’hominisation. Lascaux est le symbole du passage de l’animal à l’homme, il est « le lieu de notre naissance » parce qu’il « se situe au commencement de l’humanité accomplie » ; « il est le signe sensible de notre présence dans l’univers » ; « jamais avant Lascaux nous n’atteignons le reflet de cette vie intérieure dont l’art – et l’art seul – assume la communication ».

La pratique artistique manifeste un pouvoir démiurgique, celui de créer. Elle porte les traces du génie humain et nous ne pouvons que nous extasier devant des chefs-d’œuvre tels que la 9e symphonie de Beethoven ou la cathédrale Notre Dame de Paris.

Rites, fêtes et jeux

Si les animaux ont leurs rituels, notamment dans le cas de la parade amoureuse, l’homme invente des fêtes, des rites et des jeux pour se rassembler, pour commémorer, pour vivre des passages, pour se confronter loyalement les uns aux autres, pour donner du sens.

La sépulture est le plus ancien rite, la première trace d’un lien entre les générations. De multiples rites tels que le passage au monde adulte ou le mariage nous rappellent ce besoin de marquer les étapes de notre existence.

Les fêtes prolongent cette idée. Chaque année, nous soufflons les bougies de note gâteau d’anniversaire ; nous nous souhaitons les bons vœux, etc. Les jeux sont aussi un lieu d’humanisation de l’enfance à l’adulte. Par le jeu l’enfant apprend à se construire, à gagner et à perdre. Le jeu en général et le sport en particulier sont des lieux d’éducation. Au plan personnel, le sport se présente comme une valeur d’épanouissement à la fois physique et psychologique. Il invite aussi à une fraternité universelle, par exemple lors des olympiades.

Les traditions

La tradition est étymologiquement ce qui se transmet (latin tradere). Nous apprenons et inventons à partir d’un acquis. Toute notre évolution repose sur l’accumulation d’expériences qui font la richesse de nos cultures et de notre humanité. Nous apprenons à parler parce que nos parents nous parlent. Nous inventons des ordinateurs parce que Thomas Edison a découvert l’électricité. Nous vivons toujours en situation d’héritage. L’humanité ne forme en ce sens qu’une seule famille.

Un animal social et politique

Aristote affirme que l’homme est une espèce sociale et un animal politique. En cela, le philosophe souligne que l’homme vit mieux dans une « polis », la ville grecque. Il est essentiellement fait pour vivre en communauté.

L’homme s’humanise pleinement parmi les autres, en vivant dans une société régie par des lois et des coutumes. Cela signifie que notre nature même d’être humain ne peut se construire que dans et par la dimension sociale, c’est-à-dire dans notre rapport aux autres. C’est dans et par la rencontre avec les autres que se constitue notre propre identité.

Certains animaux vivent en sociétés organisées. Les abeilles ou les fourmis vivent en société, mais toutes les abeilles et toutes les fourmis du monde vivent aveuglément sous l’empire d’une même constitution. Seul l’homme dispose d’un pouvoir sur l’organisation de la société où il peut en changer les structures et en modifier les lois. Il dispose d’une liberté d’action et de détermination pour réaliser le bien commun.

L’absence de dimension sociale et politique conduit à l’individualisme, voire à l’anarchie ; soit une forme de déshumanisation.

Raison et conscience

L’être humain est capable d’élaborer un raisonnement. Il possède la faculté de poser les problèmes et d’en déterminer les causes et les solutions. La raison désigne en ce sens « l’activité pensante » qui nous permet de comprendre et de juger correctement.

René Descartes (XVIIe) exprime dans la quatrième partie du Discours de la Méthode une formule célébrissime : « Je pense, donc je suis » (souvent transcrite en latin : cogito ergo sum). La conscience de l’existence du monde et plus encore de soi-même caractérise notre humanité. Blaise Pascal (XVIIe) prolonge cette pensée en rattachant le cogito à la fragilité humaine :

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature;mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien (Pensées).

Par ailleurs, au fond de nous, nous savons ce qui est bon pour nous et nous savons que ce qui est bon pour nous est bon pour l’autre. C’est ainsi que l’homme développe la sagesse qui va lui permettre de se structurer, de grandir en humanité. L’homme a conscience du bien et du mal.

Les animaux ne font qu’obéir à leur nature ; aujourd’hui on dirait « instinct » plutôt que nature. Seul l’homme dispose du libre arbitre, c’est-à-dire de cette capacité à distinguer le bien du mal.

Spiritualité

La dimension spirituelle se manifeste à travers notre soif infinie de bonheur, notre appétence pour la méditation ou encore l’adhésion à une religion. Les biens matériels aussi importants soient-ils pour nos besoins ou nos plaisirs ne comblent pas une soif spirituelle. L’homme est l’être qui cherche un sens et un absolu que les chrétiens nomment Dieu.

Une vocation à l’amour

La vocation fondamentale de l’homme est d’aimer, dans le triple sens de ce mot : éros, philia, agapè.

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