Formation théologique

Actes des Apôtres — Commentaire théologique

Chapitre 25

Devant Festus · L'appel à César · Arrivée d'Agrippa II

Ac 25,1-27 — « J'en appelle à César » : Paul prend en main son destin romain

Le chapitre 25 met en scène un nouveau gouverneur — Porcius Festus, successeur de Félix (vers 60 apr. J.-C.) — et deux actes décisifs qui détermineront la suite de la vie de Paul jusqu'à sa mort. Le premier est l'appel à César (v. 11) — la décision juridique par laquelle Paul déclenche lui-même son transfert à Rome, accomplissant ainsi la promesse du Seigneur en Ac 23,11. Le second est la présentation de Paul au roi Agrippa II (v. 13-27), qui prépare la grande comparution du chapitre 26.

Ce chapitre illustre comment Paul utilise avec intelligence les ressources juridiques de l'Empire romain au service de sa mission, sans pour autant se soumettre à l'injustice. Face à un Festus qui propose de le renvoyer à Jérusalem — ce qui signifierait une mort quasi certaine — Paul invoque son droit de citoyen romain à être jugé par l'empereur lui-même. Ce geste juridique est simultanément un acte de foi : il dit que Rome est le prochain lieu du témoignage que le Seigneur lui a promis.

I Texte — Actes 25,1-27 (TOB)

Festus et les demandes des grands prêtres (v. 1-5)

« Festus, trois jours après son arrivée dans la province, monta de Césarée à Jérusalem. Les grands prêtres et les notables des Juifs lui présentèrent leurs accusations contre Paul, et ils le suppliaient de lui faire grâce en le faisant venir à Jérusalem — tendant un piège pour le faire périr en chemin. Festus répondit que Paul était gardé à Césarée et qu'il allait lui-même partir prochainement. "Que ceux d'entre vous qui ont autorité, dit-il, descendent avec moi et, s'il y a quelque chose d'anormal en cet homme, qu'ils l'accusent." » (Ac 25,1-5)

La comparution devant Festus et l'appel à César (v. 6-12)

« Après être resté parmi eux pas plus de huit ou dix jours, il descendit à Césarée ; le lendemain, siégeant au tribunal, il ordonna qu'on amenât Paul. Celui-ci étant arrivé, les Juifs qui étaient descendus de Jérusalem l'entourèrent en portant de nombreuses et graves accusations qu'ils n'étaient pas en mesure de prouver. Paul se défendit ainsi : "Je n'ai péché en rien contre la Loi des Juifs, ni contre le Temple, ni contre César." Voulant faire plaisir aux Juifs, Festus prit la parole et dit à Paul : "Veux-tu monter à Jérusalem et y être jugé devant moi sur ces points ?" Paul dit : "Je me trouve devant le tribunal de César, c'est là que je dois être jugé. Je n'ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais très bien toi-même. Si j'ai tort et si j'ai commis quelque chose qui mérite la mort, je ne refuse pas de mourir. Mais si les choses dont ils m'accusent ne sont rien, personne ne peut me livrer à eux. J'en appelle à César !" Alors Festus, après s'être entretenu avec son conseil, répondit : "Tu en as appelé à César, tu iras devant César." » (Ac 25,6-12)

L'arrivée d'Agrippa et la présentation de l'affaire (v. 13-27)

« Quelques jours après, le roi Agrippa et Bérénice arrivèrent à Césarée pour saluer Festus. Comme ils séjournaient là depuis plusieurs jours, Festus soumit le cas de Paul au roi, en disant : "Il y a ici un homme que Félix a laissé prisonnier. Quand je me trouvai à Jérusalem, les grands prêtres et les anciens des Juifs portèrent leurs accusations contre lui en demandant sa condamnation. Je leur répondis que ce n'est pas la coutume des Romains de livrer quelqu'un avant que l'accusé ait eu ses accusateurs en face de lui et qu'il ait eu la possibilité de se défendre sur l'accusation portée contre lui. Ils vinrent donc ici, et sans tarder, le lendemain, siégeant au tribunal, j'ordonnai d'amener l'homme. Ses accusateurs, debout autour de lui, ne portèrent aucune des accusations que je soupçonnais, mais ils avaient contre lui certains débats au sujet de leur propre religion et d'un certain Jésus qui est mort et que Paul affirme être vivant. Embarrassé pour décider de ces questions, je lui demandai s'il voulait aller à Jérusalem et y être jugé sur ces points. Mais Paul ayant fait appel pour être gardé en vue de la décision de l'Auguste, j'ai ordonné qu'on le garde jusqu'à ce que je l'envoie à César." Agrippa dit à Festus : "Je voudrais aussi moi-même entendre cet homme." "Demain, dit-il, tu l'entendras." Le lendemain donc, Agrippa et Bérénice vinrent avec grande pompe et entrèrent dans la salle d'audience avec les tribuns et les personnages les plus importants de la ville. Festus ordonna qu'on amenât Paul. Et Festus dit : "Roi Agrippa et vous tous qui êtes présents avec nous, vous voyez cet homme au sujet duquel toute la multitude des Juifs est venue me trouver à Jérusalem et ici, en criant qu'il ne devait plus vivre. Pour ma part, je me suis convaincu qu'il n'a rien fait qui mérite la mort ; mais lui-même ayant fait appel à l'Auguste, j'ai décidé de l'envoyer. Je n'ai rien de précis à écrire à mon seigneur à son sujet. C'est pourquoi je l'ai amené devant vous tous et surtout devant toi, roi Agrippa, pour que, à l'issue de l'interrogatoire, j'aie quelque chose à écrire. Car il me paraît absurde d'envoyer un prisonnier sans indiquer les chefs d'accusation portés contre lui." » (Ac 25,13-27)

II Festus, nouveau gouverneur, anciens calculs (v. 1-5)

Le complot qui reprend

L'arrivée de Festus ne change rien aux intentions des adversaires de Paul : dès les trois premiers jours du nouveau gouvernorat, ils demandent le renvoi de Paul à Jérusalem, tendant un piège pour le faire périr en chemin (v. 3). Le complot de quarante hommes (Ac 23,12-15) n'a pas été oublié : deux ans après, la même détermination meurtrière subsiste. Cette persistance révèle que ce qui est en jeu n'est pas simplement une affaire juridique mais une question existentielle pour les dirigeants religieux de Jérusalem : l'Évangile proclamé par Paul menace un ordre institutionnel auquel ils tiennent plus qu'à la justice.

Festus répond correctement : « ce n'est pas la coutume des Romains de livrer quelqu'un avant que l'accusé ait eu ses accusateurs en face de lui » (v. 16). Cette affirmation du principe d'équité procédurale — le droit à être confronté à ses accusateurs et à se défendre — est un principe fondamental du droit romain, hérité en partie du droit des gens (ius gentium). Festus, quel que soit son manque d'intérêt pour la vérité théologique, applique ici les règles de base de la procédure légale.

III L'appel à César : un acte de foi autant que de droit (v. 6-12)

La proposition de Festus et son enjeu

Festus propose à Paul d'être jugé à Jérusalem — voulant faire plaisir aux Juifs (v. 9). Cette formule est la répétition exacte de celle utilisée pour Félix (Ac 24,27). Les deux gouverneurs successifs répètent le même calcul politique : sacrifier la rigueur juridique à la popularité locale. Ce comportement — préférer l'opportunisme à la justice — est la forme laïque de l'idolâtrie : adorer l'opinion publique plutôt que la vérité.

Paul perçoit immédiatement le danger : être jugé à Jérusalem, c'est se livrer à ceux qui ont jurés de le tuer. Sa réponse est juridiquement précise et théologiquement cohérente : « Je me trouve devant le tribunal de César, c'est là que je dois être jugé » (v. 10). Il n'invoque pas sa citoyenneté pour fuir le danger — si j'ai tort et si j'ai commis quelque chose qui mérite la mort, je ne refuse pas de mourir (v. 11) — mais pour assurer un jugement équitable. Et il conclut par la formule qui décide de tout : « J'en appelle à César ! »

Le sens de l'appel à César

L'appellatio Caesaris — l'appel à l'empereur — est un droit des citoyens romains garanti par la Lex Iulia de vi publica, permettant à tout citoyen de contester une décision ou une procédure devant le tribunal impérial suprême. Une fois l'appel formulé, le gouverneur local n'a plus compétence : le prisonnier doit être envoyé à Rome avec un dossier exposant les charges.

Théologiquement, cet appel est l'accomplissement du programme missionnaire d'Ac 1,8 et la réalisation de la promesse du Seigneur en Ac 23,11 : « il faut que tu témoignes à Rome. » Paul ne fait pas que défendre ses droits : il déclenche le mécanisme providentiellement prévu pour l'amener là où le Seigneur l'a envoyé. La procédure juridique et la volonté divine coïncident. Festus dit : « Tu en as appelé à César, tu iras devant César » — et c'est ainsi que se réalise la promesse divine.

L'appellatio Caesaris : droit romain et dessein divin

Le droit d'appel à l'empereur était l'une des protections les plus précieuses accordées aux citoyens romains. La Lex Iulia de vi publica (Ier siècle av. J.-C.) interdisait de mettre à mort, de fouetter ou de condamner un citoyen romain sans procès régulier et garantissait son droit d'appel. En pratique, l'appel était reçu par le tribunal impérial à Rome ou par des délégués de l'emperor dans les provinces. L'accusé était maintenu en détention mais transféré à Rome et placé sous la juridiction directe de l'emperor. Pour Paul, cet appel déclenche exactement le voyage vers Rome que le Seigneur lui avait promis. La Providence divine utilise ici le mécanisme juridique le plus élaboré de l'Antiquité pour accomplir son dessein missionnaire. C'est le modèle de toute sagesse apostolique : utiliser les ressources institutionnelles disponibles, non pour se soustraire à la mission, mais pour l'accomplir.

IV Festus présente l'affaire à Agrippa : un résumé involontairement kérygmatique (v. 13-27)

Agrippa II et Bérénice

Agrippa II (vers 27-100 apr. J.-C.) est le fils du roi Hérode Agrippa Ier (qui avait fait tuer Jacques et emprisonné Pierre en Ac 12) et le frère de Drusille (femme de Félix). Il gouvernait des territoires au nord-est de la Palestine avec le titre de roi, conféré par Rome. Bérénice, sa soeur, vivait avec lui dans une relation qui alimentait les rumeurs (Juvénal, Satires VI, 156-160 ; Tacite, Histoires II, 2). Ces deux personnages — issus de la famille hérodienne, connaisseurs du judaïsme, liés à Rome — constituent l'auditoire le plus qualifié que Paul ait eu depuis le début de ses comparutions.

La formule de Festus : « un certain Jésus qui est mort et que Paul affirme être vivant »

Dans son résumé de l'affaire Paul à Agrippa (v. 18-19), Festus, qui n'est pas croyant, formule le coeur du kérygme chrétien avec une précision inadvertante remarquable : les accusations des Juifs portaient sur « un certain Jésus qui est mort et que Paul affirme être vivant » (v. 19). Cette phrase — sortie de la bouche d'un gouverneur romain qui cherche simplement à résumer un litige juridique compliqué — est une des formulations les plus nettes de la foi pascale dans tout le Nouveau Testament : Jésus est mort. Paul affirme qu'il est vivant. C'est tout.

Festus appelle cela des « débats au sujet de leur propre religion » (deisidaimonias) — terme ambigu qui peut signifier à la fois superstition et piété religieuse. Il est embarrassé (v. 20) par ces questions : elles dépassent sa compétence de magistrat romain, habitué à traiter de crimes concrets, non de christologie. Son embarras est révélateur : la résurrection de Jésus ne relève d'aucune catégorie juridique connue. Elle est hors-catégorie, et c'est précisément cela qui la rend irréductible.

Agrippa II et Bérénice dans l'histoire

Agrippa II est le dernier roi juif de la lignée hérodienne. Sa relation politique avec Rome était étroite : il avait soutenu Vespasien lors de la révolte juive de 66-70 apr. J.-C. et obtenu en retour le maintien de son titre et de ses territoires. Sa soeur Bérénice avait été la maîtresse de Titus, le futur emperor romain qui détruira Jérusalem en 70. Flavius Josèphe (Antiquités juives XX, 7,3) rapporte qu'Agrippa intervint en vain pour empêcher la révolte juive. Ces deux personnages — profondément liés à la fois au monde juif et à Rome — sont les témoins de la fin d'un monde : la destruction du Temple et la dispersion du peuple juif. Leur présence aux comparutions de Paul donne à ces scènes une dimension eschatologique : ils sont les représentants d'un ordre qui est sur le point de disparaître.

V Synthèse théologique

La sagesse apostolique dans l'usage des institutions

L'appel à César illustre une sagesse apostolique fondamentale : utiliser les ressources légales et institutionnelles disponibles non pour fuir la souffrance ou défendre ses intérêts personnels, mais pour accomplir la mission. Paul aurait pu accepter le jugement à Jérusalem et mourir en martyr — ce qui eût été une forme de témoignage. Il choisit au contraire d'user de son droit pour atteindre Rome, où le Seigneur lui a dit qu'il devait témoigner. La sagesse n'est pas de mépriser les institutions humaines ni de s'y soumettre aveuglément : elle est de les utiliser avec discernement au service d'une mission qui les dépasse.

La résurrection : hors de toute catégorie humaine

L'embarras de Festus devant les « débats au sujet de leur religion » révèle que la résurrection de Jésus ne peut être traitée par aucune institution humaine — ni juridique, ni philosophique, ni politique. Elle est une affirmation qui dépasse radicalement toutes les catégories du monde. C'est précisément pourquoi elle déclenche des réactions si vives : adhésion totale ou rejet total, elle ne laisse pas indifférent. Et c'est précisément parce qu'elle est hors-catégorie qu'elle ne peut pas être réduite à un fait divers, une opinion ou une tradition parmi d'autres.

La Providence à travers les calculs humains

Festus propose à Paul d'aller à Jérusalem pour faire plaisir aux Juifs. Paul dit non et en appelle à César. Ce refus — motivé par la justice et la sécurité — est aussi le geste qui déclenche providentiellement le voyage vers Rome. La Providence n'intervient pas malgré les calculs humains ni à la place d'eux : elle les utilise, les oriente et les retourne vers ses fins. Festus voulait contenter ses administrés. Il envoie Paul à Rome. Le dessein de Dieu avance à travers les décisions les plus prosaïques des hommes.

VI Questions pour l'approfondissement

1. Paul invoque son droit d'appel à César pour assurer un jugement équitable — non pour fuir la mort. Comment discerner quand il est juste de faire appel aux institutions pour se défendre, et quand il est plus évangélique d'accepter l'injustice ?

2. Festus résume malgré lui le coeur de la foi chrétienne : Jésus est mort et Paul affirme qu'il est vivant. Comment utiliseriez-vous cette formule comme point de départ d'un dialogue avec un non-croyant ? Qu'est-ce qu'elle dit et qu'est-ce qu'elle ne dit pas encore ?

3. Festus et Félix font tous deux le même calcul : faire plaisir aux Juifs au détriment de la justice. Comment résister, dans votre vie professionnelle ou communautaire, à la tentation de sacrifier la vérité à la popularité ?

4. Festus est embarrassé par les questions théologiques soulevées par l'affaire Paul. Cet embarras vous semble-t-il honnête ou irresponsable ? Un responsable civil ou politique peut-il légitimement se déclarer incompétent sur les questions religieuses ?

5. La promesse du Seigneur à Paul (« il faut que tu témoignes à Rome », Ac 23,11) s'accomplit à travers un appel juridique et une décision de gouverneur. Comment reconnaître dans les événements concrets de votre vie les signes de l'accomplissement d'une promesse ou d'une vocation divine ?

VII Pour aller plus loin

Joseph A. Fitzmyer, The Acts of the Apostles, Anchor Bible 31, Doubleday, 1998, p. 744-790 — commentaire détaillé.

Brian Rapske, The Book of Acts and Paul in Roman Custody, Eerdmans, 1994 — sur l'appellatio Caesaris et sa portée juridique.

Flavius Josèphe, Antiquités juives XX — sur Félix, Festus, Agrippa II et Bérénice dans leur contexte historique.

Tacite, Histoires II, 2 et V, 9 ; Annales XII, 54 — sur Félix, Bérénice et le contexte politique de la Judée.

A.N. Sherwin-White, Roman Society and Roman Law in the New Testament, Oxford University Press, 1963 — référence classique sur le droit romain dans les Actes, notamment l'appellatio.