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Le rite

Une opération sociale

Initiation

L’initiation désigne selon le Larousse « l’action de révéler ou de recevoir la connaissance de certaines pratiques » ainsi que « la cérémonie qui fait accéder un individu à un nouveau groupe d’appartenance ». Cette définition montre qu’il y a un savoir intelligible à acquérir et un rite d’intégration. L’initiation est un parcours qui suppose une préparation afin de recevoir en pleine connaissance de cause la signification du nouveau statut au terme de ce parcours.

L’initiation désigne aussi un commencement comme le rappelle l’étymologie initium. Ce commencement marque la fin d’une vie antérieure.

Pour Jean Cazeneuve, les rites d’initiation accompagnent l’admission d’individus d’un groupe à l’autre, et d’abord du groupe des enfants à celui des adultes. Dans le cas précis, ils consistent à détruire une personnalité ancienne, centrée sur le jeu, la fantaisie, l’irresponsabilité pour accéder à une responsabilité nouvelle, supérieure, fondée sur le travail, le sérieux, la sagesse J. Cazeneuve ,Sociologie du rite, Paris, PUF, 1971, p. 28.

L’initiation chrétienne se déroule du baptême à la confirmation en passant par l’eucharistie. Cette initiation souligne l’unité des trois sacrements. Autrefois réunis dans une même cérémonie, ces sacrements sont aujourd’hui dissociés dans le temps. L’initiation vient rappeler que la personne ne devient pleinement chrétienne qu’à la réception de ces trois sacrements.

Identification et intégration

Une des fonctions du rite est d'identifier et d’assurer une intégration. Se marier, c’est d’une part être l’époux(se) d’un partenaire et, d’autre part, quitter une famille pour en fonder une autre. Se faire baptiser, c’est entrer dans la famille des chrétiens. Le rite permet ainsi à chacun de se situer par rapport aux autres, de s’intégrer dans une famille, un groupe, une communauté et ainsi de développer le sentiment d’appartenance avec d’ailleurs le risque d’exclure ceux qui n’appartiennent pas au groupe. Le rite ne fait d’ailleurs pas dans la condition suspensive, l’hésitation ou la demi-mesure ; on est marié ou célibataire, baptisé ou pas.

On pourrait dire que la pratique rituelle est d’ordre binaire ou indicielle : elle montre la position de chacun, comme un index. L.-M. CHAUVET, Les sacrements, Parole au risque du corps, Les Éditions ouvrières, 1993, p. 126.

Tout au long de sa vie, l’individu est accompagné véritablement par des rites qui lui permettent de se situer par rapport au monde dans lequel il se trouve, se situer vis-à-vis des hommes, des femmes, des anciens, des plus jeunes, et qui lui donnent sa place dans la société. Par ces rites, l’individu sera plus à même d’avoir les repères identitaires nécessaires à sa construction psychologique, à son équilibre et à son évolution. B. BLIN, Rites de passage et psychothérapie, Synodies n°3 décembre 2004.

Un proverbe malien souligne que pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village. La croissance de tout être humain est sous-tenue par l’ensemble du corps social. Le rite dans sa dimension communautaire inaugure et entretient cette croissance. Ne dit-on qu’un chrétien seul est un chrétien en danger ?

Le baptême est en ce sens le sacrement de l’identité chrétienne. C’est par le geste de l’eau accompagné de la formule baptismale que le néophyte devient chrétien et entre dans l’Eglise des baptisés. Cette identification et cette intégration s’achèvent à l’issue des sacrements de la confirmation et de l’eucharistie, c’est-à-dire au terme de l’initiation chrétienne.

Agrégation

La société a besoin de se rassembler pour s’identifier et maintenir sa cohésion. Elle est plus qu’une somme d’individus vivant côte à côte. Ainsi la fête nationale commémore l’unité nationale. De grands rassemblements célèbrent spontanément des victoires sportives, comme ce fut le cas après la victoire de la France en coupe du monde de foot. Des villes et des villages organisent des fêtes pour souder leurs habitants. Tout groupe partage un sentiment d’identité collective qu’il entretient au moyen de rassemblements où les individus partagent les mêmes valeurs. C’est le cas de tous les rites de masse (matches, kermesses, fêtes en tous genres…), des cérémonies religieuses et même dans une certaine mesure des codes quotidiens de politesse (bonjour, bonsoir…).

L’Église elle-même se rassemble au nom du Christ tout particulièrement lors des rites sacramentels. L’eucharistie plus que tout autre sacrement rassemble les membres de l’Église dans une même foi. Pour reprendre les formules traditionnelles, les sacrements font l’Église et l’Église fait les sacrements. La participation a un rite sacramentel permet d’exprimer une double fidélité : à Dieu dont le rite affirme pleinement la puissance fondatrice et à la communauté qui fait vivre le rite.

Le rite indique d’une part que l’homme est un être social qui vit au sein d’une communauté et, d’autre part, qu’il n’est vraiment homme qu’en s’intégrant à une humanité qui est plus que lui.

Le sociologue Erving Goffman a montré dans son œuvre (et particulièrement dans « Les rites d’interaction ») combien les rituels ont un rôle de renforcement de l’ordre social et de la cohésion d’un groupe. Ils sont représentatifs de valeurs de sociabilité, de respect d’autrui et de protection de soi. Ils facilitent les contacts sociaux et permettent à chacun de donner une image positive de soi. En respectant les rites sociaux et les codes propres à la culture du groupe, chacun manifeste son désir d’être admis en son sein.