Formation théologique

Coupe du monde de foot

Dieu est-il supporter ?

Tous les quatre ans, le monde se découvre une vocation mystique. Les stades deviennent des cathédrales, les hymnes nationaux des cantiques, et les supporters... des pèlerins. Il suffit de regarder les images avant un match décisif : ici un joueur fait un signe de croix, là un autre s'agenouille vers La Mecque, un troisième lève les yeux au ciel, tandis qu'un quatrième embrasse un gri-gri confectionné par sa grand-mère. À croire que le sélectionneur est assisté d'un comité interreligieux.

Le plus étonnant, c'est que tout le monde prie le même jour... mais pas le même dieu. Ou plutôt chacun le sien. Les Brésiliens demandent une inspiration divine, les Argentins réclament un miracle, les Marocains invoquent la protection du Très-Haut, et les Français espèrent simplement que l'arbitre aura une révélation.

Le problème est mathématique : quand deux équipes s'affrontent, les prières se rencontrent au ciel. On imagine les anges au standard céleste :

  • « Ligne 12 : ils demandent la victoire. »
  • « Ligne 13 aussi. »
  • « Et la ligne 14 ? »
  • « Eux demandent seulement de ne pas perdre aux tirs au but. »

Le ciel doit parfois ressembler à la salle de contrôle d'un service d'urgence un soir de finale.

Cette agitation religieuse rappelle curieusement un épisode biblique : le livre de Jonas. À bord du navire pris dans la tempête, chaque marin invoque sa propre divinité pour éviter le naufrage. Personne ne songe à consulter la météo ; chacun appelle son service après-vente céleste. Finalement, ce n'est pas le nombre de prières qui calme la mer, mais la découverte que Jonas est la véritable source du problème.

À la Coupe du monde, le scénario est un peu différent. Les joueurs prient pour éviter le naufrage... mais, le plus souvent, le responsable est déjà identifié : le défenseur qui a oublié son marquage, le gardien qui a voulu dribbler l'avant-centre, la mauvaise passe, la malchance, et surtout l'arbitre qui ne voit jamais ce qu'il faut voir.

Les supporters, eux, développent une théologie très souple. Quand leur équipe gagne, c'est grâce à la bénédiction divine. Quand elle perd, c'est la faute de la VAR. Il faut reconnaître que la VAR est devenu une sorte de démon moderne : invisible, omniprésent et responsable de tous les malheurs. Quant à l'arbitre, il est le seul homme capable de porter sur ses épaules tous les péchés du stade : responsable de tous les maux... et de tous les mots que les supporters n'oseraient jamais prononcer à l'église.

Au fond, Dieu doit regarder tout cela avec un sourire amusé. Lui qui a créé l'univers se retrouve sollicité pour décider si le ballon a franchi la ligne de trois centimètres. On l'imagine répondre avec une infinie patience :

« J'ai séparé la mer en deux, mais pour le hors-jeu, voyez avec les arbitres.»

Et si le véritable miracle n'était pas qu'une équipe gagne, mais que des milliards de personnes vibrent ensemble pendant quatre-vingt-dix minutes ? Que des inconnus s'embrassent dans les tribunes, que des familles oublient leurs disputes le temps d'un match, que des nations rivales partagent la même passion pour un ballon rond.

Quant aux prières, elles ne sont peut-être pas inutiles. Simplement, elles devraient peut-être demander un peu moins la victoire... et un peu plus le fair-play, l'humilité dans le succès, la dignité dans la défaite, le respect de son adversaire et des règles du foot.

Parce qu'après tout, même dans le livre de Jonas, le plus grand miracle n'est pas qu'une tempête s'arrête. C'est qu'un homme finisse par comprendre qu'on ne peut pas toujours faire jouer Dieu dans son équipe.