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Le célibat des prêtres

Le célibat des prêtres fait l'objet de débats. Ceux-ci ne sont pas nouveaux comme le montrent les textes ci-dessous. Les textes sont tirés des liens en bas de page.

Histoire par les textes

Matthieu 19,12 Certains ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux

Actes, 21,8-9 : « [...] la maison de Philippe l'évangéliste, qui était l'un des sept, nous logeâmes chez lui. Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient ».

1 Corinthiens 9, 5 : N’aurions-nous pas le droit d’emmener avec nous une femme chrétienne, comme les autres apôtres, les frères du Seigneur et Céphas ?

1 Co, 7,32 Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires de cette vie, il cherche comment plaire à sa femme, et il se trouve divisé

1Tim 3,12 Que les diacres soient maris d’une seule femme, qu’ils gouvernent bien leurs enfants et leur propre maison

1Tim 1,2 Aussi faut-il que l’épiscope (évêque) soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, pondéré, de bonne tenue, hospitalier, capable d’enseigner, 3ni buveur, ni batailleur, mais doux ; qu’il ne soit ni querelleur, ni cupide. 4Qu’il sache bien gouverner sa propre maison et tenir ses enfants dans la soumission, en toute dignité

IVe. XXXIIIe canon, concile local d’Elvire, 306. « On est tombé d’accord sur l’interdiction totale faite aux évêques, aux prêtres et aux diacres, c’est-à-dire à tous les clercs employés au service de l’autel, d’avoir, de commercer avec leurs épouses et de procréer des enfants ».

IVe. Le Concile de Nicée (325). Canon 3 : « Des femmes qui cohabitent avec des clercs » « Le grand concile a défendu absolument aux évêques, aux prêtres et aux diacres, et en un mot à tous les membres du clergé d'avoir avec eux une femme « co-introduite », à moins que ce ne fût une mère, une sœur, une tante, ou enfin les seules personnes qui échappent à tout soupçon. »

IVe. (concile de Carthage 390) « Epigone, évêque de Bulle la Royale, dit : Dans un concile antérieur, on discuta, de la règle de la continence et de chasteté. Qu'on instruise donc (maintenant) avec plus de force les trois degrés qui, en vertu de leur consécration, sont tenus par la même obligation de chasteté, je veux dire l'évêque, le prêtre et le diacre, et qu'on leur enseigne à garder la pureté.
L'évêque Geneclius dit : Comme on l'a dit précédemment, il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, c'est-à-dire ceux qui sont au service des sacrements divins, observent une continence parfaite, afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu ; ce qu'enseignèrent les apôtres, et ce que l'antiquité elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder. À l'unanimité, les évêques déclarèrent : Il nous plaît à tous que l'évêque, le prêtre et le diacre, gardiens de la pureté, s'abstiennent (du commerce conjugal) avec leur épouse, afin qu'ils gardent une chasteté parfaite ceux qui sont au service de l'autel. ».

IVe. (décrétale Dominus inter, IVe)« Il est prescrit que la pureté soit gardée par les ministres de Dieu, qui peuvent, à tout moment, se trouver dans l’obligation, soit de conférer le baptême, soit d’offrir le sacrifice. Quelqu’un qui est impur, osera-t-il souiller ce qui est saint, alors que les choses saintes sont pour les saints ? … Les idolâtres, pour célébrer leur culte impie et immoler aux démons, s’imposent la continence à l’égard de la femme, et s’abstiennent également de certains aliments, pour rester purs. Et tu me demandes si le prêtre du Dieu véritable, qui doit offrir des sacrifices spirituels, doit demeurer perpétuellement en état de pureté, ou si tout entier dans la chair il doit ‘faire ce dont se soucie la chair’ ! Si le commerce charnel est une souillure, il va de soi que le prêtre doit se tenir prêt en vue de sa fonction céleste ».

IVe. (décrétale Directa 10 février 385) « Nous avons appris qu’un très grand nombre de prêtres du Christ et de lévites (= diacres), longtemps après leur consécration, se sont donné une descendance … Pour justifier leur crime, ils font valoir que, dans l’Ancien Testament, on lit que la faculté d’engendrer est reconnue aux prêtres et aux ministres … Pourquoi (Dieu) a-t-il prescrit aux prêtres d’habiter dans le Temple, loin de leur maison, dans l’année où ils étaient de service ? Cela tendait à ce qu’ils ne puissent pas avoir de commerce charnel, même avec leurs épouses, en sorte que, brillant de l’éclat d’une conscience sans tache, ils présentent à Dieu une offrande agréable ».

Ve. Saint Léon le Grand. « La loi de continence est la même pour les ministres de l’autel (les diacres) que pour les évêques et les prêtres. Lorsqu’ils étaient encore des laïcs ou des lecteurs, ils pouvaient être autorisés à se marier et à procréer des enfants. Mais dès qu’ils atteignaient les degrés nommés ci-dessus, ce qui autrefois leur était permis cessait désormais de l’être. Pour que du mariage selon la chair naisse ainsi un mariage spirituel, il est nécessaire non pas qu’ils répudient leurs épouses, mais qu’ils les aient comme n’en ayant pas, afin que soit gardé l’amour conjugal mais que cesse en même temps l’usage du mariage »

VIIe. Le concile Quinisexte, dit in-Trullo, de 691 (Eglise bysantine) - Can. 13: "Des prêtres et des diacres, qu’ils peuvent garder leurs épouses. Comme nous avons appris que dans l'Eglise de Rome il s'est établi comme règle qu'avant de recevoir l'ordination de diacre ou de prêtre, les candidats promettent publiquement de ne plus avoir de rapports avec leurs épouses : nous, nous conformant à l'antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique, nous voulons que les mariages légitimes des hommes consacrés à Dieu restent en vigueur même à l'avenir, sans dissoudre le lien qui les unit à leurs épouses, ni les priver des rapports mutuels dans les temps convenables. De la sorte, si quelqu'un est jugé digne d'être ordonné sous-diacre ou diacre ou prêtre, que celui-là ne soit pas empêché d'avancer dans cette dignité, parce qu'il a une épouse légitime, ni qu'on exige de lui de promettre au moment de son ordination, qu'il s'abstiendra des rapports légitimes avec sa propre épouse ; car sans cela nous insulterions par là au mariage institué par la loi de Dieu et béni par sa présence, alors que la voix de l'Evangile nous crie: "Que l'homme ne sépare pas ceux que Dieu a unis", et l'apôtre enseigne: "Que le mariage soit respecté par tous et le lit conjugal sans souillure" ; et encore : "Es-tu lié à une femme par les liens du mariage ? ne cherche pas à les rompre".
Nous savons d'autre part que les Pères réunis a Carthage, par mesure de prévoyance pour la gravité des mœurs des ministres de l'autel, ont décidé "que les sous-diacres, qui touchent aux saints mystères, les diacres et les prêtres aussi, s'abstiennent de leurs femmes pendant les périodes qui leurs sont particulièrement (assignées)", "ainsi nous garderons, nous aussi, ce qui fut transmis par les apôtres et observé de toute antiquité, sachant qu'il y a un temps pour toute chose, surtout pour le jeûne et la prière : il faut en effet que ceux qui s'approchent de 1'autel, dans le temps ou ils touchent aux choses saintes soient continents en toute chose, afin qu'ils puissent obtenir ce qu'ils demandent en toute simplicité a Dieu. Si donc quelqu'un, agissant contre les canons apostoliques, ose priver un clerc des ordres sacrés, c'est-à-dire un prêtre ou un diacre ou un sous-diacre, des rapports conjugaux et de la société de sa femme légitime, qu'il soit déposé : de même, "si un prêtre ou un diacre renvoie sa femme sous prétexte de piété, qu’il soit excommunié, et s’il persiste, déposé".

XIIe. 2ème Concile du Latran (1139), Canon 6. Nous décrétons que ceux qui, étant dans le diaconat et dans les ordres supérieurs, auraient pris femme ou auraient une concubine, seront privés de leur office et de leur bénéfice ecclésiastique. En effet, puisqu’ils doivent être et être dits temples de Dieu, vases du Seigneur, sanctuaires du Saint-Esprit, il est indigne qu’ils soient esclaves des chambres à coucher et de débauches. »
Canon 7. De plus, marchant sur les pas des pontifes romains nos prédécesseurs Grégoire VII, Urbain et Pascal, nous ordonnons que personne n’entende la messe de ceux dont il est notoire qu’ils ont une épouse ou une concubine. Afin que la loi de la continence et de la pureté qui plait à Dieu s’étende parmi les personnes ecclésiastiques et ceux qui ont reçu les ordres sacrés, nous statuons que les évêques, les prêtres, les diacres, les sous- diacres, les chanoines réguliers, les moines et les convers ayant fait profession qui auraient osé, transgressant leur saint propos, s’unir à une épouse soient séparés de celle-ci. En effet, nous décrétons qu’une telle union, dont il est évident qu’elle a été contractée à l’encontre de la règle de l’Eglise, n’es pas un mariage. Que ceux qui se sont séparés l’un de l’autre fassent une pénitence en rapport avec de si grands excès. »

XVIe. Luther, 1520. « Le déplorable célibat des garçons et des filles me révèle chaque jour tant d’horreurs qu’aucun mot ne sonne si odieusement à mes oreilles que ceux de nonne, moine et de prêtre. »

XVIe. Confessions d'Augsbourg (1530). Il est urgent, utile et conforme à l'esprit chrétien d'examiner soigneusement cet état de choses, de peur que, par suite de l’interdiction du mariage, une impudicité plus honteuse et des vices plus abjects n’envahissent le pays allemand. Car personne ne pourra jamais modifier ou améliorer ces choses avec plus de sagesse que Dieu lui-même qui a institué l’état de mariage pour venir en aide à l’infirmité humaine et pour mettre obstacle a l'immoralité.
En quoi, d’ailleurs, le mariage des prêtres et des ecclésiastiques peut-il être préjudiciable à l’Église chrétienne universelle, et en particulier le mariage des pasteurs de paroisse et des autres ministres de l’Église ?

XVIe. Concile de Trente (1545-1563) «Celui qui dit que l’état conjugal est préférable à l’état de virginité et de célibat, qu’il soit anathème.»

XXe. Paul VI, sacerdotalis caelibatus, 1967. Jésus a recommandé aussi,(8) en paroles lourdes de mystères et de promesses, une consécration plus parfaite encore au règne des cieux par la virginité fruit d’un don particulier (Mt. 19, 11-12). 26. "Saisi par le Christ Jésus" (Phil. 3, 12) jusqu’à s’abandonner totalement à Lui, le prêtre se configure plus parfaitement au Christ également dans l’amour avec lequel le Prêtre éternel a aimé l’Eglise son Corps, s’offrant tout entier pour elle, afin de s’en faire une Epouse glorieuse, sainte et immaculée (cf. Eph. 5, 25-27). La virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l’amour virginal du Christ pour l’Eglise et la fécondité virginale et surnaturelle de cette union, en vertu de quoi les fils de Dieu ne sont pas engendrés de la chair et du sang (Jean 1, 13).

XXe. Le concile Vatican II. « En gardant la virginité ou le célibat pour le Royaume des cieux, les prêtres se consacrent au Christ d’une manière nouvelle et privilégiée« , « ils évoquent les noces mystérieuses voulues par Dieu, qui se manifesteront pleinement aux temps à venir: celles de l’Eglise avec l’unique époux qui est le Christ. Enfin, ils deviennent le signe vivant du monde à venir, déjà présent par la foi et la charité, où les enfants de la résurrection ne prennent ni femme ni mari » (Presbyterorum ordinis, n°16).

XXe. Le code de droit canonique (promulgué en 1983), au canon 277, dispose : « Les clercs sont tenus par l’obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s’unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s’adonner plus librement au service de Dieu et des hommes.

XXe. Jean Paul II en juillet 1993: «Le célibat n’est pas essentiel au sacerdoce, il ne fut pas promulgué comme une loi par Jésus-Christ.»

XXIe. Document de travail du synode sur l'Amazonie, 2021. Tout en affirmant que le célibat est un don pour l’Église, il est demandé, pour les zones les plus reculées de la région, d’étudier la possibilité d’ordinations sacerdotales d’anciens, de préférence indigènes, respectés et acceptés par leurs communautés, pouvant même avoir une famille établie et stable, afin d’assurer les sacrements qui accompagnent et soutiennent la vie chrétienne".

XXIe. Pape François, 2022. « Le célibat est un don que l’Église latine conserve, mais il est un don qui, pour être vécu comme sanctification, nécessite des relations saines, des rapports d’estime véritable qui trouvent leurs racines dans le Christ », a insisté François. Avant d’ajouter : « Sans amis et sans prière, le célibat peut devenir un poids insupportable et un contre-témoignage à la beauté même du sacerdoce. »

XXIe. Charles Delhez, jésuite, 2022. La vocation au célibat est le propre de la vie religieuse (les pères, les frères, les sœurs). Il fut un temps où tout moine un peu instruit devait être ordonné prêtre, comme si c’était un grade supérieur. Or, la vie religieuse a son sens en elle-même, indépendamment du sacerdoce. Ne faut-il pas aussi retrouver un presbytérat indépendant du célibat tout en reconnaissant que ces deux vocations peuvent aussi aller de pair ? Bref, c’est parce que je crois à la beauté du célibat qu’il doit devenir libre !

XXIe. Mgr Wintzer, 2022. Bien sûr, ce célibat est le corollaire de ma disponibilité à être prêtre, mais il doit aussi correspondre à un état humain, psychologique, me permettant de le vivre comme un chemin d’humanisation. J’ai connu plusieurs jeunes qui avaient le désir d’être prêtre, mais ils ne se voyaient pas vivre sans épouse, sans enfants. Ils auraient fait d’excellents prêtres, j’en suis certain, mais de mauvais célibataires. La règle du célibat prive ainsi l’Église catholique de quelques excellents prêtres, d’excellents pasteurs.

Une vocation au célibat ?

Selon l'anthropologie biblique du premier chapitre de la Genèse, l'homme et la femme sont appelés (vocation) à former un couple dans le but de procréer. Mais toute règle souffre d'exceptions. En dehors des vocations sacerdotales et religieuses, certaines personnes restent célibataires par choix ou parce qu'elles n'ont pas trouvé un partenaire dans la singularité de leur histoire. En ce qui concerne les vocations sacerdotales et religieuses, il s'agit d'abord d'un appel à devenir prêtre, pasteur, religieux(se), vocation qui inclut ou non la discipline du célibat. Il n'y a donc pas à proprement parler de vocation au célibat, dans le sens d'un appel.

Liens

Histoire
Histoire
Lien Wikipedia
Concile de Latran
Paul VI, Encyclique sur le célibat sacerdotal Confession de foi d'Augsbourg (pdf)
Charles Delhez : C’est parce que je crois à la beauté du célibat qu’il doit devenir libre !
Mgr Wintzer : « La règle du célibat prive l’Église d’excellents prêtres »
Christophe Henning : Le célibat des prêtres, 2 000 ans d’histoire
Sarah Dumortier : Le célibat ecclésiastique : une vision confessionnelle divergente dans les diocèses septentrionaux (xvie-xviie siècle)