Formation théologique

Étude biblique et théologique

La naissance de l'ekklesia

Le pur et l'impur

1. La distinction tahor/tamé

Parallèle mais non identique à la distinction sacré/profane, la distinction pur (tahor, טָהוֹר) / impur (tamé, טָמֵא) est l'une des catégories les plus énigmatiques et les plus discutées de la religion d'Israël. Le Lévitique y consacre des développements considérables (Lv 11–15), et ils jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne d'Israël et dans les controverses du temps de Jésus.

L'impureté (tum'ah) n'est pas d'abord une faute morale. C'est un état de contamination rituelle qui rend inapte à participer au culte et à entrer dans les espaces sacrés. Elle peut résulter de contacts avec certains aliments, certaines substances, certains corps ou certains phénomènes biologiques. Elle est contagieuse (elle se communique par contact), transitoire (elle se résout par des rites de purification), et de degrés variables.

2. Les sources d'impureté

Le Lévitique identifie plusieurs grandes sources d'impureté :

Les animaux impurs (Lv 11) : Certains animaux ne peuvent être consommés, non parce qu'ils sont mauvais en eux-mêmes, mais parce qu'ils ne correspondent pas aux catégories « normales » définies par la création. Les animaux marins sans nageoires ni écailles, les quadrupèdes qui n'ont pas le sabot fendu et ne ruminent pas, certains oiseaux — leur consommation entraîne une impureté. Anthropologues (Mary Douglas, Purity and Danger, 1966) et exégètes ont cherché à décoder la logique sous-jacente : il s'agit de respecter les frontières entre les catégories de la création telles qu'elles ont été établies en Gn 1.

L'impureté de la mort (Nb 19) : Le cadavre humain est la source d'impureté la plus grave (avi avot hatuma'ah, « père des pères de l'impureté »). Tout contact avec un mort, ou même la simple présence dans la même tente, entraîne une impureté de sept jours, purifiable seulement par le rite de l'eau lustrale à base de la cendre de la vache rousse (Nb 19). La connexion entre mort et impureté est théologiquement significative : la mort est ce qui s'oppose le plus radicalement à la vie de Dieu (El Hay, le Dieu vivant).

Les impuretés corporelles (Lv 12–15) : L'accouchement (Lv 12), la lèpre et certaines affections cutanées (Lv 13–14), les écoulements (Lv 15) — notamment les flux menstruels — sont des sources d'impureté. Les rites de purification incluent le bain (tevilah), le passage du temps, et parfois l'offrande d'un sacrifice.

3. Les rites de purification

La purification (tahorah) est le processus de retour à l'état de pureté rituelle. Elle implique généralement plusieurs éléments : l'immersion dans l'eau (tevilah dans un mikveh, bain rituel d'eau courante ou rassemblée selon des normes précises) ; le passage d'un délai déterminé ; parfois le sacrifice d'oiseaux ou d'animaux, offert par le prêtre. Le mikveh — que l'archéologie a retrouvé en grand nombre à Jérusalem et en Galilée — est l'institution qui concrétise quotidiennement cette théologie de la purification. Jean-Baptiste et le baptême chrétien s'inscriront dans cette tradition, en la radicalisant : non plus purification rituelle, mais transformation intérieure.

4. La théologie du système de pureté

Mary Douglas (Purity and Danger, 1966 ; Leviticus as Literature, 1999) a montré que le système de pureté lévitique n'est pas une collection arbitraire de tabous, mais un système de classification cohérent reflétant une vision du monde : la sainteté de Dieu exige une correspondance dans l'ordre du cosmos, des êtres vivants, des corps et des personnes. L'impureté, c'est ce qui transgresse les catégories, ce qui mélange des domaines qui doivent rester séparés, ce qui introduit du désordre dans l'ordre voulu par Dieu.

Jacob Milgrom (Leviticus, 3 vol., Anchor Bible, 1991–2001) a proposé une lecture différente, centrée sur la symbolique de la vie et de la mort : l'impureté est associée à tout ce qui évoque la mort (cadavre, sang menstruel comme vie perdue, maladie de la peau comme mort partielle), et la pureté est association à la plénitude de la vie. YHWH étant le Dieu de la vie, la proximité avec la mort est incompatible avec la proximité avec lui.

Ces deux lectures ne s'excluent pas. Elles convergent vers une même conclusion théologique : le système de pureté est une pédagogie de la sainteté, une mise en forme concrète et quotidienne de l'exigence fondamentale : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19,2). C'est précisément cette formule que Pierre citera dans sa première lettre (1 P 1,16) pour définir l'identité de l'ekklesia chrétienne.

Voir l'étude sur la femme impure