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Origine du mot Église

Eglise vient d’un mot grec : ekklésia qui a été transposé sans traduction dans les langues latines : ecclésia.

Ce mot est formé du verbe grec kaleo  (kaléo) qui signifie : appeler, convoquer, rassembler, et du préfixe ek qui marque la provenance, l’origine.

En grec profane, l’ecclésia désigne l’assemblée du peuple (cf. Ac 19,32), principalement l’assemblée politique (cf. Ac 19,39).

En grec biblique ce mot est l’un des deux mots utilisés par la Septante pour traduire le mot hébreu Qāhāl הל qui désigne l’assemblée. L’origine de ce mot vient de l’hébreu Qôl qui signifie la voix.

Lorsque l’on parle de Qāhāl YHWH, le mot prend le sens d’assemblée du Seigneur. Il désigne l’assemblée liturgique d’Israël qui rassemble le peuple convoqué et assemblé par le Seigneur Dieu d’Israël (Dt 23,2 ; Mi 2,5 ; 1 Ch 28,8…). Cette assemblée a pour modèle l’assemblée du désert à l’Horeb où Dieu a donné sa loi à son peuple comme le rapporte Dt 4,10-14.

« Tu (=le peuple d’Israël) étais debout en présence du Seigneur ton Dieu à l’Horeb, le jour où le Seigneur m’a (= Moïse) dit : « rassemble le peuple auprès de moi ; je leur ferai entendre mes paroles pour qu’ils apprennent à me craindre tous les jours qu’ils vivront sur la terre, et pour qu’ils l’apprennent à leurs fils. En ce jour-là, vous vous êtes approchés, vous vous êtes tenus debout au pied de la montagne : elle était en feu, embrasée jusqu’en plein ciel, dans les ténèbres des nuages et de la nuit épaisse. Et le Seigneur vous a parlé du milieu du feu : une voix parlait, et vous l’entendiez, mais vous n’aperceviez aucune forme, il n’y avait rien d’autre que la voix. Il vous a communiqué son alliance, les dix paroles qu’il vous a ordonné de mettre en pratique, et il les a écrites sur deux tables de pierre. Et à moi, le Seigneur m’a ordonné alors de vous apprendre les lois et les coutumes pour que vous les mettiez en pratique dans le pays où vous aller passer pour en prendre possession » (Dt 4,10-14).

    Quelques caractéristiques de cette assemblée matrice de toute assemblée liturgique juive :

     
  • Elle est convoquée et rassemblée par le Seigneur Dieu d’Israël, autour de lui : « rassemble le peuple auprès de moi » (Dt 4,10).
  • Dans cette rencontre, le peuple a conscience de se situer en présence de son Dieu : « Tu (= le peuple d’Israël) étais debout en présence du Seigneur ton Dieu à l’Horeb » (Dt 4,10).
  • Dans cette assemblée, c’est la voix de Dieu qui s’entend, c’est lui qui parle : « je leur ferai entendre mes paroles » (Dt 4,10) ; « une voix parlait, et vous l’entendiez, mais vous n’aperceviez aucune forme, il n’y avait rien d’autre que la voix.» (Dt 4,12).
  • Dans ce rassemblement, Dieu établit une alliance avec son peuple et lui donne sa loi : « Il vous a communiqué son alliance, les dix paroles qu’il vous a ordonné de mettre en pratique, et il les a écrites sur deux tables de pierre.» (Dt 4,13).
  • Moïse est le médiateur entre Dieu et son peuple : c’est lui qui reçoit l’ordre de rassembler, puis de faire respecter la loi : « le Seigneur m’a (= Moïse) dit : « rassemble le peuple auprès de moi » (Dt 5,10) ; Et à moi, le Seigneur m’a ordonné alors de vous apprendre les lois et les coutumes pour que vous les mettiez en pratique » Dt 4,14).

Lv 23,1-2 Yahvé parla à Moïse et dit : Parle aux israélites ; tu leur diras : Les solennités de Yahvé auxquelles vous les convoquerez, ce sont là mes saintes assemblées.

    L’assemblée convoquée assure ainsi l’unité religieuse et politique du peuple tout en rendant un culte à Dieu. La convocation a pour effet de rassembler au nom d’un même Dieu. On note le caractère solennel qui tranche avec le quotidien, ainsi que la sainteté des assemblées, c’est-à-dire qui appartiennent à Dieu. En résumé :

  • Dieu prend l’initiative ; il nous précède ou vient à notre rencontre.
  • Une médiation humaine en la personne de Moïse qui est chargé de dire la parole de Dieu.
  • Une assemblée est appelée à se réunir : signe de l’ekklésia.
  • ’assemblée est convoquée.
  • ’assemblée est sainte : elle appartient à Dieu.
  • s’agit de solennités, c’est-à-dire d’événements qui sortent de l’ordinaire.

Lv 23,3 Pendant six jours on travaillera, mais le septième jour sera jour de repos complet, jour de sainte assemblée, où vous ne ferez aucun travail. Où que vous habitiez, c’est un sabbat pour Yahvé. 4. Voici les solennités de Yahvé, les saintes assemblées où vous appellerez les israélites à la date fixée : 5. Le premier mois, le quatorzième jour du mois, au crépuscule, c’est Pâque pour Yahvé, 6. et le quinzième jour de ce mois, c’est la fête des Azymes pour Yahvé… 16 Vous compterez cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat et vous offrirez alors à Yahvé une offrande de la nouvelle récolte, … c’est les prémices pour le Seigneur… 24... Le septième mois, le premier jour du mois, il y aura pour vous jour de repos, un jour de souvenir et d’acclamation... 27 D’autre part, le dixième jour de ce septième mois, c’est le jour du Grand Pardon… 34... Le quinzième jour de ce septième mois il y aura pendant sept jours la fête des Tentes pour Yahvé... 37 Telles sont les solennités de Yahvé où vous convoquerez les israélites, saintes assemblées destinées à offrir des mets à Yahvé, holocaustes, oblations, sacrifices, libations, selon le rituel propre à chaque jour.

Voir le commentaire de ce texte

    Dans la Septante, Qāhāl a été traduit par deux mots grecs :

  • ecclēsia qui vient de « kaleo » : appeler, convoquer, rassembler dont l’assonance rappelle Qāhal. Dans la traduction de la Septante, ce mot a souvent été privilégié peut-être en raison des ressemblances de sonorités, mais aussi car il évoquait la « convocation sainte » du peuple de Dieu (cf. Ex 12,16).
  • synagôgê qui vient du verbe sunago qui signifie rassembler, assembler (préfixe sun qui signifie avec, ensemble, et du verbe ago (ago), qui signifie pousser, conduire, emmener), d’où le sens de rassemblement, lieu de rassemblement. Ce mot est aussi utilisé à Qumrân pour désigner la communauté eschatologique des élus de Dieu.

Les juifs ont préféré l’usage de synagôgê pour désigner les assemblées locales de la diaspora juive et leur lieu de rassemblement.

Les chrétiens ont préféré le terme d’ecclésia, probablement aussi pour distinguer leur rassemblement de celui des Juifs. D’une part dans leurs assemblées liturgiques ils étaient, bien sûr, convoqués par Dieu, mais ils se rassemblaient pour faire mémoire de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. Par ailleurs, leurs rassemblements étaient ouverts à tous, juifs et païens.

Lorsque les écrits du N. T. parlent de synagogue, ce terme désigne toujours la maison de prière des Juifs sauf en Ac 13,43 où ce mot désigne l’assemblée du peuple comme en grec profane et en Jc 2,2 où il désigne l’assemblée chrétienne.

ekklésia traduit encore dans la Septante un autre mot hébreu : ’éda qui vient de ya’ad : déterminer, d’où le temps fixé, la fête.

Dans le N. T. ekklésia est employé 115 fois surtout dans la littérature paulinienne (63 fois) et dans les Actes (23 fois). Il est employé à deux reprises seulement dans les évangiles et uniquement chez Matthieu (Mt 16,18 ; 18,17 : deux fois).

« Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et la puissance de la mort n’aura pas de force contre elle » (Mt 16,18 après la confession de foi de Pierre à Césarée de Philippe).

« S’il refuse de les écouter (deux ou trois personnes), dis-le à l’Eglise, et s’il refuse d’écouter l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts » (Mt 18,17 passage sur la correction fraternelle).

Même si les évangélistes n’utilisent pas ce terme, à part les rares fois en Matthieu,, ils ont cependant une conscience vive d’appartenir à cette communauté fondée par le Christ et autour de lui : c’est dans ce milieu ecclésial de rassemblement, lieu de prière, d’enseignement, de rites sacramentels, que se sont progressivement élaborés les évangiles canoniques.

En utilisant ce mot, les chrétiens de la première et de la deuxième génération affirmaient leur conviction d’être l’accomplissement des promesses de la première alliance : peuple rassemblé par Dieu comme tel selon le modèle de l’assemblée de l’Horeb (cf. Dt 5,10-14). Ils ont utilisé ce mot au singulier d’abord pour parler des assemblées locales de chrétiens à Jérusalem (Ac 5,11 ; 8,1 ; 11,22), Antioche de Syrie (Ac 11,26), Césarée (18,22), Ephèse (20,17) ceci à l’exemple des assemblées locales juives). Le pluriel est également utilisé à quelques reprises par Paul pour désigner les communautés chrétiennes qu’il a fondées (cf. Rm 16,4 ; 1 Co 21,2 ; 16,1.19 ; 2 Co 11,8 ; Ga 1,22), il parle encore d’« églises de Dieu » : décalque de Qāhāl YHWH (Adonaï) (cf. 1 Co 10, 32 ; 11,16.18 ; 15,9 ; 2 Co 1,1 ; Ga 1,13). Paul parle encore d’« églises du Christ » au sens d’Eglises qui sont dans le Christ (cf. Rm 16,1 ; Ga 1,22).

C’est avec les lettres aux Colossiens et aux Ephésiens que la signification du mot « Église » prend une dimension universelle avec une réflexion sur le mystère de l’Église développée par l’image de l’Église, corps du Christ (cf. Ep 1,22-23 ; 5,23-25.27.29-30 ; Col 1,18.24).

« Oui, il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné pour tête, au sommet de tout, à l’Eglise qui est aussi son corps » (Eph 1,22).

« Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion ; au contraire, on la nourrit, on l’entoure d’attention comme le Christ fait pour son Eglise ; ne sommes-nous pas les membres de son corps » (Eph 5,29-30).

« Il est lui, la tête du corps qui est l’Eglise » (Col 1,18).

« Maintenant je me réjouis dans les souffrances en faveur de vous et j’offre le comble de ce qui vient en dernier des tribulations du Christ dans ma chair en faveur de son corps qui est l’Eglise. » (Col 1,24).

Ce n’est qu’au 3ème siècle après J. C. que ce mot désigne le bâtiment dans lequel se regroupe la communauté chrétienne.