Formation théologique

Évangile selon Luc — Commentaire théologique

Chapitre 11

Le Notre Père · La prière persévérante · La controverse de Béelzéboul · Le retour de l'esprit impur · Le signe de Jonas · La lampe du corps · Malheurs aux pharisiens et aux docteurs de la loi

Lc 11,1-54 — La prière, le combat spirituel et la mise en accusation des guides aveugles

Le chapitre 11 enchaîne trois grands blocs thématiques. Le premier, sur la prière (v. 1-13), rassemble le Notre Père dans sa version lucanienne, la parabole de l'ami importun et l'enseignement sur la demande confiante, avant de culminer dans la promesse du don de l'Esprit Saint à ceux qui prient. Le second, sur la puissance de Jésus face au mal (v. 14-36), enchaîne la controverse de Béelzéboul, la mise en garde contre le retour de l'esprit impur, la vraie béatitude de la mère de Jésus, et les développements sur le signe de Jonas et la lampe du corps. Le troisième (v. 37-54) rapporte un repas chez un pharisien qui dégénère en une série de malheurs prononcés contre les pharisiens et les docteurs de la loi, dont la sévérité n'a d'équivalent que le chapitre 23 de Matthieu.

Ces trois blocs, bien que distincts dans leur contenu, sont unis par une question commune : qu'est-ce qui constitue le vrai rapport à Dieu ? La prière authentique (non la récitation mécanique), la reconnaissance de l'action de Dieu contre le mal (non l'aveuglement qui attribue à Satan l'œuvre de l'Esprit), et la cohérence entre les apparences de la piété et la réalité du cœur (non l'hypocrisie qui nettoie l'extérieur de la coupe tout en laissant l'intérieur souillé) : tels sont les trois aspects du vrai rapport à Dieu que ce chapitre explore.

I Texte — Luc 11,1-54 (TOB)

Le Notre Père (v. 1-4)

« Il était quelque part en train de prier. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui dit : "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples." Il leur dit : "Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié ; que ton Règne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain de ce jour-ci. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à quiconque nous est redevable. Et ne nous soumets pas à la tentation." » (Lc 11,1-4)

La parabole de l'ami importun (v. 5-8)

« Il leur dit : "Lequel d'entre vous, s'il a un ami et s'il va le trouver à minuit pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi et je n'ai rien à lui offrir — et l'autre lui répond de l'intérieur : Ne m'importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour te donner quelque chose — je vous le dis, même s'il ne se lève pas pour lui donner par amitié, il se lèvera à cause de son effronterie et lui donnera tout ce dont il a besoin." » (Lc 11,5-8)

Demandez et vous recevrez ; la promesse de l'Esprit (v. 9-13)

« "Moi, je vous dis : Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent à la place ? ou quand il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, bien que mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent." » (Lc 11,9-13)

La controverse de Béelzéboul (v. 14-23)

« Il chassait un démon qui était muet. Le démon sorti, le muet parla et les foules furent dans l'admiration. Mais certains d'entre eux dirent : "C'est par Béelzéboul, le chef des démons, qu'il chasse les démons." D'autres, pour le mettre à l'épreuve, lui demandaient un signe venant du ciel. Connaissant leurs pensées, il leur dit : "Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et maison tombera sur maison. Si donc Satan aussi est divisé contre lui-même, comment son royaume tiendra-t-il ? Puisque vous dites que je chasse les démons par Béelzéboul, vos fils, par qui les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Mais si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, c'est donc que le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous." » (Lc 11,14-20)

Le retour de l'esprit impur (v. 24-26)

« "Quand l'esprit impur est sorti d'un homme, il erre par des endroits arides, cherchant un lieu de repos. N'en trouvant pas, il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti. Il la trouve balayée et bien rangée. Il s'en va alors prendre sept autres esprits plus mauvais que lui, et ils entrent et s'y établissent. La situation finale de cet homme devient pire que la première." » (Lc 11,24-26)

La vraie béatitude (v. 27-28)

« Comme il parlait ainsi, une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : "Heureuse celle qui t'a porté et nourri !" Il dit : "Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent !" » (Lc 11,27-28)

Le signe de Jonas et la reine du Midi (v. 29-32)

« Comme les foules s'amassaient, il se mit à dire : "Cette génération est une génération mauvaise : elle réclame un signe, mais il ne lui sera donné d'autre signe que le signe de Jonas. Car de même que Jonas a été un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme sera un signe pour cette génération. La reine du Midi se lèvera lors du jugement contre les hommes de cette génération et elle les condamnera, parce qu'elle est venue du bout de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon. Des hommes de Ninive se lèveront lors du jugement contre cette génération et la condamneront, parce qu'ils se sont convertis à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas." » (Lc 11,29-32)

La lampe du corps (v. 33-36)

« "Personne, ayant allumé une lampe, ne la met dans un cellier ni sous le boisseau, mais sur le lampadaire, pour que ceux qui entrent voient la lumière. La lampe de ton corps, c'est ton œil. Quand ton œil est sain, ton corps tout entier est éclairé ; mais quand ton œil est mauvais, ton corps est dans les ténèbres. Veille donc à ce que la lumière qui est en toi ne soit pas ténèbres. Si donc ton corps tout entier est éclairé, sans aucune partie dans les ténèbres, il sera tout entier dans la lumière, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat." » (Lc 11,33-36)

Malheurs aux pharisiens et aux docteurs de la loi (v. 37-54)

« Comme il parlait, un pharisien l'invita à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. Le pharisien fut surpris de le voir ne pas faire d'abord les ablutions avant le repas. Mais le Seigneur lui dit : "Maintenant, vous les pharisiens, vous purifiez l'extérieur de la coupe et du plat, et votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté. Insensés ! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur ? Mais donnez en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. Mais malheur à vous, pharisiens, car vous acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toutes les herbes aromatiques, et vous laissez de côté la justice et l'amour de Dieu ! Voilà ce qu'il fallait faire, sans laisser le reste de côté. Malheur à vous, pharisiens, car vous aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques. Malheur à vous, car vous êtes comme ces tombeaux qu'on ne voit pas, sur lesquels les gens marchent sans le savoir." Un docteur de la Loi prit la parole et lui dit : "Maître, en parlant ainsi tu nous outrages, nous aussi." Il répondit : "Malheur aussi à vous, docteurs de la Loi, car vous chargez les gens de fardeaux insupportables et vous ne touchez pas vous-mêmes à ces fardeaux d'un seul de vos doigts. (…) Malheur à vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez pris la clé de la connaissance ; vous n'êtes pas entrés vous-mêmes et vous avez empêché d'entrer ceux qui voulaient le faire." Quand il fut sorti de là, les scribes et les pharisiens commencèrent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur bien des sujets, lui tendant des pièges pour attraper quelque chose qui sortirait de sa bouche. » (Lc 11,37-46.52-54)

II Le Notre Père lucanien : la prière du Fils enseignée aux disciples (v. 1-4)

Un enseignement suscité par le spectacle de Jésus en prière

Dans la version lucanienne, l'enseignement du Notre Père naît d'une demande explicite des disciples — « apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples » — après que ceux-ci ont observé Jésus lui-même en prière. Ce cadre, propre à Luc, inscrit le Notre Père dans la logique de l'imitation : les disciples ne demandent pas une formule nouvelle mais la participation à la prière même de Jésus, telle qu'ils viennent d'en contempler la réalité.

La version lucanienne : plus brève, plus filiale

La version lucanienne du Notre Père est plus courte que celle de Matthieu (Mt 6,9-13) : elle n'a que cinq demandes contre sept, et son adresse initiale est simplement « Père » (Pater), sans les qualificatifs matthéens « notre Père qui es aux cieux ». Cette sobriété dépouillée de l'adresse — un seul mot, Père — concentre toute la nouveauté de la prière chrétienne dans le rapport filial direct au Dieu de Jésus, relation que Paul désignera par le terme araméen Abba (Rm 8,15 ; Ga 4,6).

La différence décisive : l'Esprit Saint à la place du pain

La conclusion lucanienne de l'enseignement sur la prière diffère de celle de Matthieu de manière significative : là où Matthieu conclut sur la promesse de « bonnes choses » données par le Père à ceux qui demandent (Mt 7,11), Luc conclut sur la promesse de l'« Esprit Saint » (v. 13). Ce déplacement, propre à Luc, est cohérent avec toute sa théologie pneumatologique : le don suprême que Dieu accorde à ceux qui prient n'est pas d'abord la satisfaction de leurs besoins matériels mais la personne même de l'Esprit, qui est la source de toute grâce.

Voir l'étude détaillée du Notre Père

III La parabole de l'ami importun : l'audace de la prière (v. 5-8)

La parabole de l'ami importun — propre à Luc — fonde la persévérance dans la prière non sur la bonté de Dieu (qui serait évidente) mais sur l'effronterie (anaideia) du demandeur, son insistance sans honte face à un refus initial. L'argument est a fortiori : si même un ami peu généreux finit par céder à cause de la persévérance importune, combien plus le Père qui est bon accordera-t-il sa grâce à ceux qui demandent sans se lasser. Cette pédagogie de l'audace dans la prière tranche avec une spiritualité de la résignation passive et appelle à une relation filiale suffisamment confiante pour oser insister.

IV La controverse de Béelzéboul : « le doigt de Dieu » (v. 14-23)

L'argument de la maison divisée

Face à l'accusation d'agir par la puissance de Béelzéboul, Jésus oppose un argument d'une logique imparable : un pouvoir qui travaillerait à détruire ses propres œuvres se détruirait lui-même. Si Jésus chasse les démons au nom de Satan, Satan se combat lui-même — hypothèse absurde. La vraie question n'est donc pas par quelle puissance Jésus agit, mais ce que cette action révèle sur celui qui la fait.

« Le doigt de Dieu » et l'arrivée du Royaume

La formule lucanienne — « c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons » — diffère du parallèle matthéen qui dit « par l'Esprit de Dieu » (Mt 12,28). L'expression doigt de Dieu est chargée d'un fort arrière-plan scripturaire : c'est le doigt de Dieu qui écrit les Tables de la Loi sur le Sinaï (Ex 31,18 ; Dt 9,10) et que les magiciens d'Égypte reconnaissent dans les plaies (Ex 8,15). En l'employant ici, Luc inscrit l'action exorciste de Jésus dans la continuité de la puissance créatrice et législatrice de Dieu lui-même. La conclusion est décisive : « le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous » — non est proche, mais est arrivé, au sens d'une présence déjà effective dans les actes de Jésus.

V Le retour de l'esprit impur et la vraie béatitude (v. 24-28)

La maison vide : le danger de la neutralité

La parabole du retour de l'esprit impur pointe un danger spirituel précis : la délivrance du mal ne suffit pas si elle n'est pas suivie d'un remplissement positif. Une maison « balayée et bien rangée » mais vide est plus vulnérable que celle qui était encore occupée par un seul esprit. L'enseignement implicite est clair : la conversion ne se réduit pas au rejet du mal mais exige l'accueil actif d'une présence nouvelle, celle de la parole et de l'Esprit de Dieu.

« Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent »

La réponse de Jésus à la béatitude spontanée de la femme de la foule sur sa mère — « heureuse celle qui t'a porté et nourri ! » — ne constitue pas un désaveu de Marie mais un approfondissement de sa vraie grandeur. La béatitude de Marie ne réside pas dans sa maternité biologique mais dans le fait qu'elle est, précisément, celle qui a entendu la parole de Dieu et l'a gardée — l'exemple même du disciple parfait que Jésus vient de décrire. Cette réponse reprend et confirme la parole de 8,21 (« ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu et la mettent en pratique »).

VI Le signe de Jonas et la lampe du corps (v. 29-36)

Jonas, signe pour les Ninivites

La demande d'un signe du ciel par « cette génération » est refusée par Jésus : le seul signe accordé sera le signe de Jonas. Dans la version lucanienne, ce signe est moins centré que chez Matthieu sur les trois jours dans le ventre du poisson (allusion à la résurrection) que sur Jonas lui-même comme signe pour les Ninivites : c'est sa prédication, son existence même, qui a constitué le signe décisif de la conversion des nations. De même, c'est la personne et la parole de Jésus — non un prodige supplémentaire — qui constituent le signe offert à cette génération.

La lampe et l'œil sain

L'enchaînement de la lampe du corps sur le signe de Jonas est délibéré : si la génération qui réclame un signe ne reconnaît pas celui qui lui est offert, c'est que son œil — la faculté de discernement spirituel — est mauvais ou malade. La lumière de Jésus brille, mais un œil malade ne peut la percevoir. L'enseignement porte ainsi moins sur la nature du signe que sur la disposition intérieure requise pour le reconnaître.

VII Les malheurs aux pharisiens et aux docteurs de la loi (v. 37-54)

L'extérieur de la coupe et l'intérieur du cœur

Le premier malheur prononcé contre les pharisiens — « vous purifiez l'extérieur de la coupe et du plat, et votre intérieur est plein de rapine et de méchanceté » — désigne le cœur du problème : une religion réduite à la gestion de l'apparence extérieure, qui laisse intact l'état moral intérieur. Jésus ne condamne pas les prescriptions rituelles en elles-mêmes mais leur détournement au profit d'une piété de façade qui dispense de la conversion du cœur.

La dîme de la menthe et la justice oubliée

Le second malheur épingle une disproportion révélatrice : une attention scrupuleuse aux prescriptions mineures (la dîme des herbes aromatiques) combinée à l'oubli des exigences majeures — « la justice et l'amour de Dieu ». Jésus ne disqualifie pas les observances de détail (« voilà ce qu'il fallait faire, sans laisser le reste de côté ») mais dénonce l'inversion de la hiérarchie des valeurs qui en résulte.

La clé de la connaissance enlevée aux autres

Le malheur adressé aux docteurs de la loi est le plus radical : « vous avez pris la clé de la connaissance, vous n'êtes pas entrés vous-mêmes et vous avez empêché d'entrer ceux qui voulaient le faire ». Cette image désigne une responsabilité d'autant plus grave qu'elle porte sur la transmission : les maîtres qui dénaturent ou verrouillent l'accès à la Parole de Dieu ne nuisent pas seulement à eux-mêmes mais à tous ceux qui dépendent de leur enseignement.

Les malheurs et la question de l'antijudaïsme

Les malheurs prononcés contre les pharisiens et les docteurs de la loi — comme le chapitre 23 de Matthieu — ont nourri, dans la tradition chrétienne, un antijudaïsme qui a eu des conséquences historiques dramatiques et qu'il faut refuser fermement. L'exégèse contemporaine souligne plusieurs points essentiels pour une lecture juste de ces textes. D'abord, ces controverses sont internes au judaïsme du Ier siècle : Jésus lui-même est juif, et sa critique des pharisiens s'inscrit dans une tradition prophétique ancienne de contestation des dérives religieuses (cf. Am 5,21-24 ; Is 58,1-7) qui n'implique aucun rejet du peuple juif comme tel. Ensuite, l'Église, comme les prophètes avant elle, est elle-même constamment interpellée par ces malheurs : les dérives dénoncées — la piété d'apparence, l'inversion des priorités, la clé de la connaissance refusée aux autres — sont des tentations permanentes de toute institution religieuse, chrétienne incluse. Le concile Vatican II (Nostra Aetate, n. 4) et le Catéchisme de l'Église catholique (n. 597) insistent sur la nécessité de ne jamais attribuer à l'ensemble du peuple juif la responsabilité des événements de la Passion.

VIII Synthèse théologique

La prière comme relation filiale et audacieuse

L'enseignement sur la prière qui ouvre le chapitre dessine un rapport filial à Dieu : on s'adresse à lui comme à un père, avec la confiance d'un enfant qui sait que sa demande sera entendue, et avec une audace qui n'hésite pas à insister face au silence apparent. Le don suprême promis — l'Esprit Saint — révèle que cette prière filiale est en réalité une participation à la prière même du Fils envers le Père.

La présence active du Royaume dans les actes de Jésus

La formule — « le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous » — est l'une des affirmations les plus nettes de la présence déjà effective du Royaume dans le ministère de Jésus. Elle s'appuie sur l'évidence des exorcismes comme signes de la victoire déjà accomplie sur la puissance du mal, inscrivant l'action de Jésus dans la continuité de la puissance créatrice de Dieu (doigt de Dieu).

L'intérieur et l'extérieur : l'unité requise

Les malheurs aux pharisiens et aux docteurs de la loi ne constituent pas une polémique anti-juive mais une interpellation prophétique universelle, qui vise toute forme de religion réduite à la gestion des apparences extérieures. Ils appellent à une cohérence entre le dehors et le dedans, entre les observances visibles et la réalité du cœur, entre la prétention à enseigner et la conversion personnelle.

IX Questions pour l'approfondissement

1. La version lucanienne du Notre Père commence simplement par « Père », sans autre qualificatif. Que révèle cette sobriété sur la nature de la relation à Dieu que Jésus cherche à transmettre à ses disciples ? Comment ce simple mot peut-il transformer notre manière de commencer la prière ?

2. La parabole de l'ami importun enseigne la persévérance dans la prière par l'image de l'effronterie assumée. Comment réconcilier cette invitation à insister avec la confiance en la volonté de Dieu, qui peut ne pas correspondre à ce que nous demandons ?

3. Luc conclut l'enseignement sur la prière par la promesse de l'Esprit Saint, là où Matthieu promet les bonnes choses. Que change cette différence dans notre conception de ce que nous cherchons à obtenir quand nous prions ?

4. La parabole de la maison vide avertit que la délivrance du mal n'est pas suffisante si elle n'est pas suivie d'un remplissement positif. Comment cette image peut-elle nourrir notre réflexion sur la conversion comme processus continu, et non comme simple rupture ponctuelle avec le péché passé ?

5. Les malheurs aux pharisiens dénoncent une disproportion entre l'attention scrupuleuse aux détails mineurs et l'oubli des exigences majeures. Comment repérer dans notre propre pratique religieuse les formes contemporaines de cette même inversion des priorités, sans tomber dans la critique facile des autres ?

X Pour aller plus loin

Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke X-XXIV, Anchor Bible 28A, Doubleday, 1985, p. 896-951 — commentaire détaillé du Notre Père lucanien, de la controverse de Béelzéboul et des malheurs.

François Bovon, L'Évangile selon saint Luc 9,51-14,35, CNT, Labor et Fides, 1996, p. 113-190 — commentaire francophone de référence sur le chapitre 11.

Joachim Jeremias, Abba. Jésus et son Père, Seuil, 1972 — étude classique sur le terme Abba et la nouveauté de la relation filiale de Jésus au Père, fondement du Notre Père.

Jean Carmignac, Recherches sur le Notre Père, Letouzey et Ané, 1969 — étude philologique approfondie sur les deux versions du Notre Père, leurs sources hébraïques et araméennes et leur rapport mutuel.

Concile Vatican II, Nostra Aetate (1965), n. 4 — déclaration fondamentale sur les relations de l'Église avec le judaïsme, indispensable pour une lecture juste des controverses évangéliques avec les pharisiens.