Formation théologique

La virginité dans l'histoire

Les vierges consacrées

Pour bien comprendre l'importance de la virginité (et plus largement de la chasteté) consacrée, il faut ici faire une remarque. Aux origines chrétiennes, les grands modèles sont les saints martyrs, les saints évêques, les vierges consacrées. Ils ont comme une valeur prophétique. II est certain que la virginité consacrée est tellement inattendue dans le monde antique, tellement éloignée de la sexualité environnante, qu'elle a une force de provocation. Qu'une jeune fille accepte de rester vierge, le désire même de tout son coeur, c'est incompréhensible pour les païens. Alors une question se pose à eux : si ces femmes sont heureuses comme cela, quelle est la source de leur bonheur ? Vivre avec Jésus, «épouser le Christ », peut donc donner un sens si fort à la vie ? Le Christ serait-il vraiment vivant ? Par leur seule existence, les vierges consacrées ont donc joué un rôle très fort dans le témoignage et dans l'évangélisation du monde antique.

Les premiers Pères apostoliques

Dès le IIe siècle, on trouve dans l’Église primitive des femmes qui choisissent librement de rester vierges « pour le Royaume ». Ce n’est pas encore une vie monastique organisée : elles vivent chez elles, au cœur de la communauté chrétienne.

Ignace d'Antioche (vers 110) mentionne les vierges parmi les membres reconnus de la communauté chrétienne. Justin et Tertullien évoquent des vierges qui vivent dans le siècle, au sein de leur famille, sans former de communauté. Elles ne sont pas des moniales : elles restent dans le monde.

Au IIIe siècle, la consécration des vierges prend une forme liturgique plus nette. Cyprien de Carthage leur consacre un traité entier (De habitu virginum, vers 249) et les considère comme des épouses du Christ, constituant une élite spirituelle au sein de la communauté. Leur engagement était public et reconnu par l'évêque.

Méthode d'Olympe, à la fin du IIIe siècle, leur consacre son Banquet des dix vierges, dialogue philosophique à l'imitation du Banquet de Platon, qui montre la haute considération théologique dont elles jouissaient.

Un élément fondamental : ces femmes n'entraient pas dans un couvent, elles continuaient à vivre dans le monde (chez elles ou chez leur famille), mais recevaient de l'évêque une consécration solennelle, comprenant la remise du voile (velatio virginum). Cette cérémonie est attestée clairement dès le IVe siècle avec des textes liturgiques précis, notamment chez Ambroise de Milan, qui consacra lui-même plusieurs vierges, dont sa propre sœur Marcelline.

Elles jouissaient d'une place honorifique à l'assemblée liturgique, parfois proches du clergé. Elles se consacraient à la prière, aux œuvres de charité, à l'enseignement des autres femmes. En cas de rupture de leur vœu (mariage), les Pères les traitaient avec une sévérité comparable à l'adultère.

Certaines vierges consacrées sont devenues des saintes très vénérées : Agnès de Rome, Cécile de Rome, Lucie de Syracuse.

Avec l'essor du monachisme féminin au IVe siècle, la figure de la vierge consacrée vivant dans le siècle tendra progressivement à se confondre avec celle de la religieuse en communauté. Mais l'institution ne disparaît pas : son Ordo virginum a survécu jusqu'à aujourd'hui, et le rite de consécration des vierges a été réformé et relancé par Paul VI en 1970.

La période monastique

Pourquoi le monachisme émerge-t-il ? Le monachisme chrétien apparaît principalement au IIIe-IVe siècle, dans un contexte paradoxal : c'est précisément au moment où l'Église sort des persécutions et devient religion tolérée (édit de Milan, 313), puis officielle, que des chrétiens fuient vers le désert. La "paix constantinienne" est vécue par certains comme un risque de tiédeur et de mondanisation. Le désert devient le lieu du combat spirituel, substitut du martyre.

Au IVe siècle commence la période monastique concurremment avec la fin des persécutions des chrétiens sous l'empire romain. Au cours de ce siècle, le monde romain se convertit au christianisme. Les mœurs chrétiennes sont de plus en plus acceptées par la société. Dès lors, vivre célibataire dans le monde perd, en quelque sorte, de sa force exemplaire, de son rôle de «provocation ». Ceux qui veulent vivre une vie différente et plus conforme à un évangélisme radical quittent alors la société normale et se réfugient dans les déserts.

La figure emblématique, c’est Antoine le Grand (v. 251–356). Après avoir entendu l’Évangile (« vends tout ce que tu as… »), il part vivre dans le désert. Il ne cherche pas à fonder un ordre : il veut vivre dans la solitude, la prière et l’ascèse radicale. Mais… des disciples viennent. Et le mouvement démarre. Ce sont les ermites (anachorètes), du grec anachôrein : “se retirer”.

Très vite, une autre forme apparaît : la vie en communauté. C’est Pachôme le Grand (v. 292–348) qui organise les premiers monastères structurés en Égypte. Il écrit une règle, organise le travail, la prière commune, l’autorité d’un supérieur. C’est la naissance du cénobitisme (koinos bios = “vie commune”).

Le mouvement de Pachôme le Grand inclut aussi des monastères de femmes, dirigés par sa sœur Marie. Donc dès l’origine, il y a une organisation parallèle masculine et féminine. En Cappadoce, la sœur de Basile de Césarée, Macrine la Jeune, transforme le domaine familial en communauté ascétique féminine. Grégoire de Nysse (son frère) la présente comme un véritable maître spirituel.

Très vite, des femmes vivent le même idéal. Quand plus tard saint Benoît (né vers 480 ou 490 à Nursie – mort en 547) fonde au Mont Cassin un monastère d'hommes, sa soeur sainte Scholastique établit parallèlement un monastère de femmes. C'est l'origine des milliers de maisons contemplatives de femmes qui couvriront la planète. Le charisme de fondation est alors « la vie parfaite » par la fuite du monde. On vit sous d'autres lois synthétisées par la pratique des trois voeux de chasteté pauvreté et obéissance. Cette opposition monde-vie parfaite sera systématisée par différents auteurs, comme saint Bernard. L'évangélisation se fait indirectement. Les moines sont une référence, un exemple, mais, en principe, ils ne s'attaquent pas directement à la conversion des gens. Pour les hommes, il faudrait introduire mille nuances dans cette affirmation, mais elle est valable davantage pour les femmes. Quand, aux XIIe et XIIIe siècles, on commence à créer des ordres destinés spécifiquement à l'évangélisation, comme les Prémontrés, puis les Mendiants (Dominicains, Franciscains, etc.), leurs branches féminines restent cloîtrées. Les hommes prêchent, les femmes prient.

Les congrégations

(Exposé de Bernard Peyrous, http://vierge.consacree.free.fr/page%20histoire.htm). Au XVIe et XVIIe siècles, commence la péiode des « congrégations », c'est-à-dire des communautés de femmes de vie active, d'évangélisation « directe ». Avec sainte Angèle de Mérici fondatrice des Ursulines, puis saint Vincent de Paul, fondateur des Filles de la Charité, on affirme que les femmes peuvent vivre chastement dans le monde, et non plus seulement dans les cloîtres, en menant à la fois une vie de sainteté et de service. La vie monastique se rapproche ainsi de la société et se transforme.

On garde les trois voeux, mais on les adapte. C'est l'origine des centaines de congrégations de vie active qui ont chacune, en principe, un rôle spécifique catéchèse, action auprès des malades, enseignement, etc. Il continue à s'en fonder aujourd'hui : un bon exemple est constitué par les Missionnaires de la charité de Mère Teresa.

Les instituts séculiers et les communautés nouvelles

(Exposé de Bernard Peyrous) La dernière période commence après la Seconde Guerre Mondiale. Depuis l'entre-deux-guerres, on s'apercevait que le Catholicisme et la société civile s'éloignaient l'un de l'autre. La question était donc : comment évangéliser de nouveau cette société ? On estima alors qu'il fallait rapprocher la vie religieuse des hommes. Ce fut la raison de la naissance des Instituts séculiers, après 1945, dont Notre-Dame de Vie est un exemple en France. Mais, après le Concile de Vatican II, une nouvelle étape fut franchie en plusieurs lieux du monde en même temps, sans aucune coordination humaine. Ce fut la naissance des communautés nouvelles, comportant des hommes et des femmes vivant une vie consacrée dans le monde, avec le soutien de leur communauté.

En somme, cette évolution est logique. Nous nous trouvons devant un monde redevenu largement païen. Dieu ne peut pas abandonner ce monde ni démissionner devant son évolution. Pour le réévangéliser, il redonne à son Église les grâces mêmes des origines chrétiennes, comme on peut les voir vivre par exemple dans le Renouveau charismatique. Aujourd'hui, quand une fille ou un garçon se consacre dans le célibat, ils sont de nouveau pour les hommes, un signe très fort, qui retrouve sa valeur de « provocation », d'interrogation. S'ils vivent joyeusement cette vie d'union avec Dieu, ils manifestent aux hommes la présence du Christ au centre même de leur existence. (Exposé de Bernard Peyrous, http://vierge.consacree.free.fr/page%20histoire.htm)

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