Dieu nous regarde-t-il quand nous faisons l’amour ?
Pourquoi une telle question ? Celle-ci pourrait d’ailleurs se poser dans tous les compartiments de l’existence, mais la sexualité est le lieu de l’ambivalence où se joue une tension entre notre part animale et notre dimension spirituelle.
Dans la Bible, certains passages évoquent une figure divine omniprésente, omnisciente et au regard presque écrasant.
Ps 138,1 « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées. (…) Tu me devances et me poursuis, tu m’enserres, tu as mis la main sur moi. »
Jb 34,21 Car Dieu voit la conduite de tous, Il a les regards sur les pas de chacun.
La question initiale traduit une vision de Dieu et en dit plus sur nous-mêmes que sur Dieu. Sans doute notre éducation familiale ou spirituelle nous a-t-elle légué l’image d’un Dieu juge qui scrute nos bonnes et nos mauvaises actions.
Dieu nous connaît au sens biblique de ce terme. Il connaît nos envies et nos désirs, nos faiblesses et nos manques, nos craintes et nos blessures. Mais parce que le regard de Dieu n’est pas celui d’un homme, il n’est ni voyeur, ni jugeant, ni inquisiteur.
Dieu lit notre existence comme un livre grand ouvert ; il sait même lire entre les lignes, au plus profond de notre être. Il est un père, ou une mère, qui connaît ses enfants par le cœur (Jr 12,3 ; 2Ch 6,30). Nous pouvons dire avec le personnage du renard dans « Le Petit Prince » :
Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux (Antoine de SAINT-EXUPÉRY, Le Petit Prince, Gallimard, 1997, p. 72).
Victor Hugo décrit l’œil intrusif de Dieu dans le poème « La conscience » : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. » Cet œil nous scrute jusque dans nos consciences et notre intimité. Il porte sur nous un jugement inquisiteur. Jean-Paul Sartre ressent ce regard de Dieu qui cherche à le prendre en faute :
Dieu me vit, je sentis Son regard à l’intérieur de ma tête et sur mes mains ; je tournoyai dans la salle de bains, horriblement visible, une cible vivante .
Mais n’allons pas prêter à Dieu des sens humains. Dieu ne voit pas à la manière d’un homme (1S 16,7). Dieu n’a pas d’yeux. L’anthropomorphisme enferme Dieu dans une image déformante qui nous pousse à nous voiler plutôt qu’à nous laisser accompagner par une présence. Extrait du livre "Dieu tout-puissant, mythe ou réalité".
Sans doute faut-il faire une distinction entre voir et regarder. Le verbe "scruter" utiliser dans le psaume est un regard inquisiteur, mais cette notion doit être replacée dans le contexte de l’Ancien Testament où Dieu juge toutes nos actions pour bénir ou punir son auteur.
Dieu voit toute chose, car il demeure le maître de la création tout entière. Mais il ne regarde pas à la manière d’un inquisiteur qui chercherait la faute pour châtier sa créature. Par contre, il se propose toujours à la rencontre de l’humanité dans le creuset d’une alliance.
Voir l’étude "Dieu connaît tout"
Les verbes voir et regarder signifient tous deux « percevoir par les yeux » mais il y a une différence fondamentale entre les deux :
