Formation théologique

Évangile selon Luc — Commentaire théologique

Chapitre 6

Les controverses du sabbat · Le choix des Douze · Le sermon dans la plaine : béatitudes et malédictions · L'amour des ennemis · Le jugement · L'arbre et ses fruits · Les deux maisons

Lc 6,1-49 — Le sermon dans la plaine : éthique du Royaume et figure du disciple

Le chapitre 6 constitue, avec les deux controverses du sabbat qui l'ouvrent (v. 1-11), le choix des Douze après une nuit de prière (v. 12-16), et surtout le long sermon dans la plaine (v. 17-49), l'un des sommets doctrinaux de l'évangile selon Luc. Ce sermon — parallèle au Sermon sur la montagne de Matthieu (Mt 5-7), bien que plus court et différemment accentué — rassemble l'enseignement de Jésus sur la condition du disciple, en commençant par les béatitudes et leurs malédictions correspondantes (v. 20-26), propres à Luc dans cette forme, avant de développer l'exigence de l'amour des ennemis (v. 27-36), les mises en garde contre le jugement (v. 37-42) et de s'achever par les paraboles de l'arbre et des deux maisons (v. 43-49).

Le sermon lucanien se distingue de son parallèle matthéen par plusieurs traits caractéristiques : les béatitudes y sont prononcées à la deuxième personne du pluriel (« heureux vous les pauvres »), les malédictions symétriques y sont pleinement développées, et l'ensemble est prononcé non depuis une montagne mais dans « un endroit plat », au milieu d'une foule vaste composée à la fois de disciples et d'une multitude de peuple venue de tout le pays. Ces choix rédactionnels délibérés situent l'enseignement de Jésus non dans la solennité d'une montagne-Sinaï mais au ras du sol de l'existence humaine ordinaire.

I Texte — Luc 6,1-49 (TOB)

Les controverses du sabbat (v. 1-11)

« Un sabbat, Jésus traversait des champs de blé, et ses disciples arrachaient des épis, les froissaient dans leurs mains et les mangeaient. Des pharisiens dirent : "Pourquoi faites-vous ce qui n'est pas permis le jour du sabbat ?" Jésus leur répondit : "N'avez-vous pas lu ce que fit David lorsqu'il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui ? Il entra dans la maison de Dieu et, prenant les pains de l'offrande, il en mangea et en donna à ses compagnons, alors qu'il n'est permis qu'aux seuls prêtres d'en manger." Et il leur disait : "Le Fils de l'homme est maître du sabbat." » (Lc 6,1-5)

« Un autre sabbat, il entra dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était desséchée. Les scribes et les pharisiens l'observaient pour voir s'il allait guérir le jour du sabbat, afin de trouver de quoi l'accuser. Mais lui connaissait leurs pensées ; il dit à l'homme qui avait la main desséchée : "Lève-toi et tiens-toi là au milieu." Il se leva et se tint là. Jésus leur dit : "Je vous pose la question : est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une vie ou de la perdre ?" Il les regarda tous et dit à l'homme : "Étends ta main." Il le fit, et sa main fut rétablie. Ils furent remplis de fureur et ils se concertèrent pour savoir ce qu'ils feraient à Jésus. » (Lc 6,6-11)

Le choix des Douze (v. 12-16)

« En ces jours-là, Jésus s'en alla dans la montagne pour prier, et il passa la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples ; il en choisit douze, auxquels il donna le nom d'apôtres : Simon, à qui il donna le nom de Pierre, et André son frère, Jacques et Jean, Philippe et Barthélemy, Matthieu et Thomas, Jacques fils d'Alphée et Simon appelé le Zélote, Jude fils de Jacques et Judas Iscariote, qui devint traître. » (Lc 6,12-16)

La foule et les guérisons (v. 17-19)

« Il descendit avec eux et s'arrêta dans un endroit plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une foule nombreuse de peuple venu de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon, qui étaient venus pour l'entendre et se faire guérir de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris. Et toute la foule cherchait à le toucher, car une force sortait de lui et les guérissait tous. » (Lc 6,17-19)

Les béatitudes et les malédictions (v. 20-26)

« Alors Jésus, levant les yeux sur ses disciples, dit : "Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïront, lorsqu'ils vous excluront et vous insulteront, et rejetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d'allégresse, car voici que votre récompense est grande dans le ciel ; c'est ainsi, en effet, qu'agissaient leurs pères à l'égard des prophètes. Mais quel malheur pour vous les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes rassasiés maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous connaîtrez le deuil et les larmes ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous, car c'est ainsi qu'agissaient leurs pères à l'égard des faux prophètes !" » (Lc 6,20-26)

L'amour des ennemis (v. 27-36)

« Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À qui te frappe sur la joue, présente l'autre joue ; à qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. À tout homme qui te demande, donne ; à qui prend ce qui t'appartient, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en sait-on ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en sait-on ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en sait-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs pour en recevoir autant. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour ; votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux." » (Lc 6,27-36)

Ne pas juger, donner, l'aveugle et le guide (v. 37-42)

« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; absolvez et vous serez absous. Donnez et il vous sera donné : c'est une mesure comble, tassée, secouée, débordante, qu'on versera dans votre sein. Car la mesure dont vous vous servez servira de mesure pour vous." Il leur disait aussi une parabole : "Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? Le disciple n'est pas au-dessus de son maître ; mais une fois bien formé, tout disciple sera comme son maître. Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère, alors que tu ne remarques pas la poutre qui est dans ton propre œil ? Comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre dans le tien ? Hypocrite, enlève d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clairement pour enlever la paille qui est dans l'œil de ton frère." » (Lc 6,37-42)

L'arbre et ses fruits, les deux maisons (v. 43-49)

« Ce n'est pas un bon arbre qui produit un fruit mauvais, ni un arbre mauvais qui produit un bon fruit. Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines, on ne vendange pas des raisins sur des ronces. L'homme bon tire ce qui est bon du bon trésor de son cœur ; et l'homme mauvais tire ce qui est mauvais de son mauvais fonds, car la bouche parle de ce qui déborde du cœur. Pourquoi m'appelez-vous : Seigneur, Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je dis ? Tout homme qui vient à moi et écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à un homme qui, en bâtissant une maison, a creusé, approfondi, et posé les fondations sur le roc. Quand la crue survint, le fleuve se rua sur cette maison, mais il ne put l'ébranler, parce qu'elle était bien bâtie. Mais celui qui a entendu et n'a pas mis en pratique ressemble à un homme qui a bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le fleuve se rua sur elle, et aussitôt elle s'écroula ; et la ruine de cette maison fut grande." » (Lc 6,43-49)

II Les controverses du sabbat : « le Fils de l'homme est maître du sabbat » (v. 1-11)

La logique de l'analogie davidique

Face à l'objection des pharisiens sur la cueillette des épis le jour du sabbat, Jésus ne réfute pas la règle sabbatique mais en déplace le fondement en recourant à l'exemple de David mangeant les pains de l'offrande réservés aux prêtres (1 S 21,2-7). L'argument est implicitement christologique : si la situation de David, figure messianique, lui permettait de dépasser une règle rituelle en cas de nécessité, a fortiori celui qui est « maître du sabbat » peut-il en redéfinir l'application à la lumière de sa propre autorité.

« Est-il permis de faire du bien ou du mal le jour du sabbat ? »

La question rhétorique de Jésus avant la guérison de l'homme à la main desséchée renverse entièrement le cadre du débat : la vraie question n'est pas de savoir si une guérison constitue un travail interdit le sabbat, mais si l'inaction — refuser de guérir alors qu'on en a le pouvoir — n'équivaut pas, moralement, à faire du mal. Ce retournement de la question manifestera un des traits constants de Jésus en débat : il ne répond pas sur le terrain de l'adversaire mais déplace le problème vers son fond éthique et théologique véritable.

III Le choix des Douze après une nuit de prière (v. 12-16)

Conformément au motif lucanien de la prière aux moments décisifs (cf. 3,21 ; 9,18.28-29), Jésus passe la nuit entière en prière avant de choisir les Douze, soulignant que cet acte fondateur de la communauté apostolique est d'abord un acte de discernement spirituel, non un simple choix humain. La liste des Douze, légèrement différente de celle de Matthieu (Jude fils de Jacques à la place de Thaddée), se conclut de la même manière par la mention de Judas « qui devint traître », rappelant que l'élection apostolique ne garantit pas la fidélité personnelle.

IV Les béatitudes et les malédictions : le grand renversement (v. 20-26)

Béatitudes à la deuxième personne : une interpellation directe

Contrairement aux béatitudes de Matthieu, formulées à la troisième personne (« heureux les pauvres en esprit », Mt 5,3), celles de Luc s'adressent directement aux disciples en face de Jésus : « heureux vous les pauvres ». Cette formulation confère aux béatitudes lucaniennes une urgence interpellative plus immédiate, et les ancre dans une situation concrète : Jésus regarde ses disciples — des hommes qui ont effectivement tout quitté (5,11.28) — et leur dit leur bonheur présent et à venir.

La pauvreté sans atténuation spirituelle

L'absence, chez Luc, de la précision « en esprit » que Matthieu ajoute (« pauvres en esprit », Mt 5,3) n'exclut pas la dimension intérieure de la béatitude, mais refuse d'atténuer sa portée concrète : les « pauvres » visés sont bien ceux qui manquent effectivement des ressources matérielles ordinaires, dont Luc se soucie de manière constante dans son évangile. La béatitude ne célèbre pas la pauvreté pour elle-même mais proclame que, dans le Royaume inauguré par Jésus, les pauvres sont les bénéficiaires premiers d'une restauration que Dieu promet et commence à opérer.

Les malédictions : la face sombre du renversement

Les quatre malédictions (« malheur à vous ») qui font pendant aux quatre béatitudes sont propres à Luc et constituent l'une des particularités les plus saisissantes de son sermon. Elles ne prononcent pas une condamnation définitive des riches en tant que tels, mais dénoncent le danger de l'autosatisfaction dans les biens présents : ceux qui ont « leur consolation » maintenant risquent de ne plus attendre rien du Royaume à venir. L'opposition entre « maintenant » et « alors » structure les deux séries et rappelle la tension eschatologique fondamentale de tout l'évangile de Luc.

Béatitudes lucaniennes et option pour les pauvres

Les béatitudes de Luc ont nourri, de manière particulièrement intense depuis le XXe siècle, la réflexion théologique sur l'option préférentielle pour les pauvres. La conférence épiscopale latino-américaine de Medellín (1968) et le Catéchisme de l'Église catholique (n. 2443-2449) s'y réfèrent pour fonder la doctrine sociale de l'Église sur une exigence évangélique qui ne se réduit pas à une charité individuelle mais engage la structure même de la communauté chrétienne. Benoît XVI, dans Deus Caritas Est (n. 20-25), rappelle que l'amour de Dieu et l'amour concret des pauvres sont indissociables dans la tradition évangélique, sans que la charité puisse jamais être réduite à un simple programme politique.

V L'amour des ennemis : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (v. 27-36)

Le dépassement de la réciprocité naturelle

Le cœur de l'enseignement sur l'amour des ennemis repose sur un argument d'un type inhabituel : même les pécheurs aiment ceux qui les aiment, prêtent à qui leur rendra, font du bien à qui leur en fait. Si le disciple de Jésus se limite à cette réciprocité naturelle, il n'accomplit rien de spécifique par rapport à l'éthique ordinaire. L'exigence de Jésus est précisément le dépassement de cette logique d'échange vers un amour qui n'attend aucun retour — « sans rien espérer en retour » — à l'image de Dieu lui-même, « bon pour les ingrats et les méchants ».

L'imitation de Dieu comme fondement de l'éthique

La formule conclusive — « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » — est la clé de voûte de tout l'enseignement éthique du sermon lucanien. Elle déplace le fondement de la morale chrétienne de la seule loi extérieure vers l'imitation du caractère de Dieu lui-même, dont la miséricorde envers tous, justes et injustes, constitue le modèle indépassable de toute éthique évangélique. Cette formule, que Matthieu formule différemment (« soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », Mt 5,48), révèle l'accent propre de Luc : la perfection chrétienne est miséricorde plutôt que perfection morale abstraite.

VI Ne pas juger, donner en abondance (v. 37-42)

La logique de la réciprocité eschatologique

Les maximes sur le jugement — « ne jugez pas et vous ne serez pas jugés », « absolvez et vous serez absous », « donnez et il vous sera donné » — ne sont pas de simples conseils de prudence sociale, comme si on évitait d'être jugé en s'abstenant de juger soi-même. Elles énoncent une logique eschatologique : le traitement que nous réservons aux autres préfigure et détermine celui que nous recevrons de Dieu au Jugement dernier. Cette même logique structure la grande parabole du Jugement des nations chez Matthieu (Mt 25,31-46).

La poutre et la paille

L'image de la poutre dans son propre œil et de la paille dans l'œil du frère, parmi les plus marquantes de l'Évangile, ne condamne pas le discernement moral en général mais dénonce une forme particulière d'aveuglement : la tendance à percevoir avec une acuité disproportionnée les fautes mineures des autres (la paille) tout en restant aveugle à ses propres fautes majeures (la poutre). Le remède proposé n'est pas de renoncer à tout discernement, mais de commencer par soi-même : « enlève d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clairement ».

VII L'arbre et les deux maisons : la mise en pratique comme critère (v. 43-49)

L'arbre connu à ses fruits

La parabole de l'arbre et de ses fruits transpose dans un registre naturel l'enseignement éthique qui précède : comme un arbre se reconnaît à ses fruits et non à ses feuilles ou à son apparence extérieure, le disciple se reconnaît à ses actes concrets et non à ses paroles ou à ses déclarations d'appartenance. « La bouche parle de ce qui déborde du cœur » : le comportement extérieur révèle l'état intérieur, et c'est sur cet état intérieur, source des actes, que porte l'exigence évangélique.

Entendre et mettre en pratique : les deux maisons

La parabole finale des deux maisons, qui conclut le sermon, oppose celui qui entend les paroles de Jésus et les met en pratique à celui qui les entend sans les mettre en pratique — non celui qui n'entend rien du tout. La distinction lucanienne est ainsi plus radicale encore que la simple ignorance : elle vise l'auditeur de l'Évangile qui demeure passif devant ce qu'il a reçu. La maison bâtie sur le roc résiste à la crue, celle bâtie sans fondations s'effondre aussitôt. L'image du fleuve en crue évoque, dans le contexte lucanien, les épreuves de la vie et du temps, auxquelles seule une foi incarnée dans des actes peut résister durablement.

VIII Synthèse théologique

Un programme éthique fondé sur l'imitation de Dieu

Le sermon dans la plaine ne propose pas une liste de règles mais un programme éthique dont le fondement ultime est théologique : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». L'amour des ennemis, le non-jugement, le don généreux, la mise en pratique de la parole reçue — toutes ces exigences trouvent leur cohérence dans l'imitation du comportement de Dieu lui-même, dont la miséricorde inconditionnelle est le modèle indépassable.

Le grand renversement eschatologique en acte

Les béatitudes et les malédictions placées en tête du sermon anticipent, par leur forme déclarative et non impérative, le renversement eschatologique déjà annoncé par le Magnificat : ce n'est pas d'abord une morale que Jésus propose à ses disciples, mais la proclamation d'une réalité déjà en train de s'accomplir — le Royaume de Dieu est aux pauvres, les affamés seront rassasiés — dans laquelle les exigences éthiques qui suivent trouvent leur sens et leur motivation.

La pratique comme critère ultime

La parabole des deux maisons, en clôturant le sermon, en dévoile la logique profonde : l'enseignement de Jésus ne se reçoit vraiment que dans la mise en pratique. La foi est ici inséparable de l'action qu'elle engendre, conformément à la tradition prophétique et sapientiale d'Israël, et en accord profond avec l'enseignement de la lettre de Jacques (« la foi sans les œuvres est morte », Jc 2,17) et de toute la théologie paulinienne de la charité agissante.

IX Questions pour l'approfondissement

1. Les béatitudes lucaniennes s'adressent à la deuxième personne — « heureux vous les pauvres » — et sont accompagnées de malédictions symétriques absentes de Matthieu. Comment recevoir ces malédictions sans en faire une condamnation abstraite des riches, mais en les laissant interroger notre propre rapport aux biens matériels et à l'autosatisfaction ?

2. Jésus justifie l'amour des ennemis par l'argument que même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. En quoi cette logique du dépassement de la réciprocité naturelle est-elle à la fois la plus exigeante et la plus distinctive de l'éthique évangélique ?

3. « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » — là où Matthieu dit « parfaits ». Que révèle cette différence sur la conception lucanienne de la perfection chrétienne ? En quoi la miséricorde est-elle une forme de perfection plus accessible et plus concrète que la perfection morale abstraite ?

4. L'image de la poutre et de la paille ne condamne pas tout discernement moral mais dénonce un aveuglement sur soi-même. Comment cultiver un regard juste sur les comportements des autres sans tomber dans le jugement condamné par Jésus ?

5. La parabole des deux maisons distingue celui qui entend et met en pratique de celui qui entend sans mettre en pratique. Quelles formes concrètes prend aujourd'hui, dans la vie personnelle et communautaire, cet écart entre recevoir l'Évangile et le vivre effectivement ?

X Pour aller plus loin

Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke I-IX, Anchor Bible 28, Doubleday, 1981, p. 619-672 — commentaire détaillé du sermon dans la plaine et des controverses du sabbat.

François Bovon, L'Évangile selon saint Luc 1,1-9,50, CNT, Labor et Fides, 1991, p. 311-360 — commentaire francophone de référence sur le chapitre 6.

Jacques Dupont, Les Béatitudes, 3 vol., Gabalda, 1969-1973 — étude exhaustive sur les béatitudes lucaniennes et matthéennes, leurs sources et leur théologie.

Benoît XVI, Jésus de Nazareth, vol. 1, Flammarion, 2007, p. 67-125 — lecture théologique des béatitudes et du Sermon sur la montagne, avec attention à leur parallèle lucanien.

Jean-Noël Aletti, L'art de raconter Jésus-Christ, Seuil, 1989, p. 73-95 — analyse narrative de la structure et de la fonction du sermon dans la plaine dans l'économie du récit lucanien.