Formation théologique

Évangile selon Luc — Commentaire théologique

Chapitre 18

La veuve et le juge inique · Le pharisien et le publicain · Jésus et les enfants · Le jeune homme riche · La récompense des disciples · La troisième annonce de la Passion · L'aveugle de Jéricho

Lc 18,1-43 — La prière persévérante, le dépouillement et l'entrée dans Jéricho

Le chapitre 18 est le dernier grand chapitre du voyage vers Jérusalem avant l'entrée dans Jéricho (v. 35) et la rencontre avec Zachée (ch. 19), qui marquera la fin du voyage. Il réunit deux paraboles propres à Luc sur la prière (v. 1-14), suivies d'un triptyque commun aux synoptiques sur les conditions d'entrée dans le Royaume — les enfants (v. 15-17), le jeune homme riche (v. 18-27) et la récompense des disciples (v. 28-30) —, puis de la troisième et dernière annonce de la Passion (v. 31-34), et enfin de la guérison de l'aveugle de Jéricho (v. 35-43).

Un fil discret relie l'ensemble du chapitre : la question de ce qui rend possible l'entrée dans le Royaume. La persévérance dans la prière, l'humilité du publicain, la disponibilité de l'enfant, le renoncement aux richesses, la confiance en Dieu seul — autant de dispositions intérieures que le chapitre explore successivement, avant que la guérison de l'aveugle en constitue l'illustration narrative finale : cet homme qui ne peut voir mais qui crie sans se laisser réduire au silence, dont Jésus dit que « sa foi l'a sauvé », récapitule à sa manière toutes les dispositions que le chapitre a tracées.

I Texte — Luc 18,1-43 (TOB)

La veuve et le juge inique (v. 1-8)

« Il leur dit une parabole sur la nécessité de prier toujours sans se décourager : "Dans une ville, il y avait un juge qui ne craignait pas Dieu et n'avait de respect pour personne. Dans la même ville, il y avait une veuve qui venait lui dire : Rends-moi justice contre mon adversaire. Longtemps il refusa ; puis il se dit : Même si je ne crains pas Dieu et n'ai de respect pour personne, du moins, parce que cette veuve m'importune, je vais lui rendre justice, pour qu'elle ne vienne pas sans arrêt me casser la tête." Le Seigneur ajouta : "Écoutez ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, et il les ferait attendre ? Je vous dis qu'il leur fera promptement justice. Mais quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" » (Lc 18,1-8)

Le pharisien et le publicain (v. 9-14)

« Il dit encore cette parabole à certains qui se fiaient à eux-mêmes parce qu'ils se croyaient justes et méprisaient les autres : "Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l'un était pharisien, l'autre publicain. Le pharisien, debout, priait en lui-même de cette façon : Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes — des voleurs, des injustes, des adultères — ni surtout comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine, je donne la dîme de tout ce que j'acquiers. Mais le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; il se frappait la poitrine et disait : Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. Je vous le dis : c'est celui-ci, et non l'autre, qui repartit chez lui justifié. Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé." » (Lc 18,9-14)

Jésus et les enfants (v. 15-17)

« Des gens lui amenaient même des tout-petits pour qu'il les touche. Voyant cela, les disciples les rabrouèrent. Mais Jésus les appela à lui et dit : "Laissez les petits enfants venir à moi, et n'en empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. En vérité, je vous le dis, quiconque ne reçoit pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera pas." » (Lc 18,15-17)

Le jeune homme riche (v. 18-27)

« Un notable lui posa cette question : "Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" Jésus lui dit : "Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas d'adultère, ne tue pas, ne vole pas, ne témoigne pas faussement, honore ton père et ta mère." Il dit : "Tout cela, je l'ai observé depuis ma jeunesse." Jésus, l'entendant, lui dit : "Il te manque encore une chose : vends tout ce que tu as et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens et suis-moi." À ces mots, il devint tout triste, car il était très riche. Jésus, le voyant, dit : "Qu'il est difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le Règne de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Règne de Dieu." Ceux qui entendirent cela dirent : "Et qui peut être sauvé ?" Il répondit : "Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu." » (Lc 18,18-27)

La récompense des disciples et la troisième annonce de la Passion (v. 28-34)

« Pierre dit : "Nous avons quitté ce qui nous appartenait pour te suivre." Il leur dit : "En vérité, je vous le dis, personne n'aura quitté maison, femme, frères, parents ou enfants, à cause du Règne de Dieu, sans recevoir beaucoup plus dès ce temps-ci, et dans le siècle à venir la vie éternelle." Prenant avec lui les Douze, il leur dit : "Voici que nous montons à Jérusalem, et tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'homme s'accomplira : il sera livré aux nations, tourné en dérision, outragé, couvert de crachats. Ils le flagelleront et le feront mourir, et le troisième jour il ressuscitera." Mais ils ne comprirent rien à tout cela ; cette parole leur restait cachée et ils ne saisissaient pas ce qui était dit. » (Lc 18,28-34)

L'aveugle de Jéricho (v. 35-43)

« Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, en train de mendier. Entendant la foule passer, il demanda ce que c'était. On lui apprit que c'était Jésus le Nazaréen qui passait. Il cria : "Jésus, Fils de David, prends pitié de moi !" Ceux qui marchaient en tête lui faisaient des reproches pour qu'il se taise, mais il criait de plus belle : "Fils de David, prends pitié de moi !" Jésus s'arrêta et ordonna qu'on le lui amène. Quand il fut près, il lui demanda : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" Il dit : "Seigneur, que je retrouve la vue." Jésus lui dit : "Retrouve la vue ; ta foi t'a sauvé." À l'instant même il retrouva la vue et le suivait en glorifiant Dieu. Et tout le peuple, à cette vue, loua Dieu. » (Lc 18,35-43)

II La veuve et le juge inique : l'audace de la prière (v. 1-8)

L'argument a fortiori inversé

Luc est le seul évangéliste à indiquer explicitement la leçon de la parabole avant même de la raconter : « la nécessité de prier toujours sans se décourager ». L'argument, comme dans la parabole de l'ami importun (11,5-8), est a fortiori mais avec une inversion caractéristique : si même un juge injuste, qui ne craint ni Dieu ni les hommes, finit par rendre justice à une veuve qui l'importune, à combien plus forte raison Dieu — dont la justice et la bonté sont infiniment supérieures — exaucera-t-il ses élus qui crient vers lui. La comparaison ne porte pas sur la ressemblance entre Dieu et le juge inique, mais sur le contraste : si l'injuste cède à force d'insistance, le juste ne peut qu'exaucer.

La veuve comme figure de la prière

La veuve est, dans la tradition biblique, l'une des figures les plus vulnérables de la société : privée de son mari, de son statut social et de sa protection juridique ordinaire, elle ne dispose que de sa persévérance et de l'insistance de sa demande. C'est précisément cette vulnérabilité assumée — aucune ressource propre, seulement le cri répété — qui fait d'elle le modèle de la prière authentique selon Luc.

« Trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

La question finale — « quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » — est adressée à la communauté des disciples dans la longue durée de l'histoire, entre la résurrection et la Parousie. Elle signale que la persévérance dans la prière est la forme que prend la foi dans le temps de l'attente, et que le risque réel pour la communauté n'est pas tant le doute intellectuel que le découragement pratique qui cesse de prier.

III Le pharisien et le publicain : la prière justifiante (v. 9-14)

Une prière qui parle de soi plutôt qu'à Dieu

La prière du pharisien est présentée par le texte comme une prière « en lui-même » — formule ambiguë qui peut désigner soit une prière intérieure (par opposition à une prière à voix haute) soit, comme le comprennent plusieurs exégètes dont Bovon, une prière qui tourne sur elle-même, fermée sur le moi qui prie plutôt qu'ouverte vers Dieu à qui elle est formellement adressée. Le contenu confirme cette lecture : l'essentiel de la prière est une liste des mérites du pharisien et une comparaison avantageuse avec les autres, notamment avec le publicain présent. La prière devient ainsi un miroir plutôt qu'une fenêtre.

La prière du publicain : l'espace vide ouvert à la grâce

La prière du publicain — « mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » — est l'une des plus courtes et des plus dépouillées de l'évangile. Sa brièveté même est théologiquement significative : il n'y a aucune liste de mérites à présenter, aucune comparaison favorable à faire valoir, aucune auto-présentation. Il y a seulement la conscience de son état et l'appel à la miséricorde. Cet espace vide laissé ouvert dans la prière est précisément l'espace que Dieu peut remplir.

La justification comme verdict divin, non comme sentiment

Jésus déclare que c'est le publicain, « et non l'autre », qui « repartit chez lui justifié ». Le terme justifié (dedikaiōmenos) est ici chargé d'une portée théologique considérable : il ne décrit pas un sentiment subjectif de paix mais un verdict divin, une déclaration de Dieu lui-même sur le statut de l'homme devant lui. Ce verdict — accordé non à la performance religieuse mais à l'humilité de qui se reconnaît pécheur — anticipe la théologie paulinienne de la justification par la foi (Rm 3,28 ; Ga 2,16), même si le cadre conceptuel lucanien reste distinct.

La prière du publicain dans la tradition spirituelle orientale

La courte prière du publicain — « mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » — a donné naissance, dans la tradition spirituelle orientale, à la prière de Jésus : « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, prends pitié de moi pécheur », pratique spirituelle fondamentale dans le monachisme hésychaste byzantin. Les Récits d'un pèlerin russe (XIXe siècle) en ont donné la forme narrative la plus accessible au public occidental. Jean Climaque (L'Échelle sainte, degré 28) et Grégoire Palamas ont théorisé cette pratique comme voie d'union à Dieu par la prière continue du nom de Jésus. Le Catéchisme de l'Église catholique (n. 2667-2668) la présente comme l'une des formes les plus simples et les plus profondes de la prière chrétienne.

IV Jésus et les enfants : recevoir le Royaume comme un enfant (v. 15-17)

L'épisode des enfants amenés à Jésus s'enchaîne naturellement après les deux paraboles sur la prière : si le publicain illustre l'humilité requise pour prier, les enfants illustrent la disposition fondamentale pour recevoir le Royaume. Luc emploie le terme brephos — nourrisson, tout-petit — plus jeune encore que le paidion de Marc et Matthieu, accentuant la dépendance totale et l'absence de tout mérite préalable que désigne ici l'enfance. Recevoir le Royaume « comme un enfant » ne renvoie pas à une supposée innocence ou spontanéité enfantine, mais à la situation de dépendance radicale de qui ne peut rien revendiquer et ne peut que recevoir.

V Le notable et ses richesses : « ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (v. 18-27)

L'observance complète et ce qui manque encore

La déclaration du notable — « tout cela, je l'ai observé depuis ma jeunesse » — n'est pas présentée par Luc comme un mensonge ou une vanité : Jésus ne la conteste pas. Ce que révèle la suite, c'est que l'observance des commandements, aussi réelle et sincère soit-elle, ne suffit pas à constituer le discipulat complet que Jésus appelle. L'invitation à vendre tout, donner aux pauvres et suivre Jésus ne remplace pas les commandements mais les accomplit au-delà de leur lettre, en détachant le cœur de la seule chose qui y était encore retenue.

Le chameau et le trou de l'aiguille

L'image du chameau passant par le trou d'une aiguille — l'une des hyperboles les plus frappantes de l'évangile — désigne une impossibilité absolue dans l'ordre naturel. Plusieurs tentatives d'atténuer la radicalité de l'image (une porte étroite de Jérusalem surnommée œil de l'aiguille, ou une variante textuelle proposant câble au lieu de chameau) ne sont pas attestées de façon suffisamment solide pour être retenues. La force de l'image réside précisément dans son caractère d'impossibilité absolue, qui conduit naturellement à la question : « et qui peut être sauvé ? »

« Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu »

La réponse de Jésus déplace la question de l'humain vers le divin : le salut du riche n'est pas une impossibilité dont Dieu serait absent mais une impossibilité humaine que Dieu seul peut surmonter. Cette formule, qui fait écho à la parole de Gabriel à Marie (« rien n'est impossible à Dieu », 1,37), situe toute la question du salut dans la sphère de la grâce souveraine plutôt que dans celle du mérite ou de la performance humaine.

VI La troisième annonce de la Passion : l'accomplissement des Écritures (v. 31-34)

La formulation la plus détaillée

La troisième annonce de la Passion est la plus explicitement détaillée des trois dans l'évangile de Luc : livraison aux nations, moqueries, outrages, crachats, flagellation, mort, et résurrection le troisième jour. Sa particularité propre à Luc est l'insistance sur l'accomplissement scripturaire : « tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'homme s'accomplira ». Luc seul des synoptiques introduit explicitement l'Écriture comme cadre de référence pour comprendre la Passion imminente, préparant ainsi la grande relecture scripturaire des apparitions pascales (24,25-27.44-47).

L'incompréhension répétée des disciples

Pour la troisième fois, Luc souligne que les disciples ne comprennent pas (cf. 9,45 ; 9,32) : « cette parole leur restait cachée ». Cette incompréhension répétée n'est pas un défaut personnel des disciples mais un voile théologique qui ne se lèvera qu'après la résurrection, quand Jésus « leur ouvrira l'intelligence à la compréhension des Écritures » (24,45). Elle souligne que la Passion ne peut se comprendre qu'à partir de la résurrection et de la relecture scripturaire qu'elle rend possible.

VII L'aveugle de Jéricho : « ta foi t'a sauvé » (v. 35-43)

Le cri persistant malgré les reproches

L'aveugle de Jéricho — nommé Bartimée chez Marc (Mc 10,46), anonyme chez Luc — présente plusieurs traits qui en font une figure récapitulatrice des dispositions que le chapitre a dessinées : il est dans la vulnérabilité totale du mendiant aveugle (comme la veuve et le publicain), il crie vers Jésus avec insistance malgré les reproches de la foule qui veut le faire taire (comme la veuve importune), et sa demande est directe et confiante — « que je retrouve la vue » — sans fioriture. La formule finale de Jésus — « ta foi t'a sauvé » — est la même que celle accordée à la femme pécheresse (7,50), à la femme hémorroïsse (8,48) et au lépreux samaritain (17,19), confirmant que la foi persévérante qui surmonte les obstacles est la disposition commune à tous ceux que Jésus déclare sauvés dans cet évangile.

La suite immédiate et la glorification de Dieu

La conclusion — « il le suivait en glorifiant Dieu, et tout le peuple loua Dieu » — enchaîne spontanément la guérison, la suite de Jésus et la louange : trois mouvements inséparables dans la logique lucanienne. Recevoir la vue, c'est voir Jésus et le suivre ; le suivre, c'est glorifier Dieu. Ce triple mouvement récapitule en une image ce que tout le voyage vers Jérusalem a cherché à tracer : la conversion qui voit, qui suit et qui loue.

VIII Synthèse théologique

La prière comme forme accomplie de la foi dans l'attente

Les deux paraboles initiales tracent les contours d'une prière authentique : persévérante comme la veuve (non découragée par le silence apparent de Dieu), et humble comme le publicain (non fondée sur ses propres mérites mais ouverte à la seule miséricorde divine). Ces deux caractéristiques définissent ensemble la forme que prend la foi dans le temps de l'attente entre la première venue du Christ et son avènement définitif.

L'impossibilité humaine et la toute-puissance divine

La scène du notable riche formule avec clarté une structure théologique qui traverse tout le chapitre : là où l'homme atteint les limites de ce qui lui est possible — même une observance sincère des commandements ne suffit pas à ouvrir la porte du Royaume — Dieu intervient comme celui à qui tout est possible. Cette structure n'invalide pas l'effort humain (les commandements restent valides, la persévérance dans la prière est requise) mais le situe dans sa juste proportion : condition nécessaire mais non suffisante, dont la pleine efficacité dépend de la grâce souveraine de Dieu.

L'aveugle comme figure du disciple accompli

En clôturant le voyage vers Jérusalem par la guérison d'un aveugle qui voit, crie, surmonte les obstacles, reçoit la vue et suit Jésus en louant Dieu, Luc dessine en raccourci le portrait du disciple que le long voyage a cherché à former. Le chemin de Jéricho à Jérusalem est désormais le chemin de la Passion, que Jésus et ses disciples vont parcourir ensemble, les yeux ouverts sur ce que les Écritures avaient annoncé et que la résurrection seule pourra pleinement dévoiler.

IX Questions pour l'approfondissement

1. La parabole de la veuve et du juge inique est introduite par Luc lui-même comme une parabole sur la nécessité de prier toujours sans se décourager. Qu'est-ce qui, concrètement, décourage le plus souvent notre prière — le silence de Dieu, le sentiment d'inefficacité, la routine ? Comment la figure de la veuve peut-elle renouveler notre rapport au temps dans la prière ?

2. La prière du pharisien tourne sur elle-même dans le moi qui prie, celle du publicain s'ouvre vers Dieu dans la conscience de son vide. Comment discerner, dans notre propre pratique de la prière, la part qui célèbre nos propres mérites et celle qui s'ouvre vraiment à la miséricorde divine ?

3. Recevoir le Royaume comme un enfant désigne la dépendance radicale de qui ne peut que recevoir, non une innocence idéalisée. En quoi cette disposition de dépendance consentie est-elle à la fois la plus difficile et la plus libératrice pour des adultes habitués à contrôler leur vie ?

4. Le notable accomplit tous les commandements depuis sa jeunesse, et pourtant il lui manque encore une chose. Que révèle cette scène sur le rapport entre observance de la loi et discipulat du Christ ? Y a-t-il, dans notre propre vie, une « seule chose qui manque encore » que nous connaissons mais que nous n'osons pas affronter ?

5. L'aveugle de Jéricho crie vers Jésus malgré les reproches de ceux qui l'entourent et veulent le faire taire. Quelles formes de pression sociale ou ecclésiale peuvent, dans notre contexte contemporain, jouer le rôle de la foule qui rabroue, et comment maintenir la persévérance de la demande malgré elles ?

X Pour aller plus loin

Joseph A. Fitzmyer, The Gospel According to Luke X-XXIV, Anchor Bible 28A, Doubleday, 1985, p. 1173-1220 — commentaire détaillé de l'ensemble du chapitre 18.

François Bovon, L'Évangile selon saint Luc 15,1-19,27, CNT, Labor et Fides, 2009, p. 261-360 — commentaire francophone de référence sur le chapitre 18.

I. Howard Marshall, The Gospel of Luke, NIGTC, Paternoster/Eerdmans, 1978, p. 670-710 — commentaire fondé sur le texte grec, utile notamment pour la discussion sur le chameau et le trou de l'aiguille et sur le terme dedikaiōmenos.

Récits d'un pèlerin russe, trad. Jean Laloy, Seuil, 1978 — introduction narrative à la prière de Jésus héritée de la prière du publicain, l'un des classiques de la spiritualité orientale les plus accessibles.

Catéchisme de l'Église catholique, n. 2667-2668 — sur la prière de Jésus comme forme de la prière chrétienne continue issue de la tradition hésychaste.