Formation théologique

Étude biblique et théologique

La naissance de l'ekklesia

Le mobilier sacré du culte

La Tente de la Rencontre, puis le Temple de Jérusalem, ne sont pas de simples enceintes vides : ils sont meublés d'objets précisément décrits, dont la disposition, les matériaux et l'usage sont eux-mêmes porteurs de signification théologique. Du parvis extérieur au Saint des Saints, chaque objet marque une étape dans l'approche progressive de la présence divine. Cette étude présente, dans l'ordre où un Israélite les rencontrerait en s'avançant vers le Debir, les six pièces majeures du mobilier sacré : l'autel des holocaustes, la cuve de bronze, la table des pains de proposition, le chandelier (menorah), l'autel des parfums, et l'arche d'alliance.

Pour chaque objet sont rassemblés les textes fondateurs (description et fabrication dans l'Exode, usage dans le Lévitique et les Nombres, attestations dans les livres des Rois et des Chroniques pour le Temple de Salomon), ainsi que les éléments d'interprétation théologique et, lorsque pertinent, les résonances néotestamentaires.

I Plan d'ensemble : la progression du parvis au Saint des Saints

La disposition du mobilier suit un ordre spatial rigoureux, qui est en même temps un ordre de sainteté croissante. Dans le parvis, à l'entrée de la Tente, se trouvent l'autel des holocaustes et la cuve de bronze : ce sont les objets de la purification et du sacrifice, accessibles à tout Israélite en état de pureté. Dans le lieu saint (Hekhal), réservé aux prêtres en fonction, se trouvent la table des pains de proposition, le chandelier d'or, et l'autel des parfums : ce sont les objets du service quotidien et de l'offrande continuelle. Dans le Saint des Saints (Debir), enfin, repose l'arche d'alliance, surmontée du propitiatoire et des chérubins : c'est le lieu de la présence elle-même, où nul n'entre sauf le grand prêtre, une fois l'an.

Le texte fondateur de toute cette description est Ex 25–30 (instructions de fabrication données à Moïse sur le Sinaï) et Ex 36–40 (récit de l'exécution par les artisans Betsaléel et Oholiab). Le second récit majeur est celui du Temple de Salomon (1 R 6–7 ; 2 Ch 3–4), qui reprend et amplifie ce mobilier en l'adaptant à un édifice permanent.

Ex 25,8-9 — « Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux. Vous le ferez en tout conforme au modèle du tabernacle et au modèle de tous ses ustensiles que je vais te montrer. » Cette injonction inaugurale place tout le mobilier sous le signe du tabnit — le « modèle » ou le « patron » montré par Dieu lui-même, sur lequel la lettre aux Hébreux fondera sa typologie du sanctuaire céleste (He 8,5 ; 9,23-24).

II L'autel des holocaustes (mizbeah ha'olah)

1. Description et fabrication

« Tu feras l'autel de bois d'acacia ; il aura cinq coudées de longueur et cinq coudées de largeur — l'autel sera carré — et sa hauteur sera de trois coudées. Tu feras à ses quatre angles des cornes, qui sortiront de l'autel ; et tu le revêtiras de bronze. [...] Tu le feras creux, avec des planches ; on le fera tel qu'il t'a été montré sur la montagne. » (Ex 27,1-2.8)

Placé immédiatement à l'entrée du parvis de la Tente, puis devant la façade du Temple (1 R 8,64 ; 2 Ch 4,1, où l'autel salomonien mesure vingt coudées de long, vingt de large et dix de haut — bien plus grand que celui du désert), l'autel des holocaustes est le premier objet rencontré par celui qui s'approche du sanctuaire. Construit en bois d'acacia revêtu de bronze pour la Tente, il est en bronze massif pour le Temple. Ses quatre « cornes » (qeranot) aux angles supérieurs jouent un rôle rituel particulier : le sang de certains sacrifices y est appliqué (Ex 29,12 ; Lv 4,7), et elles servent de lieu de refuge symbolique (1 R 1,50 ; 2,28).

2. Fonction et usage

C'est sur cet autel que sont offerts tous les sacrifices sanglants : holocaustes, sacrifices de communion, sacrifices pour le péché et de réparation (Lv 1–7). Un feu y brûle continuellement, jour et nuit, sans jamais s'éteindre — prescription qui souligne le caractère perpétuel du culte d'Israël :

« Le feu brûlera continuellement sur l'autel, il ne s'éteindra point ; chaque matin, le prêtre y allumera du bois, arrangera l'holocauste, et y brûlera les graisses des sacrifices d'actions de grâces. Le feu brûlera continuellement sur l'autel, il ne s'éteindra point. » (Lv 6,5-6)

L'autel est consacré par une onction d'huile et un rite de sept jours (Ex 29,36-37 ; Lv 8,15), qui le rend « éminemment saint » (qodesh qodashim) : « Quiconque le touchera sera consacré » (Ex 29,37). Cette contagion de la sainteté par contact illustre la logique même du système sacrificiel : l'objet consacré sanctifie ce qui le touche, de même que l'impureté contamine par contact en sens inverse.

3. Résonances théologiques et néotestamentaires

L'autel des holocaustes, premier objet rencontré, est le lieu de la médiation par le sang et le feu : nul n'avance vers la présence de Dieu sans passer par l'expiation. La lettre aux Hébreux développe cette typologie en présentant la croix comme l'autel définitif, et le sacrifice du Christ comme accomplissant une fois pour toutes ce que l'autel de bronze figurait quotidiennement (He 13,10 ; 9,12-14).

III La cuve de bronze (kiyor) et la mer d'airain

1. La cuve de la Tente (kiyor)

« Tu feras une cuve d'airain, avec sa base d'airain, pour les ablutions ; tu la placeras entre la tente de la rencontre et l'autel, et tu y mettras de l'eau, avec laquelle Aaron et ses fils se laveront les mains et les pieds. Lorsqu'ils entreront dans la tente de la rencontre, ils se laveront avec cette eau, afin qu'ils ne meurent point ; et aussi lorsqu'ils approcheront de l'autel, pour faire le service et pour offrir des sacrifices à l'Éternel. » (Ex 30,18-20)

Placée entre l'autel des holocaustes et l'entrée de la Tente proprement dite, la cuve (kiyor) est l'instrument de la purification rituelle des prêtres avant tout acte de service. Le texte insiste sur l'enjeu vital de ce lavage : « afin qu'ils ne meurent point ». L'approche de la sainteté divine sans la purification requise est mortelle — thème récurrent qui souligne la gravité de la fonction sacerdotale.

Selon Ex 38,8, la cuve et sa base furent fabriquées « avec les miroirs des femmes qui s'assemblaient à l'entrée de la tente de la rencontre » — détail qui a suscité une riche tradition d'interprétation sur la participation des femmes à la construction du sanctuaire et sur la transformation d'objets de vanité en instruments du culte.

2. La mer d'airain du Temple

« Il fit la mer d'airain. Elle était ronde, et avait dix coudées de diamètre, cinq de hauteur, et une circonférence que mesurait un cordon de trente coudées. [...] Elle reposait sur douze bœufs, dont trois tournés vers le nord, trois tournés vers l'occident, trois tournés vers le midi, et trois tournés vers l'orient ; la mer était sur eux, et toute la partie postérieure de leur corps était en dedans. [...] Elle contenait deux mille baths. » (1 R 7,23-26)

Dans le Temple de Salomon, la simple cuve de la Tente est remplacée par un bassin monumental, la « mer d'airain » (yam nehoshet), dont la capacité (environ 40 000 litres) et la position sur douze bœufs orientés vers les quatre points cardinaux donnent à l'eau de purification une dimension cosmique : c'est toute la création, représentée par les douze tribus (les douze bœufs), qui porte et présente l'eau purificatrice devant Dieu. 2 Ch 4,6 précise son usage : « elle servait aux ablutions des sacrificateurs ».

3. Théologie de l'eau purificatrice

L'eau de la cuve, contrairement au sang de l'autel, ne sert pas à l'expiation mais à la purification préalable — elle ôte ce qui empêche l'approche, sans expier la faute elle-même. Cette distinction entre purification (par l'eau) et expiation (par le sang) structure également la théologie sacramentaire chrétienne, où le baptême (purification) et l'eucharistie (mémorial du sacrifice expiatoire) demeurent deux réalités distinctes quoique liées, comme le suggère Jn 19,34 (eau et sang jaillissant du côté du Christ) et 1 Jn 5,6-8.

IV La table des pains de proposition (shulhan)

1. Description et fabrication

« Tu feras une table de bois d'acacia ; sa longueur sera de deux coudées, sa largeur d'une coudée, et sa hauteur d'une coudée et demie. Tu la couvriras d'or pur, et tu y feras une bordure d'or tout autour. [...] Tu feras des barres de bois d'acacia, et tu les couvriras d'or ; elles serviront à porter la table. Tu feras des plats, des coupes, des calices et des tasses pour les libations ; tu les feras d'or pur. » (Ex 25,23-24.28-29)

Placée dans le lieu saint, contre le mur nord, face au chandelier qui se trouve au sud (Ex 26,35), la table des pains de proposition est en bois d'acacia plaqué d'or, accompagnée d'ustensiles également en or pur pour les libations qui accompagnent l'offrande des pains.

2. Les pains de proposition (lehem hapanim)

« Tu prendras de la fleur de farine, et tu en feras douze gâteaux ; chaque gâteau sera de deux dixièmes. Tu les placeras en deux piles, six par pile, sur la table d'or pur, devant l'Éternel. Tu mettras de l'encens pur sur chaque pile, et il sera sur le pain comme souvenir, comme une offrande consumée par le feu devant l'Éternel. Chaque jour de sabbat, on rangera ces pains devant l'Éternel, continuellement : c'est une alliance perpétuelle pour les enfants d'Israël. Ils appartiendront à Aaron et à ses fils, et ils les mangeront dans un lieu saint ; car ce sera pour eux une chose très sainte, parmi les offrandes consumées par le feu devant l'Éternel : c'est une loi perpétuelle. » (Lv 24,5-9)

Douze pains — un par tribu d'Israël — sont disposés en deux rangées sur la table et renouvelés chaque Sabbat. Les pains retirés deviennent la part des prêtres, qui les consomment « dans un lieu saint ». L'expression « pains de proposition » (littéralement « pain de la face » ou « pain devant la Face », lehem hapanim) souligne que ces pains sont disposés en permanence « devant la Face » de Dieu — c'est-à-dire en sa présence continuelle.

3. Théologie et résonances

La table des pains de proposition exprime une alliance d'hospitalité perpétuelle : Israël, représenté par ses douze tribus, est continuellement « à table » devant Dieu, et Dieu pourvoit sans cesse à la nourriture de son peuple. L'épisode de David mangeant les pains de proposition à Nob (1 S 21,1-6) est cité par Jésus lui-même (Mt 12,3-4 ; Mc 2,25-26) pour justifier que la nécessité humaine prime sur l'observance rituelle stricte — argument qui prépare la relecture chrétienne du Sabbat. La tradition voit également dans ce pain continuellement offert et consommé en présence de Dieu une préfiguration du pain eucharistique, « pain de vie » donné en nourriture (Jn 6,32-35).

V Le chandelier d'or (menorah)

1. Description et fabrication

« Tu feras un chandelier d'or pur ; ce chandelier sera fait d'or battu, son pied, sa tige, ses calices, ses pommes et ses fleurs seront d'une même pièce. Six branches sortiront de ses côtés, trois branches d'un côté du chandelier, et trois branches de l'autre côté du chandelier. [...] Tu feras ses lampes au nombre de sept, et on placera les lampes de manière à éclairer en face. » (Ex 25,31-32.37)

Placé dans le lieu saint, face à la table des pains, le chandelier à sept branches (menorah) est forgé d'une seule pièce d'or pur — sans soudure ni assemblage — selon un travail d'orfèvrerie d'une exceptionnelle complexité. Sa forme végétale (calices, pommes, fleurs d'amandier, Ex 25,33-34) évoque un arbre de lumière stylisé.

2. Fonction et usage

« Aaron arrangera les lampes sur le chandelier d'or pur, devant l'Éternel, continuellement, depuis le soir jusqu'au matin : c'est une loi perpétuelle parmi les enfants d'Israël, de génération en génération. » (Lv 24,3-4 ; cf. Ex 27,20-21)

Le chandelier brûle à l'huile d'olive pure, et son entretien — nettoyage des lampes, réapprovisionnement en huile — est un service quotidien des prêtres, « depuis le soir jusqu'au matin », assurant que le lieu saint n'est jamais plongé dans l'obscurité totale. Pour le Temple de Salomon, 1 R 7,49 mentionne dix chandeliers d'or, cinq de chaque côté du Debir, amplifiant le dispositif unique de la Tente.

3. Théologie de la lumière

La menorah, par sa forme arborescente et ses sept branches, a été lue comme une représentation de l'arbre de vie (Gn 2,9) et comme un symbole cosmique (les sept lampes évoquant les sept astres connus dans l'astronomie ancienne — soleil, lune et cinq planètes). Dans la tradition prophétique, la lumière est associée à la présence et à la connaissance de Dieu (Ps 27,1 ; Is 60,1). Le Nouveau Testament reprend cette symbolique pour le Christ lui-même : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8,12), et l'Apocalypse situe sept lampes/chandeliers devant le trône divin (Ap 1,12-13.20 ; 4,5), reprise directe de l'iconographie de la menorah du sanctuaire.

VI L'autel des parfums (mizbeah haqetoret)

1. Description et fabrication

« Tu feras un autel pour brûler des parfums, tu le feras de bois d'acacia ; sa longueur sera d'une coudée, et sa largeur d'une coudée ; il sera carré, et sa hauteur sera de deux coudées ; tu feras des cornes qui sortiront de l'autel. Tu le couvriras d'or pur, le dessus, les côtés tout autour et les cornes [...] Tu le placeras devant le voile qui est devant l'arche du témoignage, en face du propitiatoire qui est sur le témoignage, et où je me rencontrerai avec toi. » (Ex 30,1-3.6)

Plus petit que l'autel des holocaustes, l'autel des parfums (ou « autel d'or ») est en bois d'acacia plaqué d'or, lui aussi pourvu de quatre cornes. Sa position est cruciale : il se trouve dans le lieu saint, immédiatement devant le voile qui sépare le Hekhal du Debir — c'est l'objet le plus proche de l'Arche, hors du Saint des Saints lui-même.

2. Fonction et usage

« Aaron y fera brûler du parfum odoriférant ; il en fera brûler chaque matin, lorsqu'il préparera les lampes ; il en fera brûler aussi entre les deux soirs, lorsqu'il arrangera les lampes, et ce sera un parfum perpétuel devant l'Éternel, parmi vos descendants. Vous n'offrirez sur cet autel ni parfum étranger, ni holocauste, ni offrande, et vous n'y ferez point de libation. » (Ex 30,7-9)

L'encens y est brûlé matin et soir, en même temps que l'entretien du chandelier — un service coordonné qui ponctue le rythme quotidien du sanctuaire. La composition de cet encens est elle-même prescrite avec précision (Ex 30,34-38) et son usage profane est explicitement interdit sous peine d'exclusion : « Quiconque en fera de semblable, pour le sentir, sera retranché de son peuple » (Ex 30,38).

3. Théologie de la prière-encens

L'encens monte en colonne, visible, vers le haut — image privilégiée de la prière qui s'élève vers Dieu : « Que ma prière soit devant ta face comme l'encens » (Ps 141,2). C'est précisément à cet autel que le prêtre Zacharie officie lorsque l'ange Gabriel lui apparaît pour annoncer la naissance de Jean-Baptiste (Lc 1,8-11), scène qui inaugure tout l'évangile de Luc. L'Apocalypse reprend cette image : « la fumée des parfums monta, avec les prières des saints, de la main de l'ange devant Dieu » (Ap 8,3-4).

VII L'arche d'alliance (aron habberit)

1. Description et fabrication

« Ils feront une arche de bois d'acacia ; sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d'une coudée et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie. Tu la couvriras d'or pur, tu la couvriras en dedans et en dehors, et tu y feras une bordure d'or tout autour. Tu fondras pour elle quatre anneaux d'or, et tu les mettras à ses quatre coins, deux anneaux d'un côté et deux anneaux de l'autre côté. Tu feras des barres de bois d'acacia, et tu les couvriras d'or. » (Ex 25,10-13)

L'arche est un coffre rectangulaire en bois d'acacia, plaqué d'or à l'intérieur comme à l'extérieur, muni d'anneaux et de barres permettant son transport par les lévites — elle ne doit jamais être touchée directement, sous peine de mort (cf. 2 S 6,6-7, l'épisode d'Uzza). C'est l'unique meuble du Saint des Saints.

2. Le propitiatoire et les chérubins

« Tu feras un propitiatoire d'or pur ; sa longueur sera de deux coudées et demie, et sa largeur d'une coudée et demie. Tu feras deux chérubins d'or, tu les feras d'or battu, aux deux extrémités du propitiatoire [...] Les chérubins étendront leurs ailes par-dessus, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et se faisant face l'un à l'autre ; les chérubins auront la face tournée vers le propitiatoire. Tu mettras le propitiatoire sur l'arche, après que tu auras déposé dans l'arche le témoignage que je te donnerai. C'est là que je me rencontrerai avec toi ; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins qui sont sur l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d'Israël. » (Ex 25,17-18.20-22)

Le propitiatoire (kapporet, de la racine kpr, « expier », « couvrir ») est une plaque d'or massif posée sur l'arche, encadrée par deux chérubins dont les ailes déployées se rejoignent. C'est entre ces ailes, au-dessus du propitiatoire, que se situe le point de contact ultime entre Dieu et son peuple : « C'est là que je me rencontrerai avec toi ». Cette formule reprend la même racine que Ohel Mo'ed — l'arche est le point focal de toute la théologie de la rencontre.

3. Le contenu de l'arche

« Moïse mit dans l'arche le témoignage, comme l'Éternel l'avait ordonné. » (Ex 40,20)

Selon Ex 25,16 et 40,20, l'arche contient les « tables du témoignage » — les tables de la Loi gravées au Sinaï. He 9,4 mentionne également, dans la tradition reçue, la présence d'un vase d'or contenant de la manne et le bâton d'Aaron (cf. Nb 17,25 ; Ex 16,33-34), bien que 1 R 8,9 précise qu'au moment de l'installation dans le Temple de Salomon, « il n'y avait dans l'arche que les deux tables de pierre que Moïse y avait placées à Horeb ».

4. Le rite du Yom Kippour

« Il prendra du sang du jeune taureau, et il en fera l'aspersion avec son doigt sur le devant du propitiatoire, vers l'orient ; il fera avec son doigt l'aspersion du sang sept fois devant le propitiatoire. [...] Il fera l'expiation pour le sanctuaire, à cause des impuretés des enfants d'Israël et de toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché ; il fera de même pour la tente d'assignation, qui est au milieu d'eux, au milieu de leurs impuretés. » (Lv 16,14.16)

C'est sur le propitiatoire, une fois par an, le jour du Yom Kippour, que le grand prêtre asperge le sang du sacrifice expiatoire — geste unique de toute la liturgie israélite, réservé à un seul homme, un seul jour, dans un seul lieu. Le propitiatoire est donc le point géographique et théologique le plus saint de tout l'univers israélite.

5. Le destin de l'arche et le Temple de Salomon

« Les sacrificateurs portèrent l'arche au lieu qui lui était destiné, dans le sanctuaire de la maison, dans le lieu très saint, sous les ailes des chérubins. Car les chérubins avaient les ailes étendues sur la place de l'arche, et ils couvraient l'arche et ses barres par-dessus. [...] Il n'y avait dans l'arche que les deux tables de pierre que Moïse y avait placées à Horeb, lorsque l'Éternel fit alliance avec les enfants d'Israël, à leur sortie du pays d'Égypte. » (1 R 8,6-7.9)

Lors de la construction du Temple de Salomon, Salomon fait fabriquer deux chérubins monumentaux en bois d'olivier plaqué d'or, dont les ailes — chacune de cinq coudées — couvrent l'ensemble du Debir (1 R 6,23-28), surplombant l'arche déposée au centre. L'arche disparaît de l'histoire biblique après la destruction du Temple par Nabuchodonosor en 587 av. J.-C. ; sa disparition est explicitement notée comme n'étant plus regrettée dans la perspective eschatologique de Jr 3,16 : « on ne dira plus : Arche de l'alliance de l'Éternel ! Elle ne viendra plus à la pensée ; on ne se la rappellera plus, on ne s'apercevra plus de son absence, et on n'en fera point une autre. »

6. Théologie et accomplissement néotestamentaire

L'arche, lieu de la rencontre par excellence, trouve dans le Nouveau Testament un accomplissement à la fois christologique et mariologique. He 9,1-5 reprend la description complète du mobilier du Saint des Saints pour l'interpréter comme une « figure » (parabolê) appelant son accomplissement dans le sacrifice du Christ, seul « grand prêtre des biens à venir » à entrer « dans le sanctuaire, une fois pour toutes, en vertu de son propre sang » (He 9,11-12). La tradition voit également dans le voile déchiré au moment de la mort de Jésus (Mt 27,51) l'ouverture définitive de l'accès au lieu de la rencontre, désormais accordé à tous.

Par ailleurs, la tradition mariale lit en Lc 1,35 et 1,39-45 (la visitation, où Marie « se lève et se hâte » vers la maison de Zacharie, comme l'arche montant vers Jérusalem en 2 S 6) une typologie de Marie comme nouvelle arche, portant en elle non plus les tables de la Loi mais le Verbe fait chair lui-même — lecture développée notamment dans la tradition patristique et reprise par le Catéchisme de l'Église catholique (n° 2676, citant la Litanie de Lorette : « Arche d'alliance »).

VIII Synthèse : disposition, matériaux et fonctions

Le tableau suivant récapitule, pour chacun des six éléments étudiés, sa localisation dans le sanctuaire, ses dimensions principales (Tente), son matériau, sa fonction rituelle et sa référence textuelle de fondation.

Objet Emplacement Matériau Fonction Texte fondateur
Autel des holocaustes Parvis, à l'entrée Acacia plaqué de bronze (Temple : bronze massif) Sacrifices sanglants ; feu perpétuel Ex 27,1-8 ; Lv 6,5-6
Cuve de bronze / mer d'airain Parvis, entre l'autel et la Tente Bronze (miroirs des femmes) Ablutions des prêtres avant le service Ex 30,18-20 ; 1 R 7,23-26
Table des pains de proposition Lieu saint, côté nord Acacia plaqué d'or Douze pains renouvelés chaque Sabbat, devant la Face de Dieu Ex 25,23-30 ; Lv 24,5-9
Chandelier (menorah) Lieu saint, côté sud Or pur, battu, d'une seule pièce Lumière perpétuelle, du soir au matin Ex 25,31-37 ; Lv 24,2-4
Autel des parfums Lieu saint, devant le voile Acacia plaqué d'or Encens matin et soir, parfum perpétuel Ex 30,1-9
Arche d'alliance et propitiatoire Saint des Saints Acacia plaqué d'or ; propitiatoire et chérubins en or pur Lieu de la rencontre ; aspersion du sang au Yom Kippour Ex 25,10-22 ; Lv 16,14-16

Cette progression — du bronze à l'or, du parvis ouvert au Saint des Saints fermé, du sacrifice quotidien à l'aspersion annuelle — donne une forme concrète et tangible à la théologie de la sainteté graduée déjà rencontrée dans l'organisation spatiale du sanctuaire. Chaque objet est une station sur le chemin qui mène de l'humanité pécheresse à la présence du Dieu saint, chemin que la lettre aux Hébreux relit intégralement comme une préparation et une figure du chemin unique ouvert par le Christ.

IX Pour aller plus loin

Roland de Vaux, Les institutions de l'Ancien Testament, vol. 2, Cerf, 1960 (réimpr. 1991), p. 113-180 — description complète du sanctuaire, de son mobilier et du culte associé.

Menahem Haran, Temples and Temple-Service in Ancient Israel, Oxford, Clarendon Press, 1978 — étude de référence sur l'architecture, le mobilier et le service cultuel du Tabernacle et du Temple.

Carol Meyers, The Tabernacle Menorah, ASOR Dissertation Series 2, Eisenbrauns, 1976 — étude approfondie sur l'origine, la forme et la symbolique de la menorah.

Jacob Milgrom, Leviticus 1–16, Anchor Bible 3, Doubleday, 1991, p. 1009-1084 — excursus sur le rite du Yom Kippour et la fonction du propitiatoire.

William Horbury, Markus Bockmuehl (dir.), articles sur le Temple de Jérusalem, in The Oxford Encyclopedia of the Books of the Bible — pour les aspects archéologiques et historiques du Temple salomonien et hérodien.

Marie-Joseph Lagrange, L'arche d'alliance et le temple, in Revue Biblique, divers articles — sur la disparition de l'arche et la théologie du Nom dans le Deutéronome.

Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, t. I, Aubier, 1965 — pour le développement théologique de la kabod et son accomplissement christologique.