Chaque été, un étrange phénomène se produit sur la Terre. Des millions d’êtres humains décident, le même week-end, de partir parfois au même endroit… pour fuir la foule.
Depuis le ciel, Dieu doit trouver cela fascinant. L’autoroute ressemble à un long serpent métallique. Les GPS annoncent deux heures de retard. Les enfants demandent toutes les cinq minutes : « C’est encore loin ? » Et les parents répondent avec une foi admirable : " On est bientôt arrivé… » Cela fait déjà une heure qu’ils disent cela.
Dieu regarde tout cela avec une certaine tendresse. Après tout, lui aussi connaît quelque chose du repos. Au commencement, raconte la Genèse, après six jours de création, Dieu se reposa le septième jour. Attention : non parce qu’il était épuisé. Créer des galaxies, des océans, des baleines, des colibris et des girafes n’avait pas vidé ses batteries célestes. Son repos était une manière de dire : « Regarde comme c’est beau et très bon. Prends le temps d’habiter ce que je t’ai donné. »
L’homme, lui, a parfois traduit le message un peu différemment. « Repos » est devenu synonyme de valises trop lourdes, de crème solaire oubliée à la maison, de tongs cassées dès le premier jour et de parasol qui s’envole précisément au moment où l’on croyait enfin être tranquille.
Sur les plages, Dieu observe un spectacle étonnant. Certains passent une heure à choisir l’endroit idéal pour poser leur serviette. Puis ils passent le reste de la journée à se plaindre que quelqu’un s’est installé trop près. D’autres parcourent cinq cents kilomètres pour admirer un coucher de soleil, sans quitter l’écran de leur téléphone. Il faut reconnaître que l’être humain possède un talent unique : il peut contempler la mer tout en répondant à ses courriels. Le Créateur des océans doit parfois se demander si les vagues n’ont pas été inventées un peu en vain.
À la montagne, le spectacle est différent. Des randonneurs gravissent un sommet pendant quatre heures. Arrivés tout en haut, ils prennent une photo. Puis ils redescendent aussitôt. Dieu, qui a passé quelques centaines de millions d’années à façonner les reliefs, sourit peut-être en murmurant : « Vous pourriez aussi regarder avec vos yeux… »
Les vacances révèlent pourtant quelque chose de magnifique. Les familles prennent enfin leurs repas ensemble. Les grands-parents racontent les mêmes histoires que l’année précédente. Les enfants construisent des châteaux de sable avec un sérieux d’architecte. Des amis rient sans regarder l’heure. Des couples retrouvent le temps de marcher côte à côte.
Il y a là quelque chose du septième jour. Car le repos biblique n’est pas une récompense après le travail. C’est un art de vivre. C’est le moment où l’on cesse de produire pour simplement recevoir. Recevoir le soleil sans l’avoir fabriqué. Le vent sans l’avoir commandé. La mer, sans l’avoir remplie. Les étoiles, sans les avoir allumées.
Dieu regarde aussi ceux qui ne partent pas. D'abord, ceux qui n'ont pas cette chance. Aussi ceux qui travaillent tout l’été. Les soignants, les pompiers, les serveurs, les agriculteurs, les policiers, les hôteliers, tous ceux grâce à qui les vacances des autres existent.
Le septième jour n’est pas d’abord une destination. C’est une respiration. Elle peut se vivre au bord d’un lac comme sur un balcon fleuri. Sous un pin parasol comme sous un vieux pommier. Dans une cathédrale silencieuse comme sur un sentier de campagne.
Peut-être est-ce cela que Dieu espérait lorsqu’il bénit le septième jour. Non pas que l’homme fasse moins de choses. Mais qu’il cesse, un instant, de croire que tout dépend de lui.
À bien y réfléchir, le plus beau souvenir de vacances n’est presque jamais celui que l’on avait prévu. C’est une conversation imprévue. Un repas partagé. Un fou rire. Un enfant qui découvre un crabe. Une nuit remplie d’étoiles. Le parfum d’une forêt après la pluie. Comme si, pendant quelques instants, la création redevenait un cadeau au lieu d’un décor.
Et l’on imagine volontiers Dieu refermant doucement le livre de la journée, contemplant cette humanité en maillot de bain, coiffée d’un chapeau de paille ou équipée de chaussures de randonnée flambant neuves. Il sourit en voyant ses enfants courir après le repos avec beaucoup d’énergie, avant de découvrir, parfois par hasard, que le véritable repos n’était pas un lieu à atteindre, mais un instant à accueillir.
Le septième jour n’est peut-être pas celui où Dieu s’est arrêté de travailler. C’est peut-être celui où il a invité l’homme à s’arrêter de courir et à contempler une œuvre divine.
« Venez à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6, 31).