Formation théologique

Le corps dans sa relation à soi-même, aux autres, au monde et à Dieu

Chapitre 13 - La marchandisation du corps

Traiter un corps humain comme une marchandise — comme une chose dont on peut faire l'acquisition, disposer à son gré et dont on peut tirer profit — est l'une des formes les plus radicales de la violence que les êtres humains s'infligent les uns aux autres. La marchandisation du corps n'est pas une curiosité historique : elle est une réalité contemporaine, sous des formes anciennes (esclavage, prostitution) et nouvelles (commerce des organes, gestation pour autrui, tourisme reproductif). Ce chapitre examine successivement l'esclavage comme archétype de la marchandisation corporelle, la prostitution et ses débats contemporains, le commerce des organes, la gestation pour autrui, et enfin les fondements philosophiques et théologiques d'une résistance à toutes ces formes d'instrumentalisation du corps humain.

1. L'esclavage : le corps comme propriété

L'esclavage est la forme la plus radicale et la plus ancienne de la marchandisation du corps. Il consiste à traiter un être humain comme une chose — une propriété achetable, vendable, transmissible, exploitable. L'esclavage antique, l'esclavage atlantique des XVIe-XIXe siècles, et les formes contemporaines de travail forcé et de traite des êtres humains partagent cette structure fondamentale : un corps humain est traité comme s'il n'était pas le corps d'une personne.

Orlando Patterson a proposé la définition la plus rigoureuse de l'esclavage comme mort sociale : l'esclave est arraché à tout lien de filiation, d'appartenance communautaire et d'honneur. Son corps est présent, mais sa personne est niée :

L'esclave est, par définition, un être socialement mort. [...] Ce n'est pas seulement son travail qui est confisqué, c'est son existence sociale tout entière : son nom, ses liens, sa dignité, sa capacité à être reconnu comme quelqu'un. Son corps existe pour le maître ; son âme, dans la logique esclavagiste, n'existe pas. Orlando Patterson, L'Esclavage et la mort sociale, trad. Claude Carme, Paris, Gallimard, 2020, p. 13.

Frantz Fanon a analysé comment l'esclavage racial produit une blessure anthropologique qui dépasse la seule condition juridique de l'esclave : elle atteint le rapport du sujet colonisé à son propre corps. Être défini, figé, réduit par le regard de l'autre à une identité corporelle stigmatisée est une violence qui continue d'agir longtemps après l'abolition formelle de l'esclavage :

J'arrive lentement dans le monde, accoutumé à ne plus revendiquer. [...] Mais alors, je retrouve mon origine. Je réexamine le jugement de Gobineau. Mon Nègre de père est ma race. Le blanc a fait de lui un esclave ; le Blanc a fait aussi de moi un Nègre qui souffre. Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952 ; rééd. Points Essais, 2015, p. 162.

Les formes contemporaines d'esclavage — traite des êtres humains, travail forcé, esclavage domestique, travail des enfants — touchent, selon l'Organisation internationale du Travail, plus de 40 millions de personnes dans le monde (rapport 2022). La traite des êtres humains est la troisième industrie criminelle mondiale après le trafic de drogues et d'armes. Le corps humain y est littéralement tarifé, transporté, exploité et éliminé quand il ne rapporte plus. Kevin Bales note cette mutation contemporaine :

L'esclave antique était un capital onéreux que le maître avait intérêt à entretenir. L'esclave contemporain est jetable : peu coûteux à acquérir, facile à remplacer, sans valeur une fois épuisé. La mondialisation a rendu les corps humains pauvres encore moins chers que les machines. Kevin Bales, Les Nouveaux Esclaves. La marchandisation humaine dans l'économie mondiale, trad. Anne Lahana, Paris, Syllepse, 2000, p. 24.

2. La prostitution : le corps loué

La prostitution est la forme la plus ancienne et la plus répandue de la mise en location du corps sexuel contre rémunération. Elle soulève des questions philosophiques, éthiques et politiques parmi les plus difficiles de notre temps, car elle met en tension des valeurs qui semblent difficilement conciliables : la liberté individuelle, la dignité corporelle, l'égalité des genres et la protection des personnes vulnérables.

La tension fondamentale dans les débats contemporains oppose deux lectures radicalement différentes de la prostitution. La première — défendue par les mouvements pro-sexwork — la traite comme un travail comme un autre, une prestation de service dans laquelle le consentement de la personne serait le critère décisif. La seconde — défendue notamment par les féministes abolitionnistes — y voit une forme d'exploitation systémique irréductible au consentement individuel.

Catharine MacKinnon formule la critique abolitionniste avec une netteté radicale :

La prostitution n'est pas un contrat entre égaux. Elle est la transaction par laquelle la domination masculine s'achète et se vend. [...] Demander si une femme prostituée consent, c'est comme demander si un esclave consent à travailler : la question ignore les conditions qui ont produit ce qui ressemble à un choix. Catharine MacKinnon, Toward a Feminist Theory of the State, Cambridge, Harvard University Press, 1989, p. 174.

Martha Nussbaum propose une réponse plus nuancée. Elle distingue plusieurs formes de marchandisation du corps et conteste que la prostitution soit intrinsèquement plus dégradante que d'autres formes de location du corps (le travail manuel pénible, la boxe, le chant d'opéra). Sa thèse est que c'est l'absence de conditions décentes — sécurité, salaire équitable, choix réel — qui dégrade, non la nature de l'activité elle-même :

We should not think of the prostitute's situation as defined by the exchange of sex for money. We should think of it as defined by the material conditions in which that exchange occurs. — Nous ne devrions pas définir la situation de la prostituée par l'échange de sexe contre de l'argent. Nous devrions la définir par les conditions matérielles dans lesquelles cet échange se produit. Martha Nussbaum, « Whether from Reason or Prejudice : Taking Money for Bodily Services », Journal of Legal Studies, vol. 27, 1998, p. 716.

La phénoménologie permet d'approfondir ce débat en posant une question que les deux positions éludent parfois : qu'est-ce que la sexualité fait à la personne, dans son corps propre ? Si le corps n'est pas un instrument extérieur à la personne mais sa manière d'exister au monde — comme Merleau-Ponty l'a montré —, alors la location du corps sexuel ne peut pas être traitée comme une simple prestation de service, neutre quant à l'identité de la personne. Karol Wojtyła formule cette intuition :

Utiliser quelqu'un sexuellement comme moyen de sa propre satisfaction, c'est nier le fait fondamental que cette personne est une fin en elle-même. [...] La prostitution est la forme institutionnalisée de cette négation : elle transforme en transaction économique ce qui, dans sa nature profonde, est un acte de don personnel. Karol Wojtyła, Amour et responsabilité, trad. Thérèse Sas, Paris, Le Cerf/Société d'Éditions Internationales, 1978 ; rééd. Paris, Le Cerf, 2021, p. 58.

La question des politiques publiques face à la prostitution divise profondément les démocraties contemporaines. Trois modèles s'affrontent : la légalisation (Pays-Bas, Allemagne) qui traite la prostitution comme un travail réglementé ; le modèle nordique (Suède, 1999 ; France, 2016) qui pénalise les clients et dépénalise les personnes prostituées, dans une logique abolitionniste ; la criminalisation de toutes les parties, encore en vigueur dans plusieurs pays. Aucun de ces modèles n'a réussi à mettre fin à l'exploitation des personnes prostituées, dont la grande majorité sont des femmes et des filles victimes de traite.

Voir la prostitution dans la Bible

3. Le commerce des organes : quand le corps devient pièce détachée

La transplantation d'organes est l'une des plus grandes conquêtes de la médecine moderne. Elle permet de sauver des vies en transférant d'un corps à un autre un cœur, un rein, un foie, des poumons. Mais cette prouesse technique soulève une question éthique fondamentale : les organes humains peuvent-ils être achetés et vendus ? Le corps humain peut-il être partiellement transformé en marchandise ?

La pénurie d'organes disponibles pour la transplantation est une réalité mondiale. Cette pénurie a engendré un marché noir des organes d'une ampleur considérable, particulièrement dans certaines régions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Des personnes démunies vendent un rein pour rembourser des dettes ; des prisonniers sont exécutés pour leurs organes (comme en Chine, selon des rapports documentés) ; des personnes vulnérables sont trompées et opérées contre leur gré. Debra Satz analyse pourquoi la vente d'organes pose des problèmes irréductibles au seul consentement :

When we allow markets in kidneys, we don't simply give poor people an additional option. We also change the context in which they make choices. [...] The so-called choice to sell a kidney is often made under conditions of desperate need that undermine the voluntariness of that choice. — Quand nous autorisons des marchés de reins, nous ne donnons pas simplement aux personnes pauvres une option supplémentaire. Nous changeons aussi le contexte dans lequel elles font leurs choix. [...] Le soi-disant choix de vendre un rein est souvent fait dans des conditions de détresse extrême qui compromettent le caractère volontaire de ce choix. Debra Satz, Why Some Things Should Not Be for Sale. The Moral Limits of Markets, New York, Oxford University Press, 2010, p. 196.

La majorité des pays ont interdit la vente d'organes, fondant leur prohibition sur deux types d'arguments. Le premier est conséquentialiste : un marché des organes exploiterait invariablement les pauvres au profit des riches, créant une catégorie de personnes dont les corps sont littéralement consommables par ceux qui ont les moyens de payer. Le second est déontologique : certaines choses ne peuvent pas avoir de prix parce que les mettre en vente est en soi une violation de leur nature. Le corps humain appartient à cette catégorie.

Michael Sandel développe cet argument :

Certains biens sont corrompus ou dégradés si on les traite comme des marchandises. [...] La question n'est pas de savoir si les marchés sont efficaces pour allouer certaines ressources. C'est de savoir si certaines choses — la vie humaine, le corps humain, les relations humaines fondamentales — devraient rester hors du marché. Michael Sandel, Ce que l'argent ne saurait acheter. Les limites morales du marché, trad. Christian Clerc, Paris, Seuil, 2014 ; rééd. Points Essais, 2016, p. 13.

La tradition catholique, dans la Charte des droits de la famille du Saint-Siège (22 octobre 1983), affirme explicitement que le don d'organes entre vivants est moralement acceptable à condition qu'il soit gratuit et sans préjudice grave pour le donneur, mais que tout commerce des organes humains est contraire à la dignité de la personne.

4. La gestation pour autrui : le corps loué pour faire naître

La gestation pour autrui (GPA) — parfois appelée « maternité de substitution » ou « surrogacy » en anglais — désigne la pratique par laquelle une femme porte un enfant pour le compte d'un autre individu ou d'un couple, à qui elle remet l'enfant à la naissance. Elle peut être altruiste (sans rémunération) ou commerciale (avec contrat et paiement). Aucune autre pratique contemporaine ne soulève des questions anthropologiques aussi profondes sur le statut du corps, de la maternité et de l'enfant.

Les partisans de la GPA commerciale soulignent le libre choix de la femme qui porte l'enfant, la réponse à un désir légitime de parentalité chez les commanditaires, et l'avantage économique pour les femmes des pays pauvres qui y participent. Sheila Kitzinger a mis en évidence la centralité de l'expérience corporelle de la grossesse dans la construction de l'identité maternelle — ce qui pose la question de ce que la GPA fait à la femme qui la pratique.

Les critiques de la GPA commerciale avancent plusieurs arguments de nature différente. L'argument féministe souligne que la GPA commerciale transforme le corps féminin — et plus précisément l'utérus — en outil de production au service d'un marché dominé par les désirs et les moyens économiques des commanditaires. Gena Corea avait dès les années 1980 identifié ce risque :

La maternité de substitution est la dernière frontière de la marchandisation du corps féminin. Elle ne vend pas la sexualité de la femme : elle vend sa capacité reproductive, sa gestation, son lien originel avec l'enfant qu'elle a porté. Elle transforme la grossesse en prestation de service. Gena Corea, The Mother Machine. Reproductive Technologies from Artificial Insemination to Artificial Wombs, New York, Harper & Row, 1985, p. 213.

L'argument concernant l'enfant soulève une question encore plus fondamentale : l'enfant né d'une GPA commerciale est-il, d'une certaine manière, traité lui aussi comme une marchandise — commandé, produit selon des spécifications, livré contre paiement ? Sylviane Agacinski, dans Corps en miettes formule cette inquiétude avec précision :

La GPA commerciale instaure un marché d'enfants. Peu importe que les contrats stipulent qu'on « achète » un service et non un enfant : ce qui est échangé, in fine, c'est bien un enfant contre de l'argent. Et l'enfant conçu dans ce cadre est un enfant dont l'existence même a été commandée, dont la naissance est le terme d'un contrat. Sylviane Agacinski, Corps en miettes, Paris, Flammarion, 2013 ; rééd. Champs Flammarion, 2015, p. 71.

La dimension internationale de la GPA commerciale révèle sa structure économique profonde. Les couples des pays riches se rendent dans des pays où la GPA commerciale est autorisée (Ukraine, Géorgie, certains États américains) et où des femmes aux ressources économiques limitées acceptent de porter leurs enfants. Ce flux — de l'argent vers les pays pauvres, des enfants vers les pays riches — rappelle d'autres formes de marchandisation qui ont utilisé les corps des plus vulnérables comme ressources pour les plus nantis. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi condamne la maternité de substitution comme contraire à la dignité de la femme et de l'enfant :

La maternité de substitution représente une atteinte objective à la dignité de la femme et de l'enfant ; fondée sur l'exploitation de situations de nécessité de la mère, elle établit une séparation entre les éléments physiques, psychologiques et moraux qui constituent cette identité. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, 8 septembre 2008, AAS 100 (2008), p. 880 ; n. 40.

5. Autres formes contemporaines de marchandisation corporelle

La marchandisation du corps ne se limite pas aux formes examinées ci-dessus. Elle prend des visages multiples dans les sociétés contemporaines, souvent moins visibles mais tout aussi révélateurs de tensions anthropologiques profondes.

Les essais cliniques réalisés sur des populations pauvres dans les pays en développement constituent une forme de marchandisation corporelle souvent ignorée. Des personnes démunies participent à des essais de médicaments en échange d'une rémunération ou d'un accès à des soins médicaux qu'elles ne peuvent pas s'offrir autrement. Carl Elliott documente comment l'industrie pharmaceutique a progressivement externalisé ses essais cliniques vers des pays où les protections des participants sont moindres et la rémunération plus faible.

Le marché de la maternité s'étend au-delà de la GPA pour inclure le don d'ovocytes — pratique dans laquelle des jeunes femmes sont rémunérées pour subir une stimulation ovarienne intense, aux risques médicaux non négligeables. Le prix d'un don d'ovocytes varie selon les caractéristiques de la donneuse — niveau d'éducation, couleur des cheveux et des yeux, origine ethnique —, révélant une logique de sélection eugénique camouflée en marché.

L'industrie pornographique, enfin, mérite une mention distincte. Elle représente l'un des marchés mondiaux les plus importants, fondé sur la mise en scène et la diffusion d'actes sexuels impliquant des corps humains réels. Gail Dines analyse la pornographie comme une industrie qui traite les corps — majoritairement féminins — comme des outils de production d'un produit consommable :

La pornographie est une industrie qui produit des images de corps. Ces corps sont recrutés, utilisés, parfois épuisés, puis remplacés par d'autres plus jeunes. [...] L'industrie pornographique est l'exemple le plus explicite de la réduction du corps humain à sa valeur marchande. Gail Dines, Pornland. Comment le porno a envahi nos vies, trad. française, Paris, Éditions Libre, 2018, p. 47.

Voir les dangers du porno

6. Fondements philosophiques et théologiques de la résistance

Face à toutes ces formes de marchandisation corporelle, la réflexion philosophique et théologique dispose de ressources critiques qui, au-delà de leurs différences, convergent vers une même affirmation fondamentale : le corps humain n'est pas une marchandise.

La philosophie kantienne fournit l'argument le plus classique. Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant distingue entre ce qui a un prix — qui peut être remplacé par un équivalent — et ce qui a une dignité — qui est au-dessus de tout prix et n'admet aucun équivalent. La personne humaine, dans son corps, appartient à la seconde catégorie :

Ce qui constitue la condition sous laquelle seulement quelque chose peut être une fin en soi n'a pas simplement une valeur relative, c'est-à-dire un prix, mais une valeur intrinsèque, c'est-à-dire une dignité. Or la moralité, et l'humanité en tant qu'elle est capable de moralité, c'est ce qui seul a de la dignité. Immanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs [1785], trad. Alain Renaut, Paris, Flammarion, GF, 1994, deuxième section, p. 116.

Michael Sandel développe une critique plus contemporaine fondée sur l'idée que les marchés ne sont pas neutres : introduire la logique marchande dans un domaine change la nature de ce domaine. Mettre un prix sur un corps humain, c'est le traiter comme s'il était de même nature que les autres marchandises — et c'est faux.

La tradition chrétienne fonde la résistance à la marchandisation corporelle sur deux piliers complémentaires. Le premier est la création : le corps humain est créé à l'image de Dieu (imago Dei), et en tant que tel, il ne peut pas être réduit à un objet ou à un instrument. Le Catéchisme de l'Église catholique (n. 2297) affirme que « les pratiques consistant à réduire les personnes à n'être que des instruments pour d'autres sont contraires au respect dû à la dignité de l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Le second pilier est la Rédemption : Paul écrit aux Corinthiens que leur corps a été « acheté à grand prix » (1 Co 6,20) — la Rédemption est l'acte par lequel Dieu a définitivement soustrait le corps humain à toute emprise marchande en en révélant le prix infini.

Jean-Paul II nomme explicitement la logique marchande comme l'une des menaces les plus graves pesant sur la dignité corporelle contemporaine :

Dans ce contexte de culture de mort, la vie humaine elle-même est traitée comme une marchandise dont on peut disposer. [...] Les corps des pauvres, des faibles, des malades et des mourants sont les premiers à subir les conséquences de cette logique qui subordonne la personne à l'efficacité, au profit et à la commodité des plus forts. Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 25 mars 1995, AAS 87 (1995), p. 418 ; n. 12.

La résistance à la marchandisation corporelle n'est pas un conservatisme réactionnaire : c'est la condition de possibilité d'une société dans laquelle chaque corps humain est reconnu comme porteur d'une dignité inconditionnelle, irréductible à son utilité économique, à sa jeunesse, à sa santé, à sa productivité. C'est, au fond, la même affirmation que celle du Décalogue, des droits de l'homme et de l'Évangile : un corps humain ne se possède pas, ne s'achète pas, ne se vend pas. Il se reçoit, il se donne — et ces deux gestes ne sont pas commerciaux.

Synthèse

Ce chapitre a parcouru les principales formes de marchandisation du corps humain. L'esclavage (Patterson, Fanon, Bales) en est l'archétype : il traite le corps humain comme une propriété et inflige à la personne une mort sociale. La prostitution (MacKinnon, Nussbaum, Wojtyła) soulève des débats philosophiques complexes sur le consentement, la dignité et les conditions structurelles qui rendent un « choix » possible ou illusoire. Le commerce des organes (Satz, Sandel) met à nu la logique par laquelle la pauvreté contraint des personnes à vendre des parties de leur corps. La gestation pour autrui commerciale (Corea, Agacinski, Dignitas Personae) pose des questions fondamentales sur la maternité, l'identité de l'enfant et l'exploitation des corps féminins des pays pauvres.

Face à toutes ces formes, la philosophie (Kant, Sandel) et la théologie chrétienne (Jean-Paul II, Catéchisme) convergent vers une affirmation commune : le corps humain a une dignité au-delà de tout prix. Cette affirmation n'est pas idéologique : elle est le fondement de toute éthique qui prend au sérieux la réalité de la personne incarnée. Et elle engage une responsabilité concrète : combattre toutes les structures économiques, juridiques et culturelles qui continuent de traiter des corps humains comme des ressources disponibles pour ceux qui ont les moyens de les exploiter.