Formation théologique

Évangile selon Luc — Commentaire théologique

Chapitre 10

L'envoi des soixante-douze · Le retour des disciples et la vision de Satan · La béatitude des témoins · La révélation au Père et au Fils · Le grand commandement · Le bon Samaritain · Marthe et Marie

Lc 10,1-42 — La mission élargie, le prochain sans frontières et la part qui ne sera pas enlevée

Le chapitre 10 s'ouvre sur la première grande unité du voyage vers Jérusalem et rassemble des textes parmi les plus riches de l'évangile selon Luc. L'envoi des soixante-douze disciples en mission (v. 1-12), suivi des malédictions sur les villes qui ont refusé d'accueillir le message (v. 13-16), prépare le retour joyeux des envoyés et la grande contemplation trinitaire qui en est le fruit (v. 17-24). La question du docteur de la loi sur le commandement premier conduit Jésus à raconter la parabole du bon Samaritain (v. 25-37), chef-d'œuvre de la littérature évangélique propre à Luc. Le chapitre s'achève sur le bref épisode de Marthe et Marie (v. 38-42), qui articule en deux figures complémentaires les deux dimensions essentielles de la vie chrétienne : le service actif et l'écoute contemplative.

Ce chapitre est traversé par deux grandes questions : qui est mon prochain ? (posée par le docteur de la loi) et quelle est la part bonne ? (posée implicitement par la scène de Marthe et Marie). Les réponses de Jésus à ces deux questions redessinent entièrement le paysage moral et spirituel de ses auditeurs : le prochain n'est pas celui que je choisis mais celui que j'accepte de devenir pour autrui, et la part bonne n'est pas ce que j'accomplis pour Jésus mais ce que je reçois de lui en l'écoutant.

I Texte — Luc 10,1-42 (TOB)

L'envoi des soixante-douze (v. 1-12)

« Après cela, le Seigneur désigna encore soixante-douze autres disciples et les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même allait se rendre. Il leur dit : "La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales. Ne saluez personne en chemin. Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord : Paix à cette maison. S'il se trouve là un fils de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison-là, mangeant et buvant ce qu'on vous donnera ; car l'ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans quelque ville que vous entriez et où l'on vous accueille, mangez ce qu'on vous offrira. Guérissez les malades qui s'y trouvent et dites-leur : Le Règne de Dieu s'est approché de vous. Mais dans quelque ville que vous entriez et où l'on ne vous accueille pas, sortez sur les places et dites : Même la poussière de votre ville qui s'est attachée à nos pieds, nous l'essuyons pour vous la laisser. Cependant, sachez-le : le Règne de Dieu s'est approché. Je vous le dis, en ce jour-là, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville." » (Lc 10,1-12)

Les malédictions sur les villes et le retour des soixante-douze (v. 13-20)

« "Malheur à toi, Corazaïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient fait pénitence, couverts de sacs et assis dans la cendre. Aussi, lors du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous. Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Tu descendras jusqu'au séjour des morts." (…) Les soixante-douze revinrent tout joyeux en disant : "Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom." Il leur dit : "Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents, les scorpions, et toute la puissance de l'Ennemi, et rien ne vous fera aucun mal. Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux." » (Lc 10,13-15.17-20)

La joie de Jésus et la révélation trinitaire (v. 21-24)

« À ce moment même, il tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux savants et de les avoir révélées aux tout-petits. Oui, Père, c'est ainsi que tu l'as voulu. Tout m'a été remis par mon Père, et personne ne sait qui est le Fils sinon le Père, ni qui est le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler." Puis, se tournant vers ses disciples, il dit à part lui : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu." » (Lc 10,21-24)

Le grand commandement et la parabole du bon Samaritain (v. 25-37)

« Et voici qu'un docteur de la Loi se leva pour le mettre à l'épreuve et dit : "Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ?" Il lui dit : "Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ?" Il répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même." Jésus lui dit : "Tu as bien répondu. Fais cela et tu vivras." Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Jésus reprit la parole et dit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba aux mains de bandits qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. De même un lévite, arrivant à cet endroit, le vit et passa de l'autre côté. Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de lui et, le voyant, fut touché de pitié. Il s'approcha et pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre bête, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, les donna à l'aubergiste et dit : Prends soin de lui et ce que tu dépenseras en plus, c'est moi qui te le rembourserai à mon retour. Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé aux mains des bandits ?" Il répondit : "Celui qui a eu pitié de lui." Et Jésus lui dit : "Va et, toi aussi, fais de même." » (Lc 10,25-37)

Marthe et Marie (v. 38-42)

« Comme ils étaient en chemin, il entra dans un village et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s'affairait à un service compliqué. Elle s'arrêta et dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse seule à servir ? Dis-lui donc de m'aider." Le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas enlevée." » (Lc 10,38-42)

II L'envoi des soixante-douze : la mission universelle anticipée (v. 1-12)

Le nombre soixante-douze et sa signification

Le chiffre soixante-douze — ou soixante-dix selon les manuscrits, les deux variantes coexistant dans la tradition textuelle — correspond au nombre des nations du monde selon la liste de Gn 10 dans la Septante (soixante-dix dans le texte hébreu, soixante-douze dans la version grecque). En envoyant soixante-douze disciples, Jésus anticipe symboliquement la mission universelle aux nations que les Actes des Apôtres décrira comme accomplie à la Pentecôte : la mission ne se limite plus aux Douze, figures du nouvel Israël, mais s'étend à l'humanité entière.

Agneaux au milieu des loups, sans bourse ni sac

Les instructions de dépouillement radical reprennent et amplifient celles données aux Douze au chapitre 9, en ajoutant l'interdiction de saluer qui que ce soit en chemin — geste qui, dans le contexte oriental, impliquait de longs échanges de politesses susceptibles de retarder une mission dont l'urgence est soulignée par l'image de la moisson mûre. L'image des agneaux au milieu des loups évoque la vulnérabilité volontaire des envoyés, qui renoncent à toute protection humaine au profit de la seule autorité du nom de Jésus.

III Le retour des soixante-douze et la vision de Satan (v. 17-20)

« Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair »

La réponse de Jésus à la joie des disciples devant leur pouvoir sur les démons est l'une des paroles les plus énigmatiques et les plus riches de l'évangile. La vision de Satan tombant du ciel « comme un éclair » — au passé, « je voyais » — n'est pas une vision future mais une réalité contemplée par Jésus dès maintenant : la mission des soixante-douze n'est pas seulement un succès pastoral mais la manifestation d'une victoire cosmique déjà accomplie sur la puissance du mal. La chute de Satan n'est pas encore la destruction finale de son pouvoir, mais l'annonce anticipée du triomphe pascal.

« Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux »

La correction apportée par Jésus à la joie des disciples — non le pouvoir sur les démons mais l'inscription des noms dans les cieux — réoriente le fondement de la joie chrétienne : ce qui compte n'est pas l'efficacité de l'action accomplie mais la relation personnelle avec Dieu qui est son fondement. Cette parole prémunit contre une spiritualité de la performance missionnaire qui ferait reposer la joie sur les résultats plutôt que sur la grâce de l'élection.

IV La révélation trinitaire aux tout-petits (v. 21-24)

Le tressaillement de joie de Jésus

Luc est le seul évangéliste à préciser que la grande prière trinitaire de Jésus est prononcée « sous l'action de l'Esprit Saint » et qu'elle s'accompagne d'un tressaillement de joie (ēgalliasato) — le même verbe qui avait décrit le tressaillement de Jean-Baptiste dans le sein d'Élisabeth (1,44). Ce tressaillement de joie, mis en mouvement par l'Esprit, associe Jésus à la longue chaîne de ceux qui ont exulté devant l'action de Dieu dans l'histoire, de Marie au Baptiste, de la prophétesse Anne aux bergers de la nuit de Noël.

La réciprocité de la connaissance filiale

La formule — « personne ne sait qui est le Fils sinon le Père, ni qui est le Père sinon le Fils » — est l'une des rares déclarations explicitement johanniques que l'on trouve dans les synoptiques, et elle est seule dans son genre chez Luc. Elle affirme une réciprocité de connaissance entre le Père et le Fils qui transcende toute connaissance humaine ordinaire, et fonde la possibilité de la révélation sur la seule volonté libre du Fils : « celui à qui le Fils veut bien le révéler ». Cette révélation est accordée non aux sages et aux savants mais aux tout-petits — terme qui renvoie aux disciples eux-mêmes, mais aussi à toute la tradition lucanienne des pauvres et des humbles comme bénéficiaires privilégiés de la grâce.

V Le bon Samaritain : qui est mon prochain ? (v. 25-37)

Le renversement de la question

La question du docteur de la loi — « qui est mon prochain ? » — cherche à délimiter un cercle : jusqu'où s'étend mon obligation d'amour ? Jésus déplace la question de manière décisive : à la fin de la parabole, il demande non « qui était le prochain de l'homme blessé ? » mais « lequel des trois a été le prochain de l'homme tombé aux mains des bandits ? » Ce déplacement transforme radicalement la logique morale : la question n'est plus qui mérite d'être mon prochain (critère de réception passive) mais comment je deviens le prochain de celui qui est devant moi (critère d'action active). Le prochain n'est pas une catégorie préexistante mais une relation que je crée par mon geste de compassion.

Le Samaritain : la pitié de l'étranger honni

Le choix d'un Samaritain comme figure du prochain par excellence est délibérément provocateur dans le contexte judéen de l'époque : les Samaritains étaient perçus par les Juifs comme des hétérodoxes, des demi-étrangers méprisables, et le chapitre précédent vient de mentionner leur refus d'accueillir Jésus (9,52-53). Que ce soit précisément lui — et non le prêtre ni le lévite, représentants de la religion officielle — qui accomplit l'amour du prochain dans toute sa plénitude constitue le scandale calculé de la parabole : la grâce ne coïncide pas avec l'institution religieuse.

Les gestes du Samaritain : une charité totale

L'accumulation des gestes du Samaritain — s'approcher, voir, être touché de pitié, panser les plaies avec huile et vin, charger l'homme sur sa bête, le conduire à l'auberge, prendre soin de lui, payer, promettre de rembourser le surplus — dessine une charité qui mobilise successivement le regard, l'émotion intérieure, le corps, les biens, le temps et l'avenir. Elle ne s'arrête jamais à la seule bonne intention ni au seul geste ponctuel, mais engage la totalité de la personne sur la totalité du besoin de l'autre.

Le bon Samaritain dans la tradition exégétique et la doctrine sociale

Cette parabole a suscité deux grandes traditions d'interprétation. La tradition allégorique, inaugurée par Origène (Homélies sur Luc, 34) et reprise par Ambroise et Augustin, identifie le blessé à l'homme déchu par le péché, le Samaritain au Christ lui-même descendu prendre soin de l'humanité blessée, l'auberge à l'Église, et les deux deniers aux sacrements. La tradition morale et sociale, dominante dans l'exégèse moderne, retient avant tout l'interpellation éthique concrète : « va et fais de même ». Jean-Paul II, dans Dives in Misericordia (1980, n. 3), a montré que ces deux lectures ne s'excluent pas : le Christ est le Samaritain qui nous soigne, et c'est parce que nous sommes soignés par lui que nous pouvons à notre tour devenir le prochain d'autrui. Le Catéchisme de l'Église catholique (n. 1931-1933) cite cette parabole comme fondement évangélique de la fraternité humaine universelle.

VI Marthe et Marie : la part qui ne sera pas enlevée (v. 38-42)

Deux attitudes, non deux personnes

L'épisode de Marthe et Marie est souvent lu comme une opposition entre la vie active et la vie contemplative, voire comme une dévaluation du service pratique au profit de la prière. Une lecture plus attentive du texte résiste à cette simplification : ce n'est pas le service de Marthe en lui-même que Jésus critique, mais l'agitation anxieuse — « tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses » — qui l'a envahie au point de la rendre incapable d'entendre la parole. L'opposition n'est pas entre action et contemplation mais entre une action qui ordonne tout à l'accueil de l'autre, et une agitation qui, paradoxalement, finit par perdre de vue le visiteur lui-même.

« Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas enlevée »

La formule — « la bonne part, qui ne lui sera pas enlevée » — est décisive. Elle ne dit pas que la part de Marie est la seule bonne, ni que celle de Marthe est mauvaise. Elle affirme que la relation à Jésus établie dans l'écoute de sa parole est une réalité qui dure et qui demeure, que rien — pas même la mort, pas même le départ de Jésus — ne pourra arracher. Cette permanence de la « bonne part » reçue dans l'écoute fait écho à la parabole des deux maisons (6,48) : ce qui est bâti sur la Parole de Jésus résiste à toutes les crues.

Marie, figure du disciple à l'écoute

La posture de Marie — « assise aux pieds du Seigneur », elle « écoutait sa parole » — reprend exactement la posture du disciple dans la tradition juive, assis aux pieds du maître pour recevoir son enseignement. En adoptant cette posture typiquement masculine à l'époque, Marie franchit une frontière culturelle significative, et Jésus la valide pleinement. Cette scène, propre à Luc, complète la notice du chapitre 8 sur les femmes qui accompagnent Jésus en le soutenant de leurs biens : les femmes ne sont pas seulement des donatrices ou des servantes, mais des disciples à part entière, appelés à écouter et à recevoir l'enseignement du Seigneur.

VII Synthèse théologique

Le prochain sans frontières et le service sans agitation

Le chapitre 10 articule deux réponses complémentaires à la question de la vie chrétienne. La parabole du bon Samaritain répond à la question « que dois-je faire ? » : aller vers l'autre sans calculer s'il mérite d'être mon prochain, avec une charité qui mobilise la totalité de la personne. L'épisode de Marthe et Marie répond implicitement à la question « comment puis-je le faire durablement ? » : en puisant sans cesse dans l'écoute de la parole du Seigneur la source et la mesure de toute action.

La révélation aux tout-petits comme clé de la mission

La grande prière trinitaire de Jésus (v. 21-24) place au cœur du chapitre une contemplation qui illumine à la fois la mission des soixante-douze et les deux scènes qui suivent : c'est parce que le Père révèle aux tout-petits ce qu'il cache aux sages que les soixante-douze peuvent annoncer le Royaume avec une autorité qui dépasse leurs moyens humains, que le Samaritain peut devenir l'instrument inattendu de la grâce, et que Marie peut recevoir, assise aux pieds d'un itinérant sans maison, « la bonne part » que rien ne peut lui enlever.

Action et contemplation : un équilibre lucanien

La juxtaposition délibérée de la parabole du bon Samaritain et de l'épisode de Marthe et Marie dans ce même chapitre refuse toute séparation entre l'action charitable et l'écoute contemplative. Luc ne hiérarchise pas définitivement l'une par rapport à l'autre mais montre que chacune, sans l'autre, se pervertit : la charité sans l'écoute devient agitation anxieuse ; l'écoute sans la charité risque l'évasion. La vie chrétienne intégrale requiert les deux, articulées autour de la même source : la parole et la personne de Jésus.

VIII Questions pour l'approfondissement

1. Jésus renverse la question du docteur de la loi : au lieu de demander qui est mon prochain, il demande lequel a été le prochain. En quoi ce déplacement transforme-t-il entièrement notre manière de concevoir notre responsabilité envers autrui, en passant d'une logique de réception passive à une logique d'initiative active ?

2. Le prêtre et le lévite, représentants de la religion officielle, passent de l'autre côté. Peut-on imaginer les raisons légitimes (impureté rituelle au contact d'un mort apparent, urgence d'une mission liturgique) qui les ont motivés ? Ce questionnement change-t-il quelque chose à la portée morale de la parabole ?

3. Jésus corrige la joie des soixante-douze pour leur succès missionnaire en les invitant à se réjouir plutôt de ce que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Comment cette parole peut-elle nous aider à ne pas faire reposer notre paix spirituelle sur les résultats de notre engagement chrétien ?

4. Jésus ne condamne pas le service de Marthe mais son agitation anxieuse — « tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ». Comment discerner, dans notre propre vie chrétienne active, la frontière entre le service généreux et l'agitation qui perd de vue l'essentiel ?

5. La révélation trinitaire est accordée aux tout-petits et non aux sages et aux savants. Cette parole remet-elle en question la valeur de la formation théologique et intellectuelle dans la foi, ou pointe-t-elle vers une autre forme de petitesse compatible avec la compétence intellectuelle ?

X Pour aller plus loin

Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke X-XXIV, Anchor Bible 28A, Doubleday, 1985, p. 851-923 — commentaire détaillé du bon Samaritain, de la prière trinitaire et de Marthe et Marie.

François Bovon, L'Évangile selon saint Luc 9,51-14,35, CNT, Labor et Fides, 1996, p. 53-112 — commentaire francophone de référence sur le chapitre 10.

Klyne Snodgrass, Stories with Intent: A Comprehensive Guide to the Parables of Jesus, Eerdmans, 2008, p. 339-372 — étude comparative et exégétique de la parabole du bon Samaritain dans son contexte littéraire et théologique.

Jean-Paul II, Dives in Misericordia (1980), n. 3 — sur le Samaritain comme figure du Christ miséricordieux et fondement christologique de la charité.

Adalbert de Vogüé, La Règle de saint Benoît, commentaire historique et critique, vol. 7, Abbaye de Bellefontaine, 1977 — sur la réception monastique de la tension Marthe-Marie comme modèle de la vie consacrée, articulant action et contemplation.