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Mt 22,1-14 : Le festin nuptial

La visite du Pape en France

Rassemblés par une visite : la dimension communautaire de l’Église révélée par le voyage du Pape en France.

Le mot grec ekklesia, traduit en français par « Église », désigne d’abord une assemblée convoquée. Avant d’être une institution, l’Église est un rassemblement : des hommes et des femmes appelés pour se tenir ensemble, unis dans leurs différences. Le voyage du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, donne à voir cette dimension communautaire. Dix mille volontaires mobilisés à Paris, quatre-vingt mille jeunes réunis au Stade de France pour une veillée de prière, une foule accompagnant la déambulation entre Montparnasse et Notre-Dame, une procession aux flambeaux à Lourdes, et jusqu’à deux cent soixante-quinze lieux d’accueil à travers le pays pour que ceux qui ne peuvent se déplacer restent, malgré la distance, associés à l’assemblée : ce voyage n’est pas d’abord la visite d’un homme, il est la manifestation visible d’un corps.

Le corps qui se rassemble

Saint Paul écrit aux Corinthiens que le corps est un, bien qu’il ait plusieurs membres, et que tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps (1 Co 12,12). Une visite pontificale offre à ce texte une actualisation concrète. Ce ne sont pas seulement des fidèles qui viennent voir le pape ; ce sont des membres dispersés — paroisses, diocèses, mouvements, générations — qui, le temps d’un rassemblement, prennent conscience visuelle et physique de leur appartenance commune. Chacun prend conscience d’être frère ou sœur en se voyant entouré, au sens propre, de ses frères et sœurs en Christ. Les jeunes réunis au Stade de France ne se connaissaient pas la veille. La nuit passée ensemble, dans la prière commune, les constitue en frères et sœurs, le temps d’une veillée, et cette expérience, même brève, laisse une trace durable, car elle a été vécue corporellement. Marcher ensemble, chanter ensemble, veiller ensemble : ces gestes communs sont eux-mêmes une catéchèse, silencieuse, mais efficace.

Lourdes, ou la fraternité des fragiles

Le déplacement du pape à Lourdes, avec sa prière à la Grotte, sa messe en plein air et sa procession aux flambeaux, ajoute à cette fraternité une tonalité particulière. Lourdes n’est pas un sanctuaire de la force, mais de la fragilité : malades, pèlerins fatigués, personnes en quête de guérison ou simplement de consolation s’y retrouvent sur un pied d’égalité que ne connaît aucune autre assemblée. La fraternité qui s’y expérimente n’est pas celle de la puissance rassemblée, mais celle de la vulnérabilité partagée — ce qui, en régime chrétien, est peut-être la forme la plus vraie de communion, puisque c’est précisément par sa propre fragilité que le Christ s’est fait proche des hommes.

Metz, une fraternité sans frontière

Metz, enfin. Tout près de là repose Robert Schuman, l’un de ceux qui ont rêvé une Europe réconciliée après la guerre et quelque chose de cette même espérance semble se prolonger dans cette dernière étape : après l’énergie de Paris et le recueillement de Lourdes, Metz referme le voyage sur un geste plus discret, mais peut-être plus profond, celui d’une fraternité qui ne s’arrête pas aux frontières d’un seul pays.

Conclure sans dissoudre

Un rassemblement de cette taille a, par nature, un terme : le pape repart, les foules se dispersent, les 275 lieux d’accueil cessent leurs retransmissions. Mais l’Évangile ne promet pas la permanence du rassemblement visible ; il promet que ce qui a été vécu en commun continue de porter du fruit une fois la foule dissoute, à la manière du levain. La question qui demeure, une fois le voyage achevé, n’est donc pas celle de la nostalgie d’un moment fort, mais celle de sa fécondité : ce que quatre-vingt mille jeunes, dix mille volontaires et des foules entières auront appris, dans leurs corps autant que dans leur foi, de ce qu’est concrètement être chrétiens envoyés en mission.