Enracinement biblique

À l'origine

Pour comprendre les sacrements, il est important de remonter aux sources. Sur le plan théologique, Jésus-Christ est le fondement de tout sacrement. Sur le plan doctrinal, la liste des 7 sacrements ne s’établit que vers le XIIème siècle. Sur le plan anthropologique, bien des gestes, paroles et symboles existent avant l’avènement de l’Église.

Le peuple d'Israël connaissait des pratiques culturelles, des rites et des fêtes tirés de la vie de tous les jours par exemple la naissance, la maladie, le mariage ou encore le changement de levure ; tirés de la vie agraire et pastorale, par exemple les moissons ou l’agnelage ; tirés de la cosmologie avec le changement de saisons. Le peuple d’Israël a progressivement sacralisé ces événements pour en faire des signes de l’alliance. Tous ces événements au départ très ancrés dans la vie et la nature sont devenus des occasions de rencontre avec ce Dieu que les Hébreux découvraient dans le cadre de l’alliance. Les rites sont devenus en ce sens les signes de l’alliance entre Dieu et l’humanité.

Les fêtes dans l'Ancien Testament

repos De multiples fêtes jalonnent l’Ancien Testament. Nombreuses d’entre elles s’enracinent dans une pratique culturelle préexistante à l’histoire religieuse du peuple élu. Israël leur a donné un sens religieux dans le cadre de l’alliance.

Commençons par le sabbat qui est la seule fête hebdomadaire, les autres étant annuelles. Transcription du mot hébreu shabbat, le terme sabbat est le nom du septième jour de la semaine qui a donné en français samedi (du latin sambadi-dies). Le sabbat commence le vendredi soir quelques minutes après le coucher du soleil pour s’achever le samedi environ une heure après le coucher du soleil. Conformément à son étymologie, il désigne le jour de la cessation du travail, le jour du repos. Le sabbat est en ce sens un temps dont l’homme dispose pour rendre un culte à Dieu et faire vivre l’alliance. Le livre de l'Exode demande à l'homme de se reposer comme son créateur et de sanctifier le jour de sabbat.

Ex 20,8-11 Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est un sabbat pour Yahvé ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l'étranger qui est dans tes portes. Car en six jours Yahvé a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais il s'est reposé le septième jour, c'est pourquoi Yahvé a béni le jour du sabbat et l'a consacré.

repos Le mémorial le plus important dans l’histoire religieuse d’Israël est celui de la Pâque qui célèbre sa délivrance du joug égyptien. Il s’agit de l’événement fondateur du peuple juif, celui qui va le propulser vers la terre promise et lui permettre de se construire comme nation. La Pâque s’enracine dans une fête annuelle des bergers nomades. Elle est fêtée à la pleine lune de printemps pour célébrer l’agnelage et les nouvelles pâtures. Elle célèbre le renouveau de l’année. Elle se rattache aussi aux sacrifices que les pasteurs offrent pour la protection de leur troupeau. Le sang des victimes est répandu sur les poteaux des tentes : il est censé assurer la bienveillance des dieux en écartant les épidémies. Lors de la 10ème plaie d’Égypte, Yahvé demande aux Israélites de sacrifier un mouton ou une chèvre d’un an, de la rôtir au feu et de la manger avec des herbes amères et des pains sans levain. Yahvé demande également d’enduire le linteau et les deux montants de la maison avec le sang de la bête. Tout comme les pasteurs en montagne, le sang assure la protection des personnes.

Ex 12,7-8 On prendra de son sang, et on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. Cette même nuit, on en mangera la chair, rôtie au feu; on la mangera avec des pains sans levain et des herbes amères.

Ex 12,13 Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous vous tenez. En voyant ce signe, je passerai (Pâque) outre et vous échapperez au fléau destructeur lorsque je frapperai le pays d'Égypte. Ainsi le sang répandu sur les linteaux des portes fait que Yahvé épargne les Hébreux et les fait passer de l’esclavage à la liberté. Il est le signe de l’alliance, c’est-à-dire de la présence agissante de Dieu dans l’histoire d’Israël.

Les Azymes, également appelée « fête des pains sans levain », s’enracinent vraisemblablement dans une fête rurale héritée des Cananéens et célébrée par les sédentaires au début de la moisson des orges, afin de signifier un recommencement, une nouvelle saison. Elle a lieu durant la même période que la Pâque. On offre la première gerbe, accompagnée de pains non levés. Avec la sédentarisation d’Israël, aux alentours du Xème siècle, la fête des nomades et la fête des sédentaires, vont peu à peu se mêler, se conjuguer l’une à l’autre dans une même solennité. La jonction est définitive à partir de 622 av. J.-C. Luc dit d’ailleurs « La fête des Azymes, appelée la Pâque, approchait (Lc 22,1) ». La pâque juive unit un rituel pastoral (l'agneau) et un rituel agricole (le pain). La tradition israélite rattache cette fête des Azymes à la sortie d’Egypte, et évoque le départ à la hâte, si rapide que les Israélites ont dû emporter leur pâte avant qu’elle n’ait levé. Pendant 7 jours on mange du pain "neuf" donc sans levain en signe de renouveau.

La fête des semaines (Chavouot) ou fête de la Pentecôte , célèbre la fin des moissons des blés, sept semaines après Pâque, soit cinquante jours. Elle est également appelée fête de la moisson ou fête des prémices (Ex 23,16). On compte, de fait, une cinquantaine de jours entre la coupe des premiers épis lors de la moisson des orges et la fin de la moisson des blés. Pour Israël, elle devient la fête de l’alliance et du don de la torah au Sinaï.

Le nouvel an (Rosh-Ha-Shana) - jour du souvenir et d’acclamation - correspond à la néoménie d’automne. Rosh-Ha-Shana célèbre l'anniversaire de la création et plus précisément de la création de l'homme. Il s’accompagne d’un repas festif, le seder. Rosh-Ha-Shana est aussi le jour du jugement de Dieu. Il est l'occasion de faire le bilan de l'année écoulée et de réfléchir à l'orientation de sa vie. Il conduit aux 10 jours de pénitence qui précèdent la fête de Yom Kippour.

Le jour des expiations ou grand pardon (Yom Kippour) est introduit assez tardivement dans la tradition juive, vraisemblablement après la réforme d’Esdras (620 av. J.-C.). Il s’agit d’un rite solennel de purification et de pardon des péchés. Il est célébré après 10 jours de repentir qui suivent le Rosh-Ha-Shana. Pour obtenir le pardon, trois démarches sont essentielles : la prière, le jeûne et l'aumône.

La fête des tentes également appelée fêtes des tabernacles ou fêtes des moissons est liée aux récoltes de l’automne. Elle se rattache à l’usage de dresser des huttes ou des cabanes pour surveiller les vergers au moment des récoltes. Pour Israël, elle commémore la sortie d’Egypte durant lequel le peuple vivait sous des tentes.

Gestes rituels

La purification

bain L’usage rituel de l’eau sous la forme de l’ablution, de l’immersion, de l’aspersion, de l’effusion est commun à la plupart des religions. Il se rattache au symbolisme naturel de l’eau qui exprime à la fois la purification, la mort et la vie. Dans le contexte de l’Ancien Testament l’usage de l’eau est étroitement associé à l’idée de purification et donc à l’état de pureté et d’impureté. L’impureté désigne le fait de ne pas être en règle avec la loi donnée par Yahvé et donc prendre le risque d’être exclu de la communauté. Est pur celui qui vit en conformité avec les 613 préceptes de la loi mosaïque ; est impur celui qui y déroge. Une distinction s’impose entre l’impureté et le péché. Le pécheur est impur mais l’homme impur n’est pas forcément pécheur. Car le péché relève de la responsabilité personnelle et d’une faute. Un exemple simple est celui de la femme qui a ses règles : elle est impure mais n’est pas pécheresse. Quant à la maladie elle est la conséquence du péché. D’où les détails parcimonieux concernant la vie personnelle, sociale et religieuse qui sont notamment décrits dans le livre du Lévitique.

L’objectif de ce rite touche à la vie communautaire. Rappelons qu’il faut impérativement préserver la sécurité et l’intégrité du peuple et toute impureté constitue une menace à cet égard. Respecter les interdits communautaires, c’est assurer la cohésion sociale et religieuse du groupe. Le rite de purification est en ce sens un rite de réintégration dans la communauté et d’identification de celle-ci. Les rites de purification comportent pour l’essentiel le lavement dans un bain (mikve), le respect d’un délai, un sacrifice ainsi que la confession et le pardon du péché dans le cas d’une faute précise.

Le baptême pratiqué par Jean Baptiste reprend le thème de la purification déjà présent dans l’Ancien Testament, il lui donne le sens d’une conversion dans l’attente du royaume de Dieu qui vient.

L'imposition des mains

L’imposition des mains désigne le geste qui consiste à appliquer les mains sur une personne ou une chose. Le geste symbolise la transmission d'une vertu ou d'une force par le contact et revêt une connotation religieuse, rituelle ou parfois magique. Les prêtres égyptiens pratiquaient eux-mêmes l'imposition des mains sur les malades. Dans la mythologie grecque, Asclépios a souvent recours à l'imposition des mains, son toucher étant chargé d'une force guérissante. La bible présente l'imposition des mains comme un rituel établi. Elle a sa place lors de la bénédiction, dans les rituels sacrificiels et dans la consécration.

La bénédiction

Bénir vient de benedicere, "dire bien", qui lui-même est la traduction directe du mot grec "eulogein". Il contient donc l'idée que la bénédiction, c'est d'abord une parole. Elle est aussi un acte de la main qui vient se poser sur le bénéficiaire. La bénédiction est en ce sens le geste symbolique qui dit du bien à quelqu’un. Dans la bible, c'est la racine bara'h qui est le plus souvent employée pour désigner l'acte de bénir et dont est tiré le mot bénédiction (bra'ha). Cette racine, qu'on retrouve près de 350 fois dans la bible hébraïque, possède d'ailleurs plusieurs sens et selon la forme verbale à laquelle elle est utilisée, elle peut signifier bénir, louer, combler de biens, être béni... C'est de cette même racine barah que vient le mot baraka, qui exprime l'idée de chance, de puissance.

L’onction

bain L'onction d'huile est un symbole que l'on comprend facilement au regard de ses multiples usages. L’huile est un des éléments de base de la nourriture, avec les galettes faites d’huile d’olive et de farine. L’huile sert également pour les lampes, elle est donc source de lumière. L’huile est aussi employée pour soigner les blessures, et à préparer les guerriers au combat. Elle est utilisée pour les fêtes et symbolise la joie :

Pr 27,9 L'huile et le parfum mettent le cœur en joie, et la douceur de l'amitié, plus que la complaisance en soi-même. Am 6,6 Ils boivent le vin dans de larges coupes, ils se frottent des meilleures huiles.

Dans les pratiques cultuelles de l'Ancien Testament, l’onction d’huile a un caractère sacré en ce qu'elle indique une mise à part pour le service. Son action pénétrante symbolise la puissance de Dieu remplissant celui qui est oint. Il y a plusieurs onctions : celle des prêtres et des divers objets du culte ; celle des rois ; celle des lépreux guéris ; celles de certains prophètes ; celle des malades.

En grec, l’onction se dit “chrisma” qui a donné le terme de “chrême” (ou “Saint-Chrême”). Recevoir l’onction, c’est être “oint”, c'est-à-dire consacré en vue d'une mission. L'hébreu "messie" et le grec "christ" désignent celui qui est oint. Tout chrétien est oint.

Suite : Le sacrifice

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